A la une

Publié le 17/01/2018

Après une campagne de maïs ensilage qui a permis de remplir les silos d’un fourrage de qualité, il est temps de prévoir la prochaine campagne. La Chambre d'agriculture d’Alsace a récemment présenté les résultats de ses essais variétaux. Il ne reste « plus qu’à » choisir les heureuses élues !

La campagne de maïs ensilage 2017 a été globalement bonne, avec de bons rendements, tant au niveau de la partie végétative que des grains. « La fin de cycle a été assez rapide, entraînant parfois de la sénescence des plantes, et se traduisant par une période d’ensilage restreinte, dans de bonnes conditions », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). À l’ouverture des silos, les ensilages de maïs 2017 ont révélé de bonnes valeurs alimentaires, notamment de bonnes valeurs énergétiques (UF). Pour certaines variétés, les UF sont tirées par l’amidon. Il s’agit donc de les associer à de l’herbe pour éviter l’acidose. Pour d’autres variétés, les UF sont davantage le fruit de la partie végétative. Ces dernières peuvent alors passer en plat unique, ou être associées à des céréales. Une des caractéristiques de l’année a été l’infestation de certaines parcelles par du charbon commun, un phénomène qui apparaît fortement lié à la sensibilité variétale. Pas de corrélation gabarit-rendement La CAA a mis en place trois essais variétaux cette année, au nord, au sud et en Centre Alsace. L’essai de Bitschhoffen comprenait 27 variétés. Il a été semé le 11 avril et récolté le 1er septembre. Parmi les variétés demi-précoces (environ indices 280-330), justeen (grain type corné), LG 31.295 (grain type corné) et P9234 (variété dentée la plus tardive de ce groupe de précocité), sortent en tête en termes de rendement mesuré en tMS/ha. Par contre, justeen s’avère sensible au charbon sur tige. L’essai comprenait la variété san mario RH, qui sort dernière en rendement, mais qui a été sélectionnée pour sa richesse en huile, autre source d’énergie que l’amidon. Elle aurait donc pu s’avérer intéressante si ses épis n’avaient pas été envahis par du charbon. Les différentes mesures réalisées par les techniciens de la CAA mettent en évidence l’absence de corrélation significative entre le gabarit et le rendement. Ce n’est donc pas parce qu’un maïs est haut et beau qu’il va faire du tonnage de matière sèche. À l’inverse, un maïs visuellement un peu chétif peut surprendre… La valeur énergétique dans cette série de précocité est en moyenne de 0,93 UFL/kg MS. L’analyse des données révèle que certaines variétés ont des valeurs énergétiques proches, mais des teneurs en amidon variables. Ce qui prouve bien que l’amidon n’est pas la seule source d’énergie du maïs fourrage. En réalisant la synthèse des données collectées à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9234, une variété plutôt typée grain, sort en tête en termes de rendement, suivie par justeen, kilomeris, ES floreal, muesli CS, LG 31.295. Des variétés sensibles au charbon Parmi les variétés demi-tardives (environ indices 370-430), LG 30.444 sort première en matière de rendement en tMS/ha, talonnée par P9911 et DKC4621. ES jasmine et LBS 4414 affichent également de bons rendements. La valeur énergétique moyenne de cette série est de 0,95 UFL/kg MS. Et c’est LG 30.444 qui sort en tête en UFL/ha. Il y a eu peu de charbon sur épi dans cette série. Par contre, la variété RGT luxxida en a développé sur tiges. En réalisant la synthèse des données collectées pour cette série à Bitschhoffen et Traubach-le-Bas, P9911 s’avère très régulière et toujours au-dessus de la moyenne. Les variétés DKC4590, ES jasmine, LBS 4414 et LG 30.444 donnent également satisfaction. Le potentiel de rendement de RGT emerixx atteint difficilement celui de son prédécesseur futurixx. À noter que si DKC4590 affiche de bons rendements, elle ne figure pas parmi les variétés préconisées par la CAA pour le maïs ensilage. En effet, il s’agit d’une variété typée grain. « Elle peut dépanner, mais il ne faut pas en faire trop pour l’ensilage, car sa digestibilité est assez faible. » Enfin, parmi les variétés tardives, sur l’essai d’Uttenheim, P0725 arrive en tête. P9911 en est très proche avec un indice un peu plus précoce, ce qui lui confère un aspect plus sécurisant pour un rendement similaire. Vient ensuite LG 30.444. Dans cette série, la variété la plus touchée par le charbon est RGT ixabel, avec 60 % de tiges affectées, suivie par LG 30.681. Objectif lait, ou viande ! Pour construire le tableau final des variétés préconisées pour 2018, les conseillers de la CAA ont sélectionné les variétés sur leur rendement, mais aussi sur leur valeur alimentaire, leur stay green… « Votre objectif, c’est de produire du lait, ou de la viande. Or, par exemple, parmi les dentées, certaines variétés ont tendance à mobiliser les réserves de la tige en fin de cycle pour remplir les grains, ce qui n’est pas forcément bon pour l’ensilage », indique Laurent Fritzinger. Libre à chacun de panacher les variétés, ce qui peut permettre de cumuler leurs bénéfices et d’atténuer leurs points faibles, mais Laurent Fritzinger conseille vivement de rester dans les mêmes gammes de précocité, au risque de se trouver confronté à des différences de stade importantes à l’heure de la récolte. Par contre, le type de variété, dentée ou cornée, aurait peu d’incidence. En effet, la digestibilité de l’amidon des grains dentés et cornés est similaire au stade où l’ensilage de la plante entière doit être effectué, c’est-à-dire à 32-35 % de MS plante entière. C’est après que la digestibilité de l’amidon évolue différemment dans les deux types de grains mais cela ne joue plus puisque les maïs sont déjà ensilés à ces stades-là.

Publié le 16/01/2018

Fin décembre, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis-Institut du végétal ont organisé une série de réunions techniques pour dresser le bilan de la campagne maïsicole 2017 et préparer la suivante. En matière de désherbage, quelques nouveautés - bonnes et moins bonnes - sont à signaler. Par ailleurs, certaines solutions sont sur la sellette. Pour préserver leur autorisation, mieux vaut en faire un usage parcimonieux.

Ces réunions techniques suivaient de près la divulgation par l’Aprona des résultats de sa campagne de prospection sur la qualité des eaux souterraines d’Alsace. Campagne qui a révélé une présence assez généralisée des molécules phytopharmaceutiques et de leurs dérivés dans la nappe. « C’est un enjeu sociétal qu’il s’agit de relever en améliorant les pratiques agricoles. Car leur impact sur les milieux, et notamment l’eau, constitue un enjeu pour tous, y compris les agriculteurs », estime Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Si les cinq molécules les plus fréquemment quantifiées dans les eaux souterraines sont désormais retirées du marché, la sixième est le nicosulfuron (Pampa), un herbicide foliaire, utilisé à des grammages pourtant généralement peu élevés. Et, en septième position, arrive le S-métolachlore (Camix, Dual Gold), un herbicide racinaire, dont les dérivés sont aussi fréquemment détectés. Parmi les cinq métabolites les plus retrouvés figurent quatre métabolites du S-métolachlore. « Cette molécule, autorisée sur maïs, betterave, soja, est utilisée à assez grande échelle, mais est aussi assez lessivable. C’est un problème, parce qu’elle risque d’être interdite alors qu’elle est efficace. Or, si le panel de solutions est trop réduit, on va au-devant de résistances. C’est déjà le cas d’adventices qui ont développé des résistances aux sulfonylurées », analyse le conseiller agricole. Économiser le S-métolachlore pour le préserver La classification HRAC (Herbicide Resistance Action Committee) des substances actives herbicides, établie selon leurs modes d’action, les répartit en 23 groupes et sous-groupes, avec des risques d’apparition de résistances plus ou moins importants. La famille des chloroacétamide, à laquelle appartient le S-métolachlore, apparaît dans le groupe K3, avec un faible risque de résistance. « Donc si on enlève le groupe K3, il ne restera quasiment plus que des solutions anti-graminées à risque de résistance plus élevé », constate Laurent Fritzinger, qui conclut : « Il faut modifier nos pratiques pour conserver cette solution à notre gamme ». Il a ensuite présenté une synthèse de 23 essais pluriannuels, menés soit sur une flore simple, soit sur une flore dicotylédone complexe, soit sur une flore graminée complexe. Les différentes modalités ont été notées selon leur efficacité et leur risque de transfert vers les eaux souterraines. Ces essais visaient notamment à comparer les performances de programmes avec et sans S-métolachlore. D’autant que sa supériorité n’est pas toujours réelle En traitements de prélevée, sur une flore simple, de bons résultats sont obtenus avec de l’Adengo sans S-métolachlore. « Il n’y a donc pas d’intérêt à l’utiliser. » Sur une flore dicotylédone complexe, les efficacités sont très aléatoires, que ce soit avec ou sans S-métolachlore, puisque dans tous les cas les traitements ne sont pas forcément adaptés à la flore. Sur flore graminée complexe, aucune modalité ne donne vraiment satisfaction, ce qui suggère de les gérer en post. « Toute flore confondue, le S-métolachlore apporte un petit gain d’efficacité. Mais il y a aussi des échecs, que cette molécule soit utilisée ou pas. Ce qui suggère qu’il est possible de trouver des programmes qui fournissent de bons résultats sans S-métolachlore », résume Laurent Fritzinger. Dans les situations où la pression en graminées est importante, faire un anti-graminées de prélevée, avec Adengo + Isard, Dakota ou Adengo + Atic Aqua puis éventuellement un traitement de rattrapage. Dans les traitements de post-levée, le risque de transfert de matières actives vers les eaux souterraines diminue dès lors que les modalités ne comprennent pas de S-métolachlore. « Si cette molécule sécurise l’infestation dans les parcelles présentant une pression en graminées élevée, il est possible d’obtenir de bons résultats avec des alternatives comme Isard, Adengo, Atic Aqua, Dakota-P… », indique Laurent Fritzinger Alternatives au S-métolachlore En stratégie de pré + post, les meilleures alternatives au S-métolachlore sont Isard et Adengo. Deux produits qui peuvent toutefois être un peu plus sensibles à la sécheresse du sol que le S-métolachlore, qui présente la propriété de bien se réactiver, même après 10 jours sans précipitations. Si tout le désherbage est géré en post, Laurent Fritzinger préconise un T1 avec Elumis + Isard puis un T2 avec Elumis. Ou un T1 avec Mondine + Isard puis un T2 avec Mondine. « Il est plus simple de trouver des alternatives au S-métolachlore en maïs qu’en soja ou en betterave, où il n’existe qu’une seule alternative, l’Isard, qui n’est utilisable qu’un an sur deux… », conclut Laurent Fritzinger.

Publié le 15/01/2018

À Molsheim, Julien Boehler taille les ceps du domaine familial dans le double objectif de les faire produire selon leur vigueur et de les faire arriver à maturité en même temps.

Le domaine Boehler a quinze vins sur sa carte, crémant et vendanges tardives compris. Chacune de ses parcelles doit en fournir un, même si par la suite il arrive que des terroirs soient assemblés pour obtenir ce résultat. Pour y parvenir, le domaine suit deux stratégies de taille. René pratique la première sur deux baguettes et, selon le cas, un ou deux coursons. Cette approche traditionnelle est réservée aux vignes assez ou très vigoureuses, avec lesquelles l’objectif de rendement se situe entre 70 et 75 hl/ha. Il s’agit par exemple des parcelles destinées à fournir des raisins à crémant. Julien, son fils, de retour sur l’exploitation depuis 2016, essaye de convertir autant que faire se peut les parcelles qu’il taille en Poussard. Il a appris la méthode au cours d’un stage dans le Bordelais. Il l’applique aux parcelles destinées à produire 40 ou 50 hl/ha, 60 hl au grand maximum. Sur le terrain, Julien commence à observer le pied. Un coup d’œil peut lui suffire. Il peut aussi prendre vingt ou trente secondes avant de se décider. Son choix se porte d’abord sur des bois de 7 à 10 mm de diamètre. Il compose ensuite avec l’orientation des bourgeons. « Le premier doit être dirigé vers le bas et en direction du rang. C’est loin d’être évident. Il sort souvent du rang. Le deuxième œil est fréquemment aux environs du deuxième fil. Si une remise à niveau est nécessaire, je pratique une taille sévère qui influence négativement le rendement. Mon but est d’arriver à former le cep en Y. Le flux de sève n’est pas interrompu. Il circule dès lors dans la partie inférieure et latérale du pied » explique-t-il. Dans l’idéal, Julien laisse une baguette longue, qui atteint le dernier fil. Une fois liée, elle va favoriser la répartition du feuillage, évitant ainsi les paquets de végétation. Il laisse entre cinq et quinze bourgeons par souche en éborgnant un œil sur deux en moyenne. Concrètement, il ne va pas demander plus à un pied dont il estime seulement le potentiel à 20 hl/ha : le courson reste à deux yeux, la baguette à quatre avec l’espoir que chaque œil débourre. Il va tailler sur huit à douze yeux le cep qui se situe dans son objectif autour des 40 hl/ha. Mais il va « brider » par une taille à douze/quatorze yeux soit 50-55 hl/ha, le cep capable de contribuer à un rendement de 70 hl/ha. Dans ce cas, le double ébourgeonnage est systématique. « En procédant ainsi, un résultat peut s’observer en deux ans. Mais il se perçoit mieux au bout de cinq à six ans » juge Julien. De 2 à 5 % de vieilles vignes recépées Les vignes de dix ans se prêtent le mieux à la conversion. Celles de quarante ans sont plus réfractaires. « Les pieds sont montés, le bourgeon bien placé est rare. J’y passe le double de temps comparé à une autre parcelle. Je me contente de 400 pieds en sept heures au lieu de 800 » concède Julien. Pour contourner le problème, il a recours au recépage. « C’est un bon moyen de conserver mes vieilles vignes. J’y ai de plus en plus recours. Je pratique le recépage pour 2 à 5 % des pieds dans les parcelles concernées en gardant un pampre bien placé de l’année, sous le flux de sève ». Le jeune viticulteur estime ainsi que 70 à 80 % de sa surface peuvent être menés en taille Poussard. « Le temps passé est le facteur limitant » juge-t-il. « Mais c’est une piste pour endiguer la recrudescence des dégâts d’esca, répartir la végétation ». À la fin des vendanges, Julien calcule le rendement exact obtenu à la parcelle pour « avoir une idée de ce que chacune peut donner ». Il en tient compte pour adapter la taille de chaque pied. « Laisser une trop grande charge ne ramène pas plus de raisins à la récolte. C’est pourquoi je recherche de la précision pour m’approcher au plus près de ce qu’un cep peut donner. L’enjeu pour moi est d’arriver à une homogénéité de la maturité en partant d’une hétérogénéité de charge ». En pratiquant ainsi, Julien a constaté que les stades de la floraison et de la nouaison étaient plus réguliers car chaque pied peut correctement alimenter les bourgeons que le sécateur lui a laissés. En 2017, ses raisins à crémant et son pinot gris étaient mûrs simultanément. Julien veut y voir le signe que sa stratégie actuelle le met sur la bonne voie.        

Pages

Les vidéos