A la une

Publié le 02/11/2018

Le Parlement européen a approuvé le rapport De Castro sur les pratiques commerciales déloyales dans le secteur alimentaire, jeudi 25 octobre. Le texte doit servir de base pour négocier l’élaboration d’une loi définitive.

« 428 voix pour, 170 contre, 18 abstentions, le rapport est adopté. » Poings serrés en l’air, l’eurodéputé Paolo De Castro jubile. Le Parlement européen vient d’approuver son texte visant à mettre un terme aux pratiques commerciales déloyales. « Cela fait dix ans que le sujet est sur la table, c’était maintenant ou jamais », exulte l’élu socialiste à la sortie de l’hémicycle. Le vice-président de la commission agriculture a planché sur le rapport tout le printemps (lire en encadré). Celui-ci servira de socle aux négociations avec le Conseil européen - composé des ministres des États membres - en vue d’obtenir un texte de loi final. Le groupe de travail du député s’est attaché à muscler une première proposition de la Commission européenne (le gouvernement de l’Union européenne). Celle-ci veut interdire le paiement des denrées périssables plus de 30 jours après la livraison ? Les eurodéputés approuvent et enfoncent le clou sur les aliments non périssables. Désormais les conserves et autres pâtes ne pourront plus être payées au-delà des 60 jours suivant la livraison. Agriculteurs et députés main dans la main Les élus ne s’arrêtent pas là. Ils excluent la possibilité d’annuler une commande de produits périssables moins de 60 jours avant la livraison. Leur texte étend aussi son rayon d’action à tous les produits agricoles. Cela inclut l’horticulture entre autres. Le texte vise en creux les centrales d’achats et grands groupes de la distribution. « Dans ce combat de David contre Goliath, nous armons le plus faible dans la chaîne d’approvisionnement pour garantir l’équité », a ainsi indiqué Paolo De Castro, quelques jours avant le vote. Une volonté saluée par les syndicats agricoles. Le Copa-Cogeca, puissant conglomérat d’organisations professionnelles, a même organisé une manifestation de soutien la veille du vote. Syndicalistes et députés ont coupé une banderole « stop à l’injustice » devant le parlement de Strasbourg. L’échelle européenne serait la seule capable de protéger les paysans de manière efficace face aux groupes internationaux. « Les centrales d’achat peuvent déménager leurs sièges sociaux dans des pays où la réglementation est plus laxiste, explique Hervé Lapie, président de la FRSEA Grand Est. D’où l’intérêt d’avoir des normes européennes. » Pourtant, certains députés ne soutiennent pas la démarche de Paolo De Castro. C’est le cas de Daniel Caspary, député allemand du Parti populaire européen (PPE, droite). Il a voté contre le rapport, à rebours de la ligne officielle du parti. Il a même endossé l’habit de porte-parole des opposants. Derrière lui, 28 députés du PPE, surtout des Allemands, l’ont imité. Auraient-ils cédé à la pression des lobbys de la distribution, comme les accusent les syndicats agricoles ? « Sottises, répond l’élu. Il existe sans aucun doute un déséquilibre entre les grands groupes transnationaux et les petits producteurs. Nous nous tenons aux côtés des agriculteurs. » Ce spécialiste du commerce international avance une autre explication. « Nous n’avons pas voté contre le rapport, insiste-t-il. Mais contre le fait de passer tout de suite aux négociations sur un texte final, sans en débattre dans le détail en séance plénière. » Le député du Bade-Wurtemberg aurait voulu clarifier certains points avec ses 750 collègues. « Certains amendements prêtent à interprétation », plaide-t-il. Notamment les lignes interdisant certains groupements d’achat. Pour l’heure, cette interdiction vaudrait aussi pour les artisans et les agriculteurs. Une disposition à l’encontre de l’esprit du rapport, selon Caspary. « Conclure les discussions avant Noël » Autres détracteurs : les écologistes. Seuls quatre Français (sur les cinq présents) et un Écossais ont donné leur feu vert aux négociations. Là encore, les membres du groupe Verts/Ale assurent soutenir le texte. Mais à l’instar des dissidents du PPE, ils demandent un débat en séance plénière. Ils souhaiteraient supprimer certains amendements avant de se lancer dans les discussions finales. « Selon un article, les acheteurs ne pourront plus demander aux agriculteurs des standards de qualité ou de respect de l’environnement plus stricts que la législation nationale, expose l’Autrichien Thomas Waitz. Mais c’est souvent par là qu’arrivent les avancées. » Lui, défend la possibilité d’exiger des pratiques plus contraignantes. « À condition que les centrales d’achat payent les coûts engendrés. » Loupé pour les dissidents du PPE et les écolos. Le texte a obtenu une large majorité des voix. Le vote à peine terminé, Paolo De Castro a enfilé son costume de négociateur. Les négociations ouvertes entre le Parlement, le Conseil et la Commission européenne doivent déboucher sur un compromis acceptable par tous. Le texte présenté jeudi va certainement subir d’importants changements. Quoi qu’il en soit, une loi devrait voir le jour dans les prochains mois. Les députés veulent avancer vite. « Nous devons conclure les discussions d’ici Noël afin d’avoir un vote final avant les élections européennes (de juin 2019 NDLR) », insiste l’ancien ministre italien de l’Agriculture. Car le scrutin pourrait rebattre les cartes sur l’échiquier politique européen et retarderait à coup sûr la consultation du Parlement. Après dix ans d’attente dans les tiroirs du Parlement, le dossier des pratiques commerciales déloyales pourrait être bientôt refermé.

Fruits et légumes bios d’Alsace

Vers un cahier des charges plus restrictif

Publié le 02/11/2018

Les ventes de produits issus de l’agriculture biologique progressent quels que soient les circuits de distribution. Et la conversion de la production à l’agriculture biologique emboîte le pas à cette tendance. En Alsace, les producteurs construisent un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, plus restrictif.

Les ventes de fruits et légumes bios progressent depuis plusieurs années. Au premier semestre 2018, elles représentent 14,3 % du volume de vente tous circuits de distribution confondus. Tous les autres critères permettant de décrypter les tendances de consommation vont dans le même sens : « La fréquence d’achat de produits bios a augmenté de 5 % en GMS, le nombre de clients progresse, le chiffre d’affaires et les volumes de vente aussi. À ce niveau-là, le bio n’est plus un marché de niche. Et il faut pouvoir proposer des fruits et légumes bios toute l’année », indique Boris Wendling, chef de groupe Scofel Auchan. Pierre Lammert, président de l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), confirme : « La grande distribution, la restauration hors domicile, les collectivités, tout le monde demande du bio. Il est donc nécessaire de développer ces productions. » Pour plus de visibilité, à double sens La production alsacienne s’adapte. « En 2017, 31,3 % des vergers étaient bios, soit quelque 380 hectares et 160 fermes, dont 36 en orientation principale », décrit Thomas Burger, arboriculteur et administrateur à l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace (Opaba). En 2018, 11 nouveaux producteurs ont rejoint les rangs des arboriculteurs bios, surtout sur des projets de diversification. En légumes bios, la tendance est similaire. 15 % des surfaces alsaciennes en légumes sont en bio, ce qui représente 545 ha et 149 fermes dont 84 en orientation principale. « 21 nouveaux producteurs se sont convertis en 2017, autant en 2018 », indique Dany Schmidt, producteur de légumes et trésorier de l’Opaba. Il analyse : « Avec une demande de plus en plus soutenue pour les produits bios, on assiste à une véritable orientation de la grande distribution vers ces produits, ce qui pose la question de la répartition des volumes. » Pour se positionner, les producteurs aimeraient pouvoir se fonder sur des prévisionnels de mise en marché, qui permettraient d’anticiper la mise en culture. Mais si les producteurs ont besoin de visibilité sur leurs débouchés, les distributeurs ont aussi besoin d’en avoir sur leurs sources d’approvisionnement. En effet, Boris Wendling pointe un achalandage en produits bios parfois difficile, ne serait-ce que parce que l’impact de la météo sur le niveau de production est plus difficile à gérer en agriculture biologique. Aussi appelle-t-il de ses vœux « une collaboration plus poussée entre producteurs et distributeurs ». C’est dans cet objectif, et afin de mettre en avant la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, que l’Ifla et l’Opaba ont récemment invité leurs acheteurs à visiter la ferme du Château à Buswiller (lire en encadré). « L’un des piliers de la bio, c’est de parvenir à établir des relations commerciales équitables entre les différents acteurs de la filière, rappelle Julien Scharsch, président de l’Opaba, d’où l’importance de nous rencontrer pour mieux connaître nos métiers respectifs. » « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures » Pour que cette collaboration reste fructueuse, il faudra que les contraintes économiques des uns et des autres s’accordent. Soumis à d’autres contraintes de production, les produits alsaciens bios sont souvent un peu plus chers que ceux d’autres origines. Au risque d’être boudés par les consommateurs et, dès lors, par les distributeurs. Les raisons qui expliquent ce différentiel de coût de production sont multiples : rareté et cherté du foncier, morcellement du parcellaire limitant la mécanisation, volonté de préserver un modèle agricole familial… « Nous n’avons pas l’intention de nous orienter vers des méga structures », prévient Dany Schmidt. C’est incompatible avec les fondements de la bio : « Nous sommes responsables d’un capital agronomique et humain à transmettre et à faire fructifier », décrit-il. Dès lors, hors de question de cultiver des carottes sur des centaines d’hectares, aussi bios soient-elles réglementairement parlant. Mais, pour Dany Schmidt, ce qui augmente le coût de production alsacien, c’est la main-d’œuvre : « Nous avons toujours cherché à favoriser l’emploi local, mais nous avons de plus en plus de mal à en trouver localement. Cela nous interpelle quant à nos possibilités de développement futur. Car nous songeons à abandonner les cultures trop gourmandes en main-d’œuvre. » Le deuxième élément d’inquiétude qu’identifient les producteurs bios, c’est l’accès à l’eau. Mais, avec une nappe phréatique abondante, relativement accessible selon les secteurs, et le soutien des collectivités locales, ce frein devrait pouvoir être levé par une irrigation raisonnée des cultures. Pour contrebalancer ces freins les producteurs bios locaux veulent valoriser leurs atouts en élaborant un cahier des charges spécifique à la marque Fruits et légumes bios d’Alsace, « plus restrictif et plus régionaliste » que le cahier des charges national de l’agriculture biologique. Objectif : aboutir à un cadre qui « réponde mieux à nos attentes et à celles de la distribution, notamment en incluant des règles éthiques », précise Dany Schmidt.

Journée de démonstration Baehrel Agri au Gaec Schaeffer

Le Väderstad Rapid 300 pour attaquer la campagne de semis

Publié le 02/11/2018

La maison Baehrel Agri à Marlenheim, organisatrice d’une matinée de démonstration dimanche dernier, espérait que le semoir Väderstad Rapid 300 puisse faire étalage de ses performances. Hélas, le mauvais temps ne l’a pas permis.

Qu’importe ! Avec la complicité des Jeunes Agriculteurs du canton de Marlenheim, de nombreux agriculteurs sont venus s’entretenir avec l’équipe Baehrel Agri et boire un vin chaud. Au grand temps bleu du matin a très vite succédé la pluie. Le Rapid 300 est donc resté en exposition sur les terres du Gaec Schaeffer. C’est l’inspecteur commercial Grand Est de Väderstad, Jérémie Guilleminot, qui a fourni les explications techniques. Un « rapide » coup d’œil sur les disques semeurs montre que ce semoir est un concept de semis à lui tout seul. Le terrage est contrôlé à chaque binôme de disque semeur depuis la cabine. Le principe de semis repose sur un système disque-coutre relativement agressif, avec jusqu’à 245 kg de pression de pénétration. Ce Rapid 300 se décompose en cinq phases. Un packer pivot sur la flèche soulage le tassement du tracteur et libère au besoin son relevage avant. Le lit de semences est proposé ici avec un crossboard à doubles disques, là encore assuré par un terrage réglé hydrauliquement depuis la cabine. Ensuite, l’élément semeur, dont la profondeur est contrôlée par les roues de consolidation, est suspendu sur un silentbloc caoutchouc qui évite le pianotage de l’ensemble en terrains irréguliers. Le coutre place la graine juste sous la zone travaillée. Enfin, deux rangées décalées de roues de consolidation indépendantes assurent chacune le rappui de deux lignes de semis et de la ligne de fertilisation. À noter ce détail d’importance qui est le décalage alterné des roues (OffSet) pour éviter la double contre-pression latérale sur la ligne de semis, améliorant grandement les conditions et la régularité de germination au final. Bien sûr, le Rapid 300 dispose d’un combiné pour fertilisants. Väderstad a fait le choix d’incorporer l’engrais entre deux lignes de semis. Quant à la semence, elle est alimentée par voie hydraulique et c’est un radar de vitesse d’avancement qui la dose précisément. Väderstad a veillé à la facilité d’étalonnage et de réglage. Le Rapid 300 et son grand frère le 400C/S admettent un deuxième semoir, le BioDrill pour des microgranulés par exemple. Et pour les férus d’e-technologies, Väderstad a développé l’E-Control sur iPad, permettant une configuration et un étalonnage à distance du semoir. Bref, ce Rapid 300 s’inscrit dans la lignée des semoirs Väderstad qui bénéficient d’une grande aura sur le Grand Est avec des semoirs pionniers en TCS.

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