Fruits et légumes

Publié le 17/01/2019

Ni franchement loupée, ni complètement réussie, 2018 laisse à une majorité d’agriculteurs une impression d’avoir fait du sur place. Côté cultures, pluviométrie déficitaire, sécheresse et températures en hausse ont fortement joué sur les rendements. Côté élevage, les producteurs, qui doivent composer avec le manque de fourrage, continuent à réclamer des prix couvrant leurs charges.

  Regard 2018 Eav  

Publié le 01/01/2019

Les producteurs de pommes de terre ont récemment participé à une réunion technique organisée par Planète Légumes, très dense en actualités techniques et réglementaires.

La campagne 2018 a été marquée par des coulées de boue localisées au printemps, des températures élevées et un déficit hydrique prononcé durant l’été, ayant entraîné la succession des tours d’eau à un rythme soutenu. Conséquences de ces conditions météorologiques : un risque mildiou limité, une réduction du calibre, davantage de maladies de présentation et une recrudescence des dégâts de taupins. Le rhizoctone était présent sur les tiges, entraînant des fissures et des pustules en cas de protection insuffisante. L’alternariose s’est déclarée assez tardivement, mi-juillet. Les pucerons n’ont pas été très problématiques en Alsace, contrairement aux doryphores, dont les auxiliaires ont pâti des conditions climatiques de l’hiver, ce qui a permis une émergence et un enchaînement des générations rapides. « Si le gel et l’humidité ne font pas leur effet cet hiver, il y aura une réserve à surveiller pour la prochaine campagne », prévient Denis Jung, conseiller à Planète Légumes. Mais le fait le plus marquant de la campagne a sans doute été la forte pression en taupins. « Les conditions chaudes et sèches ont sans doute poussé les larves à piquer les tubercules pour y trouver de l’eau », avance le conseiller. Au final, le rendement alsacien est en baisse de 20 %. Il l’est aussi dans le Grand Est et au niveau national. Malgré une hausse des surfaces, la production est donc en baisse. Ce qui a entraîné une augmentation des prix, les usines de transformation cherchant à sécuriser leur approvisionnement en matière première. La production de plants étant également en baisse, il faut s’attendre à un manque de plants pour la prochaine campagne et de plus petits calibres, prévient Denis Jung. Fertilisation et biostimulants Planète Légumes a réalisé un essai portant sur l’effet de l’apport de différentes formes d’engrais phospho-potassiques sur une parcelle menée en bio à Obernai. Cet essai n’a permis de mettre en évidence aucune différence de rendement significative en dehors des hors calibres ou déchets. Mais, note Denis Jung, l’objectif de ces engrais est surtout d’enrichir le sol. Donc, sachant que la pomme de terre est une culture exigeante en potasse, il ne faut pas négliger leurs arrière-effets. « Réaliser un apport foliaire ne présente d’intérêt que si le sol est sec, ce qui empêche la mobilisation de l’engrais. Il faut alors choisi un produit soluble, comme du nitrate de potasse, dont l’azote peut d’ailleurs s’avérer bénéfique en cas d’alternariose », complète le conseiller. Sur le marché des intrants, plusieurs nouveautés sont à signaler. Goactiv, un additif agronomique à base de filtrat d’algues, a obtenu une Autorisation de mise en marché (AMM). Il peut donc être ajouté à d’autres engrais et leur apporter un plus. Ce serait le cas de Tuber Max, un engrais contenant de la potasse, du phosphore et Goactiv, et qui aurait pour effet d’activer la tubérisation, la photosynthèse, donc d’augmenter le rendement, le calibre. Pulvérisée avant la tubérisation, Go Up, spécialité utilisable en bio et contenant des acides aminés, dont de la glycine, augmenterait le nombre et le calibre des tubercules. Denis Jung cite aussi les produits à base de nitrate de potassium qui, appliqués en phase de grossissement, permettraient d’augmenter le calibre, la résistance au choc, au stockage. Transformer est un additif du sol qui permettrait de mieux retenir et restituer l’eau aux cultures. À la clé, une meilleure résistance au stress hydrique donc plus de tubercules et de calibre. Enfin, Rhiz P Dual Tech est une spécialité à base de bactéries qui couvrent les tubercules et les protègent, améliorant leur résistance à la gale commune, au rhizoctone, et favorisant la croissance des racines, ce qui aurait un impact sur le nombre de tubercules. Désherbage Depuis plusieurs années, Planète Légumes mène des essais sur le mulching des parcelles de pommes de terre avec de la luzerne broyée. « Le mulch a été épandu le 22 mai, en plein ou uniquement entre les buttes », indique Denis Jung. Les diverses notations effectuées en cours de campagne mettent en évidence l’efficacité du mulch, qui agit par couverture du sol et épuisement des adventices. Par contre, pour être efficace, la technique requiert une couche de 15-20 cm de mulch au départ, ce qui correspond à la récolte de 3 ha de luzernière pour couvrir 1 ha de pommes de terre. Du côté des herbicides conventionnels, Denis Jung prévient d’une possible perte d’usage sur pomme de terre des produits à base de cléthodime (Centurion). «Il s’agit donc de les utiliser en priorité. » De même, l’herbicide Citation, à base de métribuzine est à utiliser avant 2020. Le Centium étant très volatil, des formes encapsulées, moins volatiles, ont été développées. Afin de limiter la dérive, la spécialité Défi doit désormais être appliquée avec des buses à injection, « avec un volume d’eau suffisant », préconise Denis Jung. Les spécialités à base de métribuzine sont soumises à des restrictions d’usage en fonction de la présence d’un point d’eau au voisinage de la parcelle, du type de sol, de la présence d’une pente… Et il s’avère parfois nécessaire de mettre en place des barrages entre les buttes afin de limiter l’érosion. À noter, une nouveauté, Tavas, à base de métribuzine et diflufenicanil, une matière active déjà homologuée sur céréales et désormais aussi sur pomme de terre. Maladies « Des variétés résistantes à l’alternariose, au mildiou vont être homologuées prochainement », annonce Denis Jung. En attendant, les producteurs peuvent ajouter quelques nouveautés au panel de solutions chimiques existantes. Plexus, à base de fluazinam et cymoxanil, est équivalente au Kunshi, en formulation liquide. Elle est homologuée à 0,6 l/ha et son effet étant curatif, elle doit être positionnée en phase de croissance active. Vendetta, à base de fluazinam et azoxystrobine, est efficace contre le mildiou et l’alternariose, mais il existe des souches de champignons résistantes à chacune de ces matières actives. La spécialité Sanblight, à base de mancozèbe, est formulée pour résister au lessivage. Produit translaminaire diffusant, Zorvec Enicade est également assez résistante au lessivage, ce qui devrait permettre un espacement plus large des interventions, moyennant un prix assez élevé, avec une efficacité jamais observée. Enfin, Vitelice est un engrais foliaire qui doit apporter un gain d’efficacité dans le cadre de la lutte contre les maladies cryptogamiques en agissant sur le métabolisme des défenses naturelles de la plante. À partir du 1er février 2019, l’usage du cuivre, seul fongicide autorisé sur pommes de terre en agriculture biologique est limité à 4 kg/ha/an sur 7 ans, « ce qui pourrait s’avérer pénalisant en cas de forte attaque et si beaucoup de cuivre a déjà été utilisé dans la rotation », analyse Denis Jung. Ravageurs Les dégâts de taupin constituent un problème grandissant du fait de l’émergence d’une souche vorace qui se reproduit rapidement. Les essais menés par Arvalis révèlent que les produits chimiques ont leurs limites : moins la pression du ravageur est intense, plus ils sont efficaces. La spécialité Mocap, toxique mais performante, est utilisable en dérogation depuis deux ans. Parmi les autres solutions, Denis Jung cite Naturalis, un produit à base de bactéries, peu efficace. Le Spinosad est en cours d’évaluation, mais « on sait déjà qu’il décroche en cas de forte attaque ». Biofence, à base de glucosinolates en pellets, est assez efficace mais requiert un dosage très élevé, ce qui engendre un coût important. Enfin, l’engrais organique Tapis vers, qui contient de la capsaicine et du glucosinolate, présente un effet répulsif, plus ou moins efficace en fonction de la pression. Pour la réduire, il est possible de mettre en place des pièges et de travailler la rotation : « Il faut éviter les précédents prairie, luzerne, privilégier les céréales, avec un travail du sol qui expose les œufs à l’air, choisir les variétés les moins appétentes et récolter le plus tôt possible », complète Denis Jung. Pour lutter contre les pucerons et les doryphores suite au retrait des néonicotinoïdes, la principale alternative demeure les pyréthrinoïdes, avec une efficacité limitée. En floraison, il reste la spécialité Coragen à 0,06 l avec une rémanence de 21-28 jours. « Et, pour une première application avant floraison, à part les pyréthrinoïdes sur très jeunes larves et faible infestation, il reste le Success 4 à 0,05 l, avec une rémanence de 8-10 jours, et les produits à base d’organophosphorés (Daskor 440) mais qui ont un impact sur les auxiliaires », indique Denis Jung. Pour lutter contre les pucerons, le Plenum va être interdit. Il reste donc le Teppeki en première intention. À noter la prochaine mise en service de l’application pour smartphone DiagPOt, un outil de diagnostic et d’information sur les bioagresseurs. Maladies de présentation La spécialité Sercadis, à base de fluxapyroxad, est un nouveau fongicide efficace contre le rhizoctone, la gale argentée et la dartrose. Elle affiche une bonne sélectivité et une bonne efficacité, variable cependant selon la souche, notamment pour la dartrose. Rhapsody est un produit de biocontrôle du rhizoctone brun à l’efficacité limitée. Prestop contient un champignon du sol, Gliocladium catenulatum, qui devrait permettre d’obtenir un contrôle partiel de Rhizoctonia solani et une diminution des symptômes de gale argentée. Défanage Suite à l’interdiction du Basta, bientôt suivie par celle du Réglone, il n’y aura quasiment plus de solution chimique pour effectuer le défanage des pommes de terre. Dès lors, le broyage à l’aide d’un broyeur spécifique s’impose, combiné ou non avec un traitement sur le rang en un passage à dose de 80 % de dessiccant, ou à pleine dose d’un dessiccant 2-3 jours après, la carfentrazone ayant un léger avantage par rapport au pyraflufen. « Ce changement de stratégie nécessite par ailleurs de revoir la fertilisation azotée et la gestion de la fin de cycle », note Denis Jung.

Publié le 30/12/2018

Les énergies dites « vertes » constituent une alternative économique au gaz et au fioul pour le chauffage des serres. Mélanie Krauth, conseillère à Planète Légumes, a donné une conférence sur le sujet mardi 20 novembre à Sélestat, à l’occasion de la journée technique de Planète Légumes.

Maintenir ses serres à bonne température coûte cher. Très cher. Mais il existe des solutions moins onéreuses sur le long terme. L’experte Mélanie Krauth a dressé un panorama des systèmes de chauffage à énergies renouvelables disponibles sur le marché. La chaufferie biomasse Le principe ? « On brûle de la matière organique pour chauffer de l’eau », explique la conseillère. Simple comme bonjour. La puissance thermique varie du tout au tout selon les installations. De 45 à 20 000 kWth, pour des surfaces de 800 à 54 000 m2. Mais rien de mieux qu’un exemple pour illustrer le sujet. La SCEA légumenfrais, à Val-de-Vesle (Marne), chauffe ses 3 ha de concombre grâce à une chaufferie biomasse. Celle-ci développe une puissance de 2 800 kWth et consomme 2 600 tonnes de paille par an. À plein régime, le système engloutit un ballot de paille en 45 minutes. Vu cette consommation, l’approvisionnement reste la principale contrainte. Mais dans la Marne, blé, orge et escourgeon ne manquent pas. « Les agriculteurs se fournissent dans un rayon de 15 km », confirme Mélanie Krauth. Côté investissement, l’installation a coûté 877 000 €. La SCEA a bénéficié d’une subvention de 38 % de l’Ademe. Surtout, les producteurs économisent environ 75 000 € par an sur leur facture énergétique. Logique, la paille coûte moins cher que le charbon et le butane utilisés jusque-là. La pompe à chaleur La géothermie, une technologie impressionnante. « Mais rien à voir avec le forage de Reichstett », prévient la technicienne. Ici, les agriculteurs creusent à « seulement » 100 m de profondeur, contre 4 600 m dans la banlieue de Strasbourg. Le principe s’approche de celui d’un frigo inversé. Le puits pompe une eau à environ 11 °C. Un compresseur la chauffe à 55 °C et l’envoie dans des tuyaux à travers la serre. L’eau refroidie est ensuite réinjectée en profondeur via un second puits. Niveau puissance thermique, c’est le grand écart. De 10 à 2 000 kWth selon les besoins. À Trancault, dans l’Aube, l’EARL les serres de noisette chauffe ses 1,8 ha de concombres et tomates grâce à un puits. Celui-ci développe 1 370 kWth. Les associés complètent leurs besoins grâce à une chaudière à gaz. Bilan, 70 000 € d’économie par an. Pour un investissement de 750 000 € subventionnés à hauteur de 33 %. La méthanisation Elle se développe au galop dans la région. La méthanisation consiste à produire du biogaz à partir de déchets organiques fermentés. En résumé, on place de la paille ou des effluents d’élevage dans un digesteur. La fermentation crée du biogaz. Celui-ci va être transformé pour partie en électricité (35 %) et en chaleur (50 %) dans un co-générateur. Une unité génère ainsi de 80 à 630 kWth pour des surfaces de 300 à 2 500 m2. Le prix, plus d’1,50 M€ en moyenne, impose des projets collectifs. À ce titre « il s’avère judicieux d’intégrer un maraîcher dans le groupe », recommande Mélanie Krauth. Des serres adossées à un méthaniseur et un bâtiment d’élevage, une image rêvée de l’économie circulaire. La chaleur fatale L’alternative la moins connue. Il s’agit de récupérer la chaleur non valorisée, le plus souvent issue d’une industrie. Ces rejets chauffent l’eau de 30 °C à plus de 100 °C. Les cas dans la région sont si rares que la conseillère a cherché un exemple dans le Loir-et-Cher. Là, des paysans recyclent la chaleur dégagée par la centrale nucléaire de Saint-Laurent-Nouan. Ils chauffent leurs 9 400 m2 de concombres et 2 100 m2 de tomates grâce à ce procédé. Seul bémol, l’eau récupérée atteint à peine les 26 °C. Dans ces conditions, « les producteurs ont dû multiplier les tubes de chauffage dans les serres », explique Mélanie Krauth. Peu mis en pratique, le procédé aurait toutefois un gros potentiel en Alsace. « De nombreux industriels cherchent à se débarrasser de leur chaleur fatale », confirme la conseillère. Ne reste plus qu’à trouver des agriculteurs volontaires.

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