A la une

Publié le 15/02/2018

Le réchauffement climatique qui est en cours positionne les stades phénologiques de la vigne plus tôt dans l’année et crée du stress hydrique. Permettre aux ceps de résister à ces phénomènes demandera nécessairement une adaptation des pratiques culturales selon les intervenants à la session viticulture de l’IFV des 30 et 31 janvier à Ostheim.

Les données météorologiques sont impitoyables. Depuis 1990, la température moyenne mesurée à Strasbourg a augmenté de 0,4° par décennie. Le nombre de jours de forte chaleur a presque triplé en soixante-dix-sept ans. Printemps et été deviennent plus secs. Les stades phénologiques interviennent de plus en plus tôt dans l’année. Ainsi en quarante ans, le riesling planté en Alsace a en moyenne gagné dix-sept jours au débourrement, vingt à la floraison et trente à la véraison ! S’il y a déjà eu des réchauffements par le passé, aucun n’a jamais été aussi rapide. Et ce n’est pas fini si l’on en croit les différents scénarios de hausse continue des températures d'ici 2100… « Depuis les années 2000 tous les vignobles français connaissent une baisse progressive de leurs rendements » constate Jean-Pascal Goutouly, du département écophysiologie et génomique fonctionnelle de la vigne à l’Inra de Bordeaux. Pourquoi ? « Ce n’est pas tant le volume des pluies qui a diminué que la température plus élevée qui contribue à augmenter l’évapotranspiration et à avancer la floraison à des périodes de l’année où l’eau est moins disponible. C’est par exemple de plus en plus le cas sur Colmar. En outre le manque d’eau débouche sur une moindre utilisation de l’azote ». Ces phénomènes sont renforcés ou atténués par des facteurs locaux comme l’orientation des rangs ou l’enherbement. Le Civa et le pôle technique viticole alsacien ont étudié le comportement en 2012 et 2015 d’un clone 49 de riesling sur porte-greffe 161-49 C dans sept types de sol plus ou moins profonds répartis entre Avolsheim au nord et le Bollenberg au sud. Un stress hydrique avant la véraison comme en 2015 s’est traduit par une moindre surface foliaire, des baies plus petites et donc un rendement plus faible. Le clone et le porte-greffe induisent de petites variations en volume et en richesse. Le Riparia, le 164-49 C et le 34 EM (1) ne paraissent pas les mieux adaptés au riesling dans des situations où la réserve utile en eau est limitée. Globalement les sols superficiels comme à Colmar, Turckheim ou Obernai offrent peu de perspectives à long terme (au-delà de vingt à trente ans) à ce cépage qui a besoin d’une maturité lente sur un terroir tardif. « Le genre de scénario climatique qui convient au riesling sera de moins en moins fréquent à l’avenir » prévient Guillaume Arnold, du Civa. Jusqu’en 2100, une hypothèse d’évolution du climat qualifiée « d’optimiste » pourrait entraîner l’avancement de la date moyenne du débourrement de quatorze jours supplémentaires, de la floraison de vingt-deux jours et de la véraison de trente jours… Favoriser la capacité de rétention en eau du sol Comment rester optimiste face à ces prévisions ? En plantant au nord ou en montant en altitude (2) comme on l’a entendu dans la salle ? Peut-être… Déjà, lors de toute replantation, il faudra « commencer par choisir le cépage et le porte-greffe les plus en adéquation avec le terroir. Mais ce levier n’aura qu’une faible incidence sur le résultat » juge Guillaume Arnold. « Les cépages montrent une grande capacité d’adaptation à des conditions climatiques qui changent » rassure Manfred Stoll, de l’université de Geisenheim. « Il faudra raisonner en manque d’eau par période de l’année et non plus se contenter d’une moyenne annuelle » avertit Jean-Pascal Goutouly. Dans tous les cas, les pratiques vont devenir cruciales alors qu’actuellement sur le terrain, comme le relève Bruno Guillet, de Gresser œnologie, « les viticulteurs craignent de limiter le feuillage ou la charge car ils manquent de visibilité sur les conséquences de tels choix ». Pourtant, le passage à des pratiques différentes semble obligé. « Il faudra peut-être reconsidérer l’enherbement dans certaines configurations » avance Jean-Pascal Goutouly. S’échiner à avoir un plan de palissage à trois épaisseurs n’est pas davantage recommandé. « La troisième feuille ne sert qu’à consommer de l’eau et à fournir un support à la maladie » souligne le scientifique. « Il convient de viser 1,5 à 2 m² de surface foliaire par kilo de raisin ». Dans un contexte de réchauffement, l’exposition des grappes est capitale car « les raisins n’ont presque aucun moyen de régulation thermique ». À Geisenheim, un essai d’effeuillage partiel du plan de palissage d’un riesling au-dessus de la zone des grappes tout en conservant le feuillage sommital a permis de freiner la synthèse des phénols par les raisins. En Alsace, un essai de rognage bas sur pinot gris mené en 2016 et 2017, limitant à 90 cm environ la hauteur du mur de végétation, a montré qu’il est un moyen de reculer la maturité. L’opération a décalé la véraison d’une petite semaine. Le vin à la dégustation est apparu plus équilibré, plus aromatique. Mais attention, répéter l’intervention touche très rapidement le potentiel de mise en réserve. Elle est donc à manier avec la plus extrême prudence. Dans le Lot-et Garonne, un essai analogue a montré une baisse de rendement dès la deuxième année. Le plus bénéfique reste sans doute de favoriser la capacité de rétention en eau du sol. Les engrais verts ont leur rôle à jouer : associer les espèces améliore la structure du sol ; privilégier les légumineuses fournit une source d’azote pour piloter la vigueur dont la plante pourra tirer parti en situation de stress hydrique.      

Assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin

Pour de meilleures relations commerciales

Publié le 09/02/2018

Un débat entre personnalités de stature nationale ou européenne était organisé en seconde partie de l’assemblée générale de la FDSEA 67, lundi 5 février. Les intervenants ont tiré un premier bilan des États généraux de l’alimentation.

Inverser la formation des prix. C’est le deuxième point de la charte signée le 14 novembre entre les syndicats agricoles et la grande distribution dans le cadre des États généraux de l’alimentation. Il invite les signataires à mieux tenir compte des coûts de production des agriculteurs dans l’établissement du prix de vente en rayon. Un principe qui doit assurer aux paysans un revenu décent. Finie la casse des prix ? « Non. » Réponse sans appel d’Olivier De Bohan, vice-président de Coop de France, à la tribune de l’assemblée générale de la FDSEA du Bas-Rhin, lundi 5 février. Trois mois après la ratification de l’accord, tous les professionnels dressent un même constat. Les enseignes de grande distribution (GMS) ne jouent pas le jeu. « Certaines vont jusqu’à délocaliser les lieux de négociation pour échapper aux nouvelles règles », lâche exaspéré celui qui est aussi président de Cristal Union. Pire. La GMS demanderait des baisses de 2 à 8 % sur de nombreux produits. Les négociations commerciales débutées en novembre sont si difficiles que Christiane Lambert a tapé du poing sur la table. Les agriculteurs ont beau brandir la charte d’engagement, « les distributeurs disent qu’ils s’assoient dessus », a déploré la présidente de la FNSEA lors de ses vœux à la presse, le 9 janvier. Mettre fin à la guerre des prix bas Mais comment obliger la GMS à respecter ses engagements ? À la tribune de Kurtzenhouse, Marie-Thérèse Bonneau demande un cadre légal contraignant. « Il faut des règles et des pénalités pour ceux qui ne les respectent pas », défend la vice-présidente de la Fédération nationale des producteurs de lait. Légiférer donc. Stéphane Travert, le ministre de l'Agriculture, a présenté son projet de loi au Conseil des ministres du 31 janvier. Le texte devrait relever le seuil de revente à perte de 10 %. Soit le prix d’achat du produit plus les coûts logistiques. Il devrait aussi limiter les promotions à 34 % de la valeur d’origine du produit, et 25 % du volume annuel. Des mesures destinées à mettre fin à la guerre des prix bas que se livrent les géants de la distribution et dont les agriculteurs font les frais. Un problème européen Pourtant, la GMS ne porte qu’une partie des responsabilités, selon Michel Dantin, eurodéputé spécialiste des questions agricoles. « Mes équipes ont détecté plus de 41 modes de concurrence déloyale en Europe », explique-t-il devant les adhérents du syndicat bas-rhinois. Pour l’élu, il s’agit là d’un problème européen. Et les États généraux de l’alimentation n’ont apporté qu’une partie de la solution, car trop centrés sur la France. Il se tourne aussi vers l’Europe pour trouver des solutions. Il a par exemple salué l’accord européen sur le règlement Omnibus. Le texte modifie certaines doctrines financières, notamment en matière agricole. Ainsi, il augmente la flexibilité de répartition de la valeur par rapport aux contrats commerciaux signés en début d’année. En d’autres termes, les bonnes années, les agriculteurs pourront demander à recevoir une partie des marges supplémentaires dégagées par la distribution. De plus, depuis le 1er janvier, les organisations de producteurs sont considérées comme un outil économique. Elles peuvent intervenir sur tous les aspects d’une relation commerciale. Tarifs, planification, condition de livraison… Les agriculteurs sont invités à se rassembler pour peser plus lourd dans la balance. Pour Marie-Thérèse Bonneau, les paysans font surtout face à un problème de fond. Les acheteurs, industriels comme particuliers, ne respectent pas la valeur de leur travail. « Il reste un mois de négociations commerciales, à nous de mettre la pression pour faire reconnaître notre travail. »

Fruits et légumes d’Alsace

Endives, c’est le moment d’en croquer

Publié le 08/02/2018

Avec le retour du froid, la consommation d’endives reprend. En Alsace, trois producteurs ont misé sur cette culture. L’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace a lancé la saison chez Rémy Friess, producteur à Rohr.

L’endive est un aliment « détox », qui a de nombreuses qualités diététiques : peu calorique, elle est surtout riche en eau et en fibres et contient de précieux oligo-éléments, tels que le sélénium et des vitamines (vitamines C, B1 et B2). Qu’elle soit crue ou cuite, elle participe au bon fonctionnement de l’intestin. Les trois producteurs d’endives d’Alsace réunis le 6 février à la ferme Friess, à Rohr, à l’initiative de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), n’ont pas manqué de le rappeler. Ils ont aussi vanté les bienfaits d’un légume produit dans la région, donc acheminé rapidement sur les lieux de vente, ce qui garantit sa fraîcheur. Rémy Friess produit 250 t d’endives entre novembre et mars, mois qui correspondent au pic de consommation. C’est son père qui s’est lancé dans cette production il y a 35 ans après avoir arrêté l’élevage. Aujourd’hui, elle reste une source de diversification pour Rémy Friess, qui cultive par ailleurs des céréales et dirige une entreprise de travaux agricoles. Les racines d’endives proviennent du Nord, où les conditions de culture sont plus propices à leur croissance qu’en Alsace, et sont acheminées dans la région à l’automne. À leur arrivée à la ferme, elles sont mises au froid pendant huit jours. L’endive étant une plante bisannuelle, sa racine a besoin de cette période de froid simulant l’hiver pour entrer en production. Les racines rentrent ensuite pour trois semaines en salle de forçage. La température y est maintenue à 18 °C, l’hygrométrie à 80 %. Les bacs galvanisés dans lesquels sont placées les racines sont traversés par un courant d’eau enrichie en oligo-éléments et en potasse. C’est dans ces conditions, et dans une obscurité totale préservant leur blancheur, que poussent les endives. « Un cycle complet » À leur sortie de la salle de forçage, elles sont nettoyées et emballées dans des sachets aux couleurs de l’Ifla, où figure le nom du producteur. Bien qu’équipé d’une chaîne de conditionnement automatisée, Rémy Friess emploie huit personnes, dont six saisonniers, pour effectuer les différentes opérations. Les racines, qui constituaient un déchet, sont maintenant envoyées dans un village voisin où elles alimentent une unité de méthanisation. « C’est un cycle complet », commente Rémy Friess. Accompagné des deux autres producteurs d’endives de la région, Angèle Gloeckler et Robert Burgaentzlen, Pierre Lammert, président de l’Ifla, a profité de cette matinée à la ferme pour sensibiliser les grossistes et distributeurs à la production régionale et pour remercier les partenaires habituels de la filière fruits et légumes. En particulier la Région Grand Est qui, par le biais d’un contrat de filière, soutient les investissements des producteurs et la promotion des fruits et légumes régionaux. Guillaume Keller, le représentant de Sodexo, a témoigné de la volonté de l’entreprise de restauration collective d’acheter de plus en plus de produits locaux. C’est ainsi qu’elle a pré-commandé une demi-tonne d’endives d’Alsace pour les servir dans les restaurants d’entreprises, les hôpitaux et les cantines de la région. En la déclinant selon quatre recettes différentes, Jérôme Amory, le chef du restaurant de la Cité administrative de Strasbourg, a prouvé que l’endive d’Alsace peut être consommée de multiples façons : de l’entrée - une crème d’endives à la bière ambrée et aux zestes d’orange - jusqu’au dessert - une crème brûlée à l’endive et au carambar !

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