A la une

Publié le 06/07/2022

La moitié des maladies émergentes chez les plantes sont causées par des virus. Parvenir à les détecter et à les identifier est devenu plus aisé depuis que les scientifiques utilisent les techniques de séquençage à haut débit. Jean-Michel Hily, du pôle IFV Alsace, fait le point sur ces travaux.

Ingénieur virologue basé au pôle Alsace de l’IFV (Institut français de la vigne et du vin), à Colmar, Jean-Michel Hily traque les virus de la vigne. Pour ce spécialiste de biologie moléculaire, la vigne n’était pourtant pas un champ d’études auquel il se destinait en première intention. C’est au cours de son post-doctorat, réalisé dans le laboratoire d’Olivier Lemaire, à l’Inrae de Colmar, qu’il s’est familiarisé avec cette plante qu’il considère comme « un hôte très intéressant » pour les virus. Pourtant, ceux qui l’imaginent disséquant des feuilles ou des fragments de ceps derrière une paillasse de laboratoire se trompent : Jean-Michel Hily passe l’essentiel de son temps devant un ordinateur à fouiller dans des bases de données à la recherche des séquences virales qui lui permettront d’étoffer les informations sur la diversité génétique des virus de la vigne. De quoi offrir « des possibilités infinies de recherche ». Actuellement, près de 90 espèces virales infectant la vigne sont recensées. « On sait que ces virus sont présents, mais à l’exception de quelques-uns d’entre eux, qui ont un impact établi sur la vigne, on ne sait pas ce qu’ils font », indique le scientifique. Le GFLV (grapevine fanleaf virus) est l’une de ces exceptions : ce népovirus est responsable de la maladie du court noué. Même chose pour un autre népovirus, l’ArMV (arabis mosaïc virus). Le GLRaV (grapevine leafroll associated virus) quant à lui, est fortement suspecté d’être responsable de la maladie de l’enroulement par l’intermédiaire des cochenilles qui lui servent de vecteur. Les autres virus détectés n’ont, pour la plupart, pas d’impact connu. « On les a toujours considérés comme ayant un impact négatif, mais depuis 20 ans, on en est moins sûr, indique Jean-Michel Hily. On voit que certains éléments décrits comme potentiellement pathogènes ne le sont pas. C’est le cas de la flore intestinale par exemple. » Qu’ils soient sans effet sur leur hôte ou qu’ils aient d’éventuels effets positifs reste en tout cas à démontrer. « Il y a tout un champ de recherche à mener », reconnaît le chercheur, qui n’exclut pas la possibilité que certaines espèces virales vivent en symbiose avec l’hôte qu’elles infectent. Dans cette hypothèse, le virus et la plante auraient tout intérêt à vivre ensemble. L’utilisation des techniques de séquençage haut débit a permis d’accélérer l’identification des nouveaux virus. « Il y a 15 ans, on en comptait une cinquantaine. Depuis, on en identifie trois à cinq chaque année », précise Jean-Michel Hily. Il a fallu attendre les années 2010 et la fin du séquençage du génome humain pour que ces techniques soient accessibles aux laboratoires travaillant sur les plantes. Grâce à la réduction des coûts, la connaissance des métagénomes environnementaux devenait possible, engendrant « une vraie révolution » dans le domaine de la recherche et de l’identification des virus, notamment ceux de la vigne. « Les techniques de séquençage haut débit sont les seules méthodes sans a priori », explique Jean-Michel Hily, par opposition aux méthodes précédemment utilisées : l’indexage biologique utilisé dans les années 1950, les tests Elisa qui lui ont succédé, puis les techniques PCR, arrivées dans les années 1990, qui nécessitaient de connaître les virus ou séquences virales recherchés. Un laboratoire commun en projet Pourtant, ces techniques peuvent être améliorées. « Dans le cadre d’une analyse faisant appel au séquençage à haut débit, il y a trois étapes : la préparation du matériel à séquencer (l’information génétique), le séquençage proprement dit et les analyses informatiques qu’il y a derrière », pose le scientifique. Si la seconde étape est bien maîtrisée, les deux autres méritent d’être affinées. Jean-Michel Hily prend l’exemple de l’échantillonnage, qui porte à ce jour très généralement sur l’utilisation de feuilles jeunes recueillies au printemps, et sur les différentes techniques d’enrichissement utilisées pour favoriser l’identification des virus. Ne vaudrait-il pas mieux utiliser le bois ou les baies, ou modifier la période d’échantillonnage pour étudier l’ensemble des génomes viraux présents au sein d’un échantillon ? Les techniques d’enrichissement actuellement mises en œuvre permettent-elles d’étudier efficacement les séquences d’intérêt ? Les protocoles bio-informatiques employés sont-ils les mieux adaptés pour identifier les séquences virales ? La création d’un laboratoire commun entre l’IFV et l’Inrae permettrait de répondre à ces questions et de poursuivre les travaux de séquençage haut débit avec une meilleure efficacité. « Ce laboratoire, qui serait localisé au biopôle de Colmar, est en cours de discussion entre les deux instituts », confirme Jean-Michel Hily. En parallèle, les chercheurs ont recours au datamining, qui consiste à rechercher les virus ou les séquences d’intérêt dans des bases de données publiques mondiales. Le recours à ces gisements inexploités offre de nouvelles possibilités de découvrir des virus connus ou inconnus. L’avantage est que le séquençage a déjà été réalisé. En revanche, l’exploitation des données est dépendante de la qualité des informations intégrées à ces bases de données. « Avec le datamining, on n’a pas accès aux échantillons. Ce n’est pas un problème si on trouve des virus déjà connus, mais si on détecte un nouveau virus, on ne peut pas confirmer sa présence ou son existence », souligne le chercheur.

Publié le 02/07/2022

Mise en service il y a un an, l’aire collective de lavage et de remplissage des pulvérisateurs de Meistratzheim a été inaugurée le 24 juin. 28 agriculteurs de la commune et des villages environnants utilisent cet équipement.

L’aire collective de lavage et de remplissage des pulvérisateurs de Meistratzheim répond à plusieurs objectifs : elle a d’abord été conçue pour permettre aux utilisateurs de remplir et rincer leurs pulvérisateurs en toute sécurité tout en préservant la qualité des eaux superficielles et souterraines, a rappelé Francis Voegel, président du Syndicat mixte du bassin de l’Ehn (SMBE). Gérée par la Cuma de l’Ehn, qui réunit 28 agriculteurs pour une surface de 1 200 ha, elle leur facilite le travail et leur permet de réduire la quantité de produits phytosanitaires utilisée de 10 à 15 % grâce à la présence d’un adoucisseur d’eau qui constitue sa principale innovation. L’installation comporte deux parties : une aire bétonnée pour le lavage des engins agricoles et une deuxième servant au remplissage et au lavage des pulvérisateurs. Toutes deux sont équipées d’un laveur haute pression. Un local technique abrite les équipements électromécaniques. Les effluents résultant du lavage des pulvérisateurs sont envoyés vers un phytobac, composé de deux tiers de terre et d’un tiers de paille, où les molécules phytosanitaires sont dégradées. Les eaux pluviales et celles provenant du lavage des engins agricoles sont dirigées vers un débourbeur et séparateur à hydrocarbures avant d’être infiltrées. Maître d’ouvrage du projet, le SMBE a travaillé en lien étroit avec la Cuma de l’Ehn jusqu’à l’aboutissement des travaux et la mise en service de la station en juin 2021. C’est maintenant la Cuma, présidée par Paul Fritsch, qui assure l’entretien et le bon fonctionnement du site. Une convention lui délègue la gestion des installations pour 15 ans. D’un coût de 338 844 € TTC, le projet a bénéficié d’une subvention du Feader (Fonds européen agricole pour le développement rural), de 140 400 €. Le SMBE, qui a fourni le foncier, a participé à hauteur de 16 990 €, d’où un reste à charge de 125 000 € pour la Cuma, financé grâce à un prêt remboursable sur 15 ans. L’objectif était de limiter la charge pour les utilisateurs à 10 €/ha. « Nous y sommes », se réjouit Paul Fritsch, qui met en avant la dimension collective du projet, qui a permis de « retisser du lien entre les agriculteurs » et de mutualiser les coûts. Formés à la réduction des doses Depuis la mise en service de l’aire de lavage et de remplissage des pulvérisateurs, plus de 10 m3 d’eau souillée ont été recueillis et traités. Ce sont autant de volumes qui n’ont pas rejoint le réseau d’assainissement, souligne le président de la Cuma de l’Ehn. En parallèle, les membres de la Cuma se sont formés à la réduction des doses et à la technique des bas volumes auprès d’un spécialiste, Vincent Franquet. Tous ces éléments montrent que la profession agricole « est capable de suivre la demande de la société » de mieux prendre en compte l’environnement sans en passer par des mesures punitives, selon Paul Fritsch. « Vous faites ensemble ce qu’aucun de vous n’aurait pu faire séparément », se réjouit Bernard Fischer, maire d’Obernai et président de la communauté de communes du pays de Sainte-Odile. L’élu souligne les vertus d’un travail en partenariat avec les agriculteurs pour faire aboutir des projets d’intérêt général comme celui de l’aire de lavage de Meistratzheim. Deux captages et quatre sources fournissent l’eau potable nécessaire pour couvrir les besoins des habitants de la communauté de communes. Deux forages ont été réalisés il y a une quinzaine d’années pour extraire de l’eau venant de plus loin, mais aucun n’a pu être exploité. Tout ce qui concourt à préserver la qualité des ressources en eau mérite donc d’être salué, relève Bernard Fischer. « L’écologie doit se faire avec les agriculteurs », abonde Robin Clauss. Le conseiller d’Alsace insiste sur leur rôle dans la production alimentaire à l’heure où le conflit entre la Russie et l'Ukraine expose à la famine des millions de personnes dans le monde.

Fruits et légumes d’Alsace

Le show se prépare

Publié le 29/06/2022

Les plantations ont commencé, non loin du centre commercial d’Illkirch-Graffenstaden, sortie Baggersee, pour le plus grand show de fruits et légumes en France, organisé par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla). Du 22 au 25 septembre, sur 40 000 m2, 80 000 visiteurs sont attendus pour admirer les mises en scènes de 40 tonnes de fruits et légumes d’Alsace.

Asperges, rhubarbe, raifort, lentilles, pois chiches, céleris, pommes de terre et choux sont en terre : ça pousse dans les potagers du plus grand show de fruits et légumes proposé en France. Au total, 58 espèces de fruits et légumes, plus d’innombrables variétés, devraient être à maturité du 22 au 25 septembre 2022. Ce jardin éclatant de couleurs ravira les visiteurs, autant que la pyramide et que les structures (lion, poisson, dragon…) qui seront décorées de fruits par les élèves de bac professionnel et de BTS des lycées agricoles d’Obernai, Rouffach et Wintzenheim, quelques heures avant la manifestation. Planète Légumes pilote l’ensemble des plantations de fruits et légumes, et Geoffrey Andna, de l’Ilôt de la Meinau, maraîcher, met en œuvre. La semaine passée, lui et ses salariés plaçaient les patates douces, pissenlits et choux de Milan. « Montrer tout ce qui pousse, en Alsace, aujourd’hui, pour souligner la richesse de l’offre, c’est l’objectif premier du show. La scénographie, la fête participent à cette visée informative, pédagogique sur les produits », résume Dominique Krafft, de Musiconair, chargé de la communication sur l’événement, par l’Ifla. Chou-fleur et salade en dernier « Dans une semaine, on va planter du chou kale (frisé). Et après, on aura les grosses séries : chou-fleur, salade. Les dernières plantations, ce sont les cycles les plus courts. Il faut compter six à huit semaines pour les radis, la mâche, le fenouil, pour qu’ils soient à maturité au bon moment. Les cycles longs sont déjà en place. On a commencé semaine 18, mi-avril, et depuis, tous les quinze jours, environ, on a une plantation à faire. On irrigue car ce sont des sols relativement séchants. On a une motopompe, un enrouleur et, dès qu’il faut, on arrose. Comme nous sommes les maraîchers les plus proches, ça tombait sous le sens qu’on s’en occupe. J’ai milité longtemps pour que le salon revienne près de Strasbourg. Naturellement, je me suis engagé à réaliser les travaux, à assurer la logistique », enchaîne Geoffrey Andna. Le verger de 300 m2 et 400 arbres (en pots) provenant du pépiniériste Ledermann-Mutschler, à Krautergersheim, sera soigné par le Verexal (Obernai). Les visiteurs pourront se promener sous les filets paragrêles. Deux serres de 200 m2 sont aussi prévues. Les restaurateurs manquent à l’appel Un chapiteau européen « Saveurs et soleil d’automne » mettra l’accent sur le chou à choucroute, les quetsches, les pommes et les asperges, emblématiques de l’Alsace, à l’entrée du site. Une cinquantaine de chapiteaux d’exposants, tout autant d’ateliers pour les enfants s’étaleront entre les végétaux. Des médaillés olympiques seront, entre autres, de la partie pour vanter les bienfaits des productions locales. Il y aura des concerts les soirs, outre les illuminations, et bien sûr, le marché des producteurs. Le programme est alléchant. Pierre Lammert, le président de l’Ifla, lance un appel aux restaurateurs. Si des associations d’Illkirch proposeront des petits plats, le show manque encore de professionnels de la restauration. Promouvoir le développement de la truffe Les filières agricoles et agroalimentaires, elles, se sont approprié la manifestation, relève Fabien Digel, directeur de l’Ifla. L’association des trufficulteurs du Grand Est profitera du grand show pour signer, de manière très officielle, le contrat de filière « truffes d’automne du Grand Est » 2020-2023, qui a pour but de promouvoir le développement de la truffe dans la région, à travers des actions de formation, de communication, de recherche et développement, et de soutien à la création de truffières. La fédération des boulangers du Bas-Rhin va créer deux pains fruits et légumes : un à la betterave et aux quetsches, et un de petit épeautre, choucroute d’Alsace et oignons. Ces pains seront proposés dans les boulangeries membres de la fédération, durant le show. Le jeudi 22 septembre, lors de la journée des professionnels, l’association nationale des stations d’expérimentation en fruits et légumes, l’Irfel, tiendra son assemblée générale, sur le site de l’événement.

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