Viticulture

Club des professionnels du vin

Un salon pour de nouveaux débouchés

Publié le 21/11/2017

Pour son 10e rendez-vous à l’hôtel Hilton à Strasbourg le 13 novembre, le salon du club des professionnels du vin a réuni près d’une quarantaine de participants, dont cinq domaines alsaciens.

Domaines du Bordelais, du Languedoc, de la vallée du Rhône, de Champagne, ils étaient près de quarante réunis à l’hôtel Hilton à Strasbourg pour le 10e rendez-vous du club des professionnels du vin à Strasbourg. Créé à l’initiative de Gilles Temine, régisseur du guide Gault et Millaut, le premier salon a vu le jour en 1994 à Paris. Depuis, il a été décliné dans de nombreuses villes de France, Monaco, Bordeaux, Toulouse ou Reims. Séduire le monde de la gastronomie Cinq domaines alsaciens ont participé à cette édition parrainée par le sommelier Frédéric Voné, dont quatre pour la première fois. C’est le cas du domaine Henri et Luc Faller à Itterswiller, un des rares en biodynamie sur ce salon, qui « offre l’opportunité de diversifier notre clientèle, qui vient de moins en moins au caveau. C’est une tendance générale », souligne Luc Faller, avant de préciser que cette ouverture sur les salons a démarré avec celui des Vignerons Indépendants, à Paris et Rennes entre autres. Il espère à travers cette présence pouvoir « nouer des contacts avec des sommeliers », pour faire entrer ses vins chez des restaurateurs. Il avait notamment mis en avant un muscat 2015, Muscat Fleur, très subtil dans ses arômes, bien équilibré en bouche, qui lui a valu un coup de cœur au Guide Hachette cette année. Un vin qui traduit bien la patte des vins du domaine « à forte expression avec une trame droite et pure ». Le domaine du Vieux Pressoir à Andlau a fait mouche avec ses étiquettes originales qui ont attiré l’attention d’un restaurateur, notamment le Péché des moines et plus encore la cuvée Éclats de rose, un vin d’assemblage qui plaît beaucoup, souligne Matthieu Schlosser. Ce jeune vigneron espère pouvoir séduire des importateurs, pour ouvrir « des débouchés à l’international ». Première participation également pour le domaine Doff au Moulin de Riquewihr, dont l’objectif était de renforcer « la renommée du domaine sur le Bas-Rhin » avec notamment la découverte de son crémant, chardonnay 2015, et des rieslings grands crus Schœnenbourg, millésime 2013 en particulier. De retour d’un salon à Lille où il a eu « beaucoup de succès », le domaine Muller-Koeberlé de Saint-Hippolyte, espérait faire découvrir ses vins mais également « échanger avec les professionnels de la restauration », souligne David Muller, installé depuis trois ans sur le domaine. Pour sa première participation, il a voulu mettre l’accent sur la gamme clos des Aubépines, très travaillée en amont « pour élaborer des vins de gastronomie » avec des étiquettes élégantes, qui stylisent ces parcelles en terrasses. Autre vin phare du domaine, le rouge de Saint-Hippolyte, un pinot noir d’appellation communale, qui existe grâce à son grand-père, qui a « le premier planté ce cépage dans le village ». Miser sur les échanges et l’originalité Pour le domaine Bott Frères à Ribeauvillé de retour sur ce salon, « les contacts ont été plutôt intéressants » l’année dernière, souligne Olivier Adam, comptable du domaine. Il proposait quelques nouveautés, dont le pinot noir Éclipse 2015, vendangé durant l’éclipse, un vin corsé, tannique, « sans mise en barrique, pour garder le goût du vin », précise Laurent Bott. Il est vinifié comme un rouge et peut même accompagner du gibier. « C’est le réchauffement climatique qui permet de faire ce type de vin en Alsace », indique-t-il. Comme l’an dernier, les professionnels en quête d’originalité n’ont pas été déçus par les vins du Schieferkopf, de Bernardvillé, issus de vignes appartenant au domaine Chapoutier de Tain l’Hermitage. Unique domaine de la vallée du Rhône, il a proposé à la dégustation un Cornas Les Arènes 2015, et la palette des vins étrangers issus de leurs vignes, ceux de la vallée du Douro au Portugal entre autres. Côté Sud-Ouest, le domaine familial Haut Marin d’Élisabeth Prataviera a offert la découverte de sa gamme de côtes de Gascogne, des vins blancs « très différents, complémentaires à ceux d’Alsace ». Issus de cépages sauvignon, petit manseng, ils sont plutôt vifs, avec des arômes d’agrumes soulignés par une pointe iodée originale. Aux côtés des whiskies, des maisons de Champagne, cavistes, sommeliers et restaurateurs ont pu voyager tranquillement d’une région viticole à une autre, déguster la large palette des fleurons de ces vignobles dans l’alchimie renouvelée des rencontres avec ces vignerons.

2e dîner avec les Grandes Maisons d’Alsace

« Faire des particuliers des ambassadeurs de nos vins »

Publié le 20/11/2017

Près de 50 convives ont répondu à l’invitation des Grandes Maisons d’Alsace pour le deuxième dîner en présence de viticulteurs du groupe. La cadence est fixée à un diner par trimestre avec l’ambition de reproduire le modèle hors Alsace.

Les quatre viticulteurs s’accordent sur ce point : l’exercice auquel ils vont procéder ce soir n’est pas une nouveauté pour eux. Ce dîner avec les Grandes Maisons d’Alsace ressemble beaucoup aux wine-dinners pour lesquels ils sont sollicités à l’étranger, comme le relève Jacques Cattin Jr. Ici, il s’agit de « faire plaisir d’abord aux Alsaciens », souligne Marie-Paule Sturm Gilardoni, secrétaire générale du groupe des Grandes Maisons d’Alsace. « Nous passons souvent plus de temps à chercher une nouvelle clientèle, mais il ne faut pas délaisser celle qui est plus proche de nous », considère Anaïs Cattin. Cette initiative consiste en une soirée dans un restaurant « prêt à mettre l’Alsace en avant » avec un menu à 50 euros par personne, vins compris. Pour Laure Adam, du domaine Jean-Baptiste Adam à Ammerschwihr, il s’agit de « toucher les particuliers pour qu’ils deviennent les ambassadeurs de nos vins en proposant une belle sélection pour un prix abordable ». « Les dégustations en cave sont hors sol alors que l’on revient ici vers la destinée du vin, la table, ajoute Étienne Sipp, domaine Louis Sipp à Ribeauvillé. La cuisine a tellement évolué, il faut proposer des accords iconoclastes, exploser les modèles, donner confiance et oser. » Pour cela, chaque viticulteur a choisi de donner des cuvées emblématiques et/ou anciennes, absentes de la carte des vins du restaurant. Jean-François Kueny, maître de chais chez Dopff & Irion à Riquewihr, a par exemple sélectionné un riesling grand cru Schœnenbourg de 2000. « C’est un travail de pédagogie envers les consommateurs et parfois les restaurateurs, affirme Marie-Paule Sturm Gilardoni, avec comme objectif final d’avoir des vins d’Alsace au cœur de la carte des vins du restaurant. » Un travail qui n’est pas forcément nécessaire au restaurant de la gare à Guewenheim, son chef Michel Seidel étant un connaisseur de vin avec une cave riche de 1 500 références. « La phase de lancement de ces dîners est déjà très encourageante sachant que nous avons démarré en septembre », conclut la secrétaire du groupe. À partir de 2018, un dîner de ce type devrait être proposé par trimestre, toujours en Alsace, pour commencer.

Débat à la confrérie Saint-Étienne

Grands crus d’Alsace : diagnostic et solutions

Publié le 17/11/2017

Les grands crus d’Alsace, le nec plus ultra de l’offre en vins d’Alsace, souffrent globalement d’un déficit d’image. Le diagnostic a été posé et des solutions ont été proposées lors d’une conférence-débat à la confrérie Saint-Étienne, dont nous rapportons les propos en deux articles.

Alors qu’ils devraient se situer dans le haut de gamme de l’offre en vins d’Alsace, les grands crus d’Alsace - 7 % de la surface du vignoble, 3 % des volumes revendiqués et probablement beaucoup moins encore mis en marché - peinent souvent de surcroît à s’afficher dans les linéaires de supermarché avec des prix à la hauteur : parfois autour de 6 €/col. Mais la situation évolue avec des exigences de production plus qualitatives. Et des prix du raisin qui sont désormais appliqués forfaitairement à l’hectare : 25 000 €/ha. Une mesure qui devrait faire remonter de façon coercitive le prix des bouteilles. Christophe Ehrhart, Caroline Furstoss et Jean-Robert Pitte Dans le cadre d’un cycle de quatre conférences-débats, la confrérie Saint-Étienne a invité la sommelière Caroline Furstoss, l’académicien et géographe Jean-Robert Pitte, et le consultant et vigneron Christophe Ehrhart, à venir exposer leur vision des problématiques de notoriété qui affectent les grands crus d’Alsace malgré les efforts substantiels qui viennent d’être consacrés par la profession. Un débat modéré par Christian Pion, amateur et vendeur de vins d’Alsace, et introduit par Christian Beyer pour « créer un avenir, dont les grands crus constituent une belle opportunité de valorisation des vins d’Alsace ». La gueule du terroir et les tripes du vigneron Dans le rôle du haut fonctionnaire parisien qui analyse froidement la situation, Jean-Robert Pitte rappelle les recettes qui conduisent à des vins iconiques : ils doivent au préalable avoir « la gueule du terroir et les tripes du vigneron ». Mais cela ne suffit pas. Les grands terroirs tels que les climats de Bourgogne ont bénéficié d’une histoire qui leur a été très favorable avec des « amateurs éclairés » tels que les Rois de France. Et il faut de grands investisseurs : « Vous n’avez pas de Bernard Arnault ou de François Pinault en Alsace. » Et ses grands terroirs « ont été mis sous le boisseau. Ça vous a plombé durablement. Les alsaces ont longtemps été cantonnés au vin de choucroute des brasseries autour de la gare de l’Est ! » Il faut de surcroît avoir « un grand marché d’exportation captif. Et l’Alsace n’en a pas ! » L’Alsace a énormément de mal à exister sur les cartes à New York, confirme Christophe Ehrhart. Être convaincu de la grandeur des terroirs Les solutions ? Pour l’académicien, « le problème c’est d’être convaincu » de la grandeur des grands crus. Et il faut investir : « S’entendre sur des prix, c’est interdit ! Mais se fédérer pour défendre l’image, c’est possible. Pourquoi ne pas organiser de grands repas avec des chefs emblématiques dans des ambassades, avec des prescripteurs influents ? » Le problème, selon Christophe Ehrhart, c’est qu’il suffit de 300 bouteilles à bas prix pour « flinguer l’image » d’un vin qu’on ne devrait pas trouver en dessous de 15 €. Jean-Robert Pitte objecte : « Les champagnes à 10 € ne gênent en rien la maison Krug ou Bollinger. » Pour lui, ce n’est pas en décrétant un prix qu’on construit une notoriété. Le prix n’est que la conséquence de la demande. « Le problème est de créer du désir. » Caroline Furstoss tempère entre les deux propos : « Si j’ai des grands crus d’Alsace à 8 €, ça fait bizarre comparé aux autres régions. En plus, en tant que revendeur, si j’applique un coefficient, je ne serai pas incité à vendre ce vin. La cohérence des prix est nécessaire. » Verres, carte des vins, vieux millésimes : de la pédagogie Comment avoir une politique de prix cohérente à l’échelle de l’appellation ? « Les grands crus ce n’est que 3 %, on devrait arriver à s’approprier une vision commune, tous ensemble. Nos terroirs, c’est notre seul bien commun à défendre collectivement. Ça commence ici, en Alsace, où l’on trouve des verres d’un autre temps, du pinot noir congelé, des cartes où le nom du producteur et le millésime ne figurent pas pour les vins d’Alsace. Il y a un grand travail pédagogique », estime Christophe Ehrhart. « Vu la diversité qui ne fait que croître, il y a aujourd’hui nécessité de cibler les ventes : le bon vin au bon endroit, au bon moment. À vous de déceler ce qui convient le mieux au client, mais ne le perdez pas dans une gamme pléthorique », préconise Caroline Furstoss, ce qui devrait permettre « de valoriser les grands crus au plus juste ». Elle ajoute : « Les vins d’une dizaine d’années sont toujours de la valeur ajoutée à la carte du restaurant ». Nous reviendrons la semaine prochaine sur les nombreux propos tenus lors de cette soirée. Mais la confrérie Saint-Étienne donne d’ores et déjà rendez-vous le 7 décembre prochain pour une autre conférence-débat sur thème suivant : « L’Alsace en quête de notoriété mondiale », avec le témoignage de grands vignerons du Rheingau.

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