Lancement du Cercle Gustave Burger
Organiser la pluralité des vins d’Alsace
Lancement du Cercle Gustave Burger
Publié le 01/07/2020
Le Cercle Gustave Burger, think tank du vignoble, vient de déposer ses statuts d’association en préfecture. Ce groupe de réflexion propose de réorganiser l’offre plurielle en vins d’Alsace de manière à bien distinguer les vins de terroir des vins de cépage.
Depuis 18 mois, le laboratoire d’idée Gustave Burger se réunit avec le souci d’intégrer en son sein « toutes les sensibilités des viticulteurs ». Motivés par « le refus de voir s’installer le découragement, le doute et la désunion », ils ont entrepris de se poser en force de réflexion et de proposition pour la viticulture. La naissance de ce cercle, durant l’été 2019, a pour objectif de faire un réel état des lieux de la viticulture et proposer une vision à long terme. 27 M€ de pertes sèches pour la filière Le vigneron Marc Rinaldi, membre du Cercle Burger, précise : « Nous avons grosso modo produit 150 000 hl d’excédents de vins tranquilles en moyenne sur ces cinq dernières années. D’où la chute du vrac. Parallèlement, certains de nos opérateurs vendent sous marques distributeur - qui appartiennent donc aux distributeurs. Ces distributeurs qui peuvent aller chercher du riesling, gewurztraminer, pinot gris ailleurs qu’en Alsace, mais continuer de les vendre sous la même marque, créée grâce à l’Alsace… » Il s’alarme également de la paupérisation du vignoble, caractérisée notamment par la distillation de crise. Cela représenterait 27 millions d’euros (M€) de pertes sèches pour la filière si elle venait à distiller 150 mhl (milliers d’hl) à 78 cts€/l. Durant une année, le cercle Burger a organisé une dizaine de réunions qui ont vu prendre place autour de la table, tour à tour, les anciens présidents du vignoble, des représentants des familles professionnelles, la coopération, le négoce, les vignerons indépendants. Objectif : formuler des propositions pour la filière viticole alsacienne. Le cercle a finalement remis un rapport à l’Ava. Le conseil d’administration (CA) de l’Ava avait « reçu ce cercle de réflexion de façon courtoise et sereine » et avait « dégagé trois axes principaux ». La première proposition : une « hiérarchisation à la bourguignonne » (grands crus, premiers, crus, lieux-dits et communales) qui n’a finalement pas été retenue par l’Ava, « notamment au regard des éclairages fournis par l’Inao ». « Nous pensons que l’attribut de base des AOP, c’est le village, tout comme la Bourgogne, mais également les Côtes-Du-Rhône (Châteauneuf du pape, Gigondas…), les Bordeaux (Saint-Émilion, Pauillac…) et également l’Allemagne, à l’intérieur desquels s’organisent des crus, voire des grands crus », répond le Cercle Burger. « Or, en Alsace, nos grands crus ne sont pas rattachés à une appellation communale. Cela fait perdre l’organisation hiérarchique et les possibilités de replis. » Un autre modèle hiérarchique Exit donc cette organisation sur une base communale pour le CA de l’Ava qui a « validé à l’unanimité » un autre « modèle de hiérarchisation actuellement soumis à l’Inao ». C’est pourtant ce modèle « communal » qui aujourd’hui a été admis du côté des vins de terroir allemand et explique au moins en partie son renouveau, expliquent Jean-Michel Deiss et Marc Rinaldi. Un modèle hiérarchique auquel s’ajoutent les 3 % de VDP, le premium des vins allemands, un sommet de pyramide qui fait également défaut à l’Alsace. Deuxième axe identifié par l’Ava dans les propositions du Cercle Burger : la « non-utilisation du nom du cépage » pour les vins de lieu. Sur ce point, le CA a rappelé « que chacun est libre et qu’il n’est pas question d’apporter de restrictions à ce niveau ». Mais le Cercle Burger rappelle juste que la mention du cépage est un attribut depuis 2008 des VSIG, dont le coût de production est moitié moindre de celui des vins d’Alsace. Une troisième proposition identifiée, selon l’Ava, concerne « les éléments de commercialisation », soit le bi et tri-cépage et la possibilité d’assembler à hauteur de 85 %, 15 % des cuvées. Avait également été évoquée la possibilité d’abandonner la mise d’origine, puisque le cahier des charges des AOC Alsace oblige à embouteiller les vins dans l’une des 119 communes viticoles qui composent le vignoble. Sur ce point, « le CA de l’Ava a réaffirmé sa réticence ». Pousser les murs « On est favorable à pousser les murs, car beaucoup d’opérateurs le demandent, mais nous ne portons pas les projets d’ouverture vers des IGP ou des VSIG », précise Jean-Claude Rieflé. C’est néanmoins la question de la mixité de la filière des vins d’Alsace qui est au cœur des réflexions : la filière des vins d’Alsace doit-elle admettre des VSIG et des IGP en son sein ? « Il n’y a pas deux viticultures, il y a une viticulture qui chemine parallèlement, ce qui suppose une clarification des segments au sein de l’appellation », justifie Jean-Claude Rieflé. Le fait est que, selon le cercle, devant la crise de la mévente, « le vignoble n’a pas d’objectifs, pas d’orientation et pas de véritable projet de hiérarchisation. Nous proposons d’organiser l’offre alsacienne. Notre analyse est qu’il y a différentes productions avec des objectifs très différents. Certaines entreprises sont techniquement très performantes, d’autres sont plutôt artisanales avec des vins très particuliers. Et il s’agit d’organiser tout cela dans une offre cohérente. Le marché mondial est organisé en trois niveaux, les VSIG totalement libéralisés adaptés au nouveau monde dont l’objectif est la rentabilité, les IGP qui protègent un savoir-faire, et les AOP où l’identité provient du lieu ». Le droit à l’expression de la sensibilité personnelle L’idée générale du Cercle est de revenir à une viticulture « compétitive » et « qui remet de l’identité dans les bouteilles ». Avec surtout une ouverture aux vins contemporains, « un droit à l’expression personnelle, à la sensibilité individuelle », dans un cahier des charges « ouvert où l’humain est essentiel ». « Il ne s’agit pas de confondre unité et uniformité », ajoute Jean-François Otter. « Notre seul salut, c’est la valeur ajoutée, et elle passe par la valorisation de l’originalité de nos personnalités. » D’ailleurs, estime Jean-Pierre Frick, les jeunes générations recherchent de l’émotion par la surprise. « Les gens se détournent des vins normés et cherchent à vivre une aventure ».












