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Jean Fuchs et Émilien Revers

Des raisins très sociaux

Publié le 22/08/2020

Actuellement installés dans une cave du domaine Léon Boesch, à Soultzmatt, Jean Fuchs et Émilien Revers se sont lancé le pari de créer un domaine viticole en Alsace « à partir de rien ». Sans héritage, sans financements bancaires, mais avec beaucoup d’idées en tête, les deux amis entendent bien se « faire une place » dans le créneau en vogue des vins nature.

C’est le produit social par excellence. On peut l’appeler riesling, merlot, syrah, gewurztraminer ou pinot gris, le raisin reste l’ingrédient phare de la convivialité, vinique du moins. Celle qui se tisse tout naturellement entre amateurs éclairés, passionnés, producteurs ou simples consommateurs en quête de moments légers et joyeux. Pour Jean Fuchs et Émilien Revers, elle a commencé il y a plus de dix ans, sur les bancs du lycée agricole de Rouffach, au cours de leur première année de BTS technico-commercial Vins et spiritueux. Émilien n’embraye pas la deuxième, conscient de l’erreur d’orientation qu’il venait de commettre. Il préfère intégrer le monde du travail sans attendre, en mettant à profit ses compétences hôtelières acquises au lycée Storck de Guebwiller. Il passe d’un restaurant à l’autre, certains gastronomiques d’autres non, pour finir sommelier à La Closerie, l’antre de la bistronomie et des vins bien choisis à Illzach. Il y reste un an seulement, le temps d’y rencontrer plein de vignerons de petites structures, plutôt orientés biodynamie et « nature ». La philosophie le séduit et l’encourage à retourner sur les bancs de l’école une dernière fois. Il s’engage dans un brevet professionnel de responsable d’exploitation agricole au CFPPA de Rouffach. Pour la partie pratique, il est accueilli par Laurent Barth, vigneron bio à Bennwihr. Son diplôme en poche, l’appel de l’installation se met à résonner en lui. En Alsace ou ailleurs, l’essentiel est pour lui de se lancer avec la perspective de « s’exprimer » à son tour. Pendant ce temps, son comparse Jean reste sur les chemins multiples de la viticulture. Après avoir décroché son BTS, il travaille quelque temps dans un bar à vins colmarien avant de partir à la découverte des vignobles de France et du monde. Une fois l’hémisphère nord, une fois l’hémisphère sud. Il découvre les travaux de la vigne, ceux de la cave. Six années de terrain qui lui donnent l’envie d’aller plus loin dans le métier. Il revient à Rouffach pour suivre un BTS Viti-oeno en apprentissage au domaine Léon Boesch, à Soultzmatt. À partir de là, une certitude née : celle de vouloir s’installer, lui aussi, à son propre compte, celle de vouloir s’exprimer « à 360 °» dans le vin, du travail dans la vigne à la commercialisation. Pas de banque, pas d’héritage et beaucoup d’idées Si chacun a tracé sa route pendant toutes ces années, le lien est toujours resté présent entre les deux hommes. À l’ère des réseaux sociaux, peu importe qu’on soit à Melbourne, Cognac ou Riquewihr, les amis ne sont jamais loin, un clic suffit. Mais voilà, vouloir devenir vigneron, qui plus est en Alsace, quand on n’a pas d’héritage de quelque forme que ce soit, quand on n’a pas des milliers d’euros en réserve, mais qu’on a des idées plein la tête relève plus de la gageure qu’autre chose. Qui plus est quand le foncier viticole, si onéreux en Alsace, semble hors de portée. Plutôt que de se laisser décourager, les deux copains de classe décident de s’unir pour créer un domaine en commun. « C’est plus sympa de s’installer à plusieurs. Et puis c’est plus enrichissant d’avoir deux avis différents plutôt qu’un », justifie Jean. Nés au début des années 1990, les deux jeunes vignerons sont les parfaits ambassadeurs de cette génération Y, si prompte au relationnel, au partage, qui maîtrise les nouvelles technologies de l’information et de la communication sans faire fi de la convivialité inhérente aux rapports humains. Le nom de leur structure était tout trouvé : les Raisins sociaux. Un jeu de mots subtil qui résume très bien la modeste ambition de ces nouveaux venus dans le paysage viticole alsacien. Pour se lancer, ils se sont d’abord appuyés sur quelques ares de vignes abandonnées qu’ils ont pu récupérer. Pas de quoi remplir une cave, mais suffisant pour multiplier les essais de vinification. En 2018, ce ne sont pas moins de 25 microcuvées qui sont imaginées, travaillées et mises en bouteille. Une ébauche qui mûrit considérablement un an plus tard, lors d’un repas d’anciens de promo. Ils y croisent Florian Spannagel, un autre ami du lycée, qui s’installe alors à son compte sur des coteaux situés à Kaysersberg Vignoble. Un autre représentant de cette génération qui souhaite prendre une voie différente que celles prises par son père et son grand-père avant lui : produire des raisins en biodynamie, en y associant les vertus de l’agroforesterie. « Ce projet correspondait à ce qu’on voulait. On lui a proposé de lui acheter une partie de ses raisins. À partir de là, les choses ont commencé à décoller doucement », témoignent les deux associés devenus négociants par la force des choses. « Disons que cela permet de se faire la main et de faire entrer un peu de trésorerie. Mais à terme, on souhaiterait posséder entre 1,5 et 2 ha chacun. Plus ceux exploités par Florian, cela ferait 6 ha, ce qui permettrait de dégager un salaire à chacun. Mais personnellement, je cherche des vignes depuis 2018. On me propose 1 000 euros pour 10 ares. Les tarifs actuels sont indécents », déplore Jean. En attendant, ils gagnent leurs vies en travaillant comme ouvriers viticoles au sein du domaine Geschickt, à Ammerschwihr. « Ça paie le loyer et cela nous permet de monter notre structure viticole progressivement », explique Émilien.     Un « grain de sable » dans le paysage viticole Ils ont la chance d’être libre de toute pression dans leur aventure, qu’elle soit financière ou autre. « Nous n’avons aucun héritage de foncier et aucun soutien des banques. Nous créons vraiment un domaine à partir de rien », souligne Jean. Petit à petit, au hasard de rencontres bienveillantes, les briques du projet s’assemblent. Le domaine Léon Boesch leur loue une cave située au cœur de Soultzmatt. Une mise en selle plus que bienvenue qui leur a permis de stocker leur première production. Mais très bientôt, il leur faudra partir s’ils veulent développer leur activité. « Déjà pour la vendange de cette année, il nous faudra probablement un deuxième local tampon. En 2021, on compte quadrupler le volume de bouteilles produites. C’est pour cela qu’on cherche un bâtiment d’au moins 250 m2. On aimerait bien se rapprocher de Kientzheim, mais nous étudierons toutes les possibilités. Pourquoi ne pas aller dans le Bas-Rhin où le foncier est un peu plus accessible ? Tout dépendra de ce qu’on trouve », annoncent-ils. Tout dépendra aussi des portes qu’on leur ouvrira. Ils le reconnaissent sans peine : « Personne ne s’intéresse à nous dans le milieu professionnel. Nous ne sommes qu’un grain de sable. Le seul discours qu’on entend, notamment de vignerons assez âgés, c’est de dire qu’on est fous de se lancer au vu du contexte actuel. Mais nous, on y croit. Il y a des choses à faire dans le vin nature. »     Du pinot gris au merlot Pour l’instant, ils peuvent s’appuyer sur le retour encourageant de leurs premières « vraies » vendanges, effectuées en 2019. Près de 4 500 bouteilles ont été produites, dont deux tiers issus des raisins de Florian Spannagel. Le reste provient… du sud de la France. « Dans un salon, nous avons rencontré des vignerons qui avaient du merlot à vendre. Du coup, nous sommes allés vendanger avec eux et nous avons ramené les raisins ici. C’est probablement la première fois que du merlot est vinifié en Alsace ! » Évidemment, vendu en vin de France, tout comme l’ensemble des vins issus des raisins « alsaciens » de Florent Spannagel. « Déjà, nous n’avons pas forcément le temps pour les dégustations d’agrément. Ensuite, nous avons plus de liberté pour essayer des choses comme mélanger du pinot noir et du pinot gris, ce que le cahier des charges de l’AOC Alsace n’autorise pas », détaille Jean. Ils travaillent avec des petits rendements de 30 hl/ha dans des parcelles où tout le travail est effectué à la main, à dos d’homme ou assisté d’un cheval de trait. Forcément, tout cela a un coût. « C’est certain qu’on ne pourra pas produire des canons à cinq euros. Ce n’est de toute manière pas ce qu’on recherche. Mais nous pensons qu’il y a de la place pour tous types de vins en Alsace. C’est d’ailleurs la grande force de cette région : sa diversité, tant de terroirs, que de profils de vignerons. En face, on ressent une demande croissante des consommateurs pour des vins plus typés nature, notamment parmi les jeunes consommateurs », estime Jean. Les deux amis se refusent néanmoins à devenir « élitistes ». Pour eux, c’est essentiel de pouvoir proposé un produit à chaque type de bourse. D’où leur idée de produire, en parallèle de leurs vins, des cidres et bières plus accessibles financièrement.       Une question de « feeling » Aujourd’hui, leurs vins sont écoulés chez des cavistes et dans la restauration. Petit à petit, au gré des salons, ils réussissent à se faire connaître et à séduire. « Dans de tels évènements, on peut discuter tranquillement. On remarque que les gens sont intéressés parce qu’on est nouveaux dans ce milieu, mais aussi parce qu’on a une vision un peu différente », poursuit Émilien. Après l’annulation du Salon des vins libres de Molsheim en mai dernier, ils ont désormais hâte de participer au salon Brut(es) qui aura lieu à Mulhouse les 7 et 8 novembre prochain. « C’est l’occasion idéale de rencontrer des intermédiaires, aux larges carnets d’adresses, capables de vendre nos vins en France et à l’étranger. C’est indispensable. Tous seuls, ça serait un peu compliqué de démarcher tous les clients potentiels », admettent-ils lucidement. Ce qui compte au final, c’est d’être dans le verre du consommateur, que le vin soit nature, bio ou conventionnel. « Il y en a pour tous les goûts et c’est tant mieux. Un vin standard est fait pour plaire à une majorité de gens. Dans un vin nature, on est plus dans l’inattendu. Les vins seront différents chaque année. On ne gomme rien, on laisse s’exprimer le millésime. Tout ce qu’on essaie de faire, c’est de s’exprimer à travers le raisin. C’est une question de feeling avant tout. »  

Association des viticulteurs d'Alsace (Ava)

Des vendanges dès le 24 août, des rendements par cépage

Publié le 21/08/2020

L’assemblée générale des viticulteurs d’Alsace s’est déroulée mardi 18 août dans un climat plus serein qu’un mois auparavant. Les professionnels ont acté la date de ces vendanges 2020. Ce sera à partir de ce lundi 24 août pour le crémant et du jeudi 3 septembre pour l’ensemble de l’appellation. Les rendements, eux, ont cette fois fait l’objet d’un large consensus : 70 hl/ha pour le crémant et 65 hl/ha pour chaque cépage avec la possibilité d’ajouter 5 hl de volume complémentaire individuel (VCI).

Si le Parc-Expo de Colmar était toujours fermé aux véhicules et « protégé » par quelques policiers, il n’y avait pas, cette fois, de manifestation. Les tractations en coulisse entre les représentants des familles professionnelles du vignoble ces dernières semaines ont permis de retrouver la sérénité nécessaire pour l’organisation de cette nouvelle réunion. Le président de l’Ava, Jérôme Bauer, a cependant ouvert la discussion en poussant un double coup de gueule. À l’adresse de l’État et de son administration tout d’abord. « On nous laisse tomber alors que la filière viticole française a déjà perdu 300 millions d’euros (M€). Les États-Unis maintiennent leur surtaxe de 25 % sur les vins français. La viticulture est la victime collatérale d’un problème qui concerne Airbus. Face à cette double crise sanitaire et économique, l’État n’est pas là pour nous accompagner alors que la filière représente tout de même plus de 600 000 emplois. Pendant le confinement, la viticulture a peu bénéficié de chômage partiel car nous étions nombreux à avoir beaucoup de travail dans les vignes. On estime cette exonération de charges à 250 M€. Il est vraiment temps que l’État prenne la mesure de ce qui arrive. La crise sanitaire n’est pas derrière nous et la crise économique est à peine devant nous », s’inquiète Jérôme Bauer. Son second coup de gueule s’adresse à celles et ceux qui sont derrière un clavier d’ordinateur ou sur leurs téléphones portables. « C’est facile de critiquer. Mais, où sont ces gens ? Que font-ils pour les autres ? L’association des viticulteurs d’Alsace, ce n’est pas qu’un président, mais tout un conseil d’administration. C’est surtout nous toutes et tous ! Nous ne sommes pas des professionnels politiques. Alors, que ces gens atterrissent. Il n’y a pas de solution miraculeuse. Au conseil d’administration, nous consacrons du temps pour le collectif. Il est donc temps d’arrêter ces débats stériles et nauséabonds sur les réseaux sociaux. Il faut débattre aux assemblées générales organisées régulièrement dans les sous-régions et, comme aujourd’hui, en plénière », ajoute le président de l’Ava. Attention à la sécheresse Après un point sur la situation économique par Gilles Neusch et le contrôle de maturité par Arthur Froehly (lire encadrés), un tour d’horizon des sous-régions a été effectué pour fixer la date de ces vendanges 2020. Il est généralement fait état de raisins sains, d’un bon potentiel, d’une faible pression de maladies, de degrés alcooliques intéressants ou encore de belles acidités. En revanche, le vignoble souffre de la sécheresse. Dans le secteur de Kayserberg-Colmar par exemple, des vignes sont en phase de décrochage. Des vendanges « à la carte » seront nécessaires sur le secteur de Ribeauvillé. Elles devront être étalées du côté de Barr où, par endroits, cette situation de sécheresse est qualifiée de catastrophique. L’état sanitaire impeccable de la vigne atténue l’inquiétude face à la sécheresse du côté de Molsheim. Un rapide accord est alors trouvé. Les vendanges de crémant pourront débuter dès ce lundi 24 août. Celles de l’ensemble de l’appellation Alsace se feront à partir du jeudi 3 septembre. Naturellement, il existe comme les années passées un dispositif de prévendange. Les demandes sont à faire auprès des services de l’Inao, la veille, en précisant les parcelles concernées et les degrés contrôlés. Cela a, par exemple, été le cas du domaine Sick-Dreyer à Ammerschwihr dès le lundi 17 août.     Privilégier la souveraineté du vignoble La question des rendements s’est enfin invitée à la table des discussions. Sans attendre, Jérôme Bauer annonce - ce qui n’était plus qu’un secret de polichinelle - que le conseil d’administration de l’Ava a validé un rendement par cépage de 65 hl/ha, assorti d’un volume complémentaire individuel (VCI) de 5 hl/ha par cépage. Le crémant restant, comme prévu depuis longtemps, sur la base de 70 hl/ha. « C’est une décision forte et un signal intéressant pour l’avenir car ce modèle qui est discuté depuis plusieurs années pourrait devenir la règle à l’avenir », souligne Jérôme Bauer. En fin de réunion, il ajoute même qu’il est « illusoire de penser que l’on puisse repasser à 80 hl/ha l’an prochain ». Mais, le président de l’Ava en convient, cet accord qui permet d’obtenir un consensus, ne satisfait personne véritablement. Immédiatement, on le constate avec la réaction de Christian Kohser, membre du bureau de l’Ava. « Quel intérêt de faire du VCI ? Ces 65 hl/ha ne tiennent pas compte de la réalité économique de chaque cépage. » Lors du vote, il fera partie de cette petite minorité à voter contre ces rendements, dits consensuels. Consensuel est bien le terme approprié. Tour à tour, Pierre-Olivier Baffrey pour la coopération, Pierre-Heydt-Trimbach pour le négoce et Francis Backert pour les vignerons indépendants se montrent solidaires de la position prise par le conseil d’administration de l’Ava. « Même si je suis d’accord avec Christian Kohser, la coopération porte ce consensus. Il est aujourd’hui raisonnable et souhaitable d’avoir cet accord pour montrer que nous prenons notre destin en mai. Nous espérons maintenant que la reprise sera bien là car cette baisse des rendements sera douloureuse. Oui, je suis favorable à ce qui est proposé. » Incité par Jérôme Bauer, Pierre Hedyt-Trimbach lui donne raison en hochant de la tête. Francis Backert rappelle le positionnement historique du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace. « La position des 60 hl/ha ne nous paraissait pas suicidaire au regard des capacités de mise en marché cette année. Néanmoins, nous ne revenons pas sur notre parole de soutien pour ces 65 hl/ha car il faut privilégier la souveraineté du vignoble. Les défis à venir sont d’une ampleur plus importante que d’avoir des discussions à rallonge sur quelques hectolitres », estime le vigneron.     Efforts et espoirs Après le « jeu » des questions-réponses avec la salle, l’assemblée générale approuve à une très large majorité ce rendement de 65 hl/ha pour chaque cépage. Au lieu d’appliquer un rendement global à l’ensemble de chaque exploitation - permettant de jongler à la baisse ou à la hausse avec des volumes selon chaque cépage tout en respectant le rendement butoir -, il a donc été décidé d’abandonner cette année ce modèle de production. Cette fin des butoirs contraint du même coup les professionnels à mettre obligatoirement un hectolitre de vignes en face des 65 hl. Je suis conscient de l’effort à fournir. Il va falloir gagner des parts de marché et ne pas baisser les prix. J’ai espoir qu’on puisse très vite redresser la barre », conclut, satisfait et optimiste, Jérôme Bauer. Reste, à l’issue de ce vote, à avoir la validation du Crinao. Les professionnels se montrant raisonnablement optimistes là également. Philippe Stievenard, directeur de direction départementale des territoires (DDT) a tenu à saluer cet accord en fin de réunion. « Il est essentiel que vous ayez trouvé un accord sur la limitation de la production pour aborder ces vendanges avec davantage de sérénité. Je dois saluer vos efforts. Cette baisse des rendements devra se poursuivre par votre réflexion dans la mise en place d’outils permettant de privilégier une production cépage par cépage. En attendant, bonnes vendanges à toutes et à tous. Restez vigilants collectivement et individuellement face à la crise sanitaire. » Une vigilance qui passe par la lecture préalable d’un « guide préconisations sanitaires » de 32 pages. « Lisez-le et diffusez ces recommandations auprès de vos vendangeurs. Chaque domaine doit désigner un « référent Covid-19 » chargé de veiller à ce que ces consignes de sécurité soient respectées », prévient Simone Kieffer pour l’Ava. Les vendanges 2020 s’annoncent donc résolument inhabituelles. Outre cette baisse des rendements, les viticulteurs sont incités à porter le masque, à respecter la distanciation et adopter les mesures sanitaires adéquates.   Lire aussi : Le Crinao contre la proposition de l'Ava de 70 hl/ha, suite au 18 août, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Quelle stratégie face à la déconsommation ?, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Les difficultés de la filière des vins d’Alsace analysées par le premier financeur de la viticulture, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin. Les vendangeurs prennent la grappe, sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.

Kitty Lienhard, « chuchoteuse »

Parler cheval et galoper sans entrave

Publié le 20/08/2020

À Munster, Kitty Lienhard murmure à l’oreille des chevaux. Accompagnatrice de tourisme équestre, elle s’est orientée, il y a quinze ans déjà, vers l’équitation naturelle ou éthologique. L’objectif est de « faire faire les choses au cheval en liberté ». Ici, on monte sans mors et on tisse d’abord une complicité avec le quadrupède, à pied.

Qui n’a jamais rêvé de partir au galop sur un cheval en totale liberté ? Kitty Lienhard, cavalière depuis ses 6 ans, a découvert l’équitation naturelle en 2005. Celle qui a créé son centre de tourisme équestre en 2014, monte à cru, en cordelette, sans mors ni rêne, saute ainsi des obstacles. Comment guide-t-elle son cheval ? « C’est l’intention qui compte, à 80 %. Si je suis claire dans ma demande, si je veux aller à droite, le cheval est assez fin et sensible pour le sentir », dit-elle. Kitty intime la direction à prendre à sa monture d’un mouvement souple du bassin. Si le cheval ne répond pas d’emblée, elle utilise alors un langage corporel plus marqué. « Je me tourne vers la droite », illustre-t-elle. À l’espace Kit’équit, à Munster, on utilise les rênes en dernier recours. « C’est une action mécanique qui oriente la tête du cheval. On essaie de s’en passer au maximum. Les rênes sont là, quand on part en balade pour la sécurité. On monte sans mors, avec rien dans la bouche », insiste Kitty Lienhard. « Donner du confort » « L’équitation naturelle ou éthologique découle du travail des éthologues qui ont observé les comportements des chevaux à l’état sauvage, leurs interactions. On en tire des méthodes pour dialoguer avec le cheval dans son langage à lui. On devient son partenaire », explique Kitty Lienhard… voire un congénère, mais pas n’importe lequel : le leader, celui qui apporte la sécurité au troupeau, et le confort. Ici, le confort, ce sont des caresses et des carottes. Le travail en équitation naturelle, chez Kitty, commence donc par plusieurs séances à pied, pour établir une confiance et un respect mutuels. Il s’adresse aux cavaliers et à tous ceux qui veulent tisser un lien avec un cheval. Les séances, qui coûtent 30 € de l’heure pour un adulte et 27 € pour un enfant, se font en solo ou à deux, maximum. Les plus jeunes se placent d’instinct comme il faut face aux chevaux, s’émerveille Kitty Lienhard. « Avant tout, il faut se détendre, détendre son diaphragme. Les chevaux perçoivent la moindre contraction. Ce sont des proies et nous sommes des prédateurs, livre Kitty. Nous avons tendance à nous contracter au moindre stress. Les chevaux le sentent et restent alors en alerte, à l’affût de tout », sauf des humains qui cherchent à « se connecter » à eux, à entrer en relation. Le tout premier exercice est de capter l’attention du cheval. Pour cela, Kitty exerce une légère pression sur son poitrail. Comme le ferait un autre cheval qui l’enjoindrait à reculer. Si le cheval ne s’exécute pas, Kitty monte alors en intensité, avec une petite tape. Aucune réponse de la part de l’animal ? Kitty crée une gêne, elle tape plus fort : « Si c’était un cheval qui lui demanderait de se pousser, il se serait pris un coup de sabot. » Quand Kitty obtient ce qu’elle veut de l’animal, « son pas de reculé », en l’occurrence, elle lui « donne du confort ». C’est l’instant câlin. La cavalière est bienveillante, mais elle ne se laisse pas marcher sur les pieds, dans tous les sens du terme. Si l’objectif de l’équitation éthologique est « faire faire les choses au cheval en liberté », avec le moins d’équipement équestre possible, elle sert aussi à pratiquer son activité de loisir en toute sécurité, à instaurer des distances spatiales garantissant la sûreté de chacun. Les hommes et les chevaux n’ont jamais été aussi proches spirituellement, pour ainsi dire. De l’assurance « J’éduque des chevaux sans les contraindre par la force », résume Kitty Lienhard. Et ce n’est pas une mince affaire puisque les chevaux sont plutôt naturellement paresseux, révèle-t-elle. Alors pourquoi se prêtent-ils si volontiers à ses demandes, pourquoi interagissent-ils avec l’homme ? « Les chevaux sont aussi naturellement joueurs. Une fois que leurs besoins physiologiques sont comblés et s’ils sont en sécurité, ils jouent. À l’état sauvage, ce type d’interactions sociales peut être de deux heures par jour », dévoile Kitty. Ses dix chevaux et les douze qu’elle a en pension vivent d’ailleurs ensemble, en troupeau, et en plein air autant qu’ils le souhaitent. « Ils règlent leurs comptes entre eux et se défoulent au paddock. Ça évite que ça explose quand un cavalier est dessus », pointe Kitty. La cavalière qui a tous ses galops, un BEP élevage du cheval et son diplôme d’accompagnateur de tourisme équestre, insiste : « Les chevaux font les choses parce que ça les amuse, parce qu’ils y prennent du plaisir. » Son Folio, « un cheval de Barbie » à la longue crinière blanche, a beau être un cheval de dressage, ce qu’il aime, c’est la randonnée. Elle l’emploie donc essentiellement à cela. D’autres chevaux adorent les « bêtises », comme elle dit. Kitty les fait se coucher, s’asseoir, tourner sur eux-mêmes, faire la révérence, munie d’un simple stick pour prolonger son bras, pour que le cheval le voit mieux, et d’une carotte. Seule, à pied, sans corde, au milieu du paddock, elle embarque un « partenaire » dans une chevauchée circulaire dont elle donne le rythme, au trot, au galop. Lorsqu’elle expire, le cheval, à plusieurs mètres d’elle, ralentit jusqu’à s’arrêter. Elle s’approche alors pour faire la course avec lui. Elle détale, il embraye. Elle le berne en changeant de direction. « Sinon, impossible de gagner ! » Les deux s’amusent. Quand ils ont fini, le cheval la suit comme un chien suit son maître. De cette complicité entre l’homme et l’animal est née l’equifeel, « une nouvelle discipline de la fédération française d’équitation (FFE) » à pied. Kitty participe à des championnats où elle fait, par exemple, slalomer son cheval, en totale liberté. Elle engrange ainsi un maximum de points, par rapport à ceux qui utilisent une longe. Être dans le moment présent, juste dans ses actions sont ses maîtres mots. À 22 chevaux « L’équitation naturelle permet au cheval d’évoluer, comme à l’homme. Ça soigne les deux. Souvent, quand un cheval manque de respect à un cavalier, c’est que le cavalier ne le respecte pas non plus. Ce n’est pas forcément volontaire », a observé Kitty. Parfois quelques heures suffisent à recadrer tout le monde. D’autres fois, la magie n’opère pas. « Certains cavaliers préfèrent changer de cheval plutôt que leurs habitudes car ils ne sont pas prêts à se remettre en question ni à faire l’effort de se mettre au diapason », constate Kitty. Sur sa structure de 1,14 ha, située à la sortie de Munster, direction Stosswihr, 22 chevaux s'épanouissent. Les animaux profitent de 3 ha de prés en location dans les villages environnants : ils y partent « en vacances », chacun leur tour, pour quinze jours. Elle a une trentaine de clients qui la sollicitent autant pour les balades à cheval (elle exige que les cavaliers maîtrisent les trois allures pour le plaisir et la sécurité de tous) que pour apprendre les bases de l’équitation éthologique. Son excédent brut d’exploitation (EBE) ne dépasse pas 4 200 €. « C’est une passion. Si on compte les heures, on laisse tomber », assure-t-elle.  

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