A la une

Publié le 13/08/2020

Les vendanges qui arrivent s’annoncent exceptionnelles. Mais à la situation économique déjà compliquée s’ajoute la crise sanitaire. Comment font les professionnels pour appréhender au mieux cette période ? Ont-ils des difficultés pour trouver des vendangeurs ? Le point à quelques jours du lancement de la récolte 2020.

À Zellenberg, le domaine Jean Becker produit et commercialise ses vins bio et ses eaux-de-vie depuis plusieurs générations. Vignerons de père en fils depuis 1610 et marchands de vins d’Alsace en 1848, les vignes familiales ont été converties dès 1999 à l’agriculture biologique. Le domaine s’est également orienté vers les vins nature bio. Une production spécifique qui a trouvé son public. Mais lors des vendanges, c’est le même lot que pour chaque exploitation : il s’agit de trouver la main-d’œuvre nécessaire pour rentrer le millésime. Et la situation sanitaire actuelle rend cette période encore plus atypique. Une nouvelle intendance « L’année dernière, nous avions déjà connu de gros soucis pour trouver des gens, même ceux qui étaient de passage. Il y avait fort heureusement les locaux que nous connaissons et qui viennent régulièrement. Mon frère, Philippe (Becker), vendange « à la carte ». Du coup, cela peut parfois durer longtemps. Il est donc difficile de trouver du monde sur une période aussi longue. On a demandé à une entreprise de prestation de nous aider dans nos démarches pour trouver ces vendangeurs », explique Martine Becker. Dans le même temps, le domaine a investi dans un véhicule de neuf places pour chercher ou ramener les saisonniers. « Nous avons finalement une belle liste d’attente. En revanche, les vendangeurs ne sont plus les mêmes. Les habituels Polonais et Espagnols sont absents du fait des restrictions sanitaires. Mais également à cause de la date. Ils viennent plus facilement en septembre ou en octobre. Nous comptons au final sur une quinzaine de vendangeurs. Concernant les gestes barrières, les recommandations sont très strictes. On a prévu la distanciation nécessaire à table lors des déjeuners. On se pose encore aujourd’hui la question des masques pendant que l’on vendange. Il y a également le problème des sanitaires. L’année passée, on nous avait déjà bien demandé de séparer ceux des hommes et ceux des femmes. Cette année, on va devoir mettre en place des séparations pour les boissons, les gobelets ou encore les matériels. Il faut aussi une traçabilité complète. Pour les repas, on incite les vendangeurs à apporter leur nourriture de leur domicile. Enfin, nous ne logeons plus personne depuis vingt ans. Les derniers vendangeurs hébergés se sont mal comportés », ajoute Martine Becker. Outre les vendangeurs, une équipe de dix personnes présente, elle, toute l’année, sera également disponible. La période est stressante car ces vendanges arrivent après plusieurs semaines de baisse des ventes au caveau. « Cette baisse est sensible. Les groupes ont disparu. Notamment les Japonais, les Espagnols et les Anglais. Pour les Belges, nous gardons de très bons contacts. On a cependant constaté une forte baisse, de l’ordre de 70 % en mars, de 90 % en avril. Depuis, ça va mieux même si nous sommes loin d’une année normale », conclut Martine Becker. Avec les réseaux sociaux À Houssen, Cyril Marschall n’a pas encore la même expérience. Âgé de 30 ans, il a repris, en 2017, la petite exploitation familiale de ses parents qui fournit son vin à la coopérative Wolfberger, à Colmar. Une exploitation qui a grandi au fil des années en achetant des parcelles pour arriver aujourd’hui à dix hectares. Le jeune vigneron n’a pas encore suffisamment de recul pour comparer les années. Il sait cependant déjà que cette récolte 2020 va être compliquée. « Pour le recrutement des vendangeurs, je pensais que ce serait plus facile du fait de la situation économique. Mais les gens qui sont sans emploi ont souvent peur de perdre leurs droits s’ils vendangent. Et, avec les frais kilométriques, ils peuvent même avoir le sentiment d’être perdants financièrement. Le second problème concerne le Covid-19. Je ressens une réticence à venir vendanger. Notamment chez les gens plus âgés, les jeunes retraités », précise Cyril Marschall. Le 11 août, il lui manquait encore deux à trois personnes pour compléter son équipe de quinze vendangeurs.     Il a pourtant lancé ses premières démarches très tôt. Dès le début du mois de juin. D’abord en recontactant les vendangeurs de l’année passée. Puis, d’une façon plus originale, en lançant ses premiers appels sur les réseaux sociaux. « J’ai utilisé Facebook pour être vu et relayé. Cela a été le cas. Ensuite, quand les appels ne décollaient plus, j’ai utilisé le site Le bon coin. J’ai eu des appels. J’ai eu des contacts de Moselle mais j’ai évidemment privilégié les gens du secteur. Comme je ne loge pas, par manque de place, je n’ai pas répondu positivement. Finalement, la moitié de mes vendangeurs était déjà présente l’année dernière. L’autre moitié sera des nouveaux », note Cyril Marschall. À tous, il compte dès le premier jour leur expliquer le protocole sanitaire fourni par l’association des viticulteurs d’Alsace. « C’est un document complet et très bien réalisé. Il détaille toutes les démarches à suivre concernant les masques, les visières, le matériel de vendange, les transports ou encore la distanciation. Reste à savoir comment la mise en pratique sera gérée », s’inquiète le jeune viticulteur. Il compte donc aller plus loin en faisant signer à ses vendangeurs une déclaration sur l’honneur précisant qu’ils ne sont pas malades. En attendant, Cyril Marschall prépare son matériel… sanitaire. Il a acheté 400 masques, des visières et du gel hydroalcoolique. Il a la chance d’avoir été aidé par sa coopérative. Cependant il est évident que ces investissements ont un coût. Ils doivent pourtant rassurer. Même si une dernière question l’inquiète. « Comment je vais réagir et comment vont réagir les gens si un cas de Covid-19 se présente pendant les vendanges ? Que va-t-il se passer ? Qui sera responsable ? Et de quoi ? Cette problématique sanitaire est plus anxiogène que l’organisation des vendanges », conclut Cyril Marschall. Un mot d’ordre : respect À Gimbrett dans le Kochersberg, une commune dont il est le maire délégué, Freddy Bohr se prépare également pour cette récolte 2020. Il gère l’exploitation familiale depuis 1985 avec son épouse. Le couple a trois enfants. Outre la partie viticole, la ferme a aussi une production laitière. Il y a donc un travail important tout au long de l’année. « Pour les vendanges, il y aura certainement huit bonnes journées qui y seront consacrées. Je ne suis pas inquiet, mais prudent. Tout va se passer dans le respect des gens et du protocole sanitaire », indique Freddy Bohr. Il compte sur une équipe de vingt vendangeurs. On y retrouve des fidèles, souvent des jeunes retraités. « Avec eux, tout est cadré. Ils viennent par plaisir. On les connaît. Comme le travail ne s’éternise pas, cela se passe dans la bonne humeur. On débute généralement vers 8 h 30 le matin jusqu’au déjeuner qui doit se passer dans notre grande salle de dégustation où il y a assez de place pour prendre ses distances. Il n’y a donc pas d’inquiétudes à avoir », poursuit Freddy Bohr. Il a souhaité compléter son équipe de vendangeurs avec des gens du secteur de Gimbrett qui sont à la recherche d’un emploi. Même s’ils ne sont pas faciles à trouver car il n’est pas forcément aisé de connaître les situations individuelles. « Nous avons pris des personnes de tous les âges. L’essentiel, c’est que les vendanges se déroulent bien et dans le respect. Nous n’avons jamais eu de difficultés pour cette période importante de l’année », conclut Freddy Bohr. Dans les règles, ni plus, ni moins La sérénité est la même au domaine Frey-Sohler à Scherwiller. Le domaine s’étend sur 29 hectares sur l’appellation communale Scherwiller et sur le terroir du Rittersberg, au pied du château de l’Ortenbourg. La situation sanitaire n’a pas eu d’influence négative sur les ventes. « Depuis de nombreuses années, nous sommes présents sur pas mal de salons. Cela nous assure une visibilité et une réputation. Du coup, quand les gens viennent dans la région, ils s’arrêtent au domaine. Les touristes français remplacent actuellement les étrangers même si nous pouvons toujours compter sur les Belges, les Hollandais et les Allemands. En revanche, la seule chose qui m’inquiète actuellement, c’est la sécheresse. J’aimerais bien qu’il pleuve franchement », précise Damien Sohler. Concernant les vendanges, l’optimisme est le même. L’équipe composée d’un effectif de vingt personnes est prête. On y trouve pour moitié d’habitués et pour moitié de nouveaux. Ces derniers appellent directement ou sont dirigés par la cellule d’Alsace Vendanges de Pôle emploi. « Nous faisons appel à elle depuis trois à quatre ans. Notamment quand les vendanges se déroulent au mois d’août. Nos vendangeurs habituels sont souvent moins disponibles qu’en septembre ou octobre », ajoute Damien Sohler. Avec sa famille, il a complété cette préparation en tenant compte des spécificités de la situation sanitaire actuelle. « Nous avons fait un stock de masques, de gants, de gourdes individuelles. Nous l’avons fait pour respecter les règles sanitaires. Ni plus, ni moins », indique encore Damien Sohler.    

Publié le 12/08/2020

Treize distilleries ou musées ouvrent leurs portes au public en Alsace. Au moins sept d’entre eux proposent des visites. L’occasion pour les « spiritouristes » de découvrir ce savoir-faire local. Exemple chez Meyer’s à Hohwarth dans le Bas-Rhin, et chez Théo Preiss à Mittelwihr dans le Haut-Rhin.

Une campagne de communication appelée « Voyage en distillerie » a été lancée par la Fédération française des spiritueux (FFS). Jusqu’au 16 août, l’objectif est de « suggérer des courts séjours ou des escapades à la journée au plus proche du domicile ou des lieux de vacances des Français ». D’après la FFS, le spiritourisme attirerait deux millions de visiteurs par an dans plus de 120 sites en France. La fédération y voit un véritable potentiel : le spiritourisme contribue au développement économique de la filière. En Alsace, contactés uniquement par e-mail et ajoutés d’office sur la carte du spiritourisme, certaines distilleries ou musées proposent des parcours de visite, des dégustations et, bien sûr, de la vente directe. Zoom sur ces distillateurs qui ouvrent leurs portes, ou presque, malgré le contexte particulier d’après crise sanitaire. « On ne prend pas de risque » Épidémie oblige, l’accès aux distilleries se fait un peu différemment, voire difficilement pour certaines. C’est le cas à la distillerie Théo Preiss à Mittelwihr. Son président, Didier Koenig, 25 ans de bouteille dans l’entreprise, y met un point d’honneur. « Une secrétaire a été touchée par le virus, on ne prend pas de risque », affirme-t-il. Les mesures de sécurité sanitaire sont « trop nombreuses et trop difficiles » à mettre en place, ajoute-t-il. Les visites de la chaîne de production sont donc impossibles dans cet établissement. Lorsque la visite est possible, il faut alors compter une bonne heure pour remonter toute la chaîne. Si la distillerie s’adapte, elle propose néanmoins toujours la dégustation et la vente. En juillet et en août, la distillerie Théo Preiss est à l’arrêt mais la mise en bouteille continue. Même si les clients se font rares, Didier Koenig ne perd pas espoir et compte sur les fidèles : « Ce sont souvent des habitués qui passent dans le coin pour déguster. » Il assure également avoir été informé par la FFS du « Voyage en distillerie ». Il encourage d’ailleurs l’idée et la pratique : « Parler des distilleries est positif. On a des alcools français et on oublie souvent de le dire. » Dans une filière où la garantie d’origine protège essentiellement le savoir-faire, les fruits utilisés pour les alcools Preiss proviennent d’ailleurs tous de France, « sauf la framboise », souligne Didier Koenig. De la chaine de production au musée À la distillerie Meyer’s de Hohwarth, les visites sont possibles. Dans une douce odeur de cerises en fermentation, Francis Wolff, artisan distillateur depuis plus de vingt ans, est le guide du jour pour partir à la découverte de la chaîne de production. Cette visite de A à Z est le tour présenté au public. Le départ se fait au milieu des cuves de fermentation, Francis montre et explique absolument tout, même le tuyau qui passe sous la route afin de relier les cuves à la pièce abritant les alambics, de l’autre côté. Là-bas, un film sur l’histoire de la distillerie est projeté, au beau milieu d’immenses alambics en cuivre de fabrication allemande. Après cette parenthèse vidéo, Francis se dirige vers la pièce où plus d’une trentaine de cuves de stockage attendent patiemment les doux breuvages. Chaque cuve est destinée à un fruit. Trente variétés de fruits et de baies sont transformées en alcool dans l’entreprise, soit près de 600 tonnes par an. D’après Francis, « certains fruits viennent encore de France mais beaucoup viennent de l’étranger ». Mi-juillet, cerise, gentiane, framboise et kirsch étaient en préparation. Francis est fier de présenter la dernière étape de la chaîne, la ligne d’embouteillage, avec les bouteilles à étiquettes personnalisées, pouvant servir « pour des mariages, et même des divorces », plaisante-t-il. La plupart du temps, la visite de la distillerie est précédée d’un passage au musée « La Maison du distillateur », à Châtenois. Sur place, Valérie Hamm accueille les curieux. À la distillerie comme au musée, la campagne de communication « Voyage en distillerie » n’a pas marqué les esprits. Chacun fait à son idée. Malheureusement, les visites se font rares par rapport à l’an passé, et les annulations de bus touristiques se multiplient. « Cinq bus ont été annulés en juin, deux bus rassemblant 120 personnes pour septembre ont été annulés, ce matin », se désole Valérie. Le tourisme en distillerie est presque au point mort, pas sûr que le « Voyage en distillerie » y change quelque chose cette année.    

Publié le 11/08/2020

Le Centre Alsace n’est plus un désert vétérinaire. Depuis 2020, les éleveurs du Bas-Rhin et du Haut-Rhin peuvent compter, où qu’ils soient, sur les professionnels ruraux de l’un des quatre cabinets alsaciens spécialisés en animaux de rente. Tour d’horizon avec les éleveurs et les vétérinaires ruraux de Sélestat, Pfaffenhoffen, Sarre-Union et Dannemarie.

Leurs secteurs sont extensibles certes, mais pas à l’infini, urgences obligent. Heureusement, les vétérinaires ruraux d’Alsace sont assez nombreux aujourd’hui et bien répartis sur le territoire pour le balayer, jusqu’aux collines vosgiennes. Ils se sont regroupés par cabinets pour assurer les gardes à tour de rôle, limiter la pénibilité de leur métier donc, et mutualiser les frais de matériel, tout en garantissant un suivi de chaque instant à leurs partenaires, les éleveurs. C’est d’ailleurs toute la profession vétérinaire qui se réorganise. Les médecins qui soignent les animaux se spécialisent. Rares sont ceux qui ont encore un cabinet mixte, qui font de « la canine » et de « la rurale », comme disent les vétos. Ceux qui continuent sur cette voie-là admettent un moindre investissement dans la rurale. D’eux-mêmes, les éleveurs semblent les lâcher pour aller vers les vétérinaires dédiés aux vaches, cochons, lapins, poulets, etc. Mais, le plus souvent, ce sont les agriculteurs qui se retrouvent du jour au lendemain sans vétérinaire, celui-ci ayant décidé d’arrêter la rurale… à quelques années de la retraite ou après un heureux évènement. Ne laisser aucun éleveur livré à lui-même « En 2016, notre vétérinaire a arrêté la rurale », témoigne Alexis Losser, du Gaec du même nom à Mussig (67), qui élève 150 prim’holsteins. Il trouve une solution de repli. Le même scénario se répète en 2019. Arnaud Schmitt, du cabinet Fili@vet, à Sélestat, bien qu’à flux tendu encore l’an passé, accepte ce nouveau client. « On se débrouille seul pour une piqûre, une fièvre de lait, comme beaucoup d’éleveurs. Arnaud nous a formés aux premiers gestes. On est gagnants, on ne paie pas la visite. Mais pour une césarienne, une opération, le vétérinaire se déplace », détaille Alexis. Depuis 2020, et le recrutement d’Auriane Jost, une jeune vétérinaire, l’éleveur est encore plus satisfait du service. « Avec elle, on a cherché les raisons des mammites. Elle ne fait pas que vendre son produit. Ensemble, on a établi des protocoles à suivre pour prévenir les maladies », dit-il. En dix ans, le Gaec en est à son quatrième vétérinaire : « C’était pénible de démarcher à chaque fois et, pendant la période de recherche, c’était un stress. Aujourd’hui, on appelle et il y a toujours un vétérinaire disponible assez rapidement. » À Fili@vet, ils sont quatre vétérinaires ruraux : Arnaud, plutôt versé en aviculture et cuniculture, Marc Peterschmitt, qui suit les porcs et les taurillons (avec le Comptoir agricole, aussi), Angeline Söll et Auriane Jost, dédiées aux bovins. « J’ai repris les clients des confrères qui arrêtaient la rurale ou partaient à la retraite, au fur et à mesure, confie Arnaud Schmitt, qui s’est installé mi-2015. Le dernier, c’était en janvier. Il y a eu une grosse accélération en bovine et, depuis, ça n’arrête pas ! On récupère de plus en plus de monde. Il n’y a pas une semaine qui passe sans qu’un éleveur nous demande de venir chez nous. On prend tout le monde, de la vallée de Munster à Molsheim et du Rhin à la crête des Vosges. » Le cabinet de Sélestat s’est étoffé progressivement : en 2017 avec Angeline et Marc, puis, en 2020, avec Auriane. Arnaud reconnaît qu’en 2016, voire après en allaitant, il refusait des clients mais il n’a jamais refusé de venir soigner un animal, précise-t-il. « Aujourd’hui, on est organisé pour ne laisser aucun éleveur livré à lui-même. Et c’est partout pareil en Alsace », insiste Arnaud, qui souligne qu’au regard des distances à parcourir, s’il intervient au col de la Schlucht, il ne pourra pas être à Molsheim dix minutes plus tard. « Mais les confrères qui font encore de la mixte, quand ils ont des salles d’attente pleines, prennent d’abord les chiens et les chats, avant de se déplacer : il faut attendre aussi… même s’ils sont plus proches, géographiquement », rappelle Arnaud Schmitt. La téléconsultation, il y pense et attend que le cadre réglementaire soit fixé. Près de 400 élevages sont suivis par le cabinet du Centre Alsace. Petite tension au nord de Molsheim L’avantage de faire appel à un vétérinaire rural est son expertise, autant médicale que « du milieu ». Yannick Fischer, de l’EARL du même nom à Gottesheim (67), a une centaine de prim’holsteins. Depuis un an, il est « en suivi repro’» à la clinique vétérinaire de la Moder à Pfaffenhoffen. En 2020, il l’a déclarée vétérinaire traitant. « Là où j’étais avant, il a clairement préféré la canine à la rurale. Les chiens et les chats passaient avant », commence Yannick. Il loue la disponibilité et les connaissances des vétérinaires de la Moder, ainsi que leur mode de fonctionnement, au forfait mensuel, basé sur la production laitière. « On ne peut pas répercuter les coûts des soins vétérinaires sur la vente du lait. Cathy (Catherine Lutz, l’une des deux associés et des cinq vétérinaires de la clinique de la Moder, N.D.L.R.) connaît les enjeux des éleveurs, notamment laitiers, puisque son époux en est. Elle est du milieu. Son père et son frère sont pareurs », apprécie-t-il. Yannick est d’autant plus reconnaissant envers Catherine et ses collègues qui se consacrent aux animaux de rente, que, sait-il, « la rurale, ce n’est pas très intéressant, financièrement parlant ». Catherine a créé la clinique de la Moder en 2012, avec Vincent Macholt, spécialisé aujourd’hui dans la canine. « Le cabinet est mixte mais à dominante rurale. Moi, je ne fais quasiment que de la rurale sauf les week-ends de garde : chacun doit intervenir sur l’activité de l’autre », cadre Catherine Lutz. Elles sont trois à être occupées aux animaux d’élevage, quand les effectifs sont au complet. En 2021, ils le seront. « Il faut accepter de faire des heures et des kilomètres en rurale », avertit Catherine. Et être humble : « Parfois, les éleveurs sont meilleurs que nos débutants. On l’a vécu avec des remplaçants sur des fièvres de lait, par exemple », reconnaît la vétérinaire. Environ 200 éleveurs, à 40 km à la ronde, font confiance au cabinet de la Moder. Catherine admet qu’au nord de Molsheim, les agriculteurs se sentent un peu seuls : ils sont à la limite du rayon d’action de leur cabinet et de celui de Sélestat. Passionnés de systèmes d’élevage Cap au Nord : de l’Alsace bossue à l’est de la Moselle, 200 élevages sont suivis par la clinique vétérinaire mixte de Sarre-Union. Sur les huit vétérinaires du cabinet, cinq sont dévoués aux bovins, dont quatre à temps plein. « Il y a une tradition d’élevage, ici. Le maillage est dense », explique Alexis Stenger, qui fait partie de l’équipe « rurale ». 40 % de la clientèle professionnelle de la clinique de Sarre-Union est en agriculture biologique, pointe-t-il. La clinique adhère au réseau Happy Vet dont la philosophie est de faire le bonheur des animaux et des éleveurs, en optimisant le confort et la santé des bêtes, donc leur bien-être, et, par conséquent, leur production. « On intervient avant que les animaux ne soient malades. L’éleveur gagnera mieux sa vie. Tout le monde est gagnant. Avant, le vétérinaire était un spécialiste de la maladie. Aujourd’hui, c’est un spécialiste de la santé », résume Alexis Stenger. Si l’animal est malade, c’est un échec de la stratégie. Pour Alexis, ce n’est pas tant que la rurale rapporte moins que la canine, c’est qu’elle est plus difficile à exercer, notamment car il faut s’investir toujours plus pour continuer à être un interlocuteur privilégié de l’éleveur : faire du suivi de troupeau, en plus de la médecine individuelle. Mais c’est ce que tous les vétérinaires interrogés aiment : « Nous sommes des passionnés d’élevage, de systèmes d’élevage », relève Alexis Stenger, 29 ans. Si chaque éleveur a trouvé un vétérinaire qui soit présent pour lui, dans le nord de l’Alsace, dixit le jeune homme, l’activité de la clinique de Sarre-Union croît constamment, a fortiori en canine. Le cabinet recrute un vétérinaire mixte, capable d’épauler en rurale et en canine.     Destins liés Dans le Haut-Rhin, la société civile professionnelle (SCP) vétérinaire des Viaducs, à Dannemarie, fait quasi exclusivement de la rurale. Trois associés et un salarié à mi-temps prennent soin de 300 élevages de plus de dix animaux, à 40 kilomètres autour de la ville. « Pour l’instant, ça va, il y a suffisamment de vétérinaires dans le secteur mais deux collègues vont partir à la retraite, il faudra les remplacer et nous aurons sûrement du mal à recruter rapidement quelqu’un de compétent en gros animaux, pressent le docteur Boris Dirrenberger. La zone est tout juste couverte. Si demain, un vétérinaire mixte décide d’arrêter la rurale pour faire uniquement de la canine, ce sera tendu. Les choses peuvent vite changer. » Néanmoins, il sait qu’il existe encore des jeunes motivés. « La rurale, on la choisit par passion. Il y a beaucoup de temps improductifs, sur la route, et il faut avoir en stock un peu de tout pour une petite clientèle : gare à la péremption des médicaments », liste Boris Dirringer, côté inconvénients. Un dernier, de taille, est la pérennité des exploitations d’élevage. « Le dynamisme des uns entraîne le dynamisme des autres. Il faudrait revaloriser les productions pour que l’élevage soit rémunérateur et attire les jeunes. L’activité vétérinaire est liée à celle des éleveurs. Si un des deux maillons faiblit, il met en péril toute la chaîne », détaille Boris. Denis Nass, vice-président de la Chambre d’agriculture Alsace, abonde : « Tout ce qui est en relation avec l’élevage est difficile. » Il élève plus de 200 vaches, essentiellement des prim’holsteins et leur suite, au Gaec du Petit bois à Gommersdorf, où résiste un bastion de douze exploitations d’élevage qui engendre « la plus grosse production de lait du Grand Est », spécifie-t-il. Denis s’estime chanceux. « On a un service vétérinaire qui tient la route à Dannemarie. Boris s’est installé il y a deux ans. J’ai encore échangé récemment avec son salarié : c’est super, deux jeunes, polyvalents, qui en veulent. Ça sécurise le territoire », juge-t-il, d’autant plus qu’une proche clinique de Franche-Comté entre en concurrence avec la SCP vétérinaire des Viaducs. Nicolas Dietrich, secrétaire général des Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin et co-responsable bovin viande, qui élève 90 limousines à l’EARL du Muhlwald à Schweighouse-Thann, est « plus que satisfait » des vétérinaires ruraux de Dannemarie. « Le 24 décembre, quelqu’un est venu pour une vache qui avait sorti la matrice. Le service est irréprochable. Pourvu que ça dure ! On prie pour qu’il y ait un renouvellement des départs à la retraite. Ils savent ce que je pense d’eux. Avoir fait tellement d’études pour se retrouver les mains dans la merde, au milieu de la nuit, c’est courageux », déballe d’une traite Nicolas, reconnaissant.    

Pages

Les vidéos