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Porc. Manifestation FDSEA-JA

Respecter le prix de l’alimentation

Publié le 09/01/2018

Vendredi 5 janvier, révoltés par le prix auquel l’enseigne Leclerc bradait du porc français, une délégation de producteurs de porcs a investi le magasin de Marmoutier. Histoire de rappeler que les porcs ne naissent pas sous vide au rayon frais, mais qu’il s’agit d’un produit noble. Qui mérite d’être payé au juste prix.

« L’année dernière nous étions venus pour dénoncer le prix du lait, cette année nous venons pour dénoncer le prix auquel est bradé le porc », note Julien Moureau, animateur à la FDSEA du Bas-Rhin. Les manifestations se suivent et se ressemblent… sans pour autant être suivies d’effets significatifs et durables. Les États généraux de l’alimentation ont entrouvert une porte sur une issue favorable aux producteurs, dont la voix semblait enfin entendue. Porte entrouverte sitôt refermée avec fracas. Le spectacle du rayon boucherie de l’enseigne Leclerc de Marmoutier laisse en effet un goût amer. C’était la promo de la semaine, vigoureusement mise en avant sur le prospectus publicitaire, au même titre qu’aurait pu l’être un lot de 10 paires de chaussettes. Un îlot entier lui est consacré, auréolé de banderoles colorées. Y sont disposés d’imposants jambons, de la longe, du filet mignon… À des prix défiants toute concurrence : 1,29 €/kg d’épaule, 1,59 €/kg de jambon… « Des prix qui ne couvrent même pas nos coûts de production », se désole Jean Kauffmann, responsable du groupe porc à la FDSEA du Bas-Rhin. Car, selon les cours de l’aliment, le prix de revient pour les producteurs oscille autour de 1,45 €/kg. On est donc loin des intentions des États généraux de l’alimentation qui ont conclu à la nécessité de la construction d’un prix rémunérateur pour tous les acteurs de la filière, prenant donc aussi en compte les coûts de production des éleveurs. Une mesure figurant dans une charte, signée par tous les acteurs de la filière. Les mêmes États généraux de l’alimentation concluent à la nécessité de mieux encadrer les promotions, pour en finir avec la guerre des prix que se livrent les grandes enseignes de la distribution. « Nous ne sommes pas contre les promotions, mais là les prix pratiqués sont abusivement bas », déplore encore Jean Kauffmann. Dans les conclusions des États généraux de l’alimentation, il était d’ailleurs aussi question de relever le seuil de revente à perte économique pour les produits alimentaires… Il ne reste plus qu’à attendre la loi issue des États généraux de l’alimentation, dont la promulgation a été annoncée par le président de la République Emmanuel Macron au premier semestre 2018… Pour avoir un produit de qualité, il faut mettre le prix En attendant, cette opération de promotion passe d’autant plus mal que les éleveurs de porcs ont vécu des années difficiles de 2013 à 2016. Cet été-là, le marché du porc s’est enfin redressé, porté notamment par la demande asiatique, ce qui laissait augurer des jours meilleurs pour les éleveurs. Mais si les distributeurs réduisent leur travail à néant, l’embellie pourrait ne pas durer. Une chose est sûre, ces pratiques jettent le flou dans l’esprit du consommateur : « Moi quand je vois du porc à ce prix-là, je me demande bien ce qu’on leur donne à manger… », commente une cliente. Les éleveurs, eux, le savent. Ils savent aussi comment ils ont amélioré leurs pratiques pour proposer un produit sain, tout en améliorant le bien-être des animaux et en réduisant l’impact environnemental de leur activité. Et ils savent aussi que ces améliorations ont un coût, qu’il s’agit de compenser : « Pour avoir un produit de qualité, il faut mettre le prix », martèle Jean Kauffmann. Cela ne passera que par le respect des engagements de tous les acteurs des différentes filières, et par des travaux concertés sur la construction des prix. Retrouvez cette manifestation en images, avec notre interview de Mathieu Schneider, éleveur de porcs à Schwenheim et reponsable du groupe porc chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin :  

Publié le 09/01/2018

La dégradation des cours en fin d’année ne remet pas en cause le bilan 2017. Après dix ans de creux plus ou moins profonds, le secteur porcin peut enfin commencer à se redonner un peu d’assise financière.

Même s’ils s’inscrivent dans une tendance baissière, les achats chinois continuent à faire le beau temps du marché européen pendant une grande partie de l’année. C’est grâce à eux que le cours du porc à 56 de TMP au MPB de Plérin s’affiche en avril à 1,546 €/kg. Un record pour ce mois ! De janvier à début juillet, les 1,50 € font office de prix pivot. Le reflux s’accentue à partir de la mi-août jusqu’à plonger à 1,18-1,17 € début novembre. Il se stabilise à ce niveau. Dans la région Grand Est, le porc est payé entre 1,72 et 1,35 €. En Alsace, le prix moyen sur l’année avoisine 1,40 €, soit 14 cents de plus d’une année sur l’autre. La filière régionale se situe 6 cents au-dessus du prix français. La stabilité du prix de l’aliment engraissement entre 226 et 230 €/t se répercute favorablement. La marge par truie gagne 150 € pour atteindre les 912 €. La mauvaise qualité des céréales dans les ateliers qui valorisent leurs propres récoltes par la fabrication à la ferme dégrade en revanche l’indice de consommation (IC) de 0,1 point, autrement dit de 60 € par truie. Cette pénalité devrait être rapidement effacée par la qualité récoltée au champ en 2017. Segmenter l’offre au consommateur Ces prix plus rémunérateurs étaient indispensables aux éleveurs et aux abatteurs. Mais redonneront-ils confiance à une filière française en plein doute ? Rien n’est moins sûr. Certes il y a eu un effet « porc français » qui s’est traduit par une baisse des importations de 10,7 % en 2016. Elle s’est accompagnée d’une augmentation des exportations de 4 %. Mais le prix français se caractérise toujours par son décalage négatif d’environ 10 centimes comparé aux prix allemand rendu abattoir à 56 TMP. Les organisations de producteurs bretonnes ne se sont toujours pas regroupées (comme elles en avaient l’intention) pour être aussi bien en ordre de marche que leurs concurrents. L’offre produits aux clients n’a toujours pas été modernisée alors que la segmentation semble vitale pour reconquérir des consommateurs qui mangent de moins en moins de viande. D’ailleurs de janvier à octobre 2017, les achats de viande de porc des ménages français reculent de 5,2 %, un phénomène général à l’Europe. À cela s’ajoute le débat sur le type d’élevage souhaité par la société, le bien-être et la santé animale, autant de thèmes sur lesquels les éleveurs sont sur la défensive. Conséquence de cette ambiance lourde : sur le premier semestre, les abattages français se replient de 3,9 %, et le poids produit baisse de 4,7 %. Certes, les perspectives à dix ans du marché mondial de la viande brossées par l’OCDE et la FAO demeurent favorables à la production. La consommation est attendue en hausse de 1,5 % par an. Mais elle concernera avant tout les pays en développement et la viande porcine ne fait pas partie de celles que le consommateur entend plébisciter… Les deux organisations envisagent un niveau de prix inférieur ou égal à 2016, n’évoluant que marginalement à la hausse…

Publié le 09/01/2018

Les rencontres dans les fermes Dephy du Grand Est ont permis à plus de 700 participants de discuter de la réduction de l’utilisation des produits phytosanitaires. Douze fermes aux profils différents ont ouvert leurs portes durant le mois de novembre. Focus sur trois d’entre elles.

Il est 10 h à l’EARL de Santignon à Baslieux (54) où une vingtaine de personnes sont assemblées sous le hangar. Ce n’est pas uniquement la convivialité d’un bon café en cette fraîche matinée du 15 novembre qui réunit ce groupe. Aujourd’hui, c’est la porte ouverte du groupe d’agriculteurs Dephy animé par la Chambre d’agriculture de Meurthe-et-Moselle. C’est l’occasion pour la famille Pierçon d’expliquer sa démarche et surtout de témoigner des premiers résultats obtenus dans leur quête de réduction des produits phytosanitaires. Selon Laurent Pierçon, la présence de son atelier de 70 vaches allaitantes est un atout qui lui permet de réduire sa consommation de produits phytosanitaires. C’est en particulier l’opportunité de valoriser directement ses cultures de printemps sur la ferme et d’introduire des prairies dans la rotation. Le soja est également testé depuis peu avec succès sur l’exploitation. La culture présente de multiples avantages, parmi lesquels la faible nécessité d’intrants, pas de mécanisation supplémentaire et une bonne rentabilité. Sur les deux dernières années, la famille Pierçon a réduit son IFT (indice de fréquence de traitement) de plus de 40 % par rapport à la référence régionale. L’allongement de la rotation contre les résistances La réduction des phytos est aussi accessible dans les systèmes céréaliers. C’est le constat qui a été mené durant la porte ouverte Dephy du 23 novembre chez Antoine Ferté à Montsuzain dans l’Aube. Sur ses 380 ha de SAU, en plus du colza, du blé et de l’orge de printemps, cet exploitant cultive du pois (printemps et hiver), du sainfoin et de la betterave. La rotation longue est un des leviers pour limiter les graminées résistantes mais Antoine Ferté ne s’arrête pas là et ses techniques sont nombreuses pour limiter le recours aux intrants. Motivé par sa conscience environnementale et sociétale, il a investi dans une herse étrille et une bineuse équipée de caméras (pour apporter de la précision dans ses interventions) notamment grâce aux subventions du PCAE. Il privilégie également les auxiliaires grâce à l’aménagement de 10 % de sa surface en Surface en éléments topographiques et couple l’observation de ses cultures à des modèles prévisionnels de maladies (blé et betterave). Sans compter la dynamique de son groupe Dephy animé par le Ceta de Romilly qui est un moteur dans la mise en œuvre de ces solutions. Le collectif est une vraie force pour changer son système Les personnes qui se sont rendues à la porte ouverte du 17 novembre à Feuges dans l’Aube ont pu rencontrer les exploitants aubois à l’origine du collectif de la SEP (Société en participation) du Signal. Ce collectif leur a permis de mettre en commun, l’outil de production (parcelles, matériel), les investissements, les connaissances mais aussi les prises de risque. Parmi les six fermes de la SEP, deux d’entre elles ont intégré le réseau Dephy animé par le Civam de l’Oasis afin de participer à des réunions techniques et surtout de valoriser leurs efforts dans la réduction des phytosanitaires. Pour atteindre leurs objectifs de réduction d’IFT, la SEP du Signal privilégie un assolement diversifié, la couverture du sol, l’implantation de variétés résistantes et de cultures peu consommatrices en intrants comme le chanvre. Déchaumage et TCS sont pratiqués (sans toutefois exclure le labour en cas de fort salissement), dans un environnement où les aménagements agroécologiques (haies, bandes enherbées, jachères) sont initialement peu présents. Cependant, dans un souci d’aménagement du territoire et désormais de protection des parcelles bio ou en conversion, les fermes de la SEP maillent peu à peu leur parcellaire de haies et bandes enherbées. Après avoir atteint un équilibre technique et financier, trois fermes de la SEP ont décidé de convertir en agriculture biologique tout ou partie de leur parcellaire, ce qui donnera naissance à la SEP Terobio dès 2018. Elle coexistera avec la SEP du Signal. Le Dephy Tour a été l’occasion de faire découvrir à un large public agricole les multiples profils des exploitations engagées, leurs sources de motivations ainsi que les leviers spécifiques à chaque contexte local. Un succès qui ne demande qu’à être reproduit pour la saison suivante.

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