Vie professionnelle

Fruits et légumes : ça va chauffer à Reichstett !

Publié le 05/08/2018

L’Alsace compte 700 producteurs de fruits et légumes, conventionnels et bios, indique Pierre Lammert, président du service fruits et légumes de la Chambre d'agriculture d'Alsace et de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Les surfaces s’étendent sur plus de 5 000 ha : deux tiers dans le Bas-Rhin et un tiers dans le Haut-Rhin. Analysant les faiblesses de la filière, le président déplore son manque de compétitivité par rapport aux autres pays européen, l’Allemagne en particulier, qu’il attribue au coût et à la pénurie de main-d’œuvre. Il a également pointé du doigt la faible capacité d’investissement des exploitations, la pression foncière, les distorsions de concurrence en matière de produits phytosanitaires et la forte dépendance vis-à-vis du prix du marché européen. Pour lui, la diversité des circuits de commercialisation est à la fois une force et une faiblesse. Une force, parce qu’elle permet de maintenir, voire de développer la production de fruits et légumes, alors que celle-ci est en net recul dans d’autres régions françaises. Une faiblesse, parce qu’elle complique la structuration des opérateurs. Mais la filière a aussi des atouts. Pierre Lammert recense le climat favorable, la disponibilité en eau, la forte diversité des productions, génératrice d’emplois. Il a mis en avant l’organisation de la filière, unique en France, grâce à une interprofession dynamique qui donne une image forte de la filière et à une communication active. Mais aussi le soutien technique aux producteurs avec deux stations expérimentales, Verexal et Planète Légumes. « Planète Légumes compte 500 adhérents », souligne-t-il. Mais la filière saura-t-elle saisir les opportunités qui s’offrent à elle ? La première consiste à répondre à la demande importante de produits locaux émanant des consommateurs, ainsi que des collectivités locales. « Il reste une marge de progression importante : l’Alsace ne produit que 25 % des fruits et légumes qu’elle consomme. » L’essor des produits bios est lui aussi porteur d’espoir. Une serre basse température innovante Et de nouvelles pistes s’offrent aux producteurs alsaciens. À commencer par le projet de géothermie profonde à Reichstett. La société Fonroche a signé une convention avec la Chambre d'agriculture et la société Richel, fabricant de serres professionnelles, pour monter une serre pilote de 5 000 m2 chauffée avec de l’eau de condensation, aussi appelée « chaleur fatale », disponible durant 8 000 h par an, la puissance étant de 200 000 MWh thermique. Cette eau à 30 °C constitue un véritable défi technique, explique Fabien Digel, directeur de Planète Légumes. Car en temps normal, les serres agricoles sont chauffées avec de l’eau à 50 ou 80 °C. L’avantage, c’est que cette énergie sera « quasiment gratuite », le fournisseur en garantissant le prix durant 25 ans. Une économie non négligeable, quand on sait que le chauffage constitue 25 % du coût de production des tomates sous serres. Le projet allie différents modes de production, hors-sol conventionnel dans une serre de 2 500 m2 et bio plein champ dans une serre multichapelle de 2 500 m2. Ces serres devraient être mises en place en janvier 2020. Autour d’elles, un îlot de 30 ha pourra accueillir des horticulteurs et des maraîchers désireux de développer leur production sous abri. Le président du Conseil départemental, Frédéric Bierry, s’est déclaré prêt à soutenir ce projet, notamment pour l’aménagement du site.

Publié le 05/08/2018

De violents orages ont frappé le Bas-Rhin en mai et en juin, avec des précipitations d’une rare intensité (60 mm/h). Ces trombes d’eau ont provoqué des inondations, des débordements de fossés et de canalisations, mais aussi des coulées d’eau boueuse un peu partout. « Plus d’une cinquantaine de communes ont été touchées en Alsace du Nord, dans le Kochersberg et l’Eurométropole », indique Rémy Michael, conseiller à l’Adar de l’Alsace du Nord. La réaction des élus ne s’est pas fait attendre : « Il faut des bassins de rétention », « C’est la faute des agriculteurs », etc. La Chambre d'agriculture d'Alsace a mis en place une cellule spécialisée qui est intervenue en urgence, ce printemps, à la demande des communes, des communautés de communes, de l’Eurométropole de Strasbourg, etc. « Dans l’urgence, on identifie l’origine des coulées de boue (présence ou non de céréales à paille…), on cherche des solutions, puis on entame le dialogue. » Cette cellule mène depuis plusieurs années une action de prévention des coulées de boue. Une démarche en trois étapes, la première consistant à faire un diagnostic de terrain pour déterminer le sens de l’écoulement des eaux, la sensibilité des sols, la topographie, les éléments paysagers. Un dialogue s’engage alors avec les acteurs locaux, élus, agriculteurs, partenaires (collectivités, SDEA), pour valider ce diagnostic et déterminer les solutions à mettre en œuvre. Privilégier les solutions préventives Des solutions préventives existent. L’assolement concerté, par exemple. Il consiste à répartir les cultures d’hiver et de printemps à l’échelle du territoire pour limiter les zones non couvertes à la sortie de l’hiver et améliorer la filtration du sol. Le non-labour, aussi. Car les résidus de culture ne sont pas enfouis, mais laissés au sol, ce qui ralentit la circulation de l’eau. Afin de limiter les transferts par ruissellement vers l’aval, des mesures curatives peuvent être déployées, comme les fascines, les bandes enherbées, les haies. « Lorsque l’on implante une haie, il faut sélectionner des espèces drageonnantes, qui font effet de frein hydraulique », précise Rémy Michael. La Chambre d'agriculture joue un rôle de médiation entre les agriculteurs et les élus locaux. « Souvent, nous sommes confrontés à des situations très tendues. Nous trouvons des solutions grâce au dialogue. » En fonction des propriétés du sol, du diagnostic érosion, des solutions préventives sont proposées. Par exemple, de recréer des ceintures vertes autour des villages, lorsqu’un remembrement est à l’ordre du jour. Mais comment les installer, sur quelle emprise, celle de l’agriculteur ou celle du promoteur ? Autant de problèmes à résoudre. Une participation financière du Conseil départemental serait un plus…

Publié le 05/08/2018

À sa sortie du lycée agricole d’Obernai, en 2004, Emmanuel Dollinger rejoint l’exploitation familiale, bien connue à Hœrdt pour ses asperges. En concertation avec ses parents, il décide d’ouvrir un magasin de vente à la ferme et de se spécialiser dans la production de légumes, dans la perspective de son installation, effective en 2012. Pari relevé : sur les 150 ha de terres cultivées par la famille Dollinger, près de 50 ha sont consacrés aux cultures légumières, le reste étant dédié au blé et au maïs. Outre les 7 000 m2 de serres, il produit 7 ha de légumes de plein champ, 10 ha d’asperges, 9 ha d’oignons et 16 ha de pommes de terre, conditionnées à la ferme. La palette est très variée : les productions estivales sont la tomate - il en cultive 25 variétés -, le poivron, l’aubergine, la salade, le haricot, la carotte, le céleri, la courge, la pastèque et le melon ; les productions hivernales sont le radis, l’épinard, la betterave rouge et la salade. 80 % de la production est commercialisée en vente directe, dans le magasin et par le biais de paniers fermiers. Actuellement 400 à 500 paniers sont livrés chaque semaine dans une soixantaine d’entreprises de la grande couronne de Strasbourg. Les 20 % restants sont vendus par l’intermédiaire du Comptoir agricole, de la Coopérative des fruits et légumes d’Alsace, de deux grossistes, Terre d’azur (Pomona) et Sapam, ainsi qu’auprès des restaurateurs des environs. Tous les membres de la famille participent au développement de l’entreprise. L’EARL est dirigée par Emmanuel Dollinger, son père Antoine s’occupant des grandes cultures. Sa sœur, Loriane a rejoint l’exploitation en 2015. Elle s’occupe de la gestion administrative et comptable de l’entreprise. La SARL est gérée par Annie Dollinger. Dix salariés et un apprenti travaillent dans l’entreprise, dont sept pour la vente à la ferme. De nombreux saisonniers sont employés par la famille Dollinger, 15 pour la cueillette des asperges, cinq pour celle des tomates. Au fil du temps, le vivier de travailleurs occasionnels a changé. « Nous avons d’abord employé de la main-d’œuvre française, puis polonaise. Aujourd’hui, nous nous tournons vers les saisonniers espagnols. »

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