protection des cultures

Publié le 30/01/2018

Pionnière dans les prescriptions de produits de soin des plantes pour la viticulture biologique, AB2F proposait une après-midi technique avec le chercheur Christophe Bertsch, dont les équipes s’activent à trouver des solutions aux maladies du bois.

Après la reprise il y a 15 ans, des établissements Lucien Schroeter, avant-gardiste dans la prescription de produits de protection pour la viticulture et l’arboriculture biologiques, l’équipe AB2F n’a cessé de s’affirmer sur ce marché de l’agrofourniture et vitifourniture bio. En aval de la chaîne, la demande connaît une croissance à deux chiffres. Les techniciens d’AB2F tiennent donc à leur image de marque porteuse. Et c’est au Petit Wettolsheim, chez Annick Buecher, qu’ils ont proposé une après-midi technique, avec à l’étage, une multitude de fabricants de solutions pour la protection biologique, la fertilisation biologique et la stimulation des fonctions biologiques de défense, protection et nutrition des vignes. Et dans la salle de conférence, AB2F a fait appel au chercheur Christophe Bertsch qui présente l’état d’avancée des travaux de son équipe, financés notamment dans le cadre du Plan national dépérissement. Des solutions, soit par greffe de bois de variété du genre Vitis histocompatibles avec Vitis vinifera, mais résistantes aux maladies, « comme on le fait pour le phylloxera », soit par injection dans la souche de produits - à bon profil écotoxicologique de préférence - permettant « un curetage chimique » des bois morts de la souche. Cet amadou à l’origine de la fameuse expression des feuilles tigrées de l’esca, signe avant-coureur de l’apoplexie de la souche, par la sécrétion de gommes qui obstruent les canaux de sève. Si les espoirs de solution sont de mise, grâce aux travaux de cette équipe, Christophe Bertsch aime à rappeler qu’en 1921, René Lafon, avait déjà bien cerné la problématique des maladies du bois, dans son ouvrage culte La taille Guyot-Poussart dans les Charentes. Ce qui fait dire à Christophe Bertsch, reprenant une citation du prix Nobel de médecine Charles Nicolle (1866-1936) : « Ce qui est nouveau, ce n’est pas la survenue d’une maladie antérieurement inconnue, c’est cette survenue au sein d’un monde qui se croyait définitivement aseptisé, protégé et tranquille ». À méditer !

Publié le 09/01/2018

Les rencontres dans les fermes Dephy du Grand Est ont permis à plus de 700 participants de discuter de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. Douze fermes aux profils différents ont ouvert leurs portes durant le mois de novembre. Focus sur trois d’entre elles.

Il est 10 h à l’EARL de Santignon à Baslieux (54) où une vingtaine de personnes sont assemblées sous le hangar. Ce n’est pas uniquement la convivialité d’un bon café en cette fraîche matinée du 15 novembre qui réunit ce groupe. Aujourd’hui, c’est la porte ouverte du groupe d’agriculteurs Dephy animé par la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle. C’est l’occasion pour la famille Pierçon d’expliquer sa démarche et surtout de témoigner des premiers résultats obtenus dans leur quête de réduction des produits phytosanitaires. Selon Laurent Pierçon, la présence de son atelier de 70 vaches allaitantes est un atout qui lui permet de réduire sa consommation de produits phytosanitaires. C’est en particulier l’opportunité de valoriser directement ses cultures de printemps sur la ferme et d’introduire des prairies dans la rotation. Le soja est également testé depuis peu avec succès sur l’exploitation. La culture présente de multiples avantages, parmi lesquels la faible nécessité d’intrants, pas de mécanisation supplémentaire et une bonne rentabilité. Sur les deux dernières années, la famille Pierçon a réduit son IFT (indice de fréquence de traitement) de plus de 40 % par rapport à la référence régionale. L’allongement de la rotation contre les résistances La réduction des phytos est aussi accessible dans les systèmes céréaliers. C’est le constat qui a été mené durant la porte ouverte Dephy du 23 novembre chez Antoine Ferté à Montsuzain dans l’Aube. Sur ses 380 ha de SAU, en plus du colza, du blé et de l’orge de printemps, cet exploitant cultive du pois (printemps et hiver), du sainfoin et de la betterave. La rotation longue est un des leviers pour limiter les graminées résistantes mais Antoine Ferté ne s’arrête pas là et ses techniques sont nombreuses pour limiter le recours aux intrants. Motivé par sa conscience environnementale et sociétale, il a investi dans une herse étrille et une bineuse équipée de caméras (pour apporter de la précision dans ses interventions) notamment grâce aux subventions du PCAE. Il privilégie également les auxiliaires grâce à l’aménagement de 10 % de sa surface en Surface en éléments topographiques et couple l’observation de ses cultures à des modèles prévisionnels de maladies (blé et betterave). Sans compter la dynamique de son groupe Dephy animé par le Ceta de Romilly qui est un moteur dans la mise en œuvre de ces solutions. Le collectif est une vraie force pour changer son système Les personnes qui se sont rendues à la porte ouverte du 17 novembre à Feuges dans l’Aube ont pu rencontrer les exploitants aubois à l’origine du collectif de la SEP (Société en participation) du Signal. Ce collectif leur a permis de mettre en commun, l’outil de production (parcelles, matériel), les investissements, les connaissances mais aussi les prises de risque. Parmi les six fermes de la SEP, deux d’entre elles ont intégré le réseau Dephy animé par le Civam de l’Oasis afin de participer à des réunions techniques et surtout de valoriser leurs efforts dans la réduction des phytosanitaires. Pour atteindre leurs objectifs de réduction d’IFT, la SEP du Signal privilégie un assolement diversifié, la couverture du sol, l’implantation de variétés résistantes et de cultures peu consommatrices en intrants comme le chanvre. Déchaumage et TCS sont pratiqués (sans toutefois exclure le labour en cas de fort salissement), dans un environnement où les aménagements agroécologiques (haies, bandes enherbées, jachères) sont initialement peu présents. Cependant, dans un souci d’aménagement du territoire et désormais de protection des parcelles bio ou en conversion, les fermes de la SEP maillent peu à peu leur parcellaire de haies et bandes enherbées. Après avoir atteint un équilibre technique et financier, trois fermes de la SEP ont décidé de convertir en agriculture biologique tout ou partie de leur parcellaire, ce qui donnera naissance à la SEP Terobio dès 2018. Elle coexistera avec la SEP du Signal. Le Dephy Tour a été l’occasion de faire découvrir à un large public agricole les multiples profils des exploitations engagées, leurs sources de motivations ainsi que les leviers spécifiques à chaque contexte local. Un succès qui ne demande qu’à être reproduit pour la saison suivante.

Publié le 04/01/2018

Fin décembre, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis-Institut du végétal ont organisé une série de réunions techniques pour dresser le bilan de la campagne maïsicole 2017 et préparer la suivante. Malgré quelques accidents de parcours, le rendement régional moyen atteint 112 q/ha, soit un des meilleurs de ces dix dernières années. Alors que la chrysomèle s’installe, la pyrale s’est manifestée après plusieurs années de discrétion.

Depuis que la chrysomèle des racines du maïs a été détectée en Alsace, l’évolution des populations de ce ravageur du maïs non endémique fait l’objet d’un réseau de surveillance. Année après année, la tendance se confirme : la chrysomèle prend ses quartiers en Alsace. « On en trouve dans trois quarts des pièges, mais on ne constate toujours pas de dégâts », indique Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La chrysomèle est aussi bien implantée de l’autre côté du Rhin, où l’évolution de la situation laisse peu d’espoir quant à une possible régression de l’insecte : « Dans le Bade-Wurtemberg, le nombre de chrysomèles par piège est passé de 50 à 170 en un an », rapporte Laurent Fritzinger. Résultat, les autorités compétentes ont remis en place des restrictions à la culture du maïs en Allemagne. La rotation reste et restera en effet la meilleure des méthodes de lutte - d’autant que les solutions chimiques sont sur la sellette. Car si les larves de chrysomèle ne trouvent pas de jeunes racines de maïs pour se nourrir, elles meurent. C’est pourquoi la Chambre d'agriculture d’Alsace préconise la rotation dans les secteurs où les captures sont les plus importantes. Au-delà de 100 chrysomèles capturées par piège, il serait bon d’agir à l’échelle de la petite région agricole. « L’éradication du ravageur n’étant plus possible, il faut chercher à limiter son expansion par tous les moyens », argumente Laurent Fritzinger. Une année à pyrales À dire d’agriculteurs, la pression en pyrales a été assez élevée durant la campagne écoulée. Un constat que les techniciens agricoles viennent tempérer en le mettant en perspective : « Il y a certes eu plus de pyrales que les deux dernières années, mais on sort de trois années avec une pression relativement faible par rapport à des années comme 2010 ou 2013, où la pression était encore plus élevée. » Pour suivre l’évolution du ravageur, la Chambre d'agriculture d’Alsace, Arvalis-Institut du végétal, ainsi que d’autres partenaires du réseau de surveillance biologique du territoire mettent chaque année en place un réseau de prospection, réalisé sur des parcelles vierges de toute protection. Résultat cette année : « Sur 20 % des sites, aucune larve n’a été détectée. Et sur 60 % des sites, le nombre de larves était compris entre 0 et 0,25 larve par pied. Sachant que le risque d’avoir une incidence sur le rendement n’est réel qu’à partir de 0,2 larve par pied. Le risque était donc faible dans 70 % des parcelles et moyen dans 20 % », rapporte Lucile Pligot d’Arvalis-Institut du végétal. La dynamique de vol de l’insecte est suivie en mettant en cage des cannes de maïs infectées. Résultats : le pic de nymphose a eu lieu le 13 juin, au même moment qu’apparaissaient les premiers papillons, dont le pic de vol a eu lieu le 27 juin, suivi par un pic de ponte, le 4 juillet. Positionner les traitements avec une rigoureuse approximation Désormais, la survie de l’insecte va dépendre de l’hiver : « La pyrale survit mieux à un hiver froid et sec qu’à un hiver froid et humide. » La lutte est d’abord prophylactique. Elle passe par un broyage des cannes le plus rapidement, le plus collectivement et le plus bas possible après la récolte. « Lors de la prospection, nous nous sommes rendu compte que les larves descendent rapidement dans les cannes. C’est pourquoi il faut intervenir rapidement, sinon les larves sont déjà trop basses et on n’arrive plus à les atteindre avec le broyage. » Il existe un autre levier de lutte préventive : la date de semis. Plus elle est tardive, plus le maïs est petit au moment du pic de vol, et attire moins les pyrales qu’un voisin plus opulent. Vient ensuite le temps de la lutte curative. Or, pour limiter la propagation du ravageur, il est difficile de faire quoi que ce soit au stade de la nymphose, ou encore d’agir sur sa fécondation, ou sa fertilité. C’est donc au pic de vol qu’il faut traiter. Pour l’identifier, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis - institut du végétal, réalisent des suivis afin de détecter l’émergence des adultes et de relayer ce stade clé sur le terrain, notamment via le Bulletin de santé du végétal. La lutte curative peut être biologique, avec des trichogrammes, dont l’efficacité s’avère néanmoins limitée en cas de forte infestation et dépendante des conditions climatiques. Cette année, par exemple, « il a fait trop chaud pour que les trichogrammes soient vraiment efficaces ». La lutte peut aussi être chimique. Dans l’idéal, les traitements doivent correspondre au pic de vol, ce qui se fait mieux avec un enjambeur qu’avec un tracteur. Quoi qu’il en soit, le positionnement se fait toujours de manière approximative, puisqu’on ne sait qu’on a atteint le pic de vol que lorsque les comptages diminuent… Les essais menés par la Chambre d'agriculture d’Alsace révèlent un avantage au traitement au pic de vol par rapport au traitement au stade limite passage tracteur (LPT). La méthode de lutte préconisée est donc la suivante : en situation de risque faible, un broyage des cannes, et un traitement biologique ou chimique ; en situation de risque fort, un broyage des cannes, et un traitement chimique, soit au stade LPT avec du Coragen à 0,125 l/ha, soit au pic de vol, toujours avec du Coragen, mais à 0,100 l/ha. Enfin, Lucile Pligot rend les agriculteurs attentifs aux risques de confusion, notamment avec la fusariose de la tige qui peut engendrer des pieds mous, donc des maïs qui versent, et des têtes qui cassent.

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