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L’Académie internationale du vin en Alsace à Landersheim

Une chance pour l’Alsace et son vignoble

Publié le 16/02/2018

C’est la conjonction de quatre intérêts qui sera à l’origine de la réussite de l’Académie internationale des vins en Alsace (AIVA). La nécessité de former des professionnels de l’exportation et de l’importation, des cavistes prescripteurs et gestionnaires pour la grande distribution, des vignerons sachant gérer et calculer des prix de revient de leurs bouteilles, et des sommeliers également gestionnaires pour la restauration. Bref, des formations très professionnelles avec une forte dose de compétences tertiaires qui débouchera avant tout « sur un métier », insistent Dominique Destouches et Marc Rinaldi.

Ils sont trois protagonistes en réalité à porter ce projet, très soutenu par les collectivités territoriales. Le premier, Dominique Destouches a, par sa discrétion et son pragmatisme, su s’attirer la confiance de la grande distribution, pour laquelle il vend 7,5 millions de cols bon an mal an avec son entreprise VPCF fondée il y a plus de 25 ans. Le deuxième, l’homme d’affaires Marc Rinaldi investit dans le vignoble alsacien, et a jusqu’à présent réalisé tous ses projets annoncés : il a fondé le domaine Kirrenbourg, il a catalysé le groupe de vignerons d’excellence Alsace crus et terroirs, et il a initié le salon Millésimes Alsace… Et le troisième, Chengqing Sun est actionnaire dans plusieurs universités en Corée, à Londres, en Chine, et « a constitué un réseau qui se pique pour les vins français, il faut donc aller très vite avant qu’ils n’aillent vers d’autres horizons », observe Dominique Destouches… Une centaine d’étudiants dès septembre À sept mois de son ouverture, le projet d’Académie internationale du vin (AIVA) à Landersheim en Alsace, sur l’ancien site du siège d’Adidas, est donc bien sur les rails. Depuis le départ effectif d’Adidas de son siège de Landersheim, il est désormais acté que le site accueillera dès la prochaine rentrée une première promotion d’une centaine d’étudiants, auxquels s’ajouteront en février une trentaine de Chinois, dans cette école d’envergure internationale, dédiée aux métiers du vin. Six formations diplômantes, de niveaux bac + 1 à bac + 5, y seront dispensées en cycles annuels de 400 à 800 heures et autant d’heures de stages en entreprise. Certaines en un an : deux licences pro « GD vins & spiritueux », « Commercialisation hors domicile », un diplôme « Production, gestion et reprise de domaine viticole », et un diplôme universitaire de sommellerie conduit en partenariat avec l’association des chefs étoilés d’Alsace. Une formation en deux ans : un master de commerce international. Et des cours d’initiation à la dégustation et accords gastronomiques. Les cours seront assurés à 50 % par des universitaires et à 50 % par des professionnels. Même si les diplômes obtenus seront reconnus par l’État, Dominique Destouches et Marc Rinaldi insistent sur le caractère professionnalisant des formations : « C’est une fabrique de métiers dans les différentes strates de la filière, ce n’est pas une fabrique de diplômes ». « L’œnologie c’est bien, mais ça ne suffit pas » Des métiers, dont les protagonistes entrevoient d’importants changements dans les années à venir. « VPCF travaille avec 200 paysans vignerons des régions de France. 30 % d’entre eux sont âgés et sans repreneur. Le métier est devenu réellement plus compliqué », soulève Dominique Destouches. « S’agissant des connaissances techniques, on n’a rien à leur apprendre, ajoute Marc Rinaldi. Par contre, l’enseignement sur la manière de vendre, la manière de gérer l’entreprise et de déterminer un tarif par rapport aux coûts de production réels est une nécessité. » « L’œnologie c’est bien, mais ça ne suffit pas car le vin, c’est devenu beaucoup plus… On le voit sur les salons, tout est plus beau par exemple chez les Espagnols ou les Portugais parce qu’ils y mettent les moyens », observe Dominique Destouches. « Mais pour réussir, il faut avoir les moyens, donc il faut que le vin soit rentable, et donc il faut un prix de revient, donc dégager une marge », complète Marc Rinaldi. Et c’est là que le bât blesse : en amont comme en aval de la filière vinicole aussi, il y a une nécessité impérieuse d’apporter les compétences tertiaires aux métiers du vin face à « des consommateurs de plus en plus exigeants et avertis », souligne Dominique Destouches. Investir dans l’humain Ça tombe bien, le secteur de la grande distribution est lui aussi en profonds questionnements face à l’arrivée des géants de l’e-commerce. Face à la digitalisation galopante type Amazon, une des stratégies pourrait bien être d’investir dans l’humain, d’humaniser davantage encore le commerce en grande surface. Conséquence directe, explique Dominique Destouches, les grandes enseignes investissent massivement dans l’humain, pour transformer leur rayon boisson en caveau, avec un sommelier caviste. Un créneau vins et spiritueux stratégique pour les enseignes. Elles doivent recruter ou former leurs chefs de rayon afin qu’ils acquièrent le profil d’un véritable caviste, sachant donc conseiller, gérer, constituer une offre, bref un homme, une femme, du vin doté donc d’une véritable culture vinique complète, doublée d’une certaine motivation. « On va au-delà du rayon boisson, c’est carrément un caveau. Il faut un manager formé à la gestion du personnel, la rentabilité, la gestion des stocks, la constitution des gammes… Observez chez Leclerc Rivétoile, Leclerc Geispolsheim, Cora Mundolsheim, Intermarché Oberhausbergen ou Super U Wolfisheim, Super U Brunstatt, Leclerc Montbéliard, Intermarché Volgelsheim. Des magasins étaient avant-gardistes comme Super U Truchtersheim, avec un sommelier. De même dans le Doubs. On va donc apporter des formations en collaboration avec ces magasins, qui prendront des apprentis. Aujourd’hui, ces magasins sont prêts à investir dans l’humain, sa formation. » Des retours pour l’Alsace et son vignoble Une telle école dédiée aux métiers du vin aurait pu voir le jour n’importe où, mais c’est à Landersheim qu’elle verra le jour, peut-être un peu trop à l’écart du vignoble, objectent certains. D’une part, les stages en entreprise prendront une part importante des cursus, rappelle Dominique Destouches. D’autre part, « c’est peut-être bien de se situer un peu à la périphérie du vignoble », souligne l’entrepreneur qui apprécie d’agir dans la discrétion, comme d’ailleurs ses partenaires de la grande distribution. Les entrepreneurs espèrent et s’attendent néanmoins à des retombées positives aussi pour l’ensemble du terroir alsacien et des vins d’Alsace, avec ces étudiants qui deviendront autant d’ambassadeurs des vins d’Alsace.

Prévention des troubles musculo-squelettiques (TMS)

L’exosquelette, ses bénéfices et ses limites

Publié le 16/02/2018

Issue des milieux militaires et de la médecine de réhabilitation, la technologie des exosquelettes se démocratise dans le monde du travail pour aider certains opérateurs dans leurs tâches. Une assistance physique qui a ses limites mais qui peut représenter une solution pour certains types de troubles musculo-squelettiques (TMS), le « mal du siècle » responsable de plus de 90 % des maladies professionnelles dans le monde agricole.

On les présente comme le « mal du siècle ». Les TMS (troubles musculo-squelettiques) représentent pas moins de 91 % des maladies professionnelles dans le régime agricole, et 87 % dans le régime général. Un phénomène qui n’épargne donc aucune catégorie socioprofessionnelle, et encore plus problématique pour les professions agricoles et viticoles. C’est pourquoi les Caisses d’assurance accidents agricole (CAAA) ont entrepris diverses actions pour prévenir ces risques chez les principaux concernés, qu’ils soient salariés ou non salariés. Comme le souligne Anthony Metzger, conseiller prévention à la CAAA du Haut-Rhin, les TMS se retrouvent partout dans le corps, avec une présence accrue dans le canal carpien (au niveau des mains), des coudes et des épaules. Plusieurs causes en sont à l’origine : les gestes répétitifs, le port de charges lourdes, des postures pénibles, des vibrations, le froid, le stress, le management ou l’organisation du travail. Et plus les années passent, plus le pourcentage de TMS augmente. « En 2006, ils représentaient 75 % des maladies professionnelles. Pourtant, nous connaissons les règles de prévention. On a produit de la norme, de la méthode et plein d’autres choses. Mais on n’arrive pas à endiguer le phénomène. Cela veut dire qu’il y a peut-être d’autres choses à développer », explique Dominique Hen, directeur de l’Agence régionale pour l’amélioration des conditions de travail (Aract) du Grand Est. L’une d’entre elles consiste à alterner les tâches, plutôt que d’enchaîner les mêmes pendant des heures. « Les mouvements répétitifs représentent 84,6 % des TMS. Si on peut alterner les tâches, on aura fait une grande partie du travail », détaille Anthony Metzger. Une assistance physique uniquement À côté de cela, il existe des équipements, mais aussi des bonnes habitudes (lire en encadré) qui permettent de soulager l’opérateur sur son poste de travail. Et puis il y a les exosquelettes, un concept né dans les années 1960 qui a pour objectif d’apporter une aide physique à l’utilisateur dans une tâche. Jusque-là cantonnés à des applications militaires ou de médecine de réhabilitation, les exosquelettes sont testés depuis quelques années comme solution pour résoudre les problèmes des troubles musculo-squelettiques. Comme l’indique Jean-Jacques Atain-Kouadio, expert de l’exosquelette au sein de l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité), le contexte a fortement évolué depuis une dizaine d’années. « La population vieillit, les progrès technologiques sont fulgurants et les entreprises se sont modernisées. Tout est réuni pour que la technologie des exosquelettes se démocratise. D’autant plus qu’on peut l’utiliser dans tous les domaines économiques. » Reste à mesurer son efficacité réelle sur le terrain. Si ce squelette mécanique peut faire ressembler à un robot, offre-t-il néanmoins la force d’une machine ? L’homme pourrait-il devenir une sorte de surhomme, tel le héros de comics Iron Man ? « On n’en est clairement pas là », tient à rassurer Jean-Jacques Atain-Kouadio à ceux qui voient dans cette technologie une nouvelle dérive vers le transhumanisme et le développement d’une société d’hommes robots. « Non, il s’agit d’une assistance physique qui peut, localement et de manière très spécifique, aider l’opérateur dans sa tâche. Cela ne peut pas être une solution pour tous les TMS. » En clair, les troubles bio-squelettiques uniquement, ceux qui apparaissent quand on porte des choses lourdes, ou lorsqu’on a les bras relevés en permanence. Ceux-là mêmes qui impactent les épaules, soit 28 % des TMS dans le milieu agricole. Beaucoup de questions en suspens L’INRS a étudié l’efficacité du dispositif. « On a mesuré 10 à 40 % d’activité musculaire en moins, une diminution de la fatigue et de la compression des disques de la colonne vertébrale. Néanmoins, il y a aussi de l’inconfort. Pour certains utilisateurs, cela augmente l’activité des muscles abdominaux. Cela modifie aussi la façon de travailler avec les jambes, et cela alourdit l’activité des muscles au niveau des chevilles », développe Jean-Jacques Atain-Kouadio. De ce fait, de nombreuses questions restent en suspens quant aux bénéfices et inconvénients des exosquelettes. « À l’INRS, on essaie juste de comprendre cette technologie et de voir si elle peut vraiment représenter une solution dans le monde du travail. Il ne faudrait pas qu’elle génère d’autres problèmes dans l’entreprise. Si nous souhaitons la faire tester au plus grand nombre, il faut d’abord qu’on se pose des questions en amont », poursuit-il. Par exemple, si on utilise un exosquelette, combien de temps faut-il attendre après l’avoir enlevé pour retrouver des sensations normales ? Dans une équipe de travail, si une seule personne en est pourvue, qu’en est-il du regard et de l’acceptation des autres ? De nombreux risques sont à prendre en compte : le risque de collision avec un tiers, la casse d’outils prévus pour résister à la force humaine, des risques d’écrasement ou de frottement. « Au bout d’un moment, ne va-t-on pas voir apparaître des lésions sur la peau ? Et est-ce que le fait d’être assisté comme cela ne risque pas de faire perdre des muscles ? Il y a encore beaucoup d’interrogations en suspens », poursuit Jean-Jacques Atain-Kouadio. Il y a néanmoins une certitude : aussi avancée soit-elle, la technologie des exosquelettes ne pourra pas à elle seule éradiquer le « mal du siècle » que sont les troubles musculo-squelettiques.

Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA)

Passer la seconde

Publié le 16/02/2018

Après avoir traversé une grave crise, la filière houblonnière alsacienne semble s’installer durablement dans une période plus confortable. Les variétés aromatiques qu’elle produit collent parfaitement à la demande, qui ne faiblit pas. Elle doit néanmoins consolider ses atouts pour que la prospérité persiste.

Malgré une grosse attaque de mildiou au printemps, la campagne houblonnière a été « productive et rentable », décrit Jean-Paul Ulrich, président de l’Association des planteurs de houblon d’Alsace (APHA). « La politique commerciale du Comptoir agricole porte ses fruits. Nos dix variétés sont vendues localement et dans plus de dix pays, ce qui laisse entrevoir un futur plus serein. Même si produire autant de variétés constitue un challenge pour les producteurs, il s’agit d’une demande du marché à laquelle nous devons répondre », poursuit-il. Des variétés spécifiques pour des clients ciblés Au niveau mondial, « les volumes de production et les prix ont augmenté », indique Bernard Ingwiller, président de l’Association générale des producteurs de houblon (AGPH). Alors que la surface mondiale était descendue au plus bas à 49 000 hectares, elle va dépasser les 60 000 ha en 2018. S’il rappelle que le houblon « s’achète et se vend au gré d’une bourse internationale, qui connaît des hauts et des bas », il pense « fermement » que la situation a changé. En observateur éclairé de la situation houblonnière internationale, il présage « d’une relative stabilité des prix à moyen terme ». En outre, les houblonniers alsaciens ont en main un certain nombre d’atouts. Des variétés en propre d’abord : « Nous avons la chance de ne pas nous situer sur le créneau des houblons amérisants mais des aromatiques. Donc pas sur le tout-venant, mais sur le spécifique, en lien avec le mouvement des bières premiums », rappelle Denis Fend, directeur du Comptoir agricole. Du coup, les houblons alsaciens se positionnent sur des créneaux et des clients ciblés. Et leur distribution est assurée par une coopérative forte, dotée d’un service commercial compétent. Marc Moser, président du Comptoir agricole, rappelle que la marque Hop France a été créée afin de « valoriser les houblons de France à l’international ». Manque de solution pour protéger le houblon Mais certains points restent à améliorer : « Nous manquons de solutions phytosanitaires efficaces contre les maladies et les ravageurs qui sont de plus en plus agressifs », déplore Jean-Paul Ulrich. En effet, les firmes phytosanitaires sont frileuses à consentir des investissements pour une culture mineure. « Nous devons nous mettre en ordre de marche pour obtenir des dérogations et trouver des solutions alternatives, qu’elles soient préventives ou curatives », soutient Bernard Ingwiller. Et qu’elles soient biologiques, mécaniques ou chimiques. D’autant, rappelle Marc Moser, qu’il s’agit aussi de garantir la qualité sanitaire du houblon. « Avec le coût de la main-d’œuvre, c’est la crainte de ne pas pouvoir livrer un houblon de qualité par manque de solution de protection des cultures qui sort en tête des préoccupations du groupe de jeunes », insiste Jean-Paul Ulrich. Gagner en productivité Il s’agit aussi de poursuivre la recherche variétale, pour élaborer des variétés certes aromatiques, mais aussi plus productives et plus résistantes aux maladies. D’une part parce que, par rapport à leurs homologues allemands, les Alsaciens cultivent des variétés à moindre potentiel de rendement, ce qui tend à entamer leur capacité d’investissement. D’autre part, parce que des variétés plus résistantes aux maladies contribueraient à préserver quelques quintaux de rendement. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, l’amélioration de la productivité passera aussi par le renouvellement des plantations. Une chose est sûre, pour que les producteurs investissent dans les moyens de production, leur revenu doit suivre. Il s’agit donc aussi d’améliorer l’assurance récolte, de développer l’irrigation : « Avec la Région, nous avons ouvert une enveloppe qui doit permettre à chacun d’accéder à l’eau, que ce soit par du stockage, du goutte-à-goutte, des amenées d’eau… », indique Franck Sander. Avec un financement à hauteur de 25 % de l’investissement des dossiers collectifs, il encourage à profiter de ce dispositif. D’autant que le couplage des aides houblonnières qui avait été obtenu lors de la précédente réforme de la Pac n’est pas gravé dans le marbre : « Le Brexit va avoir un impact énorme sur le budget. Beaucoup de choses vont changer », prévient Franck Sander. Il va donc falloir continuer à défendre les spécificités du houblon au niveau européen, notamment sa certification, dont la suppression serait « mal venue, alors que les consommateurs réclament de la traçabilité », note Bernard Ingwiller. Autre préoccupation majeure des houblonniers : « Le coût de la main-d’œuvre, qui doit rester raisonnable. Sinon, nous allons encore plus subir le dumping social exercé en Allemagne », dénonce Jean-Paul Ulrich. Enfin, il s’agit de rester attentif aux évolutions du marché. Un travail de devin difficile pour Francis Heitz et Antoine Wuchner, pour qui les niveaux de stock des négociants constituent des signaux : « Tradition a du mal à se vendre. Avec plus d’aramis nous aurions un meilleur mix produit ». Avoir confiance en l’avenir « Pour pérenniser cette embellie, nous devons engager une réflexion », estime Bernard Ingwiller. Il souligne qu’une exploitation houblonnière c’est en moyenne 11 ha de houblon en France, contre 17 ha en Allemagne. « Nous devons réussir à augmenter les surfaces sans pour autant forcément changer nos séchoirs et nos machines », estime Jean-Paul Ulrich. Néanmoins, une partie du matériel devra être renouvelée. Pour cela, les producteurs peuvent compter sur le soutien de la Région, qui a mis en place un plan d’aide au développement de la filière houblon. Plan qui porte ses fruits, puisque des houblonnières se sont d’ores et déjà remontées. Mais, pour Jean-Paul Ulrich, il est « impératif de développer encore le volume de production ». Cela passera par la poursuite de l’accompagnement des extensions de surface, mais aussi par la création de nouveaux ateliers par des jeunes. « Arriver à installer un jeune en partant de rien serait un très bon signal », confirme Denis Fend, qui encourage : « En Alsace, nous ne serons jamais de grands céréaliers, il faut investir dans des cultures à haute valeur ajoutée ». Une vision que partage Franck Sander : « Le houblon a toute sa place dans le modèle alsacien car il apporte une diversification de trésorerie. C’est vrai pour les producteurs, et pour la coopérative. » Néanmoins, Bernard Ingwiller comprend que la jeune génération puisse éprouver quelque réticence à se lancer dans le houblon, en raison des difficultés rencontrées par le passé : « Le houblon, c’est une culture pérenne, un engagement de vie, qui requiert des investissements lourds, surtout dans un contexte de changement climatique que nous devons prendre en compte pour garantir la stabilité des volumes et des alpha… Il y a donc de nombreux sujets à investiguer pour retrouver confiance dans la filière et monter dans le train en marche alors que la conjoncture est bonne. » Vers une interprofession avec les brasseurs Pour Franck Sander, la pérennité de la filière passera aussi par une meilleure répartition de la marge et de la valeur ajoutée. Il serait donc de bon ton de mettre au point une stratégie de structuration de la filière. D’autant que cela permettrait d’espérer un soutien dans le cadre du plan d’investissement de 5 milliards d’euros prévu par l’État. Franck Sander évoque donc la possibilité de créer une interprofession dans le cadre d’un plan de filière, et de contractualiser les relations commerciales. « Si on arrive à faire ça avec les brasseurs, les producteurs auront plus de visibilité sur leur capacité à gérer des investissements », assure-t-il. Ça tombe bien, Maxime Costilhes, délégué général des Brasseurs de France, était venu assister à cette assemblée générale avec une brassée de bonnes nouvelles. La première c’est que le marché de la bière se porte bien : « La consommation par habitant augmente, notamment celle de bière craft. C’est une tendance lourde que nous pensons durable parce qu’elle s’est faite à budget restreint pour les consommateurs et parce qu’elle concerne un public jeune. » La deuxième c’est que les brasseurs sont prêts à « passer de clients à partenaires » des houblonniers. Notamment via la contractualisation : « Les brasseurs qui l’ont mise en place en sont satisfaits ». La troisième c’est que, animés par une volonté de relocaliser leurs approvisionnements, et ainsi répondre à la demande des consommateurs, les brasseurs sont prêts à aider les producteurs, par exemple via le financement de programmes de recherche. « Nous travaillons déjà sur l’orge avec les malteurs. Nous pouvons travailler sur le houblon. » Et pourquoi pas le houblon bio, puisque les brasseurs sont confrontés à d’importantes difficultés d’approvisionnement. En outre, Brasseurs de France aimerait aussi voir l’activité de pelletisation relocalisée en France. « Nous sommes prêts à travailler en partenariat pour trouver des fonds et mener des investissements », annonce Maxime Costilhes. Qui termine par une quatrième et dernière bonne nouvelle : « Les brasseurs sont prêts à construire une interprofession. Ce sera le gros sujet du Salon international de l’agriculture. » Surfer sur la dynamique actuelle D’autres signaux permettent d’envisager l’avenir avec sérénité. De plus en plus de néoproducteurs se lancent dans divers projets de production de houblon. Une dynamique que les producteurs historiques voient d’un bon œil : « À nous de nous remettre en question pour gagner en productivité et limiter nos charges ». C’est à cette fin qu’un groupe de réflexion et de communication a été créé durant l’année au sein de l’APHA : « Notre objectif est d’améliorer nos méthodes de lutte contre le mildiou, d’étudier des alternatives au défanage chimique, de développer l’irrigation et d’optimiser la récolte », indique Francis Woehl, membre de l’association. Dans le cadre de ce groupe, les producteurs ont vu deux prototypes d’outils de défanage et prévoient d’organiser deux démonstrations : l’une de destruction d’engrais verts et l’autre d’une arracheuse de souche en vue d’une replantation. Les producteurs avaient invité Christophe Barbot, de la Chambre d'agriculture d’Alsace, à intervenir sur l’intérêt de la mise en place de couverts dans les houblonnières, le houblon, culture pérenne à écartement entre les rangs importants, étant à l’image de la vigne particulièrement sensible au risque érosif.

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