Pratique

Publié le 08/03/2022

Ils n’ont pas attendu le 8 mars pour sensibiliser leurs camarades aux violences faites aux femmes. Dans le cadre de leur projet d’initiative et de communication (Pic), cinq étudiants en BTS Agronomie - productions végétales (APV), au lycée agricole d’Obernai, sont intervenus dans une classe de seconde générale, fin janvier. Grâce au théâtre-forum, ils ont donné des clés aux plus jeunes pour que cessent les violences sexuelles et sexistes.

Une jeune femme marche dans la rue. Elle rentre de soirée, seule. Deux hommes la suivent. Elle le remarque et commence à accélérer le pas. Elle prend visiblement peur. Les deux hommes la rattrapent. L’un d’eux saisit son bras. C’est à ce moment-là que la scène se fige. Les trois étudiants de BTS APV, acteurs, arrêtent de jouer. « La scène que vous venez de voir se finit par une agression sexuelle, dit Romain, le narrateur. Il est 2 heures du matin. Vous rentrez de soirée entre amis et vous êtes témoins. » « Que faites-vous ? », interroge Mélodie. Elle motive les 24 élèves de seconde générale, face à eux, à participer. Dans le cadre de leur projet d’initiative et de communication (Pic), fin janvier, Anna, Romain, Eugène, Léo et elle souhaitent sensibiliser ces lycéens aux violences faites aux femmes, par le biais du théâtre-forum. Le premier lycéen à se manifester gonfle les muscles : il veut frapper les agresseurs. Des camarades de classe le stoppent. Sa réaction est inappropriée. Ils se lèvent pour improviser la suite de la scène. Ils se confrontent aux hommes, les filment, prennent des photos. Les agresseurs prennent la fuite. Les lycéens les suivent et appellent la police, pendant que d’autres prennent soin de la victime. Répondre à la violence par la dissuasion : telle est la solution. Pour aider les étudiants de BTS à l’initiative des scénarios, et les élèves de 2de qui proposent leurs sorties de crise, Masika Bouquet, éducatrice spécialisée de l’association SOS Femmes solidarité 67, intervient. Elle valide leurs idées (ou pas), partage avec eux des astuces pour se protéger aussi : avoir un sifflet sur soi, qui permet d’alerter les riverains, ou appeler le 3919 (lire encadré), pour être au téléphone avec quelqu’un, quand on marche seule dans la rue, le soir. Consentement et désir Les cinq étudiants de BTS questionnent ensuite les lycéens, pour faire avancer leur réflexion… mais ces derniers sont déjà bien avertis. Est-ce que c’est normal d’avoir peur de marcher seule, tard le soir, dans la rue ? Non. Ils sont unanimes. Peu importe l’attitude et la tenue d’une femme, elle doit pouvoir être et se sentir en sécurité. La question du cyberharcèlement est aussi abordée, via la fuite de photos intimes d’une jeune fille sur les réseaux sociaux. Les spectateurs actifs la soutiennent, évidemment. La victime, surtout si elle est mineure, est invitée à s’en remettre à un adulte de confiance pouvant l’accompagner au commissariat ou à la gendarmerie, le cas échéant. Mélodie résume les conseils de Masika Bouquet et ceux trouvés sur internet, quant au partage de photographies à caractère sexuel, via les nouvelles technologies de communication. « On peut tout à fait envoyer des photos intimes si on en a envie, si ce n’est pas une contrainte, mais à quelqu’un qu’on connaît, en qui on a confiance, qu’on a déjà vu. Il faut réfléchir avant de le faire », rappelle-t-elle. La question du consentement et du désir est, en filigrane, posée. Celle ou celui qui envoie la photo sexy ou plus doit y consentir pleinement, tout autant que celle ou celui qui la reçoit. Quant aux violences conjugales pouvant mener aux féminicides, le drame se joue, comme souvent dans la réalité, à huis clos. Appeler des voisins et sonner à la porte, téléphoner au 17, après avoir situé d’où viennent les cris, prévenir une association sont autant de réactions plébiscitées. « En aucun cas, vous ne rentrez dans l’appartement : c’est interdit par la loi », insistent les étudiants et l’éducatrice, à la fin de l’improvisation. Certains lycéens avaient forcé la porte. Romain, dans le rôle de l’agresseur, les avait alors pris au col. « Sa violence peut se retourner contre vous. Il peut en plus, être armé », pointe Masika Bouquet. La dernière séquence mise en scène par les étudiants figure un dépôt de plainte… Les forces de l’ordre, masculines, font preuve d’un machisme acharné. La victime répète que rien ne justifie son viol : ni sa tenue, ni la relation entretenue, encore moins son état. À tout moment, elle peut dire stop. Las, les représentants de la loi n’estiment pas forcément que sa plainte est fondée. Cette fois, la scène est exposée. Les lycéens ne sont pas invités à intervenir. « Allez dans un autre poste, si c’est comme ça. C’est notre droit de porter plainte. On est censé être écouté. Plus il y a de plaintes, plus ça évolue », souligne Mélodie, 21 ans. Il est possible d’être accompagné pour déposer plainte, notamment par un salarié d’association, qui est habilité à rester aux côtés de la victime durant toute la procédure. « Et on peut contredire une figure d’autorité », glisse Laurent Bazire, enseignant d’éducation socioculturelle, qui a guidé les étudiants de BTS pour ce Pic. Les lycéens ne se sentent pas forcément à leur aise pour aller jusque-là. Heureusement, de plus en plus de policiers sont formés à recevoir les victimes de viols et violences, a répété l’éducatrice. Pour appuyer tous leurs propos, les étudiants ont profité de vidéos mises à disposition par l’association. Ils ont aussi distribué des violentomètres aux lycéens. Libérer la parole Le choix de sensibiliser aux violences subies par les femmes et à leurs droits, via le théâtre-forum, était ambitieux mais cette technique a semblé la plus pertinente aux étudiants de BTS. « Pour impliquer les lycéens, les captiver », justifie Mélodie. « Et rompre avec un discours très vertical. C’est une action de libération de la parole des jeunes », assure Laurent Bazire. « La preuve : ce projet a fait avancer les choses », rebondit Mélodie. « Ça a permis à une élève, victime, de s’exprimer ; de parler à un adulte », atteste Louis Sigrist, élève de 2de qui a participé au théâtre-forum. « À la fin de l’intervention, elle a eu un déclic, abonde Morgane Lambert, leur camarade. On lui disait que ce n’était pas normal la façon dont elle était traitée, mais de l’entendre dans ce cadre, ça l’a fait réagir. On ne savait pas forcément comment lui parler, non plus. Maintenant, on utilise des mots plus précis, moins forts, moins choquants pour elle. On reste objectifs. Surtout, on ne juge pas. Et on continue à poser des questions. On s’inquiète. » « Elle ne s’est pas encore éloignée de la personne toxique mais elle parle », précise Louis, 15 ans. Il aura fallu plus de trois heures de mises en situation et de discussions à l’adolescente victime d’abus, pour se décider. « On a évoqué les droits des femmes, avant et après le théâtre-forum, avec Madame Rayou, notre professeure », indique encore Louis. Au collège, Morgane et lui ont déjà été sensibilisés à ces questions mais ils sont effarés par les chiffres (146 féminicides en 2019, par exemple) que leur ont exposés leurs aînés, et ils sont reconnaissants pour ce qu’ils ont appris ou revu. « On connaît le cyberharcèlement mais on a détaillé ce que c’est et on a pu expérimenter ce que ça peut faire quand on ne l’a pas vécu », témoigne Morgane. Le dispositif théâtral, inclusif, sans « quatrième mur », sans frontière entre la scène et le public, a permis aux lycéens de facilement prendre part au jeu et de « se lâcher », de tester tous les champs des possibles, avant de retenir les bons réflexes à adopter, s’ils sont témoins ou victimes. « Les agressions sexuelles, c’est tous les jours et on n’en a même pas forcément conscience », constate Mélodie. Des amies d’Anna, 19 ans, ont déjà été victimes. Romain, Eugène, Léo et les deux jeunes femmes se sont engagés dans ce Pic, parce qu’ils veulent informer, que ce ne soit pas tabou. Un dernier conseil pour la route ? « Dans les bars, il faut commander un cocktail Mademoiselle, pour être mise en sécurité. Et, à la pharmacie, demander un masque 19, si l’on est victime de violences conjugales : on prend votre adresse et on l’envoie aux forces de l’ordre. »

Taaka beer spa, à Strasbourg

Une bulle de bien-être unique en France

Publié le 22/02/2022

Initiative de deux jeunes Strasbourgeois, le Taaka beer spa est le premier spa à la bière français. Naomie Crawshaw et Paul Fruh ont ouvert les robinets quelques jours avant la Saint-Valentin, mi-février, en plein cœur de la capitale alsacienne. Les associés dévoilent le concept et les coulisses de cette aventure entrepreneuriale.

Au Takaa beer spa, 6 rue Marbach, à Strasbourg, tout n’est que luxe, calme, volupté et convivialité ! Plongés dans un bain bouillonnant à 37 °C, infusé aux principaux ingrédients qui composent la bière – le houblon, la levure et le malt -, les hôtes se tirent des bières artisanales locales, à la pression, et trinquent, à leur santé ! Ils sont là pour un soin de la peau, conféré par le mélange odorant dans lequel ils se prélassent (surtout grâce à la levure de bière et au malt), mais aussi pour déconnecter, grâce aux vertus apaisantes du houblon, dans leur bain et dans leur verre. Pour ceux qui ne boivent pas d’alcool, une limonade au houblon de la microbrasserie Guth est servie. Après une demi-heure ou une heure de bain, selon la formule choisie, les couples, familles ou amis sortent de l’eau avec la peau douce ! Micropeeling et hydratation garantis. Le spa à la bière Le concept, venu tout droit de la République tchèque, a été importé, en Alsace, par Naomie Crawshaw et Paul Fruh, deux Strasbourgeois, fraîchement sortis de l’École de management de Strasbourg (EMS). Le couple avait été séduit, durant un voyage à Prague, par les spas à la bière tchèques, qui allient les passions de chacun : le spa pour Noémie, la bière pour Paul. Dans la capitale alsacienne, les jeunes entrepreneurs proposent un parcours en trois étapes d’une heure à une heure trente : sauna, spa, salle de relaxation. Les quatre baignoires balnéo duo en bois du spa viennent de Tchéquie. Jusqu’à huit personnes peuvent donc profiter, face à face, des bains relaxants, en même temps… et en toute intimité ! Chaque séance est réservée, pour le confort de tous. Qu’on souhaite se délasser au calme ou rigoler, l’espace est dédié ; on peut se lâcher, seul, à deux, en groupe. Bien sûr, l’eau est renouvelée, après chaque client. L’expérience est personnalisable, à souhait, sur simple demande préalable. Privatisation du lieu pour quelques heures, pétales de roses, plateaux de charcuterie, musiques (les droits sont payés à la Sacem), séances photos : presque tout est possible, sauf consommer de la bière en illimité. Les tireuses « libre-service » sont bridées… mais il y en a tout de même pour un bon litre par personne. Le spa, qui a la licence 4, est interdit aux moins de 16 ans. Des produits locaux Taaka beer spa est une entreprise locale qui mise sur le Made in Alsace. Taaka est la traduction de cigogne, en maori. Naomie et Paul désirent mettre en valeur leur région, sa culture, son terroir, à travers leur spa à la bière. Les matières premières sont donc alsaciennes et allemandes. Le houblon vient du Comptoir agricole, à Brumath. Ils ont choisi une variété éminemment fruitée. La levure de bière est achetée au groupe Lesaffre, à Strasbourg. Le malt, à une coopérative allemande, à Lahr : Malzfabrik Eckenstein. Les jeunes entrepreneurs réduisent les pellets de houblon et les céréales germées en poudre eux-mêmes, selon un protocole établi avec un laboratoire. Les ingrédients du spa sont conservés dans des bocaux hermétiques en verre. La bière elle, est amenée à changer au fur et à mesure des saisons. Pour commencer, le couple, aidé d’amis qui ont dégusté à l’aveugle, a choisi une pils des Brasseurs du Ried, à Muttersholtz : « légère, parce qu’il fait chaud ici », certifie Paul. Environ 30 °C. Aucun contrat d’exclusivité ne le lie à l’une ou l’autre brasserie. Paul est gourmand, il n’a pas fini de tester.     Un parcours de plus d’un an Les cofondateurs ont travaillé une année et demie, avant de voir leur projet enfin se concrétiser. À cause des retards de chantier, liés à la crise sanitaire, le premier spa à la bière français a ouvert près de trois mois après la date escomptée. « On a eu l’idée à Prague, en 2016. Et on n’a jamais arrêté d’y penser, confie Naomie. En 2021, on s’est dit que c’était le bon moment pour se lancer. On est jeunes, on est hébergé gracieusement à titre privé, on n’a pas d’enfants. Paul venait de finir son master. Moi, j’avais eu une première expérience chez Mars à Haguenau, qui ne débouchait sur aucun CDI. On était confinés ensemble. On avait le temps d’échanger et on avait besoin de nouveauté. » Naomie est titulaire d’un bachelor d’affaires internationales, option gestion de la chaîne logistique. Paul, son « filleul » à l’EMS, a le même diplôme, avec la spécialité négociation et management commercial. Première étape du projet : benchmarker, c’est-à-dire, étudier ce que fait la concurrence, notamment les créateurs d’expériences insolites, à Strasbourg. Le Taaka beer spa est bien le premier spa à la bière de France. C’est un bon point. Les actuels gérants s’intéressent alors au potentiel du spa : qui seront les futurs clients, que cherchent-ils ? L’étude de marché faite, Naomie et Paul font la tournée des microbrasseries alsaciennes. Ils en découvrent une quinzaine. Ils intègrent ensuite l’incubateur à projets de l’EMS, La Ruche à projets, y montent notamment leur business plan, en participant à des ateliers. « Ça permet de récolter de précieux avis extérieurs », assure Naomie. En parallèle, ils démarchent les autres fournisseurs, trouvent leur lieu. Les travaux s’étaleront d’août 2021 à janvier 2022, avec une attention particulière sur la ventilation de la cave, l’assainissement et le chauffage de l’eau. À 1 000 % À la sortie de l’incubateur, les jeunes gens ont en main un business plan de 70 pages, à montrer aux différentes structures de financement. Naomie se remémore les propos de sceptiques : « ce sont des jeunes qui sortent d’école de commerce, ils veulent se faire mousser… » Pour démonter les jugements hâtifs, les idées reçues, rien de mieux qu’un dossier bien épais, qui prouve qu’ils sont « à fond », assure-t-elle. En une semaine, ils signent avec la Banque Populaire. « C’est l’humain qui prime », ajoute Naomie. Le conseiller croit en eux et au spa. À la clé, 200 000 euros de prêt bancaire. Ils bénéficient, par ailleurs, d’un prêt d’honneur d’Initiative Strasbourg, de 15 000 euros. La BPI garantit ces emprunts. Au total, 300 000 euros sont nécessaires pour installer le spa. Les associés à 50/50 mettent 75 000 euros d’apport. La Région Grand Est subventionne le projet à hauteur de 5 000 euros, pour faciliter l’entreprenariat des jeunes. La campagne de financement participatif, contre bons cadeaux, pour acheter les tireuses à bière « bridées », dépasse toutes leurs espérances, puisqu’ils atteignent leur objectif à 1 000 % ! Cette manne permet de boucler le budget et d’avoir un peu de trésorerie, pour débuter. La question en suspens Nul doute que le Taaka beer spa, aujourd’hui, est déjà un succès. Après cinq jours d’ouverture, Naomie et Paul, qui n’ont encore aucun salarié, avaient déjà accueilli près de 200 personnes. « Je n’ai jamais autant fait le ménage de ma vie », souffle Paul, courbaturé. Les jeunes pensent à embaucher et rêvent de franchiser. Ils cherchent aussi une solution pour recycler l’eau des bains… riche en protéines, vitamines, antioxydants, elle serait réutilisable si, techniquement, elle pouvait être acheminée ailleurs. Dans le spa, impossible de la stocker. Aujourd’hui, elle s’écoule. Ce sont des milliers de litres d’eau usée perdus, chaque jour. « Ça nous tient à cœur de trouver comment la réutiliser », insiste Naomie. Heureusement, l’énergie de l’eau chaude d’un bain permet de chauffer celle du bain suivant.    

Publié le 17/02/2022

Ex-ville dortoir, Brumath est une cité au dynamisme associatif exemplaire, aujourd’hui, aux portes de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS). Son challenge est de concilier son attractivité avec une mixité sociale, d’ailleurs imposée, et une « sensibilité agricole », dixit Étienne Wolf, maire de la ville depuis vingt ans.

Le Festival de l’Élevage, la Foire aux oignons, le Comptoir agricole et sa collecte de houblon, Elitest, Copvial, Bureland, la Cuma Alsa Pomme : Brumath est la ville de la préproduction et de la postproduction agricoles du Nord de Strasbourg. Elle est aussi une vitrine de l’agriculture du pays de Haguenau. « Il y a une sensibilité agricole à Brumath à préserver », assure Étienne Wolf, le premier édile. Très sollicitée pour développer l’habitat, cette commune respecte SCoT et PLU, et donc les terres agricoles, principalement cultivées par des agriculteurs d’ailleurs, puisqu’il n’y a plus que trois familles d’exploitants à Brumath : les Glasser, les Strohl et les Wenck. « Tous les terrains sont pris », note Étienne Wolf. Sur le ban communal de Brumath, beaucoup d’asperges sont cultivées : vers Hoerdt, la terre est sablonneuse. Le houblon, bien sûr, est aussi emblématique de l’agriculture locale. C’est d’ailleurs à Brumath, au Comptoir agricole, que le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie s’était rendu, fin 2021, pour son dernier déplacement de l’année, afin d’annoncer des aides à la filière houblon française, quasiment totalement alsacienne. Le maire de Brumath était convié à cette visite, pendant laquelle la dernière acquisition de la coopérative, une unité de pelletisation de houblon bio, avait été présentée. Brumath était ainsi devenue « Capitale du houblon » française. Au conseil municipal de la Ville de Brumath, aucun agriculteur. Les anciens sont partis, les plus jeunes sont sur la liste d’opposition. Les « enfants » Glasser travaillent néanmoins pour la municipalité : l’une au service population et l’autre, au service technique. Service technique assez performant pour se passer de l’aide d’agriculteurs et de leurs machines. « Mais nous retrouvons les agriculteurs dans l’association foncière de la Ville de Brumath », pointe Étienne Wolf. Le maire garantit que, généralement, tous arrivent à s’entendre. « Actuellement, on travaille sur une piste cyclable, entre le stade et le centre-ville. Avec la Safer, on a acquis les têtes de parcelles, sur 4 m de profondeur environ. Si les paysans sont exploitants, ils ne sont souvent pas propriétaires. On essaie d’arranger tout le monde », raconte l’élu. Étienne Wolf dit avoir souvent Franck Sander, le président de la FDSEA du Bas-Rhin, au téléphone, « car le monde agricole essaie de conserver un maximum de terres agricoles. » La loi impose, quoi qu’il en soit, des limitations, quant au « bétonnage », comme l’appellent certains. « Nous avons une bonne entente, sinon il n’y aurait plus de Festival de l’Élevage à Brumath ! Il faut répondre aux attentes des uns et des autres, au maximum ; que chacun s’y retrouve, être conciliants », insiste le maire de Brumath. Lors de la création, il y a quelques années, de la plate-forme départementale d’activités (PAD) de la région de Brumath, sur les bans communaux de Mommenheim et Bernolsheim, 120 ha avaient été requis ; des terres agricoles pour lesquelles les propriétaires avaient été rémunérés, bien sûr. La forêt et les zones humides au service des agriculteurs La première adjointe de la mairie de Brumath, Sylvie Hanns, est vice-présidente de la communauté d'agglomération de Haguenau (CAH), chargée des scolaires. Si elle essaie d’amener des produits bio et locaux dans les cantines des 149 collèges d’Alsace, Étienne Wolf souligne une évidence : « La production bio locale n’est pas suffisante pour toutes ces assiettes. » Quant aux projets d’irrigation, les élus de Brumath les soutiennent… tant qu’une démarche de protection de l’environnement est en œuvre, conjointement. La Cuma des cinq chemins, à Bilwisheim, et la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), emmenée par le conseiller Patrice Denis, avancent donc « doucement » sur le dossier, d’après ce dernier. En parallèle d’un premier forage de reconnaissance dans la forêt de Brumath, en face de l’Auberge de la forêt, un bureau d’études mesure l’impact environnemental et l’impact sur la nappe d’une potentielle irrigation. Potentielle car le premier sondage n’a pas été concluant. « On est en bordure de nappe, le débit n’est pas top », confie Patrice Denis. Aucun pompage dans le plan d’eau de Brumath n’est à l’ordre du jour. « Ce n’est même pas un plan B. Nous cherchons un projet durable, dans tous les sens du terme. Il faut qu’il y ait du débit, que ce ne soit pas trop loin des parcelles à irriguer et que ce soit sans impact pour la forêt », résume-t-il. La forêt communale, entre Brumath et le Kochersberg, traversée par l’autoroute et le canal, s’étend sur une centaine d’hectares. « Elle est relativement importante, juge Étienne Wolf. Nous l’exploitons, la reconstruisons, la replantons. » Un représentant de l’Office national des forêts (ONF) est d’ailleurs présent à Brumath. La Ville a repris un arboretum à des privés. Brumath est la première ville à avoir mis en place un partenariat avec les agriculteurs pour la production de miscanthus, pour le chauffage de six bâtiments de la ville, rappelle Étienne Wolf : mairie, crèche, police municipale, médiathèque, la salle d’exposition la Fibule, le bâtiment de la communauté d’agglomération de Haguenau. Depuis dix ans, les agriculteurs du secteur sont incités à produire ce miscanthus qui demande peu d’intrants et peut être cultivé en zone inondable (et il y en a, à Brumath). Cette culture est aussi un refuge pour la faune sauvage locale. Le défi de l’habitat « Pour cette mandature, je n’ai pas de projet particulier à destination du monde agricole. Je n’ai pas été sollicité non plus », retient Étienne Wolf. Toutes les sorties d’exploitation ont déjà été réalisées ici. Le maire s’attache à développer le logement, sur sa commune. Et, au regret des agriculteurs, les « dents creuses » du centre-ville ne suffisent pas à loger tous les habitants qui se massent aux portes de l’EMS. Ils peuvent quand même être rassurés : les obligations de non-artificialisation des sols sont restrictives. Tout comme celles liées à la préservation de la flore sauvage. Lorsqu’une espèce rare est trouvée sur le lieu d’une future construction, est mise en place une aire de protection qui touche aussi les terres agricoles, relève le maire. Il fustige la rigidité des directives parisiennes et aimerait plus de libertés de décision pour les élus locaux. « Si une plante rare est trouvée sur notre ban communal, par exemple, même s’il y en a énormément sur le banc voisin, nous devons la préserver », déplore-t-il, arguant un manque de bon sens. L’édile est aussi obligé de créer encore 600 logements aidés (ou sociaux) à Brumath, puisque la ville compte plus de 5 000 habitants. Ce seront 12 % de l’habitat brumathois. Sinon… la ville écopera d’une amende. Aujourd’hui, sur les 20 % de logements aidés que devrait compter Brumath, seuls 8 % sont en place. Le maire confie ne plus savoir où chercher l’espace. Un autre défi l’attend. « À Brumath, la population augmente mais on ferme des classes dans les écoles élémentaires », lâche Étienne Wolf. Et pour cause, rares sont les jeunes couples avec enfants, ayant les moyens d’acheter à Brumath. L’édile souhaite conclure sur la problématique de la maison alsacienne. « Chaque maire est conscient du patrimoine, sur sa commune, mais les coûts d’une réhabilitation peuvent être si énormes, lorsque la maison n’a pas été entretenue, que la Ville, la CEA n’ont pas les fonds pour sauvegarder tout le patrimoine. Il faut faire des choix », conclut Étienne Wolf, qui affirme souhaiter que Brumath « garde son âme ».

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