Fruits et légumes

Label ferme à Lingolsheim

Des céréales aux légumes bios

Publié le 05/06/2018

Installés à Lingolsheim, à la périphérie de Strasbourg, Jacques et Fernanda Wurtz se sont lancés dans la production de légumes biologiques il y a quatre ans. Les débuts sont difficiles, même si la ferme commence à trouver son public.

De nombreuses personnes sont venues soutenir Jacques et Fernanda Wurtz, dimanche 20 mai à Lingolsheim. Le couple organisait une fête des asperges bios sur son site, celui d’une ancienne sablière remise en culture. Ce sol très léger convient particulièrement à la production de légumes. Jacques Wurtz s’est lancé dans le maraîchage voici quatre ans suite à la réduction de ses surfaces en raison de l’urbanisation. « Mon grand-père a transmis 100 hectares à mon père. Moi, j’en ai reçu 60 ha quand je me suis installé il y a 10 ans. Aujourd’hui, il me reste 40 ha car les constructions et la gravière n’ont pas cessé de s’étendre. » Lutter contre l’urbanisation semblait un combat perdu d’avance. Jacques Wurtz décide donc d’en faire un atout, les habitants de Lingolsheim étant, après tout, des consommateurs potentiels de produits locaux. Il aménage un parc à poules pour produire des œufs et commence à cultiver ses premiers légumes sur 70 ares. « Je me posais déjà la question du bio, raconte Jacques Wurtz. Ce sont les légumes qui m’ont fait franchir le cap. » Il investit dans une serre de 1 000 m2 et augmente ses surfaces maraîchères progressivement pour atteindre 4 ha en 2017. Les débuts sont difficiles : avant tout céréaliculteur, il doit à la fois se familiariser avec la production des légumes, maîtriser les méthodes de culture biologique et apprendre à gérer du personnel. Sur la sole qui n’est pas dédiée aux légumes, il expérimente tournesol, orge, avoine, pois, lupin, soja. Cet apprentissage, qui se solde parfois par des échecs, vise à préparer la conversion des surfaces restées en agriculture conventionnelle. Suite à ces différents essais, il envisage de ne garder que le soja, qui s’avère « la culture la plus rentable à condition de maîtriser l’enherbement ». En 2018, les Wurtz, qui sont aidés d’un salarié permanent et de quatre à six saisonniers, ont réduit la surface légumière à 3 ha, auxquels s’ajoute 1 ha d’asperges. Ils cultivent une trentaine de légumes différents selon les saisons : mâche, salades, carottes, courgettes, concombres, tomates (de plein champ), pommes de terre, patates douces, céleri, petits pois, navets, radis noir, chou de Milan, courges, oignons… Ils produisent aussi quelques fruits, notamment des fraises, des melons et des pastèques. Le couple élève par ailleurs quatre lots de volailles par an, qu’il écoule sur commande. Deux distributeurs en libre-service Pour la vente, Jacques Wurtz a investi dans deux distributeurs en libre-service installés à deux extrémités de la commune. Il organise également deux marchés par semaine à la ferme et ouvre tous les soirs à la belle saison. Les clients de Label ferme peuvent passer leurs commandes via le site internet et payer en ligne. Ils récupèrent les produits dès le lendemain dans un des casiers du distributeur grâce à un code qui leur est envoyé par SMS. 70 % de la production sont vendus en direct, le reste part chez des grossistes. Label ferme continue à chercher de nouveaux débouchés et Jacques Wurtz a bon espoir d’être référencé prochainement dans un magasin de producteurs locaux. Il espère sortir de la période de rodage cette année. « Je pense qu’on a trouvé la bonne taille et la bonne équipe, indique l’exploitant. J’ai la chance d’avoir de la place et que le bâtiment soit déjà amorti. Pour ce qui est du matériel, je me suis équipé pour le maraîchage mais j’avais déjà les tracteurs. » L’exploitant utilise également du matériel acquis en commun : il est en effet membre de deux Cuma, dont la Cuma Terre et Prés, qui a acquis un vibroculteur, une butteuse et une effeuilleuse à pommes de terre. « La Cuma, c’est super pour les échanges, surtout en bio, quand on est en train d’apprendre, comme moi », relève Jacques Wurtz. Ce sont d’ailleurs des producteurs bios, rencontrés lors de stages de formation ou dans le cadre de la Cuma, qu’il avait invités le 20 mai à sa fête des asperges bios et qui ont contribué au succès de la journée.

Publié le 27/04/2018

Après l’hécatombe de 2017 liée aux gels et à la grêle, la campagne arboricole alsacienne se dirige cette année vers une très grosse production bien aidée notamment par un mois d’avril relativement sec et chaud. Pour autant, rien n’est joué pour l’instant tant les aléas climatiques peuvent être soudains et violents.

Qu’elle soit qualifiée « d’anormale » ou de « catastrophique », la campagne arboricole 2017 a marqué les esprits en Alsace, entre épisodes de gel brutaux et averses de grêle dévastatrices. Dans ces conditions, la campagne 2018 qui démarre ne pourra qu’être « atypique » considère Hervé Bentz, responsable du Verexal à Obernai. « La floraison est tout simplement faramineuse, c’est presque du jamais vu. » La météo très chaude de la deuxième quinzaine d’avril a donné un coup de boost aux arbres fruitiers. « C’est bien simple, on voit la différence entre le matin et le soir dans les vergers. » Conséquence positive de ce temps chaud et sec, une pression maladie très faible voire inexistante. Les champignons devraient néanmoins être de sortie suite aux grosses pluies qui sont tombées lundi dernier en Alsace. En revanche, la nature est allée tellement vite que les abeilles ont eu du mal à suivre le rythme. « On n’en a pas vu beaucoup. Mais bon, vu la masse de floraison, il y a largement de quoi faire une très bonne récolte. » Ça, c’est la bonne nouvelle après une année 2017 bien difficile. La mauvaise nouvelle, si la grosse production se confirme, c’est une potentielle chute des prix. Car, comme le rappelle Hervé Bentz, ce n’est parce que plus de fruits sont produits que les consommateurs en mangent plus. « Du coup, ça risque de faire beaucoup de travail pour pas grand-chose. » Sans compter les conséquences sur la floraison 2019 qui, pour le coup, risque de redescendre à un petit niveau. Pour l’instant, seule la récolte d’abricot devrait être un peu en deçà en 2018, conséquence d’un mois de mars où les arbres ont été « bloqués » après un hiver doux. « Il y a ainsi des variétés où les arbres sont quasiment vides », fait remarquer Hervé Bentz. Du brouillard contre le gel Évidemment, ces prévisions peuvent aussi ne pas se concrétiser tant les incertitudes liées au climat sont fortes. Si les nuits des 20 et 21 avril de cette année n’ont pas été soumises au gel comme l’an passé, le risque d’une récidive n’est pas encore écarté. En effet, tant que les « fameux » Saints de Glace ne sont pas passés au calendrier, à savoir les 11, 12 et 13 mai cette année, des nuits très froides restent possibles. « C’est le fruit d’observations empiriques sur plusieurs générations. Tant que ces dates ne sont pas passées, il y a toujours un risque potentiel de gel pour les cultures », explique le responsable du Verexal. Outre les méthodes utilisées avec plus ou moins de succès l’an passé, une nouvelle méthode de lutte contre le gel a été présentée récemment à des producteurs. L’idée consiste à créer un brouillard à partir de la combustion de balles de paille. La fumée dégagée est ensuite alourdie avec des gouttelettes d’eau afin que le brouillard se maintienne au sol. Cette machine, développée en Hongrie et alimentée par de la biomasse, permettrait de « limiter la casse » en cas de gel, en tout cas jusqu’à un certain stade. « Dans les vergers où cette machine a été testée, on a gagné quatre degrés. Cela suffirait pour des gels modérés. Après, on souhaite surtout qu’il n’y ait plus de gel pendant dix ans », poursuit Hervé Bentz. En effet, il faut plusieurs années à la nature pour se remettre d’un épisode comme celui de l’an passé. Mais même avec plusieurs années consécutives sans gel, il est difficile d’établir des certitudes en arboriculture, car un grand nombre de paramètres entre en ligne de compte. « La nature démolit nos convictions les unes après les autres. De nouvelles questions se posent sans arrêt. Celles d’il y a vingt ans ne sont plus transposables aujourd’hui. Entre le climat et les variétés qui évoluent, il y a énormément de variables. C’est pour cela que les services de la Chambre d'agriculture d’Alsace passent dans tous les vergers pour donner des conseils personnalisés. On ne peut pas donner une recommandation qui soit générale de Wissembourg à Saint-Louis. »

Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace

La saison est lancée !

Publié le 20/04/2018

Après des débuts timides, les asperges profitent de conditions météorologiques favorables pour pointer le bout de leur nez. La saison a officiellement été lancée mardi 17 avril par l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace sur l’exploitation de la famille Merius à Horbourg-Wihr.

Sur les parcelles les plus précoces, les premières récoltes ont débuté vers le 10 avril. Mais, les asperges étaient encore peu nombreuses le 17 avril. « Avec ce soleil et ces températures estivales que l’on va avoir tout au long de la semaine, elles vont sortir pour ce week-end. Tout laisse à penser que les rendements vont être importants », constate Jean-Charles Jost, président de l’Association pour la promotion de l’asperge d’Alsace. Le léger retard observé en début de campagne sera vite oublié. Après une météorologie hivernale tardive favorable à l’asperge, les travaux dans les champs ont été retardés par l’arrivée d’un épisode de froid intense. Les buttages ont été réalisés dans des conditions très moyennes. « Une nouvelle fois, la météo n’était pas de notre côté au mois de mars. On a parfois été contraints de forcer la culture. Toutes les parcelles ont ensuite été bâchées », ajoute Jean-Claude Jost. Depuis, l’asperge se développe et sort petit à petit de terre. Seul problème : si dans la région, le calendrier est normal, ce n’est pas le cas dans le reste de l’hexagone. « Il va y avoir un télescopage avec les asperges des autres régions, notamment dans le sud de la France qui accuse beaucoup de retard, précisément à cause de la météo. Il risque donc d’y avoir sur le marché beaucoup de marchandise au même moment. Cela ne va pas favoriser les prix vente. Et nous savons que nous ne pourrons jamais rivaliser avec nos collègues des autres régions ou d’Allemagne. Ils n’ont pas les mêmes charges de travail, les mêmes structures, les mêmes exploitations. Quoi qu’il en soit, l’association a un message à faire passer. À vous les producteurs : valoriser vos asperges. Aux consommateurs : achetez-les à leur juste prix », insiste Jean-Claude Jost. Deux atouts Deux conditions d’autant plus nécessaires que les producteurs sont confrontés à la réalité économique et à la difficulté de trouver de la main-d’œuvre. Cette dernière se fait rare et implique d’investir dans un budget conséquent. Il faut pourtant être prêt au bon moment, sachant que la récolte des asperges doit durer jusqu’au 15 mai environ. « Nous avons deux atouts, nous producteurs alsaciens : un terroir idéal pour l’asperge et un bassin de consommation important », conclut Jean-Claude Jost. Présent lors de ce lancement officiel de l’asperge d’Alsace, Denis Digel, spécialiste des questions économiques et sociales à la FDSEA, complète ces propos en évoquant le poids des contraintes administratives en France. Pour l’emploi, il cite l’exemple de l’exonération de charges pour les entreprises sur les salariés saisonniers. « Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), ces 6 % d’exonération de charges sont une réalité jusqu’en 2019. Après, on ne pourra plus y prétendre. On parle là, quand même de 6 à 7 points de charges nouvelles pour nos entreprises. » Pierre Lammert, président de l’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) a, quant à lui, salué les producteurs, mais également les grossistes et les distributeurs présents pour le début de cette campagne sur l’asperge. « Ce produit est emblématique en Alsace. Il y a une bonne communication. Nous avons encore les capacités d’augmenter la production en accueillant de nouveaux producteurs », précise-t-il. Avant de rappeler que l’Ifla va organiser de nombreux événements dans les semaines à venir pour promouvoir les fruits et légumes d’Alsace : le « primeur tour » en mai pour lancer les produits de printemps, la « saga des fruits d’été » pour les cerises, framboises et myrtilles, mais également un salon professionnel, le 18 septembre à Sélestat, pour intégrer tous les professionnels agricoles en lien avec la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Ou encore une manifestation qui permettra aux chefs de rayon des grandes et moyennes surfaces de se rendre sur les exploitations pour rencontrer les producteurs. 4 hectares En attendant, producteurs, responsables professionnels agricoles, distributeurs et grossistes étaient tous présents, ce mardi sur l’exploitation de la famille Merius à Horbourg-Wihr. Cette dernière a, pendant longtemps, été exclusivement céréalière. La famille a d’ailleurs son siège et des terres à Brognon, près de Dijon, en Bourgogne. On y cultive du maïs, du blé, du colza, du soja, parfois du tournesol et, en libre-service, des fraises. À Horbourg-Wihr, Michel Merius exploite 45 hectares, longtemps essentiellement consacrés aux seules productions de maïs et de betteraves. C’est toujours le cas. Mais, la volonté est, d’une part de se diversifier, d’autre part de préparer l’avenir. « Nous avons planté des asperges il y a quatre ans. Nous avons fait notre première récolte l’année passée. C’est un retour aux sources puisque, par le passé, il y a toujours eu des producteurs d’asperges à Horbourg-Wihr. Nous avons aujourd’hui 4 ha qui y sont consacrés. 2 ha sont déjà en production, et 2 ha sont sur une parcelle encore jeune. Nous sommes sur des terres limoneuses qui s’y prêtent assez bien. Nous couvrons nos asperges avec des films plastiques qui permettent d’éviter la gadoue en cas de pluie, de favoriser la pousse et d’aller cueillir les asperges une fois par jour », explique Michel Merius. L’agriculteur reconnaît cependant qu’il n’est pas un spécialiste de la culture. Il a engagé cette diversification pour permettre l’installation de belle-fille, Anne-Sophie. Âgée de 25 ans, elle n’était pas intéressée par les céréales. L’asperge a été l’une de ses motivations. « Je m’occupe de la culture de l’asperge pendant la saison jusqu’au mois de mai, ensuite de la cabane « point de vente » au rond-point entre Horbourg-Wihr, Sundhoffen et l’autoroute où nous proposons des fruits et légumes jusqu’en octobre. En hiver, je fais un peu de comptabilité et en décembre, je suis occupée à la vente de sapins de Noël. Nous commercialisons toute notre production en direct. Cela favorise le contact avec la clientèle et nous permet de tenir un prix. C’est aussi pour cela que nous préférons ne pas agrandir les parcelles consacrées aux asperges », explique Anne-Sophie Merius. Outre ce point de vente, il y a également, devant l’exploitation à Horbourg-Wihr, un distributeur automatique où l’on retrouve ces asperges (et d’autres produits). « Nous y mettons les asperges récoltées le matin même. Pour le moment, cela marche bien, même si ce n’est que le début de la campagne », ajoute la jeune femme.

Pages

Les vidéos