protection des cultures

Betteraves sucrières

Tous contre la cercosporiose !

Publié le 06/10/2017

Le service agronomique de Cristal Union et l’équipe agrobetteravière de la sucrerie d’Erstein, en collaboration avec les sociétés SESVanderHave et Syngenta, ont organisé une rencontre technique sur le thème de la cercosporiose dont la virulence croît chaque année en Alsace depuis quatre ans. Plus d’une centaine d’adhérents sont repartis avec de nouvelles clés pour maîtriser cette maladie en Alsace.

La cercosporiose. C’est la bête noire des betteraviers alsaciens. Car la maladie est désormais très présente sur l’ensemble du territoire, et particulièrement dans les secteurs irrigués. En outre, les fortes attaques de 2016 et 2017 ont mis à jour des souches de champignon résistantes aux fongicides. L’homologation du cuivre pour lutter contre la maladie aide beaucoup les betteraviers. Mais il faut aller plus loin, notamment en matière de génétique. « De nouvelles variétés arrivent sur le marché, avec des différences de comportement importantes. Il nous a donc paru important de faire le point sur la maladie », indiquait Michel Butscha, adjoint au responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, en préambule de cette rencontre technique. Des outils de suivi de la maladie existent, comme CercoTOP, mais « doivent encore être optimisés pour accroître leur précision dans la détermination de l’apparition de la maladie, ce qui permettra d’améliorer le positionnement des traitements parfois trop tardifs ». En effet, pour lutter efficacement contre la cercosporiose, il s’agit de commencer à traiter avant même l’apparition des symptômes : « Si on voit des taches, il est trop tard, on ne fera plus que courir derrière la maladie », commente Michel Butscha. Autre problème : la cercosporiose n’est pas le seul ennemi de la betterave. « On ne peut pas relâcher la pression sur les autres parasites. Il s’agit donc de privilégier des variétés qui cumulent plusieurs tolérances », estime Michel Butscha. Et donc aussi accepter la baisse du potentiel de rendement de ces variétés multitolérantes. « C’est un virage à prendre pour être plus serein à l’avenir. Car sachant que la multiplication des traitements n’est pas une solution envisageable, ce n’est que par la génétique que la lutte progressera », estime Michel Butscha. Qui déroule une série de scénarios, avec des variétés plus ou moins tolérantes, des stratégies de traitements plus ou moins coûteuses et plus ou moins efficaces. Et dont il ressort que la marge est plus intéressante dans les stratégies utilisant des variétés tolérantes à la cercosporiose. Car leur moindre productivité est compensée par des traitements moins coûteux et/ou par une perte de rendement imputable à la cercosporiose moins importante qu’avec une variété sensible. Résistance multigénique Camille Barre, sélectionneuse au sein de la société SESVanderHave, a détaillé le mode d’action de l’agent pathogène, qui entre dans les plantes en passant par les stomates, puis se développe entre les cellules. Avec la lumière et la chaleur, le champignon va produire de la cercosporine, une phytotoxine qui va tuer les cellules des feuilles. Le champignon se développe d’abord dans les feuilles les plus anciennes, puis sporule et s’attaque aux feuilles nouvellement émises par la betterave. Mais pour produire de nouvelles feuilles, la betterave puise dans ses réserves, d’où les pertes de rendement enregistrées. Pour élaborer de nouvelles variétés, combinant tolérance à la cercosporiose et rendement, la société SESVanderHave met à profit les avancées permises par les nouvelles technologies. Les notations sont effectuées à partir d’images acquises par des caméras embarquées dans des drones. La présence de gènes de résistance dans le matériel végétal est vérifiée par des analyses moléculaires, ce qui permet d’accélérer le cycle de sélection. « Notre objectif est d’aboutir à une résistance multigénique, avec plusieurs gènes qui font barrière à l’agent pathogène. Il s’agit d’une résistance plus stable, plus difficile à contourner, mais aussi plus lente à transférer », indique Camille Barre. C’est pourquoi regrouper des gènes de résistance dans du matériel végétal constitue l’un des axes de travail du projet Aker, qui vise à améliorer la compétitivité de la betterave. Une résistance aux strobilurines exponentielle Si la lutte génétique progresse, la lutte chimique reste un complément indispensable. Il est donc nécessaire de gérer les problèmes de résistance aux fongicides afin de maintenir la productivité de la culture. « Des isolats de l’agent pathogène résistants à différentes familles chimiques existent naturellement, indique Frédéric Cannaert, chef de marché betterave chez Syngenta. C’est la pression de sélection exercée par certaines pratiques agricoles qui peut faire basculer l’équilibre entre les différents isolats, conduisant au développement de résistances et à une baisse d’efficacité des fongicides. » Un phénomène qui peut être accéléré par une mauvaise utilisation des fongicides. Il s’agit donc de veiller à les utiliser « au bon moment, à la bonne dose, à la bonne cadence, et avec une bonne qualité de pulvérisation ». (NDLR : lors de cette réunion, les coopérateurs ont d’ailleurs pu observer, grâce à un dispositif de démonstration, comment optimiser la qualité de pulvérisation et limiter les effets de la dérive.) Malgré ces mesures de précaution, la résistance de l’agent de la cercosporiose aux strobilurines est exponentielle : « De 9 % d’isolats résistants en 2013, nous sommes passés à 88 % d’isolats résistants en 2017 », indique Frédéric Cannaert, sachant que les prélèvements sont effectués là où des cas sont soupçonnés. Afin d’élargir l’éventail des solutions de lutte chimique, Syngenta a déposé une demande d’autorisation de mise sur le marché pour un produit phytosanitaire associant deux formes de cuivre à d’autres matières actives présentant différents sites d’action dans la cellule. Un produit qui pourrait être commercialisé en 2019, voire avant. Un paquet génétique lourd à porter Ce produit, qui vient d’obtenir une dérogation temporaire pour cet usage, a d’ailleurs été testé cette année dans un essai portant sur la stratégie de lutte fongicide réalisé à Schoenau. Si l’essai a confirmé l’efficacité du produit, il n’en reste pas moins que son application correspond à une forte dose de cuivre, dont le devenir dans le sol pose question. Des alternatives au cuivre ont donc été testées, avec parfois des résultats encourageants, constituant autant de pistes à creuser. Conduits par William Huet, responsable du département agronomie et services aux adhérents du groupe Cristal Union, les planteurs ont ensuite pu visiter la plateforme qui présente plus de 88 variétés : « Cette parcelle a dû être traitée, sinon on n’aurait rien vu tellement la pression en cercosporiose était importante, a-t-il indiqué. Il faut surtout regarder ce qui a été perdu au niveau des feuilles, parce qu’une betterave peut être verte parce qu’elle a émis de nouvelles feuilles. Mais cela se traduira par une perte de richesse. » Au fil des variétés, il commente : « En plus d’être tolérante à la cercosporiose, la variété idéale devrait aussi l’être au rhizoctone, à la rhizomanie, aux nématodes… Ça fait un paquet génétique lourd à porter. »

Publié le 29/09/2017

Le conseil d’administration de la FDSEA du Bas-Rhin a eu le privilège d’accueillir Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, à la ferme-auberge Trau à Ebersheim. Pendant plus de deux heures, les présidents cantonaux ont eu des échanges constructifs avec l’éleveuse venue du Maine-et-Loire.

Comme lors de ses passages sur les plateaux télé, Christiane Lambert a insufflé un vent de dynamisme au conseil départemental. Six mois après son élection à la tête de la FNSEA, elle a su prendre la difficile succession de Xavier Beulin. Au gré des échanges avec les responsables professionnels, la présidente de la FNSEA a détaillé son programme qui s’articule en trois priorités : améliorer les revenus en augmentant les prix, réduire les charges et les normes et enfin redresser l’image de l’agriculture et de la FNSEA. Améliorer les prix Les responsables de filières du conseil de la FDSEA ont insisté sur le manque de revenu de ces dernières années en élevage comme en céréales. « Il faut sortir de la logique de prix bas », a martelé l’éleveuse de porc. Dans beaucoup trop de productions, le prix payé est inférieur au coût de revient. « La FNSEA cherche à développer les outils permettant d’absorber la volatilité conjoncturelle des prix, mais là nous sommes structurellement en dessous des coûts de production, et ceci n’est pas tenable sur le long terme ». Sur ce point, les États généraux de l’alimentation sont suivis de près. Sans pour autant croire à la solution miracle, les différents ateliers seront l’occasion pour la profession de poser les jalons de notre stratégie sur les prix (lire l’article ci-dessous). Haro sur les phytos Si un dossier est symptomatique de l’accumulation des contraintes, c’est celui des phytosanitaires. Depuis quelques années, les contraintes s’accumulent, et ce sans fondement scientifique. Dispositif végétalisé permanent, certificats d’économie de produits phytosanitaires, interdiction de certaines molécules (diméothates, néonicotinoïdes) autant de nouvelles réglementations apparues ces dernières années. Aujourd’hui, c’est la position de la France sur la ré-homologation du glyphosate qui fait débat. « Sur ce sujet, il faut être très pédagogique », insiste la présidente de la FNSEA. Le grand public, sous l’influence des associations environnementales et des médias, ne comprend pas le sujet et réclame forcément l’interdiction. « Nous devons expliquer sans cesse que nous l’utilisons de façon raisonnée, qu’il n’existe pas d’alternative crédible à ce jour, qu’il est la base des systèmes de production comme les TCS qui sont promues dans le cadre de la lutte contre le réchauffement climatique. » Enfin, rappelons qu’il y a trois rapports d’agences indépendantes qui se sont positionnés pour la ré-homologation. En plus de la pédagogie, il faut de la fermeté. « La manifestation aux Champs Élysées fait partie de notre stratégie pour défendre nos moyens de production. En aucun cas, la FNSEA ne pourra accepter une interdiction brutale et unilatérale de la France pour une molécule aussi importante que le glyphosate », a-t-elle conclu. Fier d’être agriculteur Mais, insiste la présidente, « il s’agit d’un sujet sensible ». Le ministre Nicolas Hulot fait de ces grands dossiers des objets politiques. « Pour l’opinion publique, c’est la FNSEA qui défend une molécule cancérigène. Dans ces conditions, vous êtes inaudibles, il faut renverser la vapeur. » Certains ont catalogué la FNSEA dans une image d’Épinal de syndicat tout-puissant qui défend l’agro-industrie et les fermes des 1 000 vaches alors que la FNSEA est comme l’agriculture : riche de sa diversité. « Quand on est le syndicat majoritaire, on regroupe une multitude de producteurs comme j’ai pu le voir dans votre conseil d’administration, céréaliers, éleveurs, conventionnels, bios, filières longues et vente directe se côtoient pour défendre ensemble les intérêts de l’agriculture ». Pour la présidente de la FNSEA, il faut redorer le blason de la FNSEA, en même temps que celui des agriculteurs qui sont las de voir chaque semaine des émissions sur le véganisme, les scandales alimentaires et le bien-être animal. « Ce bruit de fond médiatique est insupportable pour les agriculteurs alors qu’ils peinent à se sortir un salaire et qu’ils travaillent 70 heures par semaine. Nous avons une stratégie offensive dans les médias, nous cherchons aussi à nous entourer de nouveaux profils (universitaires, sociologues, journalistes) pour toucher tous les publics ». Cette stratégie offensive et volontariste, la présidente de la FNSEA l’a utilisée le lendemain du conseil d’administration de la FDSEA lors d’un débat organisé par le journal « Le Monde » en présence de l’association végane L214.

Publié le 20/08/2017

La conférence proposée lors de la foire aux vins par la Chambre d'agriculture Alsace a notamment porté sur la lutte contre la flavescence dorée dans le vignoble. Si la région est encore indemne, le dispositif de surveillance a été renforcé et les professionnels sensibilisés.

« La flavescence dorée est une maladie épidémique incurable. Elle provoque perte de vigueur de la vigne, baisse de production et des dégâts pouvant aller jusqu’à la mort du pied infecté », explique Jérôme Attard, conseiller viticole à la chambre d’agriculture. Devant une centaine de viticulteurs réunis pour la Foire aux vins, la Chambre d'agriculture d’Alsace et différents partenaires ont fait un point sur les méthodes de prévention et les moyens d’éviter la contamination. Les symptômes les plus marquants sont un jaunissement de la vigne pour les cépages blancs, d’où le nom de jaunisse de la vigne, et un enroulement des feuilles. À ce jour, l’Alsace échappe à la contamination, alors que 70 % du vignoble français a été placé en périmètre de lutte obligatoire en 2016. Cela implique des mesures drastiques en termes de traitements insecticides, voire d’arrachage de parcelles. « L’Alsace n’est pas une île » « L’Alsace n’est pas une île. Tôt ou tard, elle risque de se retrouver avec un problème de flavescence dorée à traiter », explique Vicky Chan Fook Tin en charge du dossier à l’Association des viticulteurs d’Alsace (Ava). La cicadelle, vecteur de la bactérie (phytoplasme), a déjà été détectée dans le vignoble. Après plusieurs suspicions, un cas a été identifié l’année passée sur un petit secteur à Turckheim. Les viticulteurs ont appliqué un traitement insecticide unique sur plusieurs dizaines d’hectare autour de la parcelle concernée. Et le réseau de pièges a été renforcé dans les zones suspectes. Si cela a suffi à régler le problème, cette contamination crée un précédent dans la région. La prévention valant mieux que le curatif, l’Alsace veut intensifier le dispositif de veille sanitaire et mobilise ses viticulteurs. Onze syndicats viticoles se sont ainsi portés volontaires pour inspecter les parcelles à la recherche des signes de la maladie. Au total, 2 500 hectares de vignes vont être scrutés. « Pour les aider à reconnaître les symptômes de jaunisse, la profession met en place une application téléchargeable « Vigi AVA. » Elle comporte une bibliothèque de photos et permet de signaler un pied malade grâce à la géolocalisation, » ajoute Vicky Chan Fook Tin. Colloque transfrontalier le 9 novembre Parmi les autres mesures à prendre, il s’agit de s’assurer de la qualité du matériel végétal. Une des sources d’introduction de la maladie (avec les aulnes). « Celui-ci, lorsqu’il rentre en Alsace doit être certifié, et la filière veut développer la production locale de porte-greffe, » indique Guillaume Arnold, responsable du service technique au Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace (Civa). Le travail préventif régional se superpose avec d’ambitieux programmes de recherche. Comme celui de l’Institut national de la rechercher agronomique (Inra) de Bordeaux qui planche sur la flavescence dorée et son vecteur, la cicadelle. Pour sa part, le projet transfrontalier (Alsace/Allemagne/Suisse) « InvaProtect » se concentre sur les bioagresseurs invasifs dans les vergers et les vignes. Un réseau transfrontalier d’échange et de mise en commun d’outils et de compétences a ainsi été développé. Afin d’avoir une meilleure connaissance de la biologie de l’insecte et de préconiser des mesures de protection (prophylaxie, modèle de prévision du risque). Monté suite aux dégâts de la drosophile asiatique en 2014, le réseau s’est élargi à la flavescence dorée et à l’enroulement viral. Un sujet sur lequel travaille le centre Inra de Colmar. La lutte contre la flavescence dorée est réalisée en fonction d’une analyse de risque. Cette dernière nécessite une forte implication des professionnels. Les méthodes préventives sont indispensables pour limiter les incidences des méthodes curatives. Et, surtout, il y a nécessité d’intervenir le plus tôt possible. Un colloque transfrontalier aura lieu le jeudi 9 novembre dans les locaux de la Chambre d'agriculture à Sainte-Croix-en-Plaine. Le thème choisi portera sur « les bioagresseurs invasifs des vergers et vignes du Rhin supérieur : situation actuelle et possibilité de lutte. » De quoi avancer sur le sujet.

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