Viticulture

Publié le 02/11/2017

Vendredi 20 octobre, le GIEE de Westhalten a présenté à d’autres syndicats viticoles alsaciens, mais aussi suisses et allemands la méthode de travail Repère, qui leur a permis d’élaborer des techniques afin de se passer d’herbicides sur une partie de leur ban. L’objectif n’est pas forcément de reproduire ce projet, mais plutôt la méthode de travail, à plus ou moins grande échelle.

« Aucun d’entre nous n’est plus intelligent que l’ensemble d’entre nous. » Cette citation de Kenneth Blanchard, spécialiste du management, résume assez bien le principe de la méthode Repère (Réseau d’échange et de projets sur le pilotage de la recherche et l’expertise), fruit du Grenelle de l’environnement, et qui vise à proposer une nouvelle forme de pilotage de la recherche, en y intégrant mieux les raisonnements et les contraintes des différents acteurs d’un projet. Construire une nouvelle vérité C’est cette nouvelle forme de travail collaborative qui a été mise en œuvre à Westhalten. Dans les années 1970, ce village, situé au fond d’une cuvette tapissée de vignes, a été envahi par plusieurs coulées d’eau boueuse qui ont profondément marqué les esprits des habitants. Pour les éviter, les vignerons ont enherbé les interrangs, et entretenu les cavaillons à l’aide de solutions chimiques. « Ça fonctionnait bien comme ça, mais on a voulu trouver une solution alternative au désherbage chimique », expose Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten. Mais comment faire pour se passer de désherbant ? Cette question de base énoncée, Jean Masson, coordinateur du projet à l’Inra, a rassemblé « toutes les personnes susceptibles d’avoir un avis sur la question ». Autant dire qu’il y avait du monde, et que chacun avait une réponse différente… « Nous avons alors énoncé un principe de reconnaissance, pour que chacun puisse expliquer son raisonnement, et que chacun trouve les moyens d’écouter les autres. Car l’objectif c’est de dépasser les images et les modes de raisonnement de ces acteurs très différents pour les croiser, et arriver à penser ensemble et différemment. Du coup, comme on construit une nouvelle vérité sur la somme des expertises de chacun, tout le monde entre dans l’incertitude. » Une étape enrichissante sur le plan humain : « Les viticulteurs ont fait venir leurs parents, qui ont raconté pourquoi ils avaient mis en place telle ou telle méthode. Ces échanges ont permis de révéler les contraintes héritées, de légitimer la démarche de la jeune génération, tout en reconnaissant le travail des anciens », relate Jean Masson. Du cavaillon « propre » au cavaillon couvert L’étape suivante a consisté à révéler les contraintes, ce qui fait que la situation a du mal à évoluer. « Des contraintes, il y en a par wagons, mais on peut les faire tomber. » Pour ce faire, elles ont été transcrites en une liste de questions auxquelles les acteurs ont tenté d’apporter des réponses. Vient ensuite une phase délicate, celle de l’engagement : concrètement, chaque viticulteur s’engage à ne plus utiliser de désherbant chimique sur combien d’hectares ? En tout, plus de 40 ha. Ce qui représente de 5 à 40 % du domaine engagé par viticulteur. Mais avec une nouvelle question : si le cavaillon n’est plus désherbé, qu’est ce qui va y pousser ? Et en voulant le garder « propre », « peut-être qu’on fait faux » ? C’est à ce stade qu’émerge l’idée d’aller chercher sur la lande sèche qui surplombe le vignoble une espèce endémique qui pourrait coloniser le cavaillon et contenir les adventices sans concurrencer la vigne. Une idée qui, de prime abord, ne séduit pas les associations de protection de l’environnement, pour qui la lande, classée Natura 2000, constitue un sanctuaire de biodiversité. Mais, finalement, à force de discussions, tous les acteurs arrivent à trouver un accord. Car, bien menée, l’idée est bonne d’un point de vue écologique : elle va à la fois permettre d’utiliser moins de produits chimiques, et de créer une continuité écologique entre le vignoble et le milieu naturel. La plante est identifiée parmi celles de la lande pour son port bas et rampant, qui ne gêne pas le travail et assure une bonne couverture du sol, et pour ses besoins en eau modérés, qui doivent donc limiter la concurrence avec la vigne. Il s’agit de la piloselle. Le droit à l’erreur « À ce stade, ce qui est difficile, c’est d’agir en situation d’incertitude. On ne sait pas où on va. Mais on sait comment le faire, car on en a discuté. Et on sait aussi qu’on a le droit à l’erreur », relate Jean Masson. La piloselle est donc implantée. Avec plus ou moins de succès. Chez certains elle meurt. Chez d’autres elle s’installe. Du coup certains viticulteurs abandonnent, d’autres poursuivent. « Nous plantons trois mottes entre deux pieds de vigne. À raison de 25-30 cts/motte, c’est le juste compromis entre le coût d’implantation et l’efficacité de couverture du sol que nous avons trouvé », indique Jean-François Lallemand. L’implantation se fait à la main et à genoux - « comme de la salade » - et est suivie d’un arrosage. À partir de la deuxième année, un entretien du peuplement par fauchage devient nécessaire. Le constructeur de matériel viticole Siegwald a donc mis au point une faucheuse qui enjambe un rang de vigne, pour une meilleure visibilité, et qui est équipée de têtes de fauche inclinables pour bien épouser le sol. « Nous pratiquons une à deux fauches annuelles. Une suffit si elle est bien placée », témoigne Jean-François Lallemand. Après trois années d’expérience, les viticulteurs ont tiré quelques leçons : ne pas implanter la piloselle sous une vigne trop jeune, et surtout soigner l’implantation. « On a parfois enregistré des baisses de rendement et de vigueur la deuxième et/ou la troisième année. Mais c’était dans parcelles où la piloselle ne s’était pas bien implantée, ce qui avait laissé de la place au ray-grass et au trèfle qui se sont développés et qui ont concurrencé la vigne. » Aucune différence à la vinification n’a pour l’heure été mise en évidence. Désherbage mécanique En parallèle, la Cuma qui s’adosse au GIEE de Westhalten fait l’acquisition de deux outils permettant de travailler le sol, l’un avec des disques, l’autre avec des lames, permettant de travailler mécaniquement le cavaillon. Les cadres ont été choisis pour leur capacité d’adaptation aux différentes configurations de parcelles. Certains viticulteurs n’utilise qu’un des outils, d’autres jonglent avec les deux : « Les deux outils ne font pas le même travail, donc ne procurent pas le même résultat », témoigne Jean-François Lallemand. Les disques scalpent les adventices, et l’outil peut être passé relativement vite, jusqu’à 5 km/h. Tandis que les lames travaillant entre les ceps, il faut leur laisser un temps d’effacement, au risque d’abîmer des ceps. « Souvent, pour le dernier passage, on utilise l’outil à lames, car cela permet de niveler le sol et donc de faciliter les transports de seaux durant les vendanges. » Un enherbement local pour l’interrang Une idée en faisant germer d’autres, les membres du GIEE de Westhalten, encouragés par l’expérience de la piloselle, ont eu envie de revoir l’enherbement des interrangs, potentiellement trop concurrentiel de la vigne. Un écueil qui pourrait être évité en utilisant des plantes sauvages qui poussent sur la lande sèche, donc qui seraient moins gourmandes en eau. « Nous avons organisé un atelier avec des botanistes qui ont dressé une liste des espèces, avec les caractéristiques de chaque plante. Une trentaine d’espèces ont été sélectionnées pour leur port étalé et leur cycle décalé avec celui de la vigne », décrit Mélanie Mermet, animatrice du GIEE. En 2016, les agents du Conservatoire des sites alsaciens (CSA) sont allés récolter les graines sur la lande. Nungesser Semences les a multipliées, d’abord en serre, puis en champ. « Actuellement, nous sommes en train de constituer le mélange, c’est-à-dire de définir quel sera le pourcentage de graminées, de légumineuses… Il sera planté à l’automne prochain. Notre objectif, c’est de concevoir un mélange suffisamment riche pour arriver à une autosélection des espèces en fonction des caractéristiques de chaque parcelle pour que le couvert s’auto-entretienne et devienne pérenne. » Un cercle vertueux La méthode de travail sur laquelle repos le (s) projet (s) du GIEE de Westhalten a vocation à être transmise et reproduite. Aussi « durant tout ce travail, des phrases énoncées par les participants ont été répertoriées et articulées lors de la rédaction de deux articles scientifiques, publiés dans d’éminentes revues. Les acteurs du projet apparaissent donc parmi les coauteurs des articles. C’est très rare », souligne Jean Masson. De la mise en commun des échecs et de l’entraide qui ont découlé du projet sont nés des liens d’amitié fort entre les viticulteurs de Westhalten. Déjà, ils sont repartis pour un nouveau cycle de travail. Avec comme question de base : Comment lutter contre le botrytis et le mildiou sans produits phytosanitaires de synthèse… Vaste programme ! Retrouvez l'expérience du GIEE de Westhalten en vidéo :      

Syndicat viticole, ville de Ribeauvillé, Chambre d’agriculture et Carola

Un projet collectif en faveur de la biodiversité

Publié le 02/11/2017

Le syndicat viticole, la ville de Ribeauvillé, la Chambre d’agriculture et les sources Carola conduisent avec les viticulteurs de Ribeauvillé un vaste projet agroenvironnemental pour redéployer la biodiversité dans et aux abords du ban viticole.

Nichoirs, potences à rapaces, semis de couverts mellifères de plantes autochtones, hôtels à insectes pollinisateurs, réaménagement des murets et des lisières : c’est un vaste projet en faveur de la biodiversité qui est actuellement conduit sur le ban viticole de Ribeauvillé. Et pour ce faire, l’ensemble des groupes constitués et institutionnels s’associent : le syndicat viticole local, les sources Carola, la ville de Ribeauvillé et la Chambre d’agriculture d’Alsace (CAA). « Nous avons choisi de mener à bien ce projet à Ribeauvillé car le groupe de viticulteurs y est très dynamique notamment avec la pose des capsules de confusion sexuelle », explique Frédéric Schwaerzler, technicien conseil à la CAA. Fait notoire, les décisions d’aménagement ont été définies conjointement avec les naturalistes de la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et Bufo pour les mammifères, batraciens, reptiles, qui ont d’abord effectué un état des lieux. La présence du hibou grand-duc a notamment été identifiée. Les abords des parcelles seront aménagés de divers nichoirs, potences à rapaces, posés avec naturalistes. Le projet intègre également des moyens donnés aux viticulteurs pour restaurer et entretenir les murs en pierre sèche du vignoble. Une formation assurée par le Parc des ballons sera proposée aux exploitants et salariés.   Des lisières de forêt réaménagées Un sujet concerne aussi les lisières de forêts qui sont toujours des lieux de forte biodiversité, par exemple pour les oiseaux cavernicoles. Entre la vigne et la forêt, une bande de 50 mètres sur la zone de l’Altenholtz, va consister à ouvrir le paysage, tout en laissant les arbres remarquables et en replantant des essences locales. Enfin, les sources Carola, qui envisagent de nouveaux captages, ont conduit une étude sur les abeilles, leur mortalité en lien avec la pression insecticide, le varroa mais également le bol alimentaire qui se fait rare à l’automne. D’où l’intérêt pour les viticulteurs et les apiculteurs de réintroduire des mélanges mellifères de plantes autochtones. Il a été fait appel à la maison de semences Nungesser à Erstein, qui depuis deux ans conduit un projet de ce type de semences, notamment avec le conservatoire des sites alsaciens et dans le cadre du projet Repère à Westhalten. « Le financement des semences est assuré aux trois quarts par la ville, Carola et le syndicat viticole », indique Frédéric Schwaerzler. Pour l’heure, cette facette du projet engage 16 viticulteurs. « L’idée est d’étendre ces semis à l’impluvium, mais le comportement des mélanges sera avant étudié, avec un suivi agronomique assuré par Chantal Rabolin et Christian Bockstaller de l’Inra ».

Publié le 30/10/2017

À Marlenheim, Yannick Groh a pu s’agrandir et s’installer comme vendeur de raisins au négoce. Il a engagé sa surface en apport total sur une longue durée pour optimiser la recette à l’hectare que lui paye Arthur Metz.

Rien n’était vraiment prévu, mais le destin a finalement bien fait les choses. En 2007, Yannick Groh reçoit l’offre d’un de ses voisins qui désire vendre une partie de ses vignes. L’affaire se conclut. Elle se renouvelle en 2009 et en 2011. À l’arrivée, le jeune homme a acquis un peu plus de 5 ha. Il démissionne du poste d’ouvrier viticole qu’il occupait depuis six ans et s’installe en reprenant en sus les 2,5 ha dont Marlène, sa mère, s’occupait depuis 1997 à la suite de ses propres parents, Jacques et Marguerite. À l’époque, elle n’avait pas persévéré dans la bouteille, une activité démarrée un temps par Jacques avec une partie de la récolte. BEPA et bac pro en poche, Yannick ne reprend pas non plus ce flambeau. « Il m’aurait fallu investir dans une cave alors que je rembourse déjà les emprunts contractés pour le foncier. De plus, la vinification n’est pas un centre d’intérêt pour moi » déclare-t-il. Alors, vendeur de raisins il est, vendeur de raisins il reste. Yannick cultive un terroir à dominante argilo calcaire plutôt sec. Son vignoble est assez bien regroupé sur Marlenheim et Nordheim : 5 ha se répartissent en trois parcelles et le reste en îlots de 10 à 50 ares. « Je traite le tout en dix heures, nettoyage compris » signale le jeune viticulteur. Dans ses parcelles les moins vigoureuses, il alterne un mélange de terre de champignonnière et de fientes de volaille avec une spécialité associant engrais organique et minéral afin que la mise à disposition soit plus rapide. L’herbe naturelle, ou semée dans les jeunes vignes, a droit de cité dans tous les rangs. Elle est entretenue par deux à trois passages de girobroyeur. Yannick désherbe le cavaillon en mélangeant un antigerminatif au glyphosate afin de réduire le recours à ce dernier. Il n’écarte pas l’idée d’intervenir mécaniquement, mais en dehors du temps et du matériel nécessaires, quelques vignes en dévers ne se prêteraient pas à cette solution. Yannick discute régulièrement de sa stratégie de protection de la végétation avec le technicien de son fournisseur. Il s’autorise les produits de contact, au moins deux, voire trois, systémiques, et un anti-botrytis si la situation l’exige. Il effeuille début juillet pour gagner deux à trois jours sur ses cadences de traitement. En 2017, il a pratiqué cinq interventions anti-mildiou et anti-oïdium, trois de moins qu’en 2016. Un contrat sur douze ans En replantant à 1,90 m ces dernières années, Yannick a résolument pris l’option de développer le pinot noir. « Le Steinklotz est un coteau qui s’y prête » dit-il en signalant l’appui que le syndicat viticole local qu’il préside depuis 2012, apporte à la demande visant à permettre l’accession de ce cépage à l’appellation grand cru. Yannick livre régulièrement du riesling et du gewurztraminer grand cru, mais a cessé de tels apports en pinot gris. « Les marchés de mon acheteur fluctuent. Il n’en demande plus. Souvent, il me l’annonce alors que les arcures sont déjà faites. L’apprendre avant la taille serait mieux » juge Yannick qui avoue un objectif de production proche du rendement autorisé dans chaque appellation. Aidé par la venue en production de 80 ares de jeunes vignes, il a livré le plus gros tonnage de raisins de sa carrière en 2017. « Il n’y a que le gewurztraminer qui a souffert du gel » explique-t-il. Sa position de vendeur de raisin convient à Yannick. « J’ai une recette mensuelle. Elle me permet de mieux gérer les dépenses. C’est important quand on a des emprunts à rembourser » juge-t-il. Il estime que la grille de prix d’Arthur Metz plafonnée en degrés est « correcte », même si le riesling « pourrait être payé un peu plus cher ». « Je privilégie la sécurité de la relation avec une grande entreprise » dit-il. En 2014, il a signé un nouveau contrat. Yannick s’est engagé pour douze ans, la durée maximale. « J’ai 33 ans. Ça se justifie » glisse-t-il. Ce choix lui permet de cumuler toutes les incitations financières offertes par le négoce en matière de durée d’engagement, d’apport total et de prime de partenariat calculée à la surface. Yannick est encore remboursé pour le transport de ses raisins au vendangeoir et touche de 10 à 15 cents selon le cépage sur la partie de sa vendange qu’il récolte manuellement. Enfin il a souscrit une assurance qui le dédommagerait en cas de défaut de paiement de son acheteur. Dans une pareille configuration, Yannick ne cherche pas à s’agrandir à tout prix. « Il me reste un peu de marge en main-d’œuvre. Je ne refuserai pas une parcelle voisine des miennes, mais je ne me vois pas aller exploiter à dix kilomètres ».

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