Vie professionnelle

Publié le 26/04/2020

Lors de notre précédente édition, nous avons consacré quelques lignes à la disparition du président Stalter. En cette période de confinement, j’ai dû faire le choix de reporter à aujourd’hui l’hommage de la profession agricole. Cet Homme, par son parcours d’exception, son engagement et son amour pour les travailleurs de l’ombre, fut un des plus grands défenseurs de la cause agricole. Il était donc légitime d’asseoir ce combattant des bonnes choses à nos côtés. Bernard Stalter aimait s’afficher avec nos producteurs. Il était un homme de proximité, humble de la tâche et avec l’œil toujours pétillant quand il évoquait les hommes et les femmes qui façonnent l’identité de notre pays. Bernard Stalter ne comptait pas ses heures pour concilier l’ensemble des forces vives de nos villes et villages. Son aura, son bon sens et son pragmatisme ont souvent permis d’éviter des fractures entre les secteurs de productions. Il n’hésitait pas à décrocher son portable, et surtout celui de Franck Sander. Trop souvent, on l’ignore, nos circuits courts, si plébiscités sont aussi une source de concurrence très forte et donc de crispation de la part des artisans de nos contrées. Vendre des légumes et y ajouter du pain, de la charcuterie, c’est par essence autant de pertes de chiffres d’affaires pour les boulangers, les bouchers… Bernard Stalter veillait au grain. L’équilibre global du territoire et la complémentarité des activités étaient son leitmotiv. Par lui, la co-construction des activités a pu se faire sans heurt, et nous devons, à ce titre, lui en être reconnaissant. Bernard Stalter a aussi été le VRP inlassable des métiers trop souvent décriés par le passé. En faisant de l’artisanat le premier réseau de France, il a façonné une image nouvelle des métiers manuels, aimant à répéter que plus de 30 % des chefs d’entreprise sont des artisans. Des artisans issus des cursus de l’apprentissage. En remettant à l’étrier l’apprentissage, il a su insuffler une nouvelle dynamique, un regard novateur sur les métiers essentiels, tellement essentiels, comme l’évoquait Franck Sander, pour redonner de l’espérance à nos jeunes en quête d’épanouissement. Ce souffle nouveau fut salutaire pour les cursus agricoles et, indéniablement, « cela fut un appel d’air »… D’ailleurs, les olympiades des métiers ont été un marqueur nouveau en termes de perspective pour les jeunes. Bernard Stalter était toujours en quête de renouveau. Lui qui fut « à l’initiative des journées de l’économie alsacienne avec Louis Hoerlé et Jean-Paul Bastian, savait qu’on était arrivé au bout en termes d’attractivité de ce rassemblement ; qu’il était urgent d’inventer autre chose, autre chose pour encore plus et mieux, réunir les acteurs de l’économie », note Franck Sander. L’agriculture et surtout les territoires ont perdu un Ami, un défenseur, un épicurien. L’image de l’homme est connue de partout et reconnue. Bernard Stalter avait à cœur de faire reconnaître la Chambre des métiers et de l’artisanat comme un acteur incontournable du paysage économique alsacien, à l’instar de ce que Jean-Paul Bastian avait semé. La réussite fut au rendez-vous. Nos métiers lui doivent beaucoup. Alors très simplement, Adieu Bernard et merci pour votre engagement à nos côtés.   Écrit par Michel Busch, directeur de publication.  

Approvisionnement des supermarchés

Les enseignes s’adaptent à la situation

Publié le 25/04/2020

En cette période de confinement, les commerces alimentaires mettent en avant les productions françaises. Rien de neuf selon Benoît Carrez, directeur de l’Intermarché de Colmar, Nicolas André, directeur de l’Hyper U de Colmar et Michel Biero, directeur exécutif achats et marketing chez Lidl France.

Comment fonctionne l’approvisionnement en produits frais de votre magasin en temps habituel ? Benoît Carrez, Intermarché : « Notre philosophie est de privilégier d’abord les produits français, via notre centrale d’achat nationale, ensuite la production régionale (centrale d’achat régionale) quand elle est disponible. À côté de cela, nous avons des dizaines de fournisseurs locaux, tant agriculteurs qu’entreprises agroalimentaires, avec lesquels nous travaillons en direct. » Nicolas André, Hyper U : « Le travail avec les producteurs locaux fait partie de notre ADN. Plus de 20 % de notre approvisionnement provient de producteurs locaux avec lesquels nous travaillons directement. » Michel Biero, Lidl France : « Notre système d’achat est centralisé pour nos 1 500 magasins en France. Depuis une dizaine d’années, nous avons décidé de tout miser sur le « made in France », c’est-à-dire que nous proposons des fruits et légumes français dès que cela est possible en fonction de la saison et des volumes. L’Alsace est un bassin de production important, ce qui nous permet d’avoir en rayon environ deux tiers de produits locaux dans les soixante magasins que compte le territoire. C’est l’une des proportions les plus fortes de France. »     Qu’est-ce qui a changé depuis le début du confinement en termes d’approvisionnement ? Benoît Carrez, Intermarché : « Notre centrale régionale se fait l’écho de producteurs ayant du stock et on se met en contact pour écouler le produit. Lorsqu’ils ont un sur-stock, nous faisons en sorte d’écouler leurs marchandises. Notre magasin est aussi inscrit sur la plateforme www.jaidelesproducteurslocaux.fr. Je ne crois pas qu’un producteur haut-rhinois y soit référencé pour le moment. Mais si cela vous intéresse, mon adresse figure sur ce site pour pouvoir me contacter directement. D’une manière générale, l’enseigne invite les PME à entrer en contact avec nous. Le rayon des fruits et légumes est en forte progression depuis le début du confinement. Nous avons d’ailleurs du mal à nous approvisionner pour certains produits. » Nicolas André, Hyper U : « L’enseigne a invité les producteurs à se rapprocher du magasin le plus proche de chez eux. Nous avons répondu à l’appel de deux maraîchers, un pépiniériste, un producteur de miel, un autre de viande… Nous travaillions déjà avec le Moulin Peterschmitt de Niederhergheim, pour notre boulangerie. Désormais, nous proposons la vente de sa farine dans le magasin. La dernière opération en date est la vente des tulipes d’un horticulteur. » Michel Biero, Lidl France : « Le rayon fruits et légumes enregistre une progression de 30 % en moyenne dans nos magasins (+70% certaines semaines). C’est impressionnant. Les pics de consommation sont irrationnels et difficiles à prévoir. On m’appelle tous les jours pour écouler des produits en manque de débouchés. Notre organisation centralisée permet de répondre à certaines demandes. En 24 heures, nous pouvons lancer une campagne publicitaire (journaux et radio) et liquider la marchandise en un week-end. Nous avons, par exemple, vendu soixante palettes de radis de la ferme Maurer à Dorlisheim. »     Quelle est votre politique en termes de prix ? Benoît Carrez, Intermarché : « Le producteur me donne son prix, je ne négocie pas, comme c’est le cas toute l’année. Lorsqu’il y a sur-stock, on vend soit à prix coûtant ou avec une marge réduite. Ensuite, nous affichons « soutien à la production régionale » et nous mettons le produit en valeur à l’entrée du magasin. » Nicolas André, Hyper U : « Chez U, en temps normal, c’est le responsable du magasin qui fixe les prix. Mais il existe un système de crise qui s’applique à tous : lorsqu’un produit est en surproduction, nous limitons nos marges. C’est ce qui se passe actuellement. Selon les semaines, cette politique s’applique à des produits différents. Les prix d’achat des centrales et des producteurs n’ont pas bougé. » Michel Biero, Lidl France : « Nous sommes présents en France depuis trente ans, nous avons donc établi des relations de confiance avec nos fournisseurs historiques. En cas de surproduction, on met nos marges au plus bas. L’idée n’est pas de faire de l’argent, mais de vendre le produit afin qu’il ne soit pas jeté. »      

SAS ferme Prim’Vert à Michelbach-le-Haut

L’œuf : de la production à l’approvisionnement

Publié le 24/04/2020

La ferme Prim’Vert calibre, emballe et commercialise environ 150 000 œufs par jour sur son site de Michelbach-le-Haut. Suivant la demande, cette capacité peut être augmentée. C’est le cas depuis le début de la crise sanitaire.

L’histoire de la ferme Prim’Vert commence en 1989 quand André Bastady rachète la petite ferme familiale. Il se marie avec Katia qui décide de le rejoindre sur l’exploitation. Le couple cultive alors plusieurs tonnes de persil, de roquette et de basilic en plein champ. « Des intempéries à répétition, notamment de la grêle, ont fragilisé financièrement l’exploitation et nous ont poussés à trouver une production et des revenus plus réguliers. C’est un ami qui m’a fait visiter une exploitation de poules pondeuses. C’est de là que vient l’idée de ce projet professionnel », explique André Bastady. En 1994, démarre la construction d’un hangar et l’acquisition d’équipements d’occasion pour 1 000 poules pondeuses. Les œufs sont produits, emballés et vendus en Alsace et en Suisse. Puis, très vite, la clientèle se développe et la demande devient supérieure à la capacité de production. Cette croissance nécessite un nouveau poulailler de 5 000 poules en cage. « Cela correspondait à l’élevage classique de l’époque. Mais, déjà, nous voulions proposer des œufs de poules en plein air à notre clientèle. Finalement, nous avons obtenu, en 2002, le permis de construire pour réaliser une sortie d’exploitation comprenant un bâtiment de 6 500 poules pondeuses en plein air, un hangar de stockage et une maison d’habitation. Travailler sur deux sites était compliqué. Avec l’obligation de se mettre aux normes, l’arrêt du poulailler en cage est devenu une évidence », ajoute l’agriculteur. Il y a dix ans, il décide d’investir dans la construction de deux nouveaux poulaillers d’élevage au sol et d’un centre de conditionnement performant, équipé d’une calibreuse « Moba », leader mondial. La capacité passe à 19 000 œufs/heure. L’agrément de conformité est obtenu en 2013. Des contrôles sont effectués toutes les six semaines. « Nous avons beaucoup investi. Nous avons également repris la production de Christian Mona et de Sébastien Stoessel, associés à Feldbach. Ainsi, nous avons pu proposer des œufs de poules élevées en plein air. Soit 15 000 supplémentaires », précise André Bastady. Chaque bâtiment a une surface de 900 m2 avec une turbine de 40 000 m3. « Nous avons raccourci les distances » Tous ces œufs sont vendus dans des boîtes de six ou de douze. Il a fallu pérenniser les débouchés. En temps normal, 20 % de ces œufs partent à l’export, essentiellement en Suisse. 50 % vont dans les grandes et moyennes surfaces de la région. Et 30 % vont à des boulangeries, pâtisseries, restaurants et hôtels. « Au départ pour les GMS, nous leur avons vendu un « concept » en faisant la promotion de la production locale en circuit court. Deux fois par semaine, nous nous rendons dans les magasins et nous faisons la mise en rayon. Nous faisons les rotations et nous reprenons les éventuels invendus. Le risque est nul pour eux », observe André Bastady. Après avoir intéressé les GMS du Sud Alsace, la ferme Prim’Vert a séduit à Mulhouse, Colmar puis, à Sélestat, via la ferme Kientz à Ebersheim. Aujourd’hui, les œufs sont livrés sur toute l’Alsace, de Saint-Louis à Saverne. Pour y parvenir, la ferme Prim’Vert s’est assurée, par des contrats de partenariat, de pouvoir s’approvisionner auprès d’une dizaine de producteurs. « En 2017, on nous a demandé de développer une filière d’œufs bio d’Alsace. Quatre producteurs ont répondu favorablement : Jaegy à Largitzen, Meyer à Werentzhouse, Fulhaber à Balgau et Wendling à Lupstein. Ces différents partenariats nous ont permis de gagner en qualité, en fraîcheur et en proximité. Nous avons raccourci les distances. D’ailleurs, la demande est toujours plus forte. Il faut produire et approvisionner nos clients et partenaires tous les jours », note André Bastady. La construction du centre de conditionnement à Michelbach-le-Haut a été une réponse efficace à cette demande. C’est dans ce bâtiment, que les œufs arrivent sur palettes. Ils sont posés sur un convoyeur où ils sont vérifiés, pesés, photographiés, marqués avant d’être triés automatiquement par gabarit et déposés dans les emballages. « Chaque œuf est photographié 24 fois. Nous sommes capables de faire 40 catégories différentes. Des œufs les plus propres jusqu’aux plus sales dans leurs aspects extérieurs. On met entre 120 et 160 impacts sur chaque œuf pour définir s’il y a une microfissure. Cet impact, c’est une bille en acier qui tape sur l’œuf qui permet d’écouter le son produit et de savoir si la coquille est fêlée. Les œufs sont pesés, désinfectés à l’ultra-violet pour enlever le reste des germes qui s’y trouvent. Ils sont mesurés à leur sortie comme à leur entrée dans le processus. S’il y a une différence, ils sont détruits. Nous les scannons. Ils sont tracés avec le code du producteur, et avec la date de production. Ce processus permet d’assurer une totale traçabilité. Chaque soir, les machines sont lavées de façon autonome. Elles sont également désinfectées. Nous nous sommes donné les moyens de faire quelque chose de bien grâce à des machines de qualité », se félicite André Bastady. Les œufs sont cherchés la nuit, de minuit à six heures du matin chez les producteurs. Le travail au centre de conditionnement s’effectue ensuite jusqu’à 15 h, puis les premiers camions sont chargés. De nouveaux débouchés « Nous étions trois en 2000 et pas moins de 18 aujourd’hui. Il y a les salariés à l’administratif qui prennent les commandes, d’autres au centre de conditionnement, ceux dans les poulaillers et les chauffeurs. En montant en puissance, j’ai toujours voulu m’assurer de pouvoir garantir un outil de travail optimal et un service de qualité. Nous ne livrons pas de centrales d’achats pour préserver notre autonomie. Et, surtout, je veille à ce qu’aucun de nos clients ne dépasse 5 % du chiffre d’affaires de l’entreprise », poursuit André Bastady. Forcément, depuis le début de la crise sanitaire, le quotidien a été bouleversé : l’hygiène et les gestes barrières ont été renforcés. Il a également fallu s’adapter à la fermeture des restaurants et autres hôtels. « Nous livrons davantage les grandes et moyennes surfaces. Les grosses centrales d’achat ne sont plus arrivées à suivre. Du coup, il y a eu parfois des problèmes d’approvisionnement. Cela nous a assuré de nouveaux débouchés. Les GMS locales et régionales sont plus flexibles et réactives. De notre côté, nous travaillons à un rythme plus soutenu. D’autant plus que cette crise sanitaire est arrivée dans une période où tous les bâtiments ne sont pas pleins. On est donc obligé d’aller chercher les œufs tous les jours et de faire de l’administratif », précise André Bastady.     Au total, l’entreprise a 300 clients, tout confondu. Pour les contrats avec les producteurs, le prix de l’œuf est indexé sur le prix de l’aliment. André Bastady s’est engagé avec eux sur douze années, à partir de 2018. Soit la durée de son prêt pour l’investissement dans son nouveau bâtiment. C’est son épouse, Katia, qui est la présidente de la SAS, André Bastady étant le gérant. « Nous cherchons encore un ou deux producteurs d’œufs en plein air pour s’assurer une quantité suffisante dans des périodes spécifiques comme actuellement. L’idée est également de se diversifier pour ne pas être dépendant d’un seul professionnel ou d’un seul magasin », conclut André Bastady.

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