Pratique

Publié le 18/07/2022

Face à l’augmentation de leurs coûts de revient, les entreprises de travaux agricoles ont revu leurs tarifs à la hausse.

Ils l’avaient annoncé dès le mois de février, à leur assemblée générale annuelle : les entrepreneurs des territoires (ETR) d’Alsace allaient devoir augmenter leurs tarifs pour faire face à l’augmentation des charges. La guerre en Ukraine venait de se déclencher quelques jours plus tôt, et n’avait pas encore fait pleinement sentir ses effets. Quatre mois plus tard, Claude Gretter, président du syndicat, le confirme : « Toutes les matières premières ont augmenté, le GNR, les pneumatiques, la graisse, l’huile de moteur, les lubrifiants… Tout à fait un bond. On n’a pas d’autre choix que de répercuter ces hausses sur nos tarifs. Sinon, on coule. » Corentin Meppiel, qui a créé son entreprise de travaux agricoles il y a deux ans à Oberschaeffolsheim dans le Bas-Rhin, mentionne des augmentations comprises entre 5 % et 30 % selon les matières premières. Le prix des machines et matériels suit la même tendance, observe-t-il. Comme son confrère haut-rhinois, il estime nécessaire de « raisonner par rapport à ses coûts » pour pouvoir maintenir l’équilibre économique de son entreprise, qui emploie 3 UTH et réalise des travaux d’épandage après moisson, d’enrubannage de fourrage et de semis. Le jeu de la concurrence Pour les agriculteurs qui font appel aux entreprises de travaux agricoles pour la moisson, pas le choix non plus : une fois que les céréales sont arrivées à maturité, il faut les récolter. « Les gens ne renoncent pas à la prestation de service, mais ils font davantage jouer la concurrence car ils espèrent gagner un petit peu sur le coût », observe le jeune entrepreneur de Mittelschaeffolsheim. Comme il est en phase de démarrage de son activité, il estime ne pas avoir de marge de manœuvre de ce côté-là. « À ce jour, aucun de mes matériels n’est amorti, contrairement aux confrères qui sont présents depuis longtemps sur le marché et dont le matériel est amorti et payé. » Vu le contexte, ceux-là peuvent être tentés de différer leurs investissements en conservant leurs machines un an ou deux de plus, plutôt que de les renouveler, reconnaît Claude Gretter. « C’est déjà ce qui se fait depuis quelques années. » Les agriculteurs, quant à eux, devraient pouvoir compenser la hausse des coûts de revient par des prix de vente des céréales plus élevés. « Avec les prix actuels, un agriculteur qui a de bons rendements et une bonne gestion peut même s’en sortir avec une marge un peu plus importante que l’an dernier », avance le président des ETR d’Alsace.

Moulin des Moines

Une floconnerie locale

Publié le 11/07/2022

D’ici quelque temps, d’importants travaux vont débuter sur le site du Moulin des Moines, à Krautwiller. L’entreprise investit dans une nouvelle unité de production, d’où sortiront flocons d’avoine et couscous bio. L’approvisionnement local sera privilégié, grâce à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, en partenariat avec le SDEA.

Actuellement, le Moulin des Moines commercialise déjà des flocons d’avoine. Mais l’avoine, cultivée en Lorraine et en Bourgogne, est floconnée en Allemagne, avant de revenir dans le circuit de distribution de l’entreprise. Ces flocons sont donc certes bios, mais leur bilan carbone peut être amélioré. De son côté, le SDEA a la volonté de mettre en place de nouvelles filières afin d’encourager le développement de cultures à Bas niveau d’impact (BNI). Les deux entités se sont donc rapprochées autour du projet de développer la production d’avoine locale. La céréale, en effet, est « très peu exigeante en produits phytosanitaires et en azote », pointe Bernard Nicollet, chef de projet au Moulin des Moines. À l’heure actuelle, le niveau de valorisation de l’avoine n’encourage pas sa culture, face au blé ou au maïs, mais grâce à la construction d’une floconnerie locale et à la contractualisation des relations entre les producteurs et le moulin, les porteurs du projet veulent assurer un débouché rémunérateur aux producteurs. Dans ces conditions, l’avoine devrait faire son trou dans le paysage agricole alsacien, notamment dans « les terres plus pauvres ». Le Moulin des Moines va donc investir 6 M€ dans une extension, qui comprendra des silos, une ligne de production de flocons d’avoine, et une autre de couscous. L’avoine brute sera dans un premier temps décortiquée. Une opération qui génère 50 % de déchets, qui seront transformés en biogaz dans l’unité de méthanisation Metachrist à Woellenheim. Le grain décortiqué passe sur une table densimétrique, à raison de 1 t/h, afin de trier les grains selon leur calibre. Ils subissent une phase de vaporisation, qui consiste à augmenter leur teneur en eau pour leur donner davantage d’élasticité. Ensuite, les grains passent entre deux rouleaux qui les écrasent et leur donnent leur forme de flocons. Ils sont séchés, refroidis et retamisés, afin de produire des flocons d’avoine gros, moyen, baby. Le procédé consomme pas mal d’énergie, notamment pour la vaporisation et le séchage. Le moulin, qui veille à rationaliser sa consommation d’énergie (il produit de l’énergie grâce à une turbine alimentée par la Zorn et des installations photovoltaïques), investira donc aussi dans une centrale à vapeur, électrique ou au gaz, précise Bernard Nicollet. Doubler la production de flocons d'avoine Actuellement, le Moulin des Moines commercialise quelque 600 t/an de flocons d’avoine. Un volume que les meuniers souhaitent doubler grâce à leur investissement. Pour ce faire, il est prévu de commercialiser des flocons d’avoine nature, et d’élaborer toutes sortes de recettes de muesli à base de flocons d’avoine. Particulièrement nourrissante, avec un goût neutre, l’avoine est intéressante pour différents publics : les personnes âgées, qui ont tendance à perdre l’appétit, les malades du cancer, dont les traitements rendent parfois l’alimentation difficile alors que, pour résister aux traitements, le corps doit être bien soutenu. Mais aussi les bébés, ou encore les sportifs, à la recherche d’aliments riches en énergie à diffusion lente. Le couscous figure aussi déjà dans la gamme des produits élaborés par le Moulin des Moine. Mais, pour l’instant, il est produit en Italie. Le moulin va donc aussi ancrer cette production localement. « Cela fait partie du métier de meunier. Le savoir-faire et le procédé sont connus », indique Bernard Nicollet. Dans un premier temps, le blé dur ne viendra pas d’Alsace, car les surfaces consacrées à cette production sont trop faibles. Mais, « avec l’évolution de la météo et des coûts de transport, il est possible que cela évolue », pointe Bernard Nicollet. qui mise sur une mise en service des nouvelles infrastructures pour mars 2023.

Publié le 10/07/2022

La petite ville de Rhinau héberge cinq agriculteurs aujourd’hui. À la faveur de départs à la retraite de confrères et faute de repreneurs, leurs exploitations s’agrandissent, depuis quelques années. La commune rurale, première propriétaire de terres agricoles, privilégie ses cultivateurs. Elle loue ses terrains uniquement aux locaux. Marianne Horny-Gonier, la maire, y tient.

En 2020, huit agriculteurs étaient répertoriés dans la Ville de Rhinau. Aujourd’hui, ils ne sont plus que cinq : Jonathan Ehrhart, Gérard Muller, Philippe Oberlé, Erwin et Jean-Paul Roettelé. Ils œuvrent principalement en grandes cultures : maïs, blé, betterave, colza. Seule l’EARL de la Schmalau s’adonne, en plus, au maraîchage. Elle produit de la mâche, des pissenlits, des asperges et des pommes de terre, qu’elle vend en direct. « Dès qu’il y a un départ à la retraite, les exploitations locales en place s’agrandissent, pointe Marianne Horny-Gonier, la maire de Rhinau. Ces dernières années, il n’y a pas eu d’installation. Soit les agriculteurs cédants étaient célibataires, soit leurs enfants n’étaient pas intéressés et aucun hors cadre familial ne s’est présenté. La commune est le premier propriétaire foncier de terres agricoles. Nous relouons les terres que cultivaient les agriculteurs partis à la retraite uniquement aux cultivateurs rhinois. Nous privilégions les locaux, à qui nous essayons de partager équitablement ces hectares supplémentaires. » La première magistrate de la commune est consciente que Rhinau est modelée par ces paysans. « Les agriculteurs font partie de l’histoire de la commune. Les activités agricoles ont beaucoup de sens ici. Au-delà de l’alimentation humaine et animale, l’agriculture entretient les paysages. Et certains exploitants rhinois sont sapeurs-pompiers volontaires ; l’un d’eux était même chef de corps, il y a peu », ajoute-t-elle, pour mettre aussi en avant leur implication dans la vie sociale. Des deux côtés du Rhin Très peu de réclamations de riverains parviennent d’ailleurs aux oreilles de l’élue, quant à d’éventuelles gênes causées par les activités agricoles. Les exploitants, eux, se plaignent parfois d’incivilités : essentiellement des quads qui roulent sur leurs parcelles. Mais Marianne Horny-Gonier souligne qu’elle est rarement interpellée. Aucun agriculteur rhinois ne participe au conseil municipal mais chacun sait qu’il peut s’entretenir avec l’édile ou avec le premier adjoint au maire, Vincent Jaegli, un « autochtone », en charge des « champs, forêts, chemins, environnement, chasse, pêche ». Ce dernier rappelle une spécificité rhinoise : près d’un millier d’hectares de prés, champs, forêts et cours d’eau appartiennent à la Ville de l’autre côté du Rhin. Dans la réserve naturelle du Taubergiessen, en Allemagne, les agriculteurs de Rhinau soignent 40 ha de cultures et 100 ha de prés. Pour y accéder, ils empruntent le bac automoteur transfrontalier, gratuit, qui relie la commune française à Kappel-Graffenhausen. Ils sont prioritaires sur tout autre véhicule. L’enclave rhinoise en territoire allemand est une survivance du XVe siècle, quand l’Alsace appartenait au Saint Empire romain germanique et que le cours du Rhin était variable. Depuis ce temps-là, les paysans de Rhinau cultivent le Taubergiessen. Sensibles forêts La Ville gère les forêts. Toutes celles sur son ban lui appartiennent. « Il n’y a pas de forestier, dans la commune. Aucun privé », note Vincent Jaegli. Malheureusement, la sylviculture est en berne. « On subit », poursuit l’adjoint. La forêt dépérit, à cause de la chalarose du frêne (qui impacte 80 ha de forêt environ) et des sécheresses de plus en plus rapprochées. Pour réussir à vendre le bois visé par la maladie autrement qu’en bois de chauffage, la commune accélère la cadence des coupes. « Sinon les grumes tombent seules, lorsque les arbres ont 30 ou 40 ans. Elles s’effondrent », témoigne Vincent Jaegli. Le changement climatique amplifie le processus. Les chênes, eux aussi, sont sensibles aux coups de chauds, surtout au niveau de leurs hautes frondaisons. Et la nappe phréatique a beau affleurer ici, si une parcelle est un peu surélevée, les racines des arbres souffrent aussi. « La filière bois a des soucis à se faire », pense le premier adjoint de Rhinau. Sur la commune, quand on coupe, on replante. Mais un hectare de plantation coûte 5 000 euros… Les recettes de la forêt sont nulles. La Ville est à peine à l’équilibre dans ce domaine-là. Merisier, noyer, chêne, aulne, érable, pommier et poirier sauvages : les essences choisies pour combler les coupes et les trouées datant de la tempête Lothar il y a vingt ans, sont censées être climato-compatibles. Les sangliers, eux, le sont pour sûr ! Trop même. On constate deux portées par an actuellement. Heureusement, les cinq lots de chasse de Rhinau sont loués, et agriculteurs et chasseurs s’entendent, d’après Vincent Jaegli. Mais les dégâts sont tout de même là. Les chevreuils, eux, s’attaquent plus aux arbres. Aucun cerf ni daim ne sont signalés. Trame verte et bleue Le soin apporté à l’environnement, à Rhinau, est d’autant plus grand que la ville est « cernée » de réserves naturelles, celle nationale de l’île de Rhinau, le site alsacien le plus représentatif de ce que l’on appelle la forêt alluviale rhénane, et celle du Taubergiessen. La municipalité s’engage pour la trame verte et bleue ; à mailler les habitats naturels, pour assurer les continuités écologiques terrestres et aquatiques. Elle a répondu à un appel à projet lancé par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin-Meuse, il y a deux ans. Après un état des lieux de la faune et de la flore, notamment des espèces menacées ou en extinction, et des études pour savoir comment recréer les refuges de celles-ci, place aux premières expérimentations. Un terrain communal a ainsi été réensemencé pour devenir une prairie fleurie, à l’occasion de la fin d’un fermage. Le nouveau cultivateur locataire fait le foin sur ces 2 ha. La plantation de haies, sur une autre parcelle, et la vente d’arbres fruitiers à des particuliers à un prix bonifié, sont d’autres actions qui ont déjà été menées. Sur un terrain difficilement exploitable, Rhinau souhaite restaurer une roselière, créer une mare. « Les agriculteurs sont pleinement conscients de l’importance de la biodiversité pour leur activité », sait Marianne Horny-Gonier. L’exploitant Erwin Roettelé les représente au comité de pilotage du projet initié en 2020. Combler les « dents creuses » « L’environnement est plutôt préservé. C’est une chance qui explique l’engouement pour notre commune », remarque la maire. Rhinau est attractive. Entre un cadre bucolique et des potentialités d’emploi, dont transfrontalières, mais aussi la proximité de grands axes de communication, la ville est prisée. Les biens en vente partent vite. Marianne Horny-Gonier souhaite avant tout, que se construisent des logements dans les « dents creuses » de sa commune. « À l’avenir, il y aura zéro artificialisation nette. C’est une nouveauté de la loi Climat et résilience. La commune fait déjà en sorte que les terres agricoles le restent », assure-t-elle. Plus aucun élevage n’a cours à Rhinau, sauf à la ferme éducative de l’AGF, où les écoliers peuvent aller à la rencontre des poules, des lapins, des brebis, des cochons, des vaches, chevaux et ânes. Les cultures emblématiques de la plaine d’Alsace centrale s’épanouissent autour de la petite ville, entre bois et rivières. Les silos à grain du négoce Lienhart, le long du Rhin, rappellent encore, à qui croirait s’être perdu dans la nature sauvage, que l’agriculture, ici, a toute sa place et qu’elle est indissociable de ce milieu exubérant.

Pages

Les vidéos