Le 1er mai est toujours synonyme de foire aux vins à Molsheim. Le salon a encore assuré son rôle de lieu de rencontre entre vignerons et consommateurs. Une bonne occasion de faire l’état des lieux de la filière et de revendiquer la cause viticole.
Après le gel, la pluie. Décidément, les aléas climatiques ne lâchent pas les vignerons alsaciens. La 77e édition de la foire de Molsheim s’est ouverte sous un ciel maussade. Mais le salon des vins s’était mis à l’abri, au premier étage de l’Hôtel de la Monnaie. Cet événement a été l’occasion de se retrouver entre vignerons et passionnés, et d’exposer au public certaines réalités de la filière.
« On a été rappelé à l’ordre par dame Nature », constate Jérôme Bauer dans son discours de bienvenue. Le président de l’Association des viticulteurs d’Alsace (AVA) estime que 3 000 hectares de vignes sont touchés. Soit 20 % du vignoble ! Pire, 1 500 ha seraient complètement « foutus ». « Il va falloir faire preuve de souplesse et de solidarité », lance Henri Kaes, président du syndicat viticole de Molsheim. Mais selon les deux responsables, cela ne suffira pas sur le long terme.
Volumes complémentaires individuels contre gel et grêle
Leur salut pourrait passer par les volumes complémentaires individuels (VCI). Cette mesure vise à compenser les baisses de productions grâce à des réserves constituées en amont. En effet, elle donne le droit au viticulteur de créer un stock quand la récolte est bonne. Ce surplus est alors utilisé pour compenser les années difficiles, lorsque des aléas climatiques viennent perturber la production, comme cette année. Problème, les VCI sont ouverts aux vins blancs tranquilles, mais pas aux crémants !
Les deux millésimes étant produits sur les mêmes surfaces, on craint un déséquilibre dangereux. « Si on adopte les VCI pour les blancs tranquilles, on risque de siphonner la production de crémant », prévient Frédéric Bach, directeur de l’AVA. Les responsables de l’association ne veulent pas voir leurs confrères délaisser les vins effervescents pour se concentrer sur les surplus de blancs tranquilles.
Revendications syndicales
L’heure est donc à la revendication. Promis pour 2016, le décret étendant les VCI aux mousseux est resté lettre morte. « Depuis janvier, plus rien, silence radio, regrette Frédéric Bach. Avec le gel de ces dernières semaines, le sujet est redevenu d’actualité. » Le directeur espère que la mesure sera finalement promulguée cette année. Mais attention à ne pas se réjouir trop vite. « Pour constituer des volumes complémentaires, encore faut-il que le climat nous laisse produire un bon millésime ! »
Le point météo fini, les responsables ont poussé un ultime coup de gueule avant de passer aux réjouissances. « La simplification administrative, ça ne peut pas durer », commence Jérôme Bauer. Selon lui, cette politique pousse l’administration à déléguer toujours plus de tâches aux producteurs. D’où un accroissement de la charge de travail et une perte d’identité des viticulteurs. « On n’est plus des gens de la terre mais des gens du papier », lance le président. Preuve que de nombreux professionnels partagent son opinion, une ovation vient clore son intervention.
L’œnotourisme à l’honneur
Après ces sujets difficiles, les orateurs ont laissé place à Mathilde Fleith, reine des vins d’Alsace. Après le traditionnel couper de ruban, sa majesté a concédé être fan de riesling et s’est lancée à la découverte des 208 crus présentés ce lundi. Très vite, dans la salle agrémentée d’une exposition du club photo de Bischoffsheim, le public se presse autour des tables. Henri Kaes, le principal organisateur, s’attend à « voir pas mal de touristes qui viennent spécialement visiter le salon ».
Car il s’agit bien d’un événement touristique avant tout. En témoigne la présence de Marie-Reine Fischer, première vice-présidente de l’Agence d’attractivité d’Alsace (entité chargée de la promotion de la région à l’étranger). Elle souligne l’importance des vins dans le rayonnement de notre territoire. Et pour preuve, une trentaine de passionnés allemands avait fait le déplacement. Membres d’une confrérie basée à Bingen am Rhein, près de Mayence, ils ont fait l’ouverture du salon. À leur tête, rien de moins qu’un ancien président de l’association des œnologues allemands. Tous les ans, son groupe explore une région viticole de l’hexagone. Cette année, c’est l’Alsace qui a remporté leurs faveurs. Dans un très bon français, l’expert explique retrouver des similitudes entre les vins alsaciens et ceux d’outre-Rhin.
D’après Henri Kaes, le salon est avant tout un moment convivial entre producteurs et passionnés. « Les gens viennent apprécier des vins, pas forcément dans l’optique de les acheter. » Une dégustation sans obligation d’achat qui a fait mouche en ce 1er mai. Près de 750 visiteurs ont défilé à la Monnaie. Une affluence en hausse, malgré le temps !