Publié le 20/05/2020
Fondateur du blog Œnophil, chroniques œnophiles d’Alsace, Philippe Bon était un observateur avisé de la filière des vins d’Alsace. Il y a une dizaine d’années, il s’impliquait dans l’organisation de dégustations informelles entre vignerons, pour les aider à comprendre les goûts et les styles du vin d’Alsace. Puis, en parallèle, il s’était consacré à de multiples sujets historiques sur les vins d’Alsace. Fréquentant les archives de l’administration, de l’université, de nos journaux viticoles et rassemblant un nombre impressionnant d’ouvrages historiques, il a rédigé des chapitres consacrés pêle-mêle aux grands crus d’Alsace, aux crémants d’Alsace, au syndicalisme viticole, à Andlau, au vignoble sous le Reichsland, etc. Il travaillait avec une rigueur dans la précision, en se fondant sur les faits, les chiffres et en interrogeant les historiens. Il déplorait souvent les histoires romancées sur les vins d’Alsace. Il expliquait, par exemple, que leur renommée au Moyen-Âge était autant, sinon plus, liée à un commerce fluvial florissant dans un contexte géopolitique favorable. L’un de ses derniers travaux portait sur l’histoire des rendements du vignoble alsacien. Il travaillait également à la traduction de l’ouvrage de Médard Barth (1886-1976) « Der Rebbau des Elsass. » Aussi discret que rigoureux et passionné, Philippe Bon n’a jamais publié. Mais certains de ses travaux, partagés sur Internet, ont été presque intégralement repris, comme l’histoire des crémants d’Alsace. Il avait ainsi été sollicité par le syndicat viticole de Molsheim pour donner une conférence lors de la foire aux vins du 1er mai. Sportif, mélomane, cinéphile, Philippe Bon avait été, par ailleurs, directeur de Solibio, une coopérative de distribution, commerce en gros de produits bios frais, installée sur le Marché-Gare à Strasbourg. Principal instigateur du développement de cette coopérative, avec son équipe, Philippe Bon avait hissé Solibio au rang de principale interface entre les producteurs bios d’Alsace et les cantines scolaires du Conseil départemental, via des centrales de restauration. À son départ pour une retraite méritée, il a légué une situation saine mais devant toujours faire face à des opérateurs très concurrentiels sur ce marché du bio frais. Phillipe Bon a été foudroyé par une crise cardiaque. Sa disparition brutale laisse un grand vide dans la communauté vigneronne et le monde de l’édition viticole qui savaient compter sur ses connaissances. Les témoignages ont abondé : « Terrible et frustrant » pour Marcel Blanck ; « Cet homme a tant apporté au vignoble » pour Florian Beck-Hartweg ; « Triste nouvelle » pour Samuel Cogliatti ; « Une terrible nouvelle » pour Sonia Lopez Calleja de la revue Le Rouge et le Blanc ; « Un colossal travail d’archiviste qui nous apportait le recul nécessaire » pour un autre vigneron ; « J’estimais sa rigueur et sa liberté de ton » pour Jean-Michel Deiss ; « Il nous laisse un grand vide » pour Lucas Rieffel ; « Une perte énorme pour un soutien aussi dévoué que précieux » pour André Ostertag… La rédaction et la communauté vigneronne adressent à la famille de Philippe Bon, sa maman, son épouse Fabienne, ses enfants, ses plus sincères condoléances.












