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Publié le 02/06/2022

Comme le reste de la France, l’Alsace est impactée par un déficit de précipitations. Si les conséquences ne sont pas encore très marquées, il y en aura, notamment en blé, même si des pluies, qui risquent d’être parfois violentes, sont annoncées à l’heure où nous mettons sous presse, mercredi 1er juin.

Du premier janvier à la mi-mai, la station d’Entzheim enregistre, en moyenne depuis 10 ans, une pluviométrie de 200 mm. Cette année, sur la même période, le réseau de stations météorologiques Sencrop suivi par le Comptoir agricole, dans le Bas-Rhin, a enregistré des pluviométries de 240 à 120 mm en fonction des secteurs avec, schématiquement, un gradient de précipitations qui va du Nord au Sud. « Nous enregistrons jusque 80 mm de déficit, notamment dans les secteurs d’Erstein, l’Ackerland, l’arrière Kochersberg », rapporte Christian Lux, responsable du service Agronomie et environnement au Comptoir agricole. Cela aura forcément des conséquences sur la productivité du blé et des orges. « Dans les sols superficiels, les limons sableux, les réserves utiles se vident, et le manque d’eau commence à se voir, avec une sénescence précoce des orges, des blés qui dessèchent par zone. Dans les terres profondes, ce n’est pas encore le cas ». En lien aussi avec la chaleur, notamment le coup de chaud enregistré à la mi-main, le cycle des céréales est avancé : « L’épiaison et la floraison sont en avance d’environ huit jours, ce qui n’est jamais très bon pour le rendement ». Certes les précipitations annoncées vont permettre d’assurer un certain niveau de rendement, mais le déficit hydrique enregistré jusqu’à présent aura un impact, plus ou moins important en fonction du type de sol, de la réserve utile, de la possibilité d’irriguer… Les colzas résistent bien Les colzas sont très beaux, cette année, avec un bon potentiel. « Jusqu’à présent, ils ont été moins impactés par le manque d’eau, grâce à leur système racinaire pivotant bien développé », indique Christian Lux. Mais ils peuvent commencer à souffrir du manque d’eau actuellement, alors qu’ils sont en phase de remplissage. Pour les colzas aussi, les pluies annoncées sont donc plus que bienvenues, elles sont nécessaires. Les cultures de printemps souffrent moins du manque d’eau. Les tournesols ont surtout été affectés par des attaques de pucerons verts, qui se traduisent par des crispations de feuilles qui prennent un aspect gaufré. Les sojas ont profité des quelques précipitations de début mai pour lever de manière homogène. Ils suivent leur bonhomme de chemin et atteignent le stade deux feuilles trifoliées. Manque d’efficacité des désherbages en maïs et betterave Actuellement, les maïs vont vers leur neuvième feuille pointante. Ils ne souffrent pas (encore) du manque d’eau car leurs besoins ne sont pas encore élevés, mais l’irrigation se prépare. « Ils sont plus ou moins grands et beaux selon que les conséquences des récoltes dans de mauvaises conditions et du manque de gel hivernal sont marquées », indique Christian Lux. Pas mal de sols ont été compactés. Une dégradation de la structure du sol qui se traduit par des jaunissements de feuilles, notamment dans les traces de passages de roues. Dans les maïs, l’impact majeur de la rareté des précipitations a été un manque d’efficacité des herbicides appliqués en mai, alors que les sols étaient trop secs, l’hygrométrie trop faible et les températures trop élevées pour que l’efficacité des herbicides, foliaires comme racinaires, puisse être optimale. « Heureusement, les binages ont permis de rattraper la situation ». Michel Butscha, technicien agrobetteravier à la sucrerie d’Erstein, rapporte le même manque d’efficacité des herbicides appliqués en mai. « Heureusement, les premiers traitements ont pu être effectués dans de bonnes conditions, et il a été possible de rattraper la situation avec des binages ». Pour l’instant, la betterave ne souffre pas du manque d’eau. Elle affiche plutôt une avance végétative, en lien avec l’ensoleillement et les températures, ce qui assure une couverture précoce des inter-rangs. Néanmoins, la betterave va consommer beaucoup d’eau dans les semaines à venir. Et c’est durant le mois de juin, lorsque les jours sont longs, qu’elle est le plus profitable à la culture. Les précipitations annoncées sont donc bienvenues. Sinon, l’irrigation devra rapidement prendre le relais, notamment en terre légère. La priorité est donc au déclenchement à bon escient de l’irrigation mais les planteurs sont également invités à surveiller de près l’évolution de la cercosporiose, car les traitements pourraient être déclenchés très prochainement.   [Thread-Sécheresse] Les ⛈️ de mai ont été inégalitaires. Contrairement à la météo, l'agroclimatologie ne regarde pas le cumul de pluie mais la PLUIE EFFICACE (pluie qui percole le sol en profondeur). Les ⛈️ n'apportent pas de pluies efficaces car ils sont violents & brefs. [1/5] pic.twitter.com/ITLGBjARLp — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) May 31, 2022  

Publié le 01/06/2022

La saison de la fraise d’Alsace a été officiellement lancée jeudi 19 mai à la ferme Krieger à Haguenau. Un démarrage particulièrement précoce cette année, en lien avec les conditions estivales. Si elles perdurent, la saison pourrait être courte. Les consommateurs sont invités à en profiter à fond !

C’est en fin de matinée et sous un soleil déjà brûlant qu’a eu lieu le lancement de la saison de la fraise d’Alsace, aux abords des rangées de fraisiers qui composent la libre cueillette de la famille Krieger. « Cette année, les fraises sont beaucoup plus précoces que d’habitude », pointe Olivier Grinner, président de l’association des producteurs de fraises d’Alsace. Une précocité liée aux conditions météorologiques, qui pourraient hâter aussi le reste de la campagne : « Les températures élevées font que la maturation avance vite. Si ces conditions perdurent, dans trois semaines, le plus gros du volume sera passé. Donc c’est vraiment le moment d’en profiter », encourage-t-il. D’autant que, quelle que soit la météo, la saison des fraises n’est jamais très longue, de l’ordre de quatre à six semaines. Ce n’est donc pas le moment de remettre à demain une sortie dans l’une des 21 libres cueillettes qui émaillent le territoire alsacien. D’autant que ces sorties gourmandes sont aussi bénéfiques pour le pouvoir d’achat des consommateurs, mis à mal par la conjoncture actuelle. Autres atouts des libres cueillettes : elles limitent les frais de conditionnement, de transport, de conservations. Mais que les consommateurs plus fortunés et/ou occupés se rassurent : ils trouveront aussi des fraises d’Alsace fraîchement cueillies dans de nombreux points de vente. Enfin, n’oublions pas la façon la plus gourmande de profiter de la douce saveur des fraises d’Alsace : lorsqu’elles sont incorporées dans les œuvres des pâtissiers alsaciens. Depuis 2019, un partenariat lie l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla) et la corporation des pâtissiers du Bas-Rhin, représentée lors de ce lancement par Éric Haushalter, pâtissier à Saverne : « Nous sommes friands des circuits courts qui nous permettent de valoriser les produits locaux. Nous savons d’où ils viennent, comment ils sont produits. Cela nous permet de travailler la main dans la main avec les producteurs, donc de mieux cibler nos besoins. La tendance est en effet à des pâtisseries moins sucrées, mais nous avons aussi besoin de fraises bien sucrées pour nos glaces », explique Éric Haushalter. Une surface qui progresse Des propos qui illustrent bien la complémentarité entre les producteurs et les entreprises locales. « Nous cherchons à identifier quels sont les cultivars les plus adaptés à cette valorisation locale en termes de goût et de fraîcheur », confirme Lilian Boullard, agronome à Planète Légumes. Autre défi pour les producteurs : adapter leur itinéraire technique aux conditions météorologiques. L’an dernier, la culture de la fraise a pâti d’un excès d’eau. Cette année, la tendance est inverse. Pour lisser le risque, de plus en plus de producteurs investissent dans des techniques d’irrigation innovantes, « comme le goutte-à-goutte installé dans les buttes, au plus près des besoins des plantes », indique le conseiller. La libre cueillette de la famille Krieger démontre aussi les efforts qui sont faits pour aménager les cueillettes : les buttes bâchées rendent les fraises accessibles sans trop de contorsions ! La surface consacrée à la production de fraises a progressé en Alsace. « Il y a sept ans, elle était de 200 ha, aujourd’hui, elle est de 230 ha, soit une progression de l’ordre de 10 % tous les cinq ans, similaire à la tendance française », décrit Lilian Boullard. Ce sont surtout les surfaces destinées à la vente en gros qui ont progressé, plutôt que les libres cueillettes et les fraiseraies destinées à la vente directe. La progression des surfaces allouées aux fraiseraies pourrait ralentir ces prochaines années. « Il va probablement y avoir une stabilisation du marché de la fraise, qui n’est pas qu’un produit alimentaire, mais aussi un produit plaisir. Il est possible que nous ayons atteint le haut de la crête », note Lilian Boullard. Reste que 230 ha de fraises, « ce n’est pas neutre », constate Pierre Lammert, président de l’Ifla. « Cela fait une certaine quantité de fraises à consommer. Or c’est un fruit très sensible au transport, aux aléas, qui gagne donc à être consommé localement », encourage-t-il. Mission acceptée !

Au Gaec du Vieux Moulin, à Hirschland

Happy Grass : une aide pour gérer le pâturage

Publié le 31/05/2022

À Hirschland, Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller font pâturer leurs laitières de longue date. Pour mieux gérer la ressource en herbe, ils utilisent l’application Happy Grass, pour la deuxième année consécutive.

Marie-Noëlle et Jean-Jacques Muller, les deux associés du Gaec du Vieux Moulin, exploitent 180 ha de SAU, dont 99 ha de cultures et 5 ha de prairies temporaires. Le reste est constitué de prairies naturelles. La surface a récemment augmenté de 51 ha, suite à la reprise de terres d’un voisin agriculteur parti à la retraite. Avec 140 vaches laitières, le couple produit 1,15 million de litres de lait, collectés par la laiterie Unicoolait. « Ici, on a toujours pâturé », souligne Marie-Noëlle Muller. Même si l’orientation de l’exploitation est plutôt intensive - les surfaces étaient plus limitées, lorsque Jean-Jacques s’est installé, en 2003 -, les vaches ont toujours pâturé les parcelles situées à proximité de l’étable. Depuis trois ans, compte tenu de la taille du troupeau, celui-ci a été séparé en deux lots, dont un seul continue à pâturer. C’est le niveau de production et le stade de gestation qui détermine l’intégration, dans un lot ou dans l’autre : dans le premier lot, qui ne pâture pas, sont rassemblées les vaches dont le niveau de production est supérieur à 28 l/jour et celles qui ne sont pas encore confirmées pleines ; dans le deuxième lot, qui pâture, se trouvent les autres vaches. Le premier lot reçoit une ration équilibrée à 30-32 l et est complémenté au Dac, tandis que le deuxième reçoit une ration à 24 l, sans complémentation. Cette séparation en deux lots simplifie la conduite de l’alimentation et de la reproduction. Pour pouvoir faire des projections sur la quantité d’herbe disponible, le couple d’éleveur utilise l’application Happy Grass, pour la deuxième saison consécutive. Cet outil permet, à partir des mesures de pousse d’herbe, de prévoir le stock d’herbe sur pied, dans les semaines à venir. C’est en fonction de ces prévisions qu’est prise la décision d’intégrer une parcelle dans le circuit de pâturage ou pas. Dans le cas du Gaec du Vieux Moulin, les projections sont facilitées par le fait que l’exploitation fait partie du réseau de mesure de la pousse de l’herbe mis en place par le groupe fourrage de la Chambre d’agriculture Alsace (CAA). La pousse est mesurée, chaque semaine, à l’aide d’un herbomètre. Ne pas se faire déborder En matière de pâturage, les années se suivent mais ne se ressemblent pas : une année pluvieuse, comme 2021, la pousse de l’herbe est telle qu’il faut veiller à ne pas se faire déborder. « L’an dernier, on a pâturé, jour et nuit, du 20 juin au 23 septembre, car il y avait de l’herbe disponible », expose Marie-Noëlle. Durant cette période, la pâture représentait 50 à 60 % de la ration, contre 40 à 50 % d’habitude. « On a commencé à quarante vaches, puis on est passé à cinquante vaches, pour tenir compte de la pousse de l’herbe », complète Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA, qui suit le troupeau du Gaec du Vieux Moulin. Huit génisses pleines sont passées après les vaches pour nettoyer les refus à partir du 20 juin, ce qui a permis de limiter la fauche des refus. Cette année, le contexte météorologique est différent : le coup de froid de début avril, suivi d’inondations, a obligé Marie-Noëlle et son mari à sortir les vaches plus tard que d’habitude, soit le 12 avril. « Du coup, on a tout de suite sorti cinquante vaches et on les a fait pâturer au fil, pour éviter de gaspiller de l’herbe. Pour le moment, elles ne pâturent que le jour mais si le temps devient très chaud, elles pâtureront la nuit et rentreront à l’étable, en journée. » Seulement trois paddocks avaient été pâturés au 16 mai, soit l’équivalent de 3,5 ha. « Les vaches ont mis 25 jours à pâturer les trois paddocks. Selon l’application, il était temps de revenir sur le premier. Les mesures indiquaient entre 9 et 12 cm, ce qui est une bonne hauteur de retour », indique le conseiller en élevage qui pensait initialement intégrer 5 ha de plus au pâturage. Ces 5 ha ont donc été ensilés le 10 mai et les vaches sont revenues aux parcelles déjà pâturées une première fois. « On refera le point, début juin, pour voir si on a besoin de ces 5 ha ou si on les refauche », indique Philippe Le Stanguennec, qui a la possibilité de réaliser des simulations pessimistes ou optimistes, quant à la pousse de l’herbe. « En général, on fait des prévisions sur deux pas de quinze jours. Au-delà de quatre semaines, c’est trop aléatoire. » Quelles que soient les prévisions permises par l’outil, l’échange entre le conseiller et les éleveurs reste indispensable, pour arbitrer. « Pas mal pour des prairies naturelles » Au-delà de la gestion des pâturages, Happy Grass sert aussi de carnet de pâturage : il suffit d’enregistrer les dates d’entrée et de sortie de la pâture. Cette fonction est particulièrement utile aux éleveurs qui respectent un cahier des charges avec un nombre minimum de jours de pâturage, comme ceux qui produisent du lait de prairie. Une fonction cartographie permet de visualiser les différentes parcelles pâturées. Happy Grass offre aussi la possibilité de réaliser un bilan de fin d’année, qui reprend les différentes informations de la campagne : surface pâturée par vache, part de la pâture dans l’alimentation, proportion pâture/fauche, dans chaque parcelle. Ce bilan contribue à valider les choix et à envisager des adaptations pour la campagne à venir. À la ferme du Vieux Moulin, on observe ainsi qu’en 2021, les prairies pâturées ont fourni en moyenne 7 t d’herbe/ha, ce qui est « pas mal pour des prairies naturelles. Même sur les parcelles qui n’ont été que pâturées, on est entre 6 et 7 t/ha, ce qui traduit une bonne valorisation », juge Philippe Le Stanguennec.

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