La vocation première des agriculteurs est de nourrir la population. En cette période compliquée, ce travail est plus que jamais nécessaire. Il est également reconnu. De nombreux consommateurs, des fidèles mais également des nouveaux, se rendent, depuis le début du confinement, dans les magasins de producteurs.
C’était le cas, jeudi 19 mars, au magasin de vente de la ferme avicole Meyer-Wioland à la sortie de Spechbach en direction de Bernwiller. L’exploitation propose une gamme complète de produits naturels à base de volailles. La « boutique », refaite à neuf il y a quelques années, est facilement accessible avec un parking d’une dizaine de places. À l’arrière, se situent les laboratoires de transformation et préparation des produits. L’ensemble des locaux est strictement conforme aux normes d’hygiène et comporte des outils sophistiqués pour garantir une grande qualité. Les parents, Agnès et Bernard Wioland ont pris leur retraite. C’est désormais Mathieu qui est à la tête de l’entreprise. Il est notamment accompagné de sa sœur, Rachel. Cette dernière, avec deux autres employées, était présente pour accueillir les clients.
« Depuis le début du confinement, nous avons adapté nos horaires d’ouverture. En l’occurrence, du mardi au vendredi de 8 h à 18 h en continu et le samedi de 8 h à 13 h. Auparavant, nous ne faisions pas cette continuité. Nous l’avons décidé pour étaler les visites de nos clients. Par ailleurs, nous ne faisons plus les marchés pour protéger nos équipes et les consommateurs », explique Rachel Wioland. Au tout début du confinement, elle a constaté une hausse des visites. Les jours suivants, la fréquentation est redevenue normale. « En revanche, les gens achètent différemment. Ils ont tendance à prendre un plus grand nombre de produits », explique la professionnelle. Elle s’inquiète évidemment de cette situation sanitaire et du temps qu’elle va se prolonger. « Jusqu’à présent, nous produisons de la même façon. Nous essayons d’avoir tous les produits habituels. On a simplement demandé à se faire livrer davantage de lait, de beurre et d’autres produits laitiers », conclut Rachel Wioland.
Lors de notre passage, deux clients ont accepté de répondre à nos questions. Deux fidèles. Michel, 48 ans, domicilié à Illfurth. « Je viens régulièrement ici toutes les trois semaines à un mois. La situation actuelle ne change rien sur ce point. J’achète pour deux personnes comme d’habitude. J’ai arrêté de travailler. Je suis cependant d’astreinte en exerçant dans la fonction territoriale. Cette actualité me permet simplement de faire mes courses en journée. C’est très important que de tels magasins poursuivent leurs activités », estime-t-il. Pour sa part, Maeva, 29 ans, arrive de beaucoup plus loin. D’Oltingue dans le Haut Sundgau. « Je suis venue une fois, par hasard, il y a quelques années, et depuis je n’ai plus changé. Venir ici, c’est bien mieux que d’aller dans les grandes surfaces. Déjà en temps normal, la qualité est là. Et désormais, il y a moins de monde ici que dans les GMS. C’est important de soutenir ce qui est local », précise la jeune femme.
« Pas envie de prendre de risque »
À l’Îlot fermier à Hirsingue, l’activité se poursuit également. Un balisage à l’extérieur explique aux consommateurs comment entrer et sortir du magasin. À l’intérieur, quelques affiches ont été installées. « SVP, prenez les légumes et fruits que vous aviez en main. Merci de votre compréhension et de votre collaboration ». Il y a également un balisage au sol avec un sens unique. « Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas plus de quinze personnes dans le magasin. Nous désinfectons régulièrement les poignées, les TPE et autres endroits plus sensibles. Pour le moment, tout se passe relativement bien. Il y a peut-être un peu moins de monde. Mais, il y a trois fois plus de gros paniers. Ce sont souvent des clients habituels. Mais, aujourd’hui (jeudi 19 mars), on a vu trois nouvelles personnes qui veulent éviter la foule des grandes surfaces », explique le responsable du magasin, Eric Monmarché.
Concernant les marchandises, les professionnels regroupés au sein de l’Îlot fermier poursuivent tous leurs activités et viennent régulièrement apporter leurs produits dans les rayons. À une exception près. Emilie Schmitt de la Ferme de la Petite prairie à Ranspach-le-Haut. Elle avait déjà fait le choix de stopper son activité de vente directe de produits laitiers et yaourts sur le site de l’exploitation familiale. Cette fois, elle a livré pour la dernière fois, le temps de la crise sanitaire, le magasin. « Je n’ai pas envie de prendre des risques pour mes clients, mes proches, ma fille. Dans la situation actuelle, il faut avant tout penser à notre santé. Et puis, il y a assez de travail à la ferme. Du coup, je ne serais peut-être plus en retard sur ma comptabilité et je vais pouvoir faire le grand nettoyage au-dessus du local de l’exploitation. Après, je réagis ainsi car j’ai la chance de pouvoir arrêter. Tout le monde n’a pas cette possibilité », précise Emilie Schmitt.
Une certaine organisation
Retour à Spechbach, cette fois au magasin les Champs de l’Ill. Jeudi 19 mars, c’était le premier jour d’ouverture depuis la mise en place du confinement. Le magasin continuera d’être ouvert les jeudis, vendredis et samedis. « Nous avons mis une certaine organisation en place avec des affiches et des règles à respecter. Nous veillons à ce qu’il n’y ait pas plus de cinq clients en même temps dans le magasin avec des distances à respecter. Nous avons également mis à la caisse un meuble pour préserver cette distanciation et du plexiglass. Nous avons également demandé aux vendeurs de se laver les mains après chaque passage d’un client car on pourrait manquer de gants à l’avenir. De toute façon, le monde médical en a beaucoup plus besoin que nous. Enfin, nous désinfectons régulièrement », assure le responsable de l’entreprise, José Pflieger. Avant l’ouverture, il reconnaît qu’il n’était pas tranquille face à cette situation. Il a rapidement été rassuré. Les clients respectent les consignes.
Parmi les 26 professionnels qui apportent leurs produits, une seule, de Haute-Saône, a demandé à ne plus faire de permanence tout en acceptant de venir livrer quand il n’y a personne. Notamment, les mardis et mercredis. « Nous avons demandé aux producteurs de ne pas venir livrer en même temps. Pour les horaires d’ouverture, nous avons décidé de ne pas les changer. La question s’était posée. Mais, c’est trop compliqué pour nous. Il faut quand même rappeler que nous avons encore les travaux de la ferme à réaliser. Ce matin (jeudi 19 mars), on s’est, par exemple, levé à 5 h du matin pour faire les abattages. Une centaine de poulets. Il n’y a aucune crainte à avoir concernant le stock. C’est l’avantage de la production locale. En revanche, on est comme tout le monde, un peu « paumés » par rapport à cette situation sanitaire. On ne sait pas comment elle va évoluer », ajoute José Pflieger. En attendant, les clients sont bien là. Des fidèles et quelques nouveaux, ravis de découvrir la variété proposée, pas moins de 300 à 400 produits différents. Dans le même temps, son fils, Jérémy, s’occupe de la production dans les champs. Avec le climat actuel, il sème les lentilles, la féverole et bientôt les pommes de terre précoces.