Fruits et légumes

Suppression du dispositif TODE

Qui veut la peau des cultures spéciales ?

Publié le 12/10/2018

La suppression du dispositif d’allégement des charges des employeurs de saisonniers (TODE) va se traduire par un renchérissement du coût du travail pour l’employeur, représentant une perte nette de 3,5 millions d’euros pour le département du Bas-Rhin, dont l’agriculture se caractérise par des productions exigeantes en main-d’œuvre occasionnelle. La FDSEA et les Jeunes Agriculteurs ont organisé une rencontre avec les représentants de l’État pour dire l’inquiétude du monde agricole.

Le dispositif de réduction des charges pour l’emploi de travailleurs occasionnels, plus connu sous de nom de dispositif TODE (pour Travailleur occasionnel demandeur d’emploi), est le fruit d’une réflexion menée par les responsables professionnels agricoles alsaciens afin d’atténuer le déséquilibre qui pénalise les agriculteurs alsaciens par rapport à leurs confrères allemands, qui bénéficient d’une main-d’œuvre moins chère, rappelle Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Sa disparition annoncée reste donc en travers de la gorge de ces mêmes agriculteurs alsaciens. Certes, souligne Yves Séguy secrétaire général de la préfecture du Bas-Rhin, le dispositif TODE doit être remplacé par un nouveau système d’allégement du coût de l’emploi, censé être « amplifié, élargi et porté à un niveau plus incitatif », de telle sorte qu’« au niveau national, toutes cultures confondues, la ferme France doit s’y retrouver ». Mais soit l’Alsace ne fait définitivement pas partie de la France, soit les règles de l’arithmétique ne s’y appliquent pas… Car d’après le calcul de la FDSEA du Bas-Rhin, le coût du travail pour un saisonnier rémunéré au Smic augmentera de 189 €/mois, soit 1,25 €/heure de travail. Joseph Behr, explique : « Il faut distinguer les travailleurs occasionnels des travailleurs permanents. » Pour les premiers, la suppression du dispositif TODE s’accompagne de la suppression du Crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), le tout étant remplacé par un nouveau système d’allégement qui ne compense pas la perte des deux dispositifs précédents. Les seconds ne bénéficiaient pas du TODE et ne perdent « que » le CICE, remplacé par un nouveau dispositif. Le gap est donc moins important pour les travailleurs permanents. Sauf que dans une région comme l’Alsace, où les productions spéciales sont nombreuses, les besoins en main-d’œuvre sont importants, et essentiellement saisonniers ! « À l’échelle du Grand Est, 155 000 contrats de saisonniers sont concernés, cela représente environ 20 millions d’euros de pertes », avance Étienne Losser, président des Jeunes Agriculteurs du Grand Est, qui affirme : « Localement, on ne s’y retrouve pas ». Risque de délocalisation Jean-Charles Jost, producteur d’asperges à Bilwisheim, témoigne : « Le coût de la main-d’œuvre peut dépasser 50 % de notre coût de revient. Malgré le CICE et le TODE, le coût de la main-d’œuvre en France était encore un des plus élevés d’Europe. Donc, je ne comprends pas cette décision. Si ça continue comme ça, dans dix ans, il n’y aura plus d’asperges en Alsace. Les prochaines années seront décisives. » Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, confirme ces craintes : « Les gens, qu’ils soient d’ici ou d’ailleurs, ne viennent plus travailler chez nous pour le Smic. Étant donné le niveau de charges en France, on ne peut pas les payer plus. Dans d’autres pays, les employeurs ont moins de charges, donc ils peuvent mieux rétribuer les salariés, qui préfèrent aller y travailler. » Christian Romain, président de Fleurs et Plantes d’Alsace, alerte sur le risque de délocalisation de certaines productions. « On dit toujours que l’agriculture n’est pas délocalisable, mais ce n’est pas vrai », confirme Albert Binder, vice-président du Syndicat des producteurs de semences de maïs d’Alsace, une production qui est intégralement exportée. « Si ce n’est pas nous qui produisons, les Russes et les Polonais le feront », prévient-il. Gérard Lorber avance deux chiffres qui tendent à prouver que le processus de délocalisation des cultures à plus-value est déjà en marche : « La surface consacrée aux asperges a diminué de 56 % en France en 20 ans, alors que dans le même temps elle a augmenté de 112 % en Allemagne ». Pour Gérard Lorber, ce constat est essentiellement lié aux distorsions de concurrence qui règnent entre les deux pays. Franck Sander confirme : « Nous sommes en compétition avec le monde. La libre circulation des marchandises doit s’accompagner de choix stratégiques. » Risque de baisse qualitative L’autre risque qu’avancent les responsables syndicaux, c’est une baisse de la qualité des productions agricoles locales. « En viticulture, on a une réponse au manque de main-d’œuvre : les vendanges mécaniques », avertit Luc Anstotz, viticulteur à Balbronn. Cette réforme va dans le sens inverse des efforts qui ont été consentis en Alsace pour construire une agriculture diversifiée, élaborer des circuits courts : « On a beau avoir la meilleure volonté du monde, pour aller de l’avant nous avons besoin de soutien. Car sans résultat économique, on ne fait rien », lance Véronique Klein. Pour elle, si le déséquilibre du coût de la main-d’œuvre persiste en Europe, « ça n’ira pas ». « Nous avons besoin d’une harmonisation européenne. Et, à ce niveau-là, nous ne pouvons rien faire, c’est à l’État de le faire. » Agricultrice biologique, elle signale aussi que ce type d’agriculture est gourmande en main-d’œuvre, et risque donc d’être particulièrement impactée par cette réforme. Et, sans même parler d’agriculture biologique, Pierre Barth indique : « Les agriculteurs sont disposés à utiliser moins de produits phytosanitaires, mais les méthodes alternatives, par exemple le désherbage mécanique, requièrent souvent davantage de main-d’œuvre. » Recul pour l’emploi local Joseph Lechner, président de la commission emploi FRSEA Alsace et producteur de houblon, qualifie la réforme de « recul », alors que le déficit de main-d’œuvre s’installe : « Quel système voulons-nous ? Du détachement ? Des prestataires étrangers ? » Pour Christian Schneider, représentant de la MSA, une chose est sûre : « Les entrepreneurs trouveront toujours un moyen de rentrer leur récolte ». Mais ce ne sera pas forcément au bénéfice de l’emploi local. Or « l’agriculture a un rôle à jouer pour réduire le chômage. Malheureusement ce type de décision va dans le sens inverse », assène Franck Sander. Yves Séguy et Christophe Fotré, directeur départemental des territoires (DDT), ont assuré qu’ils feront entendre les craintes des agriculteurs pour l’avenir des cultures spéciales en Alsace : « Nous serons attentifs pour accompagner ce changement, et pour que les employeurs agricoles n’en soient pas les victimes. Une attention particulière doit être portée à l’Alsace, qui se caractérise par une mosaïque de cultures spéciales. »

Sur la ferme Arnaud Metzger à Stattmatten

À la découverte de l’oignon d’Alsace

Publié le 12/10/2018

Du semis au conditionnement, l’oignon a révélé tous ses secrets aux participants à la journée de découverte organisée par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace. Rendez-vous était fixé sur la ferme Arnaud Metzger à Stattmatten, le mardi 9 octobre. Un agriculteur qui sait de quoi il parle : il cultive 16 ha d’alliacées, oignon jaune et rouge, échalote, échalion et ail.

C’est la première fois que l’interprofession organise une journée de promotion de l’oignon sec, « une production peu connue et pourtant importante en Alsace », souligne Pierre Lammert, président de l’Ifla. C’est en 2003 qu’Arnaud Metzger se lance dans la culture de l’oignon, sur une surface de 4 ha. À l’époque, il travaille avec un conditionneur. Cette collaboration s’arrête en 2008. Arnaud Metzger et son père décident alors de fusionner leurs exploitations en créant l’EARL Metzger Arnaud et de conditionner eux-mêmes leur production. Une production qui monte en puissance au fil des ans. La création d’un logo en 2017 marque un tournant : il permet à l’entreprise de se démarquer sur ce marché concurrentiel, mais avide de produits locaux, et ainsi de nouer de nouveaux partenariats. Prochaine étape, la construction d’un bâtiment de conditionnement et de stockage. « Nous sommes à la recherche d’un terrain pour concrétiser notre projet. » Le saviez-vous ? Il existe deux types d’oignons, les oignons de jours courts et les oignons de jours longs. Les premiers sont semés fin août pour être récoltés début juin. Les seconds sont semés fin février, début mars et sont récoltés de mi-juillet à début septembre. Les oignons de jours longs sont des oignons de conservation qui permettent de faire la jonction jusqu’à la récolte suivante. « Plus les variétés sont tardives, mieux elles se conservent », souligne Arnaud Metzger. Une bonne bulbaison, clé de la réussite Les oignons sont semés en planches de quatre à six rangs, souvent en doubles rangs, à une profondeur de 2 cm, précise Anaïs Claudel, conseillère de Planète Légumes qui assure le suivi de cette culture tout au long de l’année. Ils ont un système racinaire superficiel, ce qui rend l’irrigation indispensable. « Il faut obtenir un appareil foliaire suffisamment important pour permettre une bonne bulbaison et assurer ainsi une récolte abondante. » À ce titre, la campagne 2018 s’est révélée particulièrement compliquée. « Nous avons fait douze tours d’irrigation », indique Arnaud Metzger. Et pour implanter la future récolte, l’agriculteur a dû arroser la parcelle à deux reprises, afin de pouvoir préparer le sol et semer les graines dans de bonnes conditions. Du jamais vu, foi de producteur… Les besoins en azote de l’oignon sont estimés à 200 unités. Les apports sont fractionnés pour apporter l’engrais au bon moment, en particulier au stade 4-8 feuilles et à la bulbaison. Le calcul des doses à apporter se fait sur la base du bilan sortie d’hiver, précise Anaïs Claudel. Le désherbage est une période très délicate, car l’oignon ne couvre pas le sol et est très sensible à la concurrence des adventices. Les consommateurs étant de plus en plus attentifs à la réduction des produits phytosanitaires, tout est fait pour réduire le recours au désherbage chimique : « Nous préconisons un désherbage alternatif, combinant des interventions chimiques et mécaniques », indique la conseillère. Les principales maladies contre lesquelles doit lutter le producteur d’oignons sont le mildiou, le botrytis, la fusariose. « Ils peuvent détruire complètement une parcelle. » Il existe d’autres maladies comme le thrips. « Dans notre région, la mouche de l’oignon est moins problématique. » La récolte est entièrement mécanisée. Une fois sortis de terre, les bulbes sont acheminés vers le hangar où ils sont effeuillés, puis triés en trois catégories, avant d’être stockés jusqu’à leur conditionnement en sacs à bande en filet tricoté au logo de la famille Metzger. « Nous employons quatre à cinq saisonniers », précise l’agriculteur.

Publié le 21/09/2018

La première édition du salon professionnel Passion de nos terroirs a réuni producteurs, transformateurs et distributeurs aux Tanzmatten de Sélestat, mardi 18 septembre. 85 exposants, plus de 600 visiteurs, six conférences et d’innombrables rendez-vous d’affaire. 

Favoriser les échanges commerciaux de proximité. Tel est le credo du premier salon Passion de nos terroirs, organisé mardi dernier à Sélestat. L’événement vise à favoriser les contacts entre professionnels de l’alimentation. À la clé : d’éventuels contrats. 85 exposants et plus de 600 visiteurs ont répondu à l’appel du Conseil régional et de la Chambre régionale d'agriculture du Grand Est. « On sentait une vraie attente », se félicite Fabien Digel, un des organisateurs. Les participants saluent en chœur le succès de la journée. Mais tous n’étaient pas venus avec les mêmes objectifs. « On est là pour se faire connaître », avance Thibert Rieffel, assis derrière ses pots de choucroute et sacs de pommes de terre. À 21 ans, il vient de reprendre la fabrique de son père. Il espère se familiariser avec ses clients actuels. Et en rencontrer de nouveaux évidemment. Sa stratégie pour attirer l’attention des acheteurs potentiels ? Le lancement de produit. Ainsi, les frites lancées en juillet occupent une place centrale sur sa table. « Si on avait reçu les publicités, j’aurais aussi communiqué sur l’IGP choucroute d’Alsace» (lire en page 6 de notre édition précédente du 14 septembre 2018). Pour le jeune entrepreneur, participer à un salon représente un budget. Entre le petit stand et ses heures de travail, il a dépensé 500 € dans la journée de mardi. Une dépense nécessaire selon lui. « Se faire voir c’est important. » Mais se faire voir de qui ? Pas évident de dégoter de nouveaux clients dans un salon où la plupart des visiteurs sont alsaciens. « On connaît plus de la moitié des personnes présentes », concède Thibaud Weinmann, commercial chez les poulets Siebert. Même réponse chez la majorité des exposants. Mais l’intérêt est ailleurs. « Ici, on était sûr de rencontrer des gens sensibles aux circuits courts », justifie le jeune homme. Et cela n’empêche pas les bonnes surprises. Il a récolté quelques cartes de visite de potentiels clients lorrains et marnais. Mais il admet attendre « beaucoup des éditions du salon en Lorraine et dans les Ardennes, où nous sommes moins implantés. » Plus loin, Guillaume Keller enchaîne les rendez-vous avec de potentiels nouveaux fournisseurs. « En 2 heures ici, j’ai récupéré plus de contacts qu’en quatre jours à Égast », lance le responsable des achats de Sodexo dans le quart nord-est de la France. En ligne de mire, le salon de la gastronomie qui a réuni plus de 300 exposants à Strasbourg en mars. Mais, le cadre vise plus largement les gros salons où « on vient surtout pour manger à l’œil ». Rien à voir à Sélestat. Là, Keller loue le professionnalisme des participants. « Ici, je fais le tour et si je vois quelque chose qui manque dans ma gamme, je prends contact », explique l’acheteur. De là, tout peut aller très vite. Avec Tereos par exemple. L’entreprise de Marckolsheim fabrique des aliments à base de végétaux, comme les steaks vegans. « Je suis allé les voir et on a pris rendez-vous pour mardi prochain sur leur site », se réjouit Guillaume Keller. « C’est plus facile de se faire une idée du produit quand le fournisseur le défend avec ses tripes et pas sur un catalogue internet », ajoute Éric Hoffman, directeur du supermarché Auchan à Illkirch-Graffenstaden. Ce type de journée booste aussi les projets de développement de nouveaux produits. Les distributeurs profitent de ces rencontres pour faire passer des messages sur l’évolution de la demande du client. Le cadre de Sodexo a ainsi pris contact avec un fournisseur capable de lui fournir des frites bios. Un aliment absent des menus du géant de la RHD. Résultat : d’ici deux ans, il pourrait lui acheter jusqu’à 15 t de frites par an. Chez Auchan, on vise un autre objectif. Apprivoiser les fournisseurs. « Auchan c’est une grosse boîte, très centralisée, ça peut impressionner », constate, lucide, Éric Hoffmann. C’est pourquoi il est venu avec une dizaine de responsables régionaux. Sur son stand, presque aucune publicité ou décoration. Son équipe n’est pas là pour jouer les figurants. Ils sillonnent le salon à la recherche de la perle rare. Pas de doute, ils sont au bon endroit.

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