Vie professionnelle

Publié le 17/02/2020

Entre le 20 et le 31 janvier, 2,5 millions d’assurés de la MSA étaient appelés à élire 13 760 délégués cantonaux pour un mandat de cinq ans. 26,08 % des assurés ont participé au scrutin, soit 652 000 personnes. C’est la caisse Alsace qui se place sur la première place du podium de la participation avec 33,97 %.

Le 7 février en conférence de presse, la CCMSA (Caisse centrale de la mutualité sociale agricole) a présenté les résultats des élections. Avec un taux de participation de 26,08 %, le score est en dessous des ambitions annoncées par le président de la MSA Pascal Cormery. Déjà entre 2015 et 2010, le taux de participation au scrutin était passé de 38,8 à 31 %. Malgré cette « légère baisse », Pascal Cormery s’est dit « satisfait » vu le contexte de « problèmes économiques, l’agribashing, les ZNT… ». Il a estimé que la loi NOTRe sur la refonte du découpage territorial « n’a pas favorisé le vote » en créant « une sensation d’éloignement des délégués dans certains endroits ». 13 760 délégués sur le territoire national Par rapport à 2015, le taux de participation a baissé de 5,6 points pour le collège 1 (chefs d’exploitation), de 3,08 points pour le collège 2 (salariés agricoles) et de 5,24 points pour le collège 3 (employeurs). En 2020, le taux de participation a été meilleur chez les exploitants (32,89 %) et les employeurs agricoles (31,16 %) que chez les salariés où il n’a atteint que 20,32 %. Néanmoins, « ce taux de participation, malgré un recul par rapport à l’élection précédente, reste élevé par rapport aux autres élections professionnelles. Il montre l’attachement des ressortissants agricoles à une protection sociale de proximité, efficace et gérée par les élus », note la FNSEA et les JA, qui ont remporté ces élections. En Alsace, la liste d’union FDSEA-JA-AVA Alsace s’est à nouveau largement imposée en remportant l’ensemble des sièges des collèges 1 et 3. Un électeur alsacien sur trois a voté Côté participation, l’Alsace fait mieux que le reste du pays avec plus d’un adhérent sur trois mobilisé. 16 261 représentants du monde agricole ont voté pour leurs délégués MSA en Alsace, soit 33,97 % des adhérents. « C’est un bon résultat, notamment au regard du contexte difficile dans lequel s’est inscrite cette élection, où coïncident crises sociales (défiance envers les institutions) et agricoles (rémunérations insuffisantes, agribashing, réglementations…). Nous sommes fiers d’enregistrer la plus forte participation à ces élections, toutes régions confondues », a déclaré David Herrscher, président de la MSA d’Alsace. « J’en profite pour remercier tous les gens qui ont voté, en ligne et par correspondance, ainsi que l’ensemble des partenaires et la liste d’union pour leur mobilisation. » Autre résultat qui mérite d’être commenté : le vote en ligne. « À noter cette année, 29 % des votants ont fait le choix du vote en ligne sur notre territoire, en forte hausse par rapport à 2015 où ils étaient 17 %. C’est un mode qu’il nous faudra continuer à développer », a indiqué Arnaud Crochant, directeur général de la MSA d’Alsace. Prochains rendez-vous : le 6 avril et le 26 mai « À l’aube de ce nouveau mandat, les 314 élus alsaciens pourront poursuivre leur engagement sur le territoire en remontant les souhaits émanant des adhérents et des territoires ainsi qu’en développant et proposant de nouvelles actions de prévention, a énoncé David Herrscher. De beaux projets prennent déjà forme pour 2020 : la consolidation de la plateforme pour l’emploi Terra Job créée en association avec nos partenaires agricoles ou encore l’ouverture de la maison de santé à Guebwiller. » Ces élections se clôturent à l’aube de la publication d’un Livre blanc portant les 20 propositions de la MSA pour la cohésion des territoires en France. L’objectif : jouer le rôle de relais du monde agricole et accompagner l’action des pouvoirs publics dans la reconquête des territoires annoncée pour l’Acte 2 du Gouvernement. Ces propositions concernent notamment le renforcement des actions de la MSA en faveur de l’inclusion numérique, de la lutte contre le mal-être agricole, ou encore l’instauration d’un montant de pension minimal à 85 % du SMIC dès cette année. Après l’élection des délégués cantonaux, l’élection des conseils d’administration au sein de chaque MSA aura lieu d’ici le 6 avril. Les délégués d’assemblées générales se réuniront le 26 mai prochain pour élire le conseil d’administration de la Caisse centrale de la MSA, son bureau et son président.     A lire aussi : « La MSA se pose en défenseur de l’agriculture »

Vie des journaux

Une page se tourne

Publié le 10/02/2020

Directrice de la publication de l’Est Agricole et Viticole et du Paysan du Haut-Rhin depuis 2011, Sophie Schwendenmann quitte ses fonctions. Quelques jours avant son départ, nous l’avons interrogée sur ces neuf années de vie commune avec la presse agricole, l’agriculture et la viticulture alsacienne.

Vous avez pris vos fonctions au sein des journaux en 2011. Quelles étaient alors vos motivations pour candidater à la direction de l’Est Agricole et Viticole et du Paysan du Haut-Rhin ? Sophie Schwendenmann : « Je ne partais pas en terre inconnue. Je connaissais le Paysan du Haut-Rhin. J’avais eu l’occasion d’y collaborer en 2003 quand je suis arrivée en Alsace. Après quelques années à d’autres fonctions, j’avais envie de renouer le contact avec la viticulture et l’agriculture. Et puis, je souhaitais un poste à responsabilités avec des projets à mener à moyen et à long terme. C’est quelque chose qui me manquait. Le challenge de ce poste était intéressant : deux journaux et deux équipes à faire avancer dans la même direction. Mon objectif était d’améliorer le fonctionnement des deux entreprises en allant jusqu’au bout de la mutualisation de moyens qui avait été initiée et de s’adapter aux nouveaux usages de la presse. »   Parmi les projets que vous avez menés au sein des deux journaux, quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ? « Sans aucun doute, la mise en place d’un outil éditorial commun aux deux journaux. Il a permis aux différents services de travailler ensemble, de la même manière, ce qui a réellement amélioré la synergie. Cette interface a eu un impact important sur l’ambiance interne notamment lors des bouclages - chaque mercredi, avant 18 h - qui sont une source de stress importante. Le niveau de tension a fortement baissé, et ça fait du bien ! Je retiens aussi la mise en place de la plateforme de gestion des annonces légales. C’était compliqué pour de petites structures comme les nôtres mais nécessaire et utile car internet a bouleversé la façon de penser ce service, dont les règles ont été établies en 1945… Enfin, il y a un chantier permanent, un ouvrage qu’il faut sans cesse remettre sur le métier : c’est l’adaptation aux nouveaux usages en matière d’information. Cela passe par l’évolution du métier de journaliste, des outils numériques, des réseaux sociaux, le lancement d’un service vidéo… Tout en gardant à l’esprit notre raison d’être : répondre aux attentes de nos abonnés. »   Selon vous, quels sont les chantiers qu’il reste à mener ? « La relation avec les abonnés, justement. Ils ne sont pas simplement des adresses postales, mais des professionnels avec qui les journaux sont en interaction. Il faut mieux cerner les besoins spécifiques, que ce soit en termes de contenus rédactionnels, sur le web ou le papier, ou encore de contenus publicitaires. Il est également primordial de revoir le modèle économique de la Presse agricole départementale (PAD), né lui aussi après-guerre. L’érosion du nombre d’agriculteurs, donc d’abonnés potentiels à l’échelle d’un département, oblige les petits éditeurs à réfléchir. Il faut se détacher de ce qui a été, pour construire ce qui demain sera pérenne. Des outils transversaux permettant une mutualisation de moyens à l’échelle supra-départementale font partie des solutions. Il y va de la survie de la PAD construite sur des circonscriptions départementales devenues trop étroite. À titre de comparaison, en Allemagne, en Suisse, la presse agricole fonctionne à l’échelle de grande région. »   Vous avez constamment fait bouger les lignes du journal, innové dans le travail des équipes, stimulé la créativité des uns et des autres. À chaque semaine, une nouvelle idée. Que se cache-t-il derrière cette grande activité ? « Avoir pour seul objectif de « boucler » un journal chaque semaine ne me suffit pas. Je n’arrive pas à concevoir le travail comme quelque chose de routinier. J’ai besoin de challenges. Cet état d’esprit, je me suis efforcée de le transmettre aux équipes des deux journaux en responsabilisant chacun et chacune, pour tirer l’ensemble vers le haut. De la rédaction à la création en passant par le service commercial, abonnement ou administratif, nous sommes une seule et même équipe. Le monde bouge autour de nous. Nous devons bouger avec lui et pour cela, il faut remettre en question ses certitudes chaque jour. »   Vous vous êtes investie au sein du Syndicat national de la presse agricole et rurale (SNPAR), où vous êtes secrétaire générale. Pour quelles raisons ? « Au-delà de la défense syndicale des intérêts de notre famille de presse, échanger entre collègues permet de s’enrichir. Personne n’a le monopole des bonnes idées. Il faut garder un œil sur ce que font les autres, comprendre pourquoi ils ont tenté telle expérience, se demander, en cas de réussite, si c’est transposable… C’est une sorte de bourse aux idées, dans laquelle j’ai fait mon marché. Ces rencontres et ces réunions ont été une source d’épanouissement personnel. J’ai également pris conscience que l’agriculture a une grande chance d’avoir une presse agricole aussi diversifiée avec, d’une part, des titres de proximités et, de l’autre, des revues nationales généralistes ou spécialisées. Mais au regard des moyens des éditeurs de presse en général, nos sociétés départementales font figure de petit Poucet. En Alsace, grâce à la mutualisation des moyens entrepris depuis douze ans, nous avons pu innover et proposer de nouvelles sources de diversifications. Il ne faut pas attendre qu’on fasse les choses à notre place. »   Au 31 décembre, vous laissez votre place. Quelle conclusion faites-vous ? « Cela a été une superbe expérience professionnelle. Elle m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires. Je remercie les élus qui m’ont fait confiance, même si parfois ils étaient dubitatifs sur certaines propositions… Et je veux avoir une pensée particulière pour les salariés des deux journaux. J’avais pour habitude de surnommer « mon équipe » : la « Dream Team », parce que la complémentarité de chacun d’entre eux nous a permis de réunir une multitude de compétences et ainsi de réaliser de grandes choses. Rigueur, exigence, professionnalisme, investissement personnel, créativité sont autant de qualités qui les caractérisent. Et je ne veux pas qu’ils l’oublient. Je suis fière du travail réalisé ensemble. Nous avons pu mener à bien des projets que, chaque journal dans son coin, n’aurait pas pu envisager. Nous avons démontré que l’intérêt général des deux journaux est supérieur à l’addition de leurs intérêts particuliers. »

ETS Niess Agri, Niess Viti

Manfred tire sa révérence

Publié le 10/02/2020

Pilier identitaire de l’agriculture bas-rhinoise, et même alsacienne, soutien indéfectible de toutes les fêtes et manifestations agricoles d’envergure, Manfred Niess prend sa retraite et mérite bien un hommage. Retour sur un demi-siècle de succès pour celui qui a hissé l’établissement d’Hoffen au rang d’acteur majeur du machinisme agricole en Alsace. Tout en privilégiant la dimension humaine contre les vents et les marées parfois turbulents de l’économie agricole…

Le communiqué est paru la semaine dernière, les établissements Niess sont repris par les frères Ackermann, Philippe, Jérôme et Gilles à Morange en Moselle, une PME familiale. Plusieurs options étaient sur la table : « J’ai privilégié la PME familiale plutôt qu’un grand consortium », explique Manfred Niess. Traduisez : la dimension humaine. Comme toujours d’ailleurs ! C’est une constante chez Manfred : il privilégie l’humain. Ce qui lui a d’ailleurs causé parfois quelques difficultés, par exemple quand il a repris les établissements Wahl à Fénétrange, pour honorer l’engagement qu’il avait pris auprès des éleveurs d’Alsace Bossue de les servir. Une affaire qui lui a coûté la bagatelle de quelques centaines de milliers d’euros. Il ne souhaite pas se prononcer précisément sur le montant. Un animal social et sentimental Manfred est un animal social au tempérament passionné, sentimental aussi… Et d’une grande humanité de l’avis unanime des agriculteurs alsaciens qui l’ont côtoyé. Manfred a facilement les yeux humides et brillants. Mais c’est devenu difficile de concilier les sentiments et les affaires. Ces dernières années, le marché du machinisme agricole s’est considérablement tendu, durci, et les opérateurs se sont concentrés pour prendre en compte les exigences du commerce moderne, parfois ou souvent déshumanisantes. Fini les visites inopinées et de courtoisie dans les exploitations modernes, « tout se fait sur rendez-vous », et le temps est désormais compté pour les décideurs agricoles, souvent à la tête de centaines d’hectares ou de centaines de vaches. « Je n’ai pas eu d’autre hobby que mon entreprise » Pour Manfred, ses commerciaux, son personnel d’atelier et son service administratif, c’est toute sa vie. « Même le dimanche ! Je n’ai pas eu d’autre hobby que mon entreprise. » Marielle, son épouse, confirme en levant les yeux au ciel, laissant paraître un brin d’admiration devant cette forme d’abnégation et devant cet homme qui a voué sa vie à l’agriculture alsacienne. Et quand on demande à Manfred de raconter une anecdote, il en cite trois. La première, et la plus récente, ce sont ses 70 salariés qui lui ont fait une fête surprise au restaurant de la Gare pour son départ. « Un moment mémorable. Ils étaient tous là ! C’est ma plus belle récompense. » La deuxième, c’est ce commercial qui, parti un matin à 7 h chez un agriculteur à Schleithal, a conduit des négociations pour finalement conclure la vente de la moissonneuse à une heure du matin. Et la troisième, c’est cet agriculteur du terroir : « On arrivait chez lui, il ne serrait la main pour dire bonjour que lorsque le verre de schnaps posé sur la table avait été bu. » « J’ai dit à mon père : il faut sortir » Revenons sur le parcours de Manfred et de l’entreprise familiale. L’entreprise de ferronnerie a été fondée en 1885 par Bernard Niess, son grand-père. Après la Grande guerre, les établissements Niess ont pignon sur rue. À leur actif, plusieurs réalisations assoient leur réputation : le coupe-racines pour les betteraves fourragères, le pressoir mécanique vertical, la soufflerie à foin, la pompe à purin, une vanneuse et surtout en 1920, la batteuse baptisée immanquablement l’Alsacienne, dont il sortira 600 unités des ateliers d’Hoffen. La crise de 29 et la Guerre mondiale font leur œuvre. Manfred naît en 1949. Dès l’âge de 15 ans, le gamin d’Hoffen se destine au travail dans l’entreprise familiale. Et, dès ses 18 ans, son père Bernard lui confie des responsabilités. On est en 1967, les Ets Niess sont concessionnaires pour Vandoeuvre et Fordson. Les Ford jouissent d’une excellente image. Des tracteurs increvables et une motorisation novatrice avec les premiers moteurs turbo en agriculture au sifflement unique, comme pour le Ford 7000. Signe d’une époque qui change : « J’ai dit à mon père : il faut sortir, aller chez les agriculteurs ». Le « vendeur de coupe-racines » prend sa revanche Les débuts sur la route ne sont cependant pas évidents. Les agriculteurs réservent un accueil plus que réservé à ce « jeunot ». Un jour, se sentant toisé par un marchand de Massey-Ferguson le qualifiant de « vendeur de coupe-racines », il n’en prendra pas ombrage, mais trouvera en son for intérieur les ressources d’une motivation inébranlable pour conclure des affaires. Cette « revanche », Manfred l’a savourée à chaque fois qu’il a repris un Massey pour placer un Ford et plus tard un Fiat, puis un New Holland… Des tracteurs de légende, il en a vendu ! Jusqu’à occuper 50 % du marché des tracteurs sur sa zone de chalandise. Plusieurs dates marquent ensuite le développement des établissements : « la sortie d’exploitation » en 1976, pour quitter le centre d’Hoffen, le franchissement de la frontière naturelle de l’Outre-Forêt en 1992 et l’installation d’un atelier à Berstheim. Les Ets Niess mettent alors un pied dans l’Ackerland. S’engage une extension de la zone de chalandise jusqu’en 2002, une année charnière, car Manfred rachète Agrimat au Comptoir agricole à Hochfelden et ajoute Case à son offre. L’extension de Niess se poursuit avec une succursale à Fenétrange en 2006 et surtout en 2007, avec la base de Marlenheim-Kirchheim, « stratégique », selon Manfred car à l’épicentre de l’agriculture alsacienne. « Si nous ne l’avions pas fait, nous n’en serions pas là » 2012 est une autre année charnière. Les Ets Niess mettent un pied dans la viticulture - œnologie, en s’installant à Dambach. Ce choix se sera en réalité avéré hautement judicieux : « Si nous ne l’avions pas fait, nous n’en serions pas là. » Explications : le marché du tracteur connaît un boom artificiel en 2012 sous l’impulsion d’avantages fiscaux substantiels consentis lors des investissements. Il préfigure en réalité un marché qui s’annonce très difficile. Et le marché du machinisme viticole, sur une filière qui pèse plus de 40 % du produit brut agricole alsacien, arrive à point nommé pour compenser la chute drastique qui va suivre de 50 % des tracteurs de grande culture et de polyculture. Au cours de ce demi-siècle, Manfred aura été un grand témoin de l’agriculture alsacienne, un témoin unique et privilégié de son évolution. Cependant, il ne quittera pas de sitôt ce métier « qui lui a tant apporté » et pour lequel il a tant donné. Il conserve un pied sérieux dans le métier à Hochfelden, chez Agrimat, avec Marielle.

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