A la une

Filière courte

Du soja au tofu en direct

Publié le 12/10/2017

À Schwindratzheim, l’entreprise Tofu Hong, spécialisée dans la fabrication de tofu, et l’EARL des Lauriers se sont associées pour créer une filière à deux. Christian et Nicolas Richert produisent du soja et n’ont qu’à traverser la rue pour le livrer à leur voisine qui le transforme en tofu. Un partenariat gagnant-gagnant.

Valérie Hoang et sa mère sont des boat people. Elles ont quitté leur pays d’origine, le Viêt Nam, en 1981. D’abord hébergées en foyer à Paris, elles se sont ensuite installées à Strasbourg, où elles ont refait leur vie, en reprenant une des premières épiceries asiatiques de la ville, en 1994. Et, dans l’arrière-boutique, elles ont recommencé à faire ce que leurs ancêtres ont fait de génération en génération avant elles : fabriquer du tofu. À l’époque, les graines de soja arrivaient du Canada, par l’intermédiaire d’un grossiste spécialisé en produits asiatiques. Puis elles se sont approvisionnées quelques années à la CAC, avant d’être démarchées par une entreprise toulousaine, Soytouch. Parallèlement, les deux femmes élargissent leur gamme, avec du tofu bio, des tofus aromatisés… Petit à petit, la demande prend de l’ampleur, et Valérie et sa mère se retrouvent à l’étroit dans leur local. Le jour où Valérie doit refuser de nouveaux clients, la nécessité de déménager pour s’agrandir se fait clairement sentir. De l'étable à l'atelier de fabrication de tofu Leur choix s’est arrêté sur Schwindratzheim, surtout pour la proximité avec l’autoroute. « Je réalise 90 % de mon chiffre d’affaires auprès de six clients, essentiellement des grossistes, qui revendent le tofu en magasins asiatiques ou diététiques, en France et aussi beaucoup en Allemagne », indique Valérie. La vente directe à la boutique de Strasbourg ne représentant qu’une portion congrue du chiffre d’affaires, quitter la ville et donc perdre cette petite clientèle n’a pas représenté un frein. « Par contre, j’ai mesuré le temps de trajet pour effectuer mes livraisons. Schwindratzheim, c’était juste la limite. » Avec son compagnon, Pierre Coustillas, Valérie y fait l’acquisition d’un ensemble comprenant une maison d’habitation et des dépendances. L’ancienne étable est transformée par leurs soins en atelier de fabrication de tofu. « Désormais, je m’organise pour faire des journées de grosse production, et d’autres où je produis un peu moins mais où j’effectue les livraisons », raconte Valérie. Choisir la bonne variété De l’autre côté de la rue, Christian Richert et son fils, Nicolas, produisent du lait et en vendent un peu en direct. C’est en allant chercher du lait avec leurs filles que Valérie et son compagnon font la connaissance de leurs voisins, et leur expliquent l’objectif de leurs travaux. « Et un jour, Nicolas m’a proposé de produire du soja », raconte Valérie. Elle accepte tout de suite, mais avec des pincettes : « J’avais un peu de réticence parce que j’avais peur que la qualité des graines change et que ça perturbe mon processus de fabrication. » L’accord est donc le suivant : OK pour faire un essai. Mais les agriculteurs planifient d’emblée de planter 5 ha. « On s’est dit que si la qualité ne convenait pas, on pourrait toujours vendre notre soja à la coopérative », explique Christian. Dès le départ, il se trouve confronté à une première difficulté : quelle variété semer pour correspondre aux besoins de leur voisine ? Les agriculteurs se renseignent à gauche et à droite et, sachant qu’il leur faut du soja de qualité alimentaire d’une précocité adaptée au climat alsacien, ils optent pour la variété ES Mentor, une variété 00 qu’ils achètent au Comptoir agricole. Une année de production sur 5 ha « En Alsace, le soja n’a ni ravageur, ni maladie. Le point clé, c’est donc le désherbage. Aussi ai-je effectué deux faux-semis, en mars et en avril », détaille Christian. Puis le soja a été semé mi-mai, après les maïs, sur une parcelle plane pour faciliter la récolte, c’est-à-dire réussir à ramasser les gousses les plus basses, mais sans terre ni cailloux. « Sinon, je perds un temps fou à nettoyer les graines », précise Valérie. Le semis a été effectué en plein, au semoir à céréales, à raison de 700 000 grains/ha. Et les semences ont été préalablement inoculées avec la bactérie Rhizobium japonicum, naturellement absente des sols européens, mais qui permet au soja de mettre en place ses nodosités. « C’est aussi pour cela qu’on ne peut pas semer le soja trop tôt. Le sol doit être à 12 °C pour que la bactérie soit active », souligne Christian. « Ensuite, j’ai été très méthodique dans les traitements. » Il y a d’abord eu un traitement de post-semis prélevée pour contrôler les graminées, puis un deuxième passage au stade première feuille trifoliée et un troisième passage au stade troisième feuille trifoliée, notamment pour contrôler les chénopodes. La récolte a été effectuée le 28 septembre, à 12 % d’humidité. Bien sec donc puisque la récolte doit pouvoir se conserver correctement une année entière. « Et comme nous ne disposons pas encore d’infrastructure de stockage adaptée, cette première récolte est stockée en big bag », précise Christian. Au final, le rendement s’élève à 3,5 t/ha, soit de quoi fournir les 15 t transformées annuellement par Valérie, à raison de 5 000 à 5 500 tofus de 200 g par semaine, et de quoi ressemer la parcelle l’an prochain. Une performance satisfaisante pour une culture introduite dans un délai très court : « On a commencé à en parler en février pour semer en mai. » « Je n’avais jamais mangé le fruit de ma propre récolte » La récolte engrangée, les deux parties tirent un premier bilan satisfaisant de cette expérience. « C’est un partenariat gagnant-gagnant », se félicite Christian. Pour Tofu Hong parce que leur matière première, exonérée de frais de transport, est moins chère ; et parce qu’ils peuvent jouer la carte de la production locale. Pour les agriculteurs parce que cela leur permet de dégager davantage de plus-value qu’en circuit traditionnel, et de compter une quatrième culture dans leur assolement. Qui plus est, une culture adaptée aux enjeux liés au classement de la commune en zone vulnérable puisque le soja n’a pas du tout été fertilisé. Et Christian et Nicolas retirent une certaine fierté de voir leur production valorisée en direct : « Je n’avais jamais mangé le fruit de ma propre récolte », constate Christian. Enfin, il y a le tourteau de soja, que les agriculteurs ont commencé à valoriser en en donnant un peu à leurs vaches laitières. Mais la valorisation de ce qui constitue un déchet pour Tofu Hong peut encore être optimisée. « Nous allons l’analyser, pour avoir une idée plus précise de sa composition chimique, donc de combien il est possible d’en donner aux vaches. Et l’idéal serait de l’ensiler, pour améliorer sa conservation », avance Christian. L’année prochaine, la parcelle sera ressemée en soja, ce qui devrait permettre des économies d’inoculum. Et après ? La question reste ouverte : « Je ne suis pas très chaud pour faire un blé. Car avec mon assolement actuel j’arrive à bien gérer les reliquats azotés. Après un soja ce sera différent, et j’ai un peu peur qu’un blé ne verse », argumente Christian.

Samedi 14 octobre à Muhlbach-sur-Munster

Fête de la transhumance

Publié le 11/10/2017

La plus grande fête de la transhumance du massif vosgien se déroule à Muhlbach-sur-Munster samedi 14 octobre prochain. Quelque 200 vaches et 6 troupeaux traverseront le village au son des clarines et des toupins. Dans le même temps, une vente de génisses vosgiennes est proposée par l’association des éleveurs de vosgiennes du Haut-Rhin.

C’est la huitième fois qu’est organisée cette transhumance, qui prend une ampleur toujours plus importante. La première année, il y avait deux troupeaux au programme. Le 14 octobre prochain, ils seront six à faire étape dans le village en descendant de leurs fermes d’estives sur les hautes chaumes. Ils vont arriver des vallées de Munster, Saint-Amarin et La Bresse. Cela représente quelque 200 vaches, toutes munies d’une clarine ou d’un toupin, qui vont descendre de façon échelonnée jusqu’à la salle de sport du village, le cœur de la manifestation. Les animations vont démarrer dès 9 h 30 le matin dans les différents points d’attraction de la fête : la salle de sport, bien sûr, mais aussi les abords du stade, le musée de la schlitte, la ferme Lochert, Vallée Village. Les horaires attendus de passage des bêtes sont les suivants : ferme de l’Estive (Chalets de la Wormsa) à 13 h 15, ferme Meyer (Muhlbach) à 11 h 30 et 16 h, Firstmiss (Gaschney) à 13 h, Trois-Fours (Gaschney) à 14 h, Treh et Uff Rain (Chalets de la Wormsa) à 14 h 15. Le défilé des vosgiennes ou des brunes des Alpes attire chaque année plus de 5 000 visiteurs, en fonction de la météo. On entendra de la musique toute journée en attendant le concert de clarines. Choristes, groupes folkloriques, cors des Alpes, et sonneurs des Hautes Chaumes donneront du souffle jusqu’au soir. Pour la première fois, il y aura aussi une formation de cornemuses. Avant le Malkerowa de 18 h, la fameuse soirée montagnarde, il y aura de nombreux points de restauration, souvent sous chapiteau. Il y sera servi des menus marcaires, avec des fromages et des charcuteries fabriqués dans les fermes situées sur les hauteurs. Il sera également possible de déguster les roïgebrageldi et la soupe au munster offerte par la confrérie Saint-Grégoire du taste fromage. Vente de génisses vosgiennes à partir de 16 h 30 Autre grand moment de cette journée, la vente de génisses vosgiennes organisée par l’association des éleveurs de vosgiennes du Haut-Rhin, à partir de 16 h 30 à la ferme Lochert. Les génisses seront exposées toute la journée dans l’étable de Guy Lochert, rue du chemin de fer. Sur place, les éleveurs de l’association proposeront au public leur burger au Cœur de massif (steaks hachés de viande vosgienne). La vente se déroulera suivant le système des enchères progressives avec un minimum de 50 € par mise. Toutes les génisses et vaches mises à la vente proviennent de pères d’insémination. Si elles sont gestantes, le produit est issu d’insémination. Le catalogue officiel de cette vente de génisses affiche 30 animaux. Ils sont issus de l’EARL Barb à Wasserbourg, de chez Guy Lochert à Muhlbach-sur-Munster, de chez Fernand Hoffner à Fellering, de l’EARL Jean Wehrey à Breitenbach, de l’exploitation de Marc Spenle à Anjeux (Haute-Saône), de Mathieu Étienne au Val d’Ajol (Vosges), de l’EARL Deybach à Mittlach, de la SARL de la Soultzersmatt à Soultzeren, du Gaec Schubnel à Stosswihr, de l’EARL de la Chapelle des Ves au Thillot (Vosges), de chez Armand Burger à Soultzeren, du Gaec des Hautes Huttes à Orbey et d’Élitest à Épinal pour des lots de trois embryons.

Brasserie de Saint-Pierre

Pour le plaisir de brasser

Publié le 10/10/2017

Depuis début avril, la brasserie de Saint-Pierre propose des ateliers de brassage. Le temps d’une matinée, les amateurs élaborent un mini-brassin de 18 litres, qu’ils reviennent chercher embouteillé quelques semaines plus tard.

Deux à trois fois par mois, la brasserie de Saint-Pierre propose des ateliers de brassage ouverts à tous ceux qui rêvent de fabriquer leur propre bière. « Nous sommes les seuls à proposer cette formule en Alsace, explique Arnaud Caspar, mais cela existe déjà dans d’autres villes, comme Paris, Lille ou Lyon. Nous avons lancé le premier atelier début avril, sans trop savoir si ça allait prendre ou pas… » Six mois plus tard, le bilan dépasse ses espérances : « Nous sommes complets pour 2017 et nous avons dû ajouter des dates pour 2018 ». L’idée est venue après la fermeture du restaurant de la brasserie, voici un an. Pourtant bien fréquenté, il constituait un débouché pour les bières brassées à Saint-Pierre. Mais la restauration n’étant pas leur métier premier, ses responsables ont préféré se recentrer sur la bière. « Nous avons voulu exploiter la surface libérée par le restaurant, et notamment la cuisine, qui est très bien équipée, carrelée et entièrement aux normes, souligne Arnaud Caspar. Nous avions déjà l’habitude de faire des visites guidées, de recevoir des groupes pour des dégustations commentées. » Les ateliers de brassage apparaissent comme le prolongement naturel de cette activité. La fabrication pas à pas Ce samedi-là, une dizaine de participants vêtus de tabliers noirs sont réunis autour des réchauds. Cédric Rodenmacher, le maître-brasseur, les accueille sur les coups de 9 heures et leur remet les ingrédients nécessaires à la fabrication d’un brassin de 18 litres, ainsi qu’une fiche-recette. Puis il les accompagne, pas à pas, dans les différentes étapes du brassage. À l’inscription, chaque binôme a choisi le type de bière qu’il souhaitait brasser : blonde, blanche, ambrée, brune… Yannick, originaire de Riedisheim, dans la région mulhousienne, a choisi une IPA (indian pale ale), bière dont il apprécie les arômes et l’amertume. La séance de brassage lui a été offerte par ses anciens collègues, lorsqu’il a changé de travail. Elle vient couronner un long parcours initiatique dans le domaine de la bière. « Ado, j’ai bu beaucoup de saloperies, puis je suis passé aux bières belges, aujourd’hui, je privilégie les bières locales, et notamment les IPA que j’ai découvertes voici deux ou trois ans », explique le quadragénaire, qui n’en est pas à son premier brassin. Il a déjà tenté de faire de la bière chez lui après avoir acheté un kit par correspondance. « C’était infect », se souvient-il, encore amusé par l’expérience. « Les participants ont accès aux matières premières que nous utilisons à la brasserie, le malt, le houblon, les levures, souligne Arnaud Caspar. C’est un avantage car d’habitude, les brasseurs amateurs n’ont pas un volume suffisant pour y avoir accès. » Surtout, ils peuvent profiter des conseils de Cédric Rodenmacher : le maître-brasseur explique à quoi sert l’empâtage, qui consiste à mélanger le ou les malts avec de l’eau puis à les porter à une température permettant de transformer l’amidon des grains en sucres. Un œil sur le contenu de la marmite en inox, un autre sur le chronomètre, les participants contrôlent la montée en température à intervalle régulier. Daniel et Marie-France, un couple venu de Meistratzheim, le font avec beaucoup de sérieux. C’est le gendre et la belle-fille de Daniel qui leur ont offert la séance. Buveuse régulière de bière - « deux bières par jour, c’est le meilleur remède pour l’intestin, assure-t-elle -, Marie-France se fond sans problème dans le groupe, essentiellement masculin ce jour-là. « À vous de jouer » La première étape achevée, il faut maintenant passer à la filtration. Une deuxième marmite est mise à disposition ainsi qu’un tuyau muni d’un robinet pour le transfert du moût d’un contenant à l’autre. Cédric Rodenmacher invite les participants à se rapprocher d’un poste de brassage : il fait couler un premier jet dans une cruche en verre, puis arrose tout doucement le « gâteau de céréales » qui s’est formé à la surface de la première marmite. « On répète l’opération autant de fois que nécessaire pour que le jus soit clair, commente-t-il. À vous de jouer ! » Les brasseurs amateurs regagnent leur poste de travail et remplissent cruche après cruche. « On dirait du vin nouveau… chaud », remarque l’un d’entre eux. « Si vous voulez goûter votre moût et celui de vos voisins, c’est le moment », lance le maître-brasseur. Les verres circulent : si le goût est encore assez éloigné du goût final, on perçoit déjà des différences dans le profil aromatique de chaque brassin. Cédric, venu de Mulhouse, est ravi de l’expérience. Épicurien, avide de connaissances, il a déjà participé à plusieurs stages en pâtisserie, boulangerie et en dégustation de vins. Des univers à l’opposé de son métier, dans la recherche scientifique et l’informatique. À la brasserie de Saint-Pierre, il a choisi d’élaborer une bière ambrée, en binôme avec Sébastien, qui lui a offert l’atelier pour ses 40 ans. La matinée est bien entamée lorsque s’achève la filtration. Il reste à chauffer le moût et à ajouter les pellets de houblon. Après refroidissement et levurage, il est transféré dans une cuve en plastique munie d’un barboteur. C’est dans cette cuve que le brassin va entamer sa fermentation. Les apprentis brasseurs n’assisteront pas à cette étape qui dure plusieurs jours : le suivi est assuré par la brasserie, de même que l’embouteillage qui précède la seconde fermentation en bouteilles. L’atelier s’achève sur un en-cas pris en commun, qui ajoute à la convivialité de la rencontre. Il n’est pas rare que quelques semaines plus tard, lorsqu’ils viennent récupérer leurs 36 bouteilles de bière, les participants repartent avec l’une ou l’autre bouteille en plus. Celle d’un binôme rencontré lors de l’atelier.

Pages

Les vidéos