Vigne

Situation en amont et aval de la filière des vins d’Alsace

Vignes en forme et marché en berne

Publié le 01/06/2020

La situation phytosanitaire du vignoble alsacien est excellente et les inflorescences laissent augurer un bon potentiel. En aval de la filière, le marché des vins d’Alsace accuse une chute drastique, qui n’a pas impacté tous les opérateurs de la même manière.

La saison végétative a démarré par une « pousse importante, la sécheresse n’ayant pas freiné la croissance de la vigne », observe Hélène Bossan, conseillère à l’Adar du vignoble. Il a d’ores et déjà atteint le stade phénologique de la mi-floraison, pour les secteurs les plus précoces, ce qui nous achemine vraisemblablement vers un ban des vendanges en août. La parcelle de référence à Bergheim indique une mi-véraison probablement atteinte le 15 août. Ce qui place 2020 parmi les cinq années les plus précoces. « Normalement étalée sur deux semaines, la floraison semble remarquablement concentrée. » Sauf aléas climatiques, les vendanges débuteront en août. Un millésime fécond à ce stade Du côté du nombre d’inflorescences, qui donne un premier indicateur des potentiels de rendement du millésime, même si la route est encore très longue d’ici les vendanges, l’ensemble des vignerons constatent une année très généreuse. D’ici les vendanges, le millésime peut encore réserver de la coulure, de la sécheresse, de la grêle, des ravageurs. Mais en l’état, la vigne en Alsace s’annonce très féconde. « Les inflorescences sont importantes et belles, le printemps a été favorable, mais il faut attendre la fin de la floraison pour se prononcer », confirme Hélène Bossan. Côté sanitaire, « globalement la situation est bonne, la météo est clémente jusqu’à présent ». S’agissant du mildiou, les deux pluies potentiellement contaminatrices le 11 mai et samedi dernier, n’ont engendré que très peu de taches, selon les observations à ce stade. Ce qui confirme une pression très faible. Attention à l’oïdium « C’est plutôt l’oïdium qui dicte la cadence cette année, précise Hélène Bossan. La situation est disparate avec des symptômes dans le Bas-Rhin. Et une intensité d’attaque parfois très forte sur l’un ou l’autre des pieds qui peuvent présenter des symptômes sur plusieurs étages des rameaux et sur inflorescences. » À la différence du mildiou sur inflorescence qui se traduit par des crosses, l’oïdium se caractérise par une couverture grisâtre. L’inflorescence sèche ensuite… Concernant les autres ravageurs, le vol de la première génération d’eudémis est accompli, très peu de glomérules sont observés. Rien à signaler non plus pour les ravageurs secondaires. Cependant à cause des gelées, quelques parcelles ont eu à subir des dégâts : « Très localement, nous observons des gelées à 100 %, sur des parcelles à Balbronn, Traenheim et aussi dans le Haut-Rhin. » Même si le chemin est encore long, tous les voyants de potentiel de volumes sont au vert dans le vignoble alsacien en amont de la filière. Le « club des 5 000 » deux fois moins impacté par la baisse des ventes en avril En aval, le Civa vient de publier les résultats de ventes du mois d’avril. Avec 36 000 hl en chiffre rond de volumes vendus sur ce mois, la chute des ventes est de 45,9 % comparé à avril 2019. Sur douze mois mobiles, la capacité de mise en marché passe fatalement sous la barre des 900 Mhl (milliers d’hl) à 885 Mhl. Les entreprises de moins de 5 000 hl sont particulièrement touchées avec -7 à -8 % de ventes sur douze mois. Les 22 opérateurs en vins d’Alsace qui commercialisent plus de 5 000 hl ne sont pratiquement pas affectés par la baisse à ce stade avec -0,39 % de baisse seulement, sur douze mois mobiles. Et sur le seul mois d’avril, les pertes cumulées de ventes sont pratiquement deux fois plus élevées chez les entreprises de moins de 5 000 hl que celles de plus de 5 000 hl. Une raison principale explique cette situation : pendant deux mois, les grandes surfaces avaient pratiquement le monopole des ventes, tous les autres réseaux de distribution du vin ont été freinés ou carrément interdits de vente (restauration, cavistes, ventes au caveau…). De surcroît, les opérateurs de la grande distribution ont simplifié et « recentré leur offre sur le corps business », confirmait un opérateur dans nos colonnes la semaine dernière. Une note publiée le 15 avril par la Banque de France faisait ainsi état d’une hausse des ventes en supermarchés de +7,4 % et en hypermarchés de +1,7 %, au mois de mars 2020 par rapport à février 2020, tandis que les ventes du petit commerce de l’alimentaire étaient en forte baisse de -9,6 %. -76 % pour les grands crus en avril Globalement, si les ventes d’avril en métropole passent de 48 000 hl en 2019 à 21 000 hl en 2020, l’export semble avoir paradoxalement moins perdu en proportion : 18,7 Mhl en 2019 et 15 Mhl en 2020. Par catégorie, sur le seul mois d’avril, les alsaces tranquilles et les crémants accusent 55 % de baisse, comparé à avril 2019. Les grands crus sont plus impactés avec 76 % de baisse des ventes. Pour parer à cette passe délicate, l’interprofession alsacienne fonde ses espoirs sur un plan de rebond, évalué à un million d’euros, selon des chiffres communiqués dans la presse spécialisée, et sur la reprise de la dynamique des ventes telle qu’elle avait été impulsée les mois précédents la crise, envers et contre une conjoncture globale défavorable à l’économie de la filière viticole orientée sur -3 %. Le vignoble doit donc adapter des mesures, principalement une distillation de crise et les rendements pour le millésime 2020 : un débat particulièrement explosif.

Le « KeyKeg », bag-in-keg (ou conditionnement en BIK)

Un nouveau conditionnement des vins pour une consommation ludique et festive

Publié le 26/05/2020

De nouveaux modes de conditionnements des vins apparaissent pour répondre à de nouvelles aspirations de consommation. Derrière le vin de terroir à vocation culturelle et gastronomique, les vins ludiques prennent une place de plus en plus importante à côté de la consommation courante. Le conditionnement en « KeyKeg » (bag-in-keg) vise ce type de marché.

Certains opérateurs en vin souhaitent se positionner sur les marchés « ludiques » en plein essor, pour une consommation distrayante, détendue. Le profil gustatif de ces vins « ludiques » se distingue par leur buvabilité, leur fraîcheur, leur attrait basé sur des teneurs en CO2 natif qui peuvent être importantes pour la désaltération. Ces vins ont en commun avec les bières kraft d’avoir les mêmes lieux de consommation : les bars, les bars à vin, bars de restaurants, l’événementiel festif, les festivals culturels ou musicaux, l’événementiel des particuliers. Voire presque les mêmes modes de conditionnement que la bière. Les circuits et les modes de distribution se rapprochent d’ailleurs de ceux de la bière avec les canettes en alu, conditionnement pour la consommation nomade, ou encore les fûts jetables – recyclables ou en inox et consignés, et connectés à des systèmes de tireuse. La demande est forte pour ces nouveaux modes de consommation. Et de nombreux vignerons y répondent déjà en préparant des cuvées spécifiques à consommer pour tel ou tel événement festif, ou pour telle ou telle demande de restaurateur. À titre d’exemple, à Traenhein, Nathan Muller, un jeune vigneron a lancé le spretzi, un vin de France à base de cépage gewurztraminer, fermenté en cuve close selon la méthode ancestrale. Le spretzi subit un transvasage isobarique depuis la cuve vers des fûts inox à bière de 20 litres. Les fûts de vins sont prêts à être clipsés sur les tireuses de bar. Nathan Muller vise le marché local des bars alsaciens dans une réflexion approfondie sur le bilan carbone, avec donc un système de reprise/échange/consigne. Après une série d’essais concluants, le vigneron s’apprêtait à augmenter significativement ce type de conditionnement, particulièrement avantageux sur le bilan carbone, car évitant l’équivalent de 26 bouteilles de verre. Pour la consommation de vin à la tireuse, il existe désormais un autre type de conditionnement : le « KeyKeg ». Ce fût, sorti sur le marché de l’emballage et conditionnement en 2013, est composé d’une double paroi, externe rigide et interne souple qui contient le liquide alimentaire. La pression est exercée entre les deux parois de telle sorte qu’elle s’applique sur la membrane interne souple, ce qui supprime tout contact avec l’air. La connexion au système de tirage est classique, adaptable à tous les systèmes de bar, ou bien avec une pompe pour les particuliers le « KeyKeg party pump. » Le vin entre ainsi dans le réseau de distribution et le marché classique des brasseries sans logistique et manutention spécifiques, autre que celle des bières puisqu’il est conditionné de la même manière que les bières dans les mêmes fûts. Un argument qui risque de séduire les restaurateurs dont les serveurs doivent manutentionner les bouteilles de vins depuis leurs caves, en particulier en période de rush.     À ce stade, 210 entreprises vinicoles ont conditionné du vin en « KeyKeg », selon OneCircle, entreprise familiale néerlandaise située à Den Helder, aux Pays-Bas, qui a mis au point la technologie bag-in-keg (BIK). Des opérateurs de tous les vignobles de France s’y sont mis. En Alsace, Julien Albertus y croit pour répondre aux formes contemporaines de consommation des vins. « La demande est très forte aux États-Unis, en Grande Bretagne… Il faut compter 10,90 € par keg », indique le vigneron qui a trouvé des débouchés pour des vins d’Alsace bios et naturels qui seront servis à la tireuse. Côté environnemental, le bag in keg s’apparente aux filières de recyclage des bouteilles PET et plastique en polyéthylène. Un fût de 20 litres correspond à 26 bouteilles de 0,75 l en verre, étiquetées, cartonnées… On rappellera que, selon les études de l’IFV, le verre, le carton et le bouchage représentent environ la moitié du bilan carbone total d’une bouteille de vin.  

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace

Un plan marketing de rebond pour la filière

Publié le 25/05/2020

Pendant le confinement, l’équipe du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa) était à pied d’œuvre pour mettre en place un plan de rebond pour la filière des vins d’Alsace. La stratégie marketing a été revue et adaptée à la situation. Deux tables rondes virtuelles avec 170 opérateurs se sont tenues pendant le confinement. Fait tout à fait innovant dans l’univers interprofessionnel, la campagne est co-construite avec les opérateurs en vins d’Alsace qui peuvent fournir slogan et photo.

Dans l’urgence, pendant la crise du Covid-19, le Civa a dû « reconsidérer sa feuille de route », revoir et adapter sa stratégie marketing aux circonstances afin d’être en ordre de marche pour la reprise des activités. On connaissait le plan marketing du Civa basé sur une nouvelle démarche, dite catégorielle, « c’est-à-dire des actions visant à faire de l’Alsace le moteur incontournable pour réinventer le marché du vin », précise Philippe Bouvet, directeur marketing du Civa.   Fiers de soutenir l'initiative des @VinsAlsace qui met à l’honneur les vignerons de notre région qui ont été particulièrement impactés par la crise sanitaire actuelle. Bravo à notre vigneron adhérent Hubert Gerber qui est l’un des visages de cette campagne ! #DrinkAlsace pic.twitter.com/FoOSR4gXdV — Wolfberger (@wolfberger_fr) May 19, 2020   Alors que l’économie globale du secteur vin était en « décroissance », les vins d’Alsace en janvier et février semblaient afficher une timide remontée des ventes à 932 Mhl de capacité de mise en marché contre 909 Mhl en 2019 ; avec quelques signes encourageants et surtout « 2019 enregistrait une hausse des volumes pour la première fois depuis cinq ans ». Selon les données de ventes en grande distribution (GD) notamment, en février, les alsaces blancs affichaient 4 points de plus que les autres vins tranquilles et les alsaces rouges étaient en progression de 5,7 %. Les crémants à +3,3 % se situaient bien au-dessus des ventes de l’ensemble des AOC effervescentes à +0,9 % et les champagnes à -21 %. Des signes encourageants qui confirment le besoin de pousser encore le « développement des gammes en profondeur et en largeur », analyse Philippe Bouvet. Pour préparer le terrain des opérateurs en vins d’Alsace, les équipes du Civa étaient allées à la rencontre de chaque acheteur de la GD, des grossistes, de cavistes franchisés… avec succès, semble-t-il, au vu des retours chiffrés et des témoignages. L’équipe marketing du Civa venait d’entamer le dossier du e-commerce, avec « 600 players » sur ce réseau de distribution. « Notre objectif était (et reste) de remettre le client au cœur de notre stratégie ». Avec le Covid-19, la capacité de mise en marché est impactée de 40 000 hl, mais c’est une « bombe à retardement, prévient Gilles Neusch. La crise sera dure. » Toutefois, elle réactualise les aspirations au local, à la proximité, à l’essentiel. Et, de ce point de vue, les alsaces ont, semble-t-il, des cartes à jouer. L’argument selon lequel « les alsaces sont au carrefour des tendances » reste plus que jamais d’actualité : des vins faciles d’accès, frais, qui ont une forte empreinte environnementale positive mais des vins authentiques qui répondent aux aspirations fortes à revenir à l’essentiel. « Chacun peut incarner ces tendances. » Philippe Bouvet voit dans la crise « des opportunités nouvelles ». Mais attention, alerte-t-il, « il faut éviter d’avoir la bougeotte, se recentrer sur l’efficacité de son action commerciale, être attentif aux initiatives, s’inspirer des bonnes actions, rester fidèle aux piliers stratégiques. » Mais, forcément, dans la situation actuelle, tout le travail engagé pour faire de Millésimes Alsace à Strasbourg un événement retentissant est reporté à 2021. De même, le salon Egast, qui voit défiler 30 000 professionnels de la restauration, est reporté en 2021. Le Civa y avait prévu un bar personnalisé « pour casser les idées reçues sur les vins d’Alsace ». C’est, de fait, également reporté, peut-être pour janvier. Mais l’idée reste et sera appliquée à deux autres salons professionnels de la restauration. En attendant, le Civa a lancé une campagne d’affichage de grande ampleur, dans la presse locale et nationale, sur les réseaux sociaux. 87 % de la population francilienne devrait être impactée. « Il s’agit de s’inscrire dans le monde tel qu’il est, d’interpeller le plus grand nombre de consommateurs, de susciter des désirs responsables, de proposer des choix responsabilisants, de mettre en valeur le rôle que chacun peut jouer dans la vie des autres. » La campagne s’étalera jusqu’au 4e trimestre 2020. Fait nouveau, c’est une campagne co-construite avec la profession : chacun des opérateurs peut fournir sa photo et son slogan. Bien sûr, il y a des codes photo à respecter et le slogan doit tenir compte de la ligne marketing prescrite et du cadre juridique de la loi Évin, rappelle Thierry Fritsch. À notre connaissance, le Civa est la seule interprofession à avoir adapté si globalement sa stratégie marketing à la situation actuelle, pour préparer un plan en ordre de marche avant le déconfinement.   Un regard sur la campagne de soutien des vins d'Alsace qui vise à tous nous remobiliser : consommateurs, restaurateurs, vignerons, distributeurs, journalistes, viticulteurs, cavistes, sommeliers, hôteliers, institutionnels, e-commerçants,... ?? @VinsAlsace pic.twitter.com/8ds9jAPshk — Vin & Société (@vinetsociete) May 14, 2020

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