Vigne

Publié le 14/06/2020

Alain Kuehn, à Kaysersberg, s’est engagé dans la viticulture de conservation des sols. Il ne laboure plus ses vignes, ni même le cavaillon. Ses couverts sont roulés tardivement conformément aux objectifs d’autofertilité. Il repousse également les travaux en vert au maximum, tressera les vignes et a remplacé les fongicides par des approches RedOx réductrices et des acides aminés au sol. À ce stade, ça tient…

« Combien de fois ai-je entendu : il va droit dans le mur, ou bien que, quand tu as des herbes, c’est que tu ne travailles pas tes vignes. Il est vrai que le regard des voisins n’est pas toujours chose aisée », observe Alain Kuehn, vigneron sur 13 ha autour de Kaysersberg et Sigolsheim, et apporteur total de raisin à la coopérative Bestheim. Il s’est engagé dans la viticulture de conservation des sols. Aujourd’hui, le taux de matière organique de ses vignes avoisine 3,6 %, ce qui traduit le fait que ses sols se sont remis à séquestrer du carbone. Il poursuit sur ce chemin avec « la cellule nationale agronomique » La belle vigne, fondée par Konrad Schreiber, Anton et Angela Sidler. L’objectif est de partager et de développer les pratiques de vitiforesterie, de gestion technique de la couverture des sols, de fertilisation, de taille, et de « supprimer tous les produits phytos (y compris en AB) », est-il inscrit sur le site internet de présentation lbv-france.fr. Pratiques RedOx réductrices optimales Très inspiré par les conseils dispensés par les chercheurs, conseillers et conférenciers du groupe Ver de terre production - Olivier Husson sur la question du potentiel RedOx, Marc-André Sélosse et Hervé Covès sur les microbiotes -, Alain Kuehn a lancé cette année un essai grandeur nature sur trois parcelles, soit 50 ares de vigne au pied du Mambourg de Sigolsheim. L’idée qui gouverne l’essai est de se placer en conditions RedOx réductrices optimales. C’est un essai de système de culture qui englobe toute la gestion viticole et ne se limite pas aux seuls produits phytosanitaires. Le principe consiste donc à éviter ou, dans la mesure du possible, à limiter toutes les pratiques qui provoquent des stress oxydatifs. « Mon grand-père avait tendance à essuyer les plâtres, je crois que c’est aussi mon tempérament », commente-t-il avec humilité. Pas de mutilation en vert Les vignes sont taillées en Poussard de manière à ce que la taille respecte les flux de sève et que les plaies de taille soient les moins mutilantes possible. Côté sol, les couverts de vignes sont en semis direct de plantes diversifiées, ils sont roulés au rolofaca au stade ligneux pour stimuler l’autofertilité. Et, depuis cette année, sous le rang de ligne, Alain Kuehn passe également un rolofaca Boisselet monté sur intercep. Sauf cahier des charges spécifique imposé par la coopérative, les vignes ne sont plus effeuillées ni rognées. Elles seront tressées au-dessus du dernier fil de palissage de manière à éviter que les vrilles s’enroulent sur ce dernier fil. L’idée est ensuite de faciliter la prétaille et surtout la descente des bois l’hiver prochain. Sur le plan physiologique, l’idée d’éviter ou de repousser plus tard dans la saison les tailles en vert vise à limiter la mutilation de la plante. Car les cicatrisations occasionnées par les plaies en vert consomment des substances de défenses naturelles à un moment où la plante en a besoin pour lutter contre l’oïdium et le mildiou. Et en l’occurrence cette année, c’est l’oïdium qui exerce la pression phytosanitaire. Des fertilisants adaptés, promoteurs de défenses naturelles La recherche d’un potentiel RedOx réducteur passe également par le choix de fertilisants adaptés et qui évitent les processus oxydatifs. Idéalement, explique Olivier Husson, dans ses formations, il s’agit d’éviter les apports nitratés qui créent un choc oxydatif. Alain Kuehn a suivi le conseil de Konrad Schreiber d’opter pour des acides aminés purs. Ils présentent plusieurs avantages : ce sont des promoteurs de PGPR (Plant Growth Promoting Rhizobacteria), c’est-à-dire des rhizobactéries très favorables à la croissance des plantes et à leur phytoprotection. En outre, la fertilisation aux acides aminés présente l’intérêt pour toutes les cultures de shunter des processus métaboliques azotés très gourmands en eau en fournissant à la plante de l’azote assimilable mais organique. Aucun fongicide Côté phytosanitaire, les 50 ares de vigne n’ont, à ce stade, reçu aucun fongicide, ni même de cuivre ou de soufre. L’idée est donc d’éviter dans la mesure du possible toute molécule dont l’action fongicide est basée sur la suroxydation. Alain Kuehn ne s’interdit pas ultérieurement d’intervenir plus classiquement mais il s’agit, pour l’heure, de rester en cohérence, en recherchant la combinaison de processus réducteurs au sol, dans la gestion en vert de la vigne et dans la gestion phytosanitaire. À ce stade, les trois parcelles ne présentent aucune attaque de mildiou et une seule des trois présente quelques pointes d’attaque d’oïdium sur feuille, semble-t-il bien circonscrites par les défenses naturelles.

Publié le 12/06/2020

L’État français a décidé de mettre en œuvre la mesure de distillation de crise - pour un budget de 155 millions d’euros -, mise à la disposition des États membres par l’Union européenne. Le dispositif a été validé par le Conseil spécialisé vin du 3 juin. La décision a été publiée au Bulletin officiel du ministère de l’Agriculture le 4 juin.

Les candidatures peuvent être déposées jusqu’au 19 juin auprès d’un distillateur certifié, pour une expédition des lots au plus tard le 15 septembre. Il ne pourra y avoir qu’une seule demande d’aide par opérateur. Les vignerons peuvent livrer des lots de 10 hl ou plus, le TAV (titre alcoométrique) doit être de 10,5 % vol minimum. Dans le bassin Alsace, seuls des vins d’AOP peuvent être livrés. Les aides sont de 78 €/hl versés au producteur pour les vins en AOP. Les paiements seront réalisés par le distillateur au plus tard le 30 novembre. Seules les distilleries SARL LRV, Jean Goyard et Romann SAS sont à ce jour certifiées par FranceAgriMer pour la région Grand Est.     Quelques conditions doivent néanmoins être respectées. Il faut que le producteur souscrive un engagement unique auprès d’un distillateur certifié et ce, jusqu’au 19 juin 2020, d’au moins 10 hl, pour chacune des catégories. L’engagement signé doit ensuite être adressé par le distillateur à FranceAgriMer accompagné d’une liste récapitulative, au plus tard le 22 juin. Les vins sont ensuite livrés à la distillation, sans préjudice de l’éligibilité des souscripteurs, ni d’une éventuelle réfaction des volumes des engagements souscrits. À l’issue de cela, FranceAgriMer notifiera les volumes admis. Les vins doivent être livrés à la distillation avant le 4 septembre 2020. Les vins doivent être distillés avant le 12 septembre 2020. Les quantités de vin correspondant à des quantités d’alcool doivent être expédiées avant le 15 septembre 2020. Les demandes d’aide et de paiement doivent être présentées avant le 18 septembre 2020.

Publié le 09/06/2020

Le confinement a fait envisager aux metteurs en marché une autre manière de communiquer sur eux et leur offre sur les réseaux sociaux. La vidéo en sort vainqueur.

Deux mois de confinement ont poussé des opérateurs alsaciens à réinventer leur présence sur le web, essentiellement via Facebook et Instagram, parfois également Twitter. « Le confinement est une période qui se prête à l’introspection. Beaucoup de vignerons se sont emparés des réseaux sociaux de manière plus intime. Ils n’ont pas fait dans l’héroïsme ou dans l’angoisse de ne voir sortir aucune bouteille. Ils se sont racontés, personnellement. C’est nouveau pour l’Alsace », décrit Aurélia Sovic, chargée des relations presse France au Civa. Concrètement, beaucoup de viticulteurs ont expliqué la complexité de leur métier pour qu’il paraisse « un peu moins lointain » aux personnes qui les suivent. « Les messages sont moins rodés, moins lisses. Ils sont plus en rapport avec des gens qui veulent entendre un discours de vérité », poursuit Aurélia. Dans le contexte étrange créé par le confinement, il y a eu la volonté de rester positif, de conserver un côté humain aux relations. Jessica Ouellet, du domaine des Marronniers à Andlau, a par exemple réalisé des pastilles intitulées « Le vin expliqué aux nuls ». Elle y montre comment on tient un verre et révèle pourquoi le crémant est servi dans une flûte. « Cela n’a l’air de rien, mais ça a été très apprécié », remarque Aurélia.     « Avant, je postais des messages du genre : « Les vins de la cave de Ribeauvillé à Houston, Boston ou Tokyo ». Là, j’ai montré ce qui se passait en interne dans l’entreprise, que les viticulteurs, comme la nature, ne s’arrêtent pas, que les abeilles pollinisent et que les coccinelles mangent des nuisibles », indique David Jaeglé, responsable commercial export de la coopérative. Pour lui, le temps est venu de s’orienter vers « une communication plus sélective ». Il s’est déjà mis en scène pour une dégustation filmée avec un interlocuteur de San Francisco à qui il a parlé des nouveaux vins de la cave, une manière de nouer un lien « régulier et plus efficace ». D’ici cet été, des vidéos courtes de quinze à vingt secondes doivent donner rendez-vous sur le site de la cave. L’internaute aura accès à du son et à de l’image sous-titrée en plusieurs langues, 90 % des vidéos originales devant être tournées en anglais. « Tous ces outils amènent des explications plus ou moins techniques, selon le média social, personnifient un produit. Ils sont un complément au voyage. Je ne pense pas qu’ils le remplaceront. »     « Une nouvelle manière de vendre » À Wettolsheim, deux domaines ont déjà tourné leurs premières images. « Nos vidéos font d’une à trois minutes. Leur objectif est d’aller vers les gens en leur montrant les travaux de saison et ceux qui les réalisent. L’équipe s’est filmée elle-même, dans les parcelles où elle se sentait le mieux. Un petit jeu de questions/réponses et un vin sont associés à chaque épisode. Cela a beaucoup plu et a créé de la proximité », raconte Anne-Catherine Le Goff, chargée du développement commercial et du marketing au domaine Barmès-Buecher. Ces vidéos ont généré de nombreux échanges. Des influenceurs ont pris contact. Sophie Barmès a dégusté et commenté ses vins, pour et avec eux, après envoi d’une quarantaine de bouteilles échantillons concernant deux à trois ou cinq à six vins. Ces séances ont été suivies par des assistances atteignant la centaine de participants pour les meilleures. Le nombre d’abonnés sur Facebook et Instagram en a profité. Des commandes portant plutôt sur des grands crus, du pinot noir, des vendanges tardives sont arrivées du Danemark, de Suède. « C’est une nouvelle manière de vendre, plus facile que de réunir tout le monde sur place et avec moins de frais. Elle va compléter le déplacement physique », juge Anne-Catherine.     Le domaine Albert Mann a, pour sa part, publié des photos d’oisillons tout juste éclos, de liage ou de reconstruction d’un mur en pierres sèches, mais il s’est surtout lancé une fois par semaine dans la publication de recettes de saison filmées. « Celle du clafoutis réalisée par Pauline, ma nièce, a fait un tabac ! Nous l’avons accompagné d’un pinot gris Altenbourg vendanges tardives 2015 », raconte Marie-Thérèse Barthelmé. « Il s’agit de petits formats sympathiques qui nous procurent des retours très positifs de la part de nos relations en France, comme à l’étranger. Nous allons continuer de nous rappeler à leur attention régulièrement car spontanément on ne pense pas forcément à l’Alsace. » Le domaine a également organisé des apéritifs en direct via une application de visioconférence. Chaque participant choisissait un vin de sa cave et l’échange avait lieu. « Nous avons passé comme ça une heure sur le pinot noir », indique Marie-Thérèse. « J’aimerais que ce type de relations persiste à l’avenir. Le contact physique est important mais l’animation à distance peut se substituer au déplacement. C’est mieux pour la planète. Il serait dommage que le confinement ne permette pas de prendre de nouvelles habitudes. »  

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