A la une

Point sur la campagne

La qualité plutôt que la quantité

Publié le 25/05/2022

En démarrage de pousse de l’herbe, 2022 est une année tardive, à cause du manque d’eau et des gelées d’avril. Mais les animaux ont pu sortir tôt car les sols étaient portants. Aussi, les premiers ensilages ont été réalisés dès mi-avril, au bon stade, d’une herbe gorgée de soleil, donc de sucre, et propre. Le revers de la médaille : les graminées sont plus courtes, leur densité plus faible. S’il pleut suffisamment, fin mai et début juin, les rendements à la deuxième coupe seront meilleurs. Aucune inquiétude, quoi qu’il en soit : les stocks du millésime 2021 ne sont pas épuisés.

« La grosse période de récolte d’ensilage, c’était les dix premiers jours de mai », résume Laurent Fritzinger, conseiller en cultures fourragères à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), basé dans le Bas-Rhin. Son homologue haut-rhinois, Jean-François Strehler, acquiesce. Cette année 2022, les situations sont quasiment similaires du nord au sud de l’Alsace, avec toujours un temps de retard, en altitude. La pousse de l’herbe, comme celle des méteils, a mis du temps à décoller, en avril, à cause des températures fraîches et du manque de précipitations. « Ça s’est mis à produire, fin avril, début mai, remarque Jean-François Strehler. Mais, dans le Sundgau, il y a quand même eu des ensilages très précoces, début avril. » Dans le Bas-Rhin, les premiers ensilages ont été réalisés mi-avril. Aujourd’hui, tous les ensilages d’herbe ont été opérés, en plaine. Si les rendements sont un peu plus faibles que l’an passé car les tiges plus courtes et la densité moins importante, la qualité est meilleure. « Puisqu’il n’y a pas eu de pluie, les récoltes ont eu lieu deux à trois semaines plus tôt que l’année dernière, à un stade conforme à ce que l’on recherche. La qualité devrait donc être au rendez-vous », avance Laurent Fritzinger. Rien de plus logique : le soleil a brillé. Il permet la photosynthèse, qui entraîne la production de sucre. « Aux premiers ensilages de ray-grass, mi-avril, les ETA râlaient : l’herbe bouchait les ensileuses. Il y avait trop de sucre, ça collait », enchaîne le technicien. Un bon signe ! « Le bilan serait même plus que positif pour les premières coupes », s’exclame Laurent Fritzinger. Le conseiller pense que l’un ou l’autre agriculteur a osé les premiers foins, cette semaine, dans le Bas-Rhin. « On va vers la floraison, les graminées sont bien épiées. Les stades sont idéaux, maintenant, pour faire du foin », assure-t-il. Tous les voyants sont au vert, cette année, côté fourrages ! Même si les rendements sont un peu plus bas qu’en 2021, la qualité, en 2022, rattrape le manque à gagner. « Ce qu’on gratte en valeur alimentaire, au départ, on n’a plus à le chercher en complétant la ration », remarque Laurent Fritzinger. Il ajoute : « la qualité est aussi liée à la récolte. » « Les conditions de récolte sont optimales, cette année », lâche, d’ailleurs, Jean-François Strehler. Avec de larges fenêtres, sans pluie, le fourrage est propre, sec. Il se conservera bien. « L’herbe n’est pas souillée par la terre », précise Laurent Fritzinger. Moins mais mieux : c’est ce qui caractérise la production, en 2022. Aucune tension sur la quantité, non plus, car il y a du stock, encore, dans les fermes, qui date de 2021. C’est la pluie qui déterminera la suite de la campagne : s’il y en a suffisamment, la deuxième coupe sera belle, les températures et le soleil étant au rendez-vous. Pâturage et dégâts de cervidés Dans la plaine d’Alsace, de plus en plus d’animaux sortent, sur le secteur de collecte Alsace lait, suite à l’incitation à produire du lait de pâturage. « À l’explosion de la pousse de l’herbe, mi-mai, les éleveurs ont constaté une augmentation des volumes et de la qualité du lait produits », rapporte Laurent Fritzinger. Les dégâts de gibier ne sont pas catastrophiques, sur l’herbe, en plaine. En montagne, ils sont moins importants que l’an passé mais ceux de cervidés « persistent, malheureusement », sait Marie-Joëlle Bellicam, conseillère en fourrages et prairies de montagne, à la CAA. Le « déprimage » censé être amorcé par les bovins est déjà fait par les cerfs, lorsque les vaches sortent ; en avril, cette année, la « date habituelle ». « Les premiers animaux sont sortis, dans les vallées de Munster et de la Weiss, début avril, et les derniers, à Thann, Saint-Amarin, vers le 25 du même mois. Les dernières génisses qui montent, en altitude, ont pris leur quartier d’été, aux alentours du 18 mai », détaille Marie-Joëlle Bellicam. Les premières coupes ont eu lieu, cette semaine, en montagne, avec trois semaines d’avance sur les dates habituelles, sauf dans les vallées de Munster et de la Weiss, où elles ont déjà commencé le 10 mai. Les fortes chaleurs freinent la croissance de l’herbe et la dessèchent. « On accélère la fauche de l’herbe pour ne pas qu’elle se transforme en paille, avant la récolte », constate la technicienne. Elle observe aussi que la qualité sera très bonne et la quantité moindre, par rapport à l’année précédente. En ensilage de méteil, idem, ajoute Jean-François Strehler, par ailleurs. Concernant les dégâts de gibier, en montagne, Claude Schoeffel, éleveur du Gaec Schoeffel-Pierrel, à Fellering, premier adjoint de sa commune, en charge de la chasse, et élu à la CAA, suit de près le dossier. Sur son exploitation, en 2021, il a constaté 14 ha de dégâts causés par des sangliers et seulement 3 ha, en 2022. Mais la flore d’une de ses parcelles, détruite aux deux tiers, l’an passé, « ne s’est pas remise », souligne-t-il. Il explique la baisse des dégâts causés par les sangliers par l’évolution de l’agrainage, à la baisse aussi, et par l’intervention des lieutenants de louveterie et des chasseurs, à la hausse, conformément aux engagements préfectoraux, notamment, pris suite aux revendications des syndicats agricoles, unis. Quant aux cervidés, les comptages mettent en lumière un pic de population, l’année dernière, dans le parc naturel régional du Ballon des Vosges, atteste-t-il. S’il n’avait pas commencé à faucher, à l’heure de l’interview, il partage ses observations de 2021 : à la première coupe, il avait perdu 23 % d’herbe, en comparaison avec un enclos adjacent « repère », à la deuxième, 49 %, et il n’y en a pas eu de troisième car il ne restait plus « rien », à l’extérieur de l’enclos. « L’aspect plus sournois de la pression des cervidés est le risque sanitaire. Il n’y a aucune gestion sanitaire des cerfs. Aujourd’hui, des vaches avortent, d’autres n’ont pas de chaleur… Et si certaines maladies se transmettaient des cerfs aux bovins ? », questionne Claude Schoeffel.

Restaurant Le Pont tournant, à Strasbourg

Le nouveau chef mise sur les produits locaux

Publié le 21/05/2022

Julien Rodriguez, chef du Pont tournant, le restaurant de l’hôtel et spa Régent Petite France à Strasbourg, revisite les classiques de la gastronomie alsacienne. Avec le sommelier, ils sélectionnent chaque saison, produits frais et vins alsaciens pour permettre à leur clientèle internationale de goûter aux saveurs du terroir. La condition pour être à la carte ? Fournir en quantité suffisante et livrer.

Filet de truite des sources du Heimbach, asperges d’Alsace, pigeons de Théo Kieffer, éleveur à Nordhouse, riesling de la cave Fend, à Marlenheim : au menu de ce printemps, Julien Rodriguez, le jeune chef du Pont tournant, restaurant de l’hôtel cinq étoiles Régent Petite France à Strasbourg, ne lésine pas, en accord avec le sommelier, sur les produits locaux. Les agriculteurs et viticulteurs alsaciens sont à l’honneur ici… à condition qu’ils produisent en quantité suffisante et livrent l’établissement. Chaque convive doit retrouver la même qualité de produit, du même terroir, dans son assiette et dans son verre, bien sûr. Qu’on soit le président italien et sa suite et qu’on occupe la moitié des 72 chambres de l’hôtel, comme ce fut le cas mi-avril, ou un jeune couple qui casse sa tirelire, on est nourri ici à la même enseigne. Raifort et agrumes Pour savourer l’Alsace et l’ailleurs, Julien Rodriguez sait mettre à l’aise. Simplicité, efficacité, gourmandise, aussi. Le chef magnifie les produits et les harmonies traditionnelles, avec un zeste de modernité. Les hôtes étrangers entrent en matière, les locaux redécouvrent les goûts qui les façonnent, depuis l’enfance. Quelques pincées de raifort assaisonnent le fromage blanc aux fines herbes, la sauce hollandaise qui accompagne les asperges se pare de vinaigre au yuzu et à la mandarine… des morilles rappellent les sous-bois rhénans, en ce moment. C’est croquant, rafraîchissant, tendre, doux et piquant, comme la bise au printemps. Et s’il y a besoin de dépaysement, la chakchouka régalera les amateurs d’épices du Maghreb.     Sorti de sa coquille Julien Rodriguez est originaire du Nord-Pas-de-Calais. Il est arrivé fin 2014 au Pont tournant, comme commis, après avoir fait ses classes à l’Auberge du Père Bise, au lac d’Annecy, notamment. Il devient second en 2019 à Strasbourg, et remplace depuis l’été 2021, son ancien chef. Le trentenaire a amené avec lui en cuisine la bienveillance et la chaleur chti, et toutes les inspirations qu’il a glanées durant ses périples. Mais il insiste : « J’ai découvert l’Alsace et j’en suis tombé fou amoureux. » Et parce qu’il faut toujours se surprendre dans un couple, et qu’on ne se connaît jamais assez, Julien est en quête constante de nouveautés. Le trentenaire serait tenté par des escargots locaux… Ses yeux pétillants s’allument d’un feu nouveau. Qui dit mieux ?    

Opération fermes ouvertes 

« C’est quand même bon, le lait ! »

Publié le 19/05/2022

Dans le Bas-Rhin, une cinquantaine de fermes ont accueilli des scolaires dans le cadre de l’opération Fermes ouvertes qui se poursuit jusqu'au 20 mai. Reportage dans un élevage laitier de Mulhausen, près de Pfaffenhoffen.

« Vous avez que des vaches ? » « Comment il s’appelle, le veau ? » « Pourquoi celui-là, il n’est pas de la même couleur ? » Ce mardi matin, Thomas Iltis accueille une dizaine d’écoliers de l’école Pflimlin, de Val-de-Moder, près de Pfaffenhoffen. Âgés de 9 à 11 ans, Hugo, Serena, Kenza, Donovan et leurs camarades sont scolarisés en classe Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire). Leur enseignante, Hélène Hemmerter, participe pour la première fois à l’opération Fermes ouvertes avec ses élèves et deux accompagnatrices, Sandra et Geneviève. Pour les plus jeunes, cette visite est l’occasion « de voir des animaux de près, de les toucher », et de découvrir le cycle de vie de l’animal en passant de l’étable des veaux à celle des vaches au fur et à mesure de la matinée. Pour les plus âgés, qui seront bientôt amenés à choisir une orientation, c’est le moment - déjà - d’appréhender le milieu professionnel. La sortie servira également à retravailler certaines notions de géographie une fois de retour en classe, précise l’enseignante. Aux enfants, l’éleveur explique pourquoi Tabouret - c’est le nom du veau - n’est pas laissé avec sa mère après la naissance et pourquoi les mâles sont vendus au bout de quelques semaines. Chaque veau qui naît sur la ferme est muni d’une carte d’identité, ajoute-t-il. « Si je le vends, la carte d’identité le suit et le nom du propriétaire change. » Les femelles sont d’abord placées dans des niches, puis à deux dans des boxes « pour qu’elles aient des amies ». À l’âge de 4-5 mois, elles sont transférées sur un deuxième site et reviennent à Mulhausen pour la mise bas. Des petites mains remplies de foin se tendent vers le museau des veaux, qui restent prudemment à distance des enfants. « Elles ne sont pas habituées à voir autant de monde. Mais elles sont contentes qu’il y ait un peu d’animation », rassure Thomas Iltis, avant d’enchaîner sur l’alimentation des veaux. Le groupe se dirige ensuite vers « la maternité. C’est là que les vaches sont mises au repos pour attendre leur prochain veau. Elles produisent du lait quand on les trait, mais de moins en moins et puis ça s’arrête ». « Vous devez être vétérinaire aussi ? » interroge l’une des accompagnatrices. « Vétérinaire, mais aussi comptable, mécanicien, chauffagiste… s’amuse l’éleveur. Si une vache a un problème de sabot, je peux intervenir seul mais pour quelque chose de plus compliqué, il me faut l’aide d’un vétérinaire. » Dans l’étable où sont hébergées 48 laitières, Thomas Iltis attire l’attention du groupe sur le logement des animaux : les matelas en caoutchouc pour le couchage, les ventilateurs pour brasser l’air et le système de brumisation qui permet de rafraîchir les vaches quand il fait trop chaud. Trouver une solution pour continuer l’élevage « Elles sont libres de faire ce qu’elles veulent, de manger, de se coucher ou de circuler et d’aller se faire traire au robot », explique l’éleveur. Il prend une pleine poignée d’aliment qu’il tend aux enfants : de la luzerne, des bouts de tige de maïs, des graines de soja et de colza broyées. « On mélange tout pour qu’elles ne puissent pas choisir. Sinon, elles choisiraient ce qu’elles préfèrent. » Les écoliers n’ont pas épuisé toutes leurs questions. Mais il est temps de leur montrer le robot de traite. Thomas les fait rentrer dans le local technique, d’où l’on voit le bras du robot nettoyer les mamelles puis accrocher les trayons un à un. « Est-ce que ça leur fait mal ? » demande une fillette. « Non, sinon elles ne viendraient pas quatre fois par jour au robot. Et puis pendant la traite, les vaches reçoivent une friandise. » Et après ? « Le lait part dans une grande citerne de 3 000 litres. Il est réfrigéré à 3 °C. Le camion ramasse le lait tous les deux jours. » Dans la laiterie, Christophe Dohrmann, l’associé de Thomas Iltis, rejoint le groupe. « Tu leur as parlé des cultures ? » Le temps est passé trop vite pour expliquer aux enfants que les deux agriculteurs cultivent 130 ha, dont une grande partie sert à l’alimentation du troupeau. De leur dire aussi qu’avec le départ à la retraite de son associé à la fin de l’année, Thomas Iltis va devoir trouver une solution pour continuer son métier d’éleveur. Jusqu’ici, les deux éleveurs louaient les bâtiments à un agriculteur aujourd’hui retraité. Des affaires d’adultes qui semblent bien loin des préoccupations des enfants occupés à déguster les bibelaskaes à la framboise offerts par Alsace Lait ou à goûter un verre de lait frais. Donovan tend son verre sans hésiter. Verdict ? « C’est quand même bon, le lait ! »

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