Après la rhizomanie, le rhizoctone… la filière betteravière doit faire face à l’intensification et la propagation des épidémies de cercosporiose. La maladie était au cœur d’une réunion technique organisée par Cristal Union.
La dernière réunion technique de Cristal Union avait lieu dans un contexte marqué par deux problématiques majeures, « mais pas sans solutions », souligne René Schotter, président de la section d’Erstein de Cristal Union. La première, c’est la cercosporiose. Justement, une bonne partie de cette réunion lui était consacrée, avec la présentation des améliorations en termes de déclenchement des traitements, d’élaboration des programmes fongicides… La propagation de la maladie est telle que désormais l’Alsace n’est plus la seule région betteravière française concernée, ce qui pourrait faire bouger les lignes en matière de nouvelles homologations, espère René Schotter.
L’autre volet de la lutte est génétique, avec là aussi un écueil à surmonter : certaines variétés, qui apportent un plus en matière de tolérance à la cercosporiose, ne sont pas inscrites parce qu’elles n’apportent pas de gain de rendement. Une règle d’inscription des variétés que betteraviers et sélectionneurs souhaitent donc voir évoluer.
« Il est plus facile de casser que de construire »
La seconde problématique, c’est le prix. « Le contexte mondial est difficile », concède René Schotter. L’Inde, la Thaïlande et le Brésil ont produit beaucoup de sucre en 2018, mais ce dernier annonce une baisse de sa production pour 2019. L’Inde, par contre, continue de soutenir la production de sucre de canne afin d’endiguer l’exode rural. Et, avec la fin des quotas betteraviers, les Européens ont cumulé une hausse des surfaces avec de bons rendements. Résultat : « Il y a eu du sucre bradé sur le marché », indique René Schotter, qui précise que Cristal Union n’a pas adopté cette stratégie. Malgré cela, le constat est là : « - 150 €/t de sucre en un an », résume René Schotter.
Le prix pour la campagne 2018 sera annoncé dans quelques mois. Dans ce contexte morose, René Schotter affirme que la coopérative fera son maximum pour assurer la meilleure rémunération de la betterave à ses adhérents et milite pour le maintien de la filière en Alsace : « Il est plus facile de casser que de construire », prévient-il.
Désherbage mécanique
William Huet, responsable du département agronomie de Cristal Union, se veut également optimiste : « Nous avons déjà réussi à trouver des parades à d’autres maladies, nous continuons à travailler et nous enregistrons des progrès pour circonscrire la cercosporiose. ». Néanmoins, il constate que ce qui a changé c’est que « nous sommes à un tournant en matière de lutte chimique car il y a de moins en moins de spécialités mises sur le marché. » Mais la betterave présente l’avantage d’être une culture sarclée, donc adaptée aux interventions de désherbage mécanique. Une thématique que Cristal Union travaille depuis plusieurs années, dans la perspective du retrait de certaines molécules herbicides du marché. « En conventionnel, il est possible d’économiser deux passages d’herbicide en intégrant du désherbage mécanique », estime William Huet.
C’est dans cette optique que la société Stecomat était invitée à présenter deux outils de désherbage mécanique. D’une part, une herse étrille Treffler, conçue pour effectuer un travail en plein quelques jours après le semis, avant la levée des betteraves. « En système bio cela ne pose pas de problème, car en raison des faux semis, les semis sont plus tardifs et sont donc effectués dans des sols réchauffés qui assurent une émergence plus rapide », commente William Huet. « À raison de deux trois passages avant l’émergence des betteraves, on arrive à extraire de nombreux filaments et à obtenir un décalage entre la culture et la flore adventice », poursuit-il. « Pour obtenir une efficacité optimale, il est possible de régler la pression des dents au sol en continu grâce à des capteurs qui tendent ou détendent des câbles reliés aux dents en fonction des caractéristiques du sol », explique Dirk Den Bakker, commercial Stecomat, devant une parcelle de betteraves atteignant le stade 4-6 feuilles. La herse y a été passée trois fois sans abîmer le feuillage des betteraves et permet d’obtenir un enherbement très limité.
Le second outil présenté, une bineuse autoguidée à caméra numérique Steketee Ic Light, vient en relais de la herse étrille, pour travailler l’interrang lorsque la culture est installée. Les caméras servent d’assistance au guidage par GPS. L’objectif est d’effectuer un travail en surface, pour assainir la couche superficielle du sol en coupant les adventices, sans faire remonter en surface d’autres graines. Pour éviter d’endommager la culture, il est possible d’écarter les lames, de régler la profondeur des socs et d’adapter la vitesse d’avancement. Différents accessoires sont disponibles : « Des moulinets en caoutchouc permettent de travailler sur le rang jusqu’à un certain stade », précise Dirk Den Bakker.
La variété comme premier levier de lutte
Devant l’essai consacré aux fongicides, Michel Butscha, adjoint responsable betteravier à la sucrerie d’Erstein, fixe : « Le premier levier de lutte, c’est la variété, car en matière de fongicides, les produits actuellement homologués ont une efficacité limitée dans le temps ». Les dates d’intervention sont déterminantes dans la réussite de la protection. Parallèlement aux nombreuses expérimentations dans le réseau d’essais de Cristal Union, les techniciens recueillent aussi les données auprès des agriculteurs : date de semis, de traitement, note de satisfaction : « Cela nous permet de mieux comprendre la dynamique de la maladie ». Depuis cet été, un Outil d’aide à la décision « VigilanceCerco » est disponible en ligne sur le site extranet des adhérents cristalcoop.fr. « Cet outil est le fruit de six années d’observation et d’expérimentation. En fonction du risque d’infection journalier, il permet d’indiquer à nos planteurs la date propice du premier traitement et la fréquence de traitement à respecter », indique Michel Butscha. Généralement le premier traitement doit être positionné quelque 830 à 850 degrés jour base zéro après le semis. Cette année, il était important de bien suivre les avis de traitement du début de cycle. Après une fin mai humide et un mois de juin très chaud, le risque d’infection journalier était soutenu tout le mois de juin, demandant ainsi deux interventions espacées de seulement 18 jours. Du coup, dans la parcelle d’essais, cinq traitements ont été appliqués. « On aurait pu en éviter un avec une bonne variété et en affinant notre stratégie fongicide. Notre objectif est de revenir rapidement à trois traitements maximum grâce à l’amélioration variétale » précise Michel Butscha.
Plusieurs programmes fongicides ont été testés et présentent une bonne efficacité en fonction de leur composition et de leur positionnement. L’association de produits à action systémique et de contact (cuivre) reste indispensable pour une meilleure efficacité. Le meilleur programme expérimental est celui qui intègre la molécule Methyl Thiophanate. L’utilisation de cuivre associé au soufre, employé en agriculture biologique, présente également un grand intérêt par son efficacité et offre la possibilité de réduire les quantités de cuivre dans les traitements.
La plateforme variétale visitée, à Schœnau, présentait l’avantage de se situer au cœur du Ried, à quelques encablures du Rhin, donc dans un secteur irrigué et avec des rosées plus importantes, entraînant une forte pression cercosporiose. Aline Barbière, responsable relation culture à la sucrerie d’Erstein, constate : « Nous avons pu voir la maladie progresser depuis les bordures de forêt, en lien avec l’humidité procurée par les arbres, et depuis les zones plus arrosées par couverture intégrale ainsi que les zones d’arrivée des enrouleurs. »
Découvrez cette journée en images :