Prix des terres 2020
Le foncier, une ressource non renouvelable
Prix des terres 2020
Publié le 06/12/2021
Sur fond de lutte contre l’artificialisation et de renouvellement des générations, le foncier cristallise les enjeux de l’agriculture de demain. Au-delà de la crise conjoncturelle du Covid qui a frappé fort en 2020, c’est la structure même de nos territoires et de ses ressources qui se décide aujourd’hui.
Alors que la semaine du foncier, organisée par la Safer, s’achève, çà et là les forces se sont rassemblées pour protester contre l’artificialisation des terres. « Un hectare en moins, c’est 25 000 baguettes en moins », scandaient les Jeunes agriculteurs haut-rhinois, ce jeudi 25 novembre. Un problème que le réseau des Safer continue de pointer, chaque année, dans sa synthèse des prix des terres. « Nous continuons à artificialiser, à consommer ce foncier si précieux et non renouvelable », alerte Emmanuel Hyest, président de la Fédération nationale des Safer. Un leitmotiv omniprésent dans les analyses de l’organisme depuis 2008, insiste-t-il. Pointant la nécessité d’accompagner les collectivités, Emmanuel Hyest rappelle l’attrait pour les territoires ruraux soudainement ranimé par la crise sanitaire. « Il serait dangereux que cette chance se convertisse en une pression supplémentaire incontrôlée du foncier », conclut-il. Les marchés frappés par la crise Le Covid est aussi passé par là. En 2020, les chiffres et les analyses, publiées par la Safer, reflètent un marché totalement chamboulé et une grande disparité selon les territoires et la manière dont la crise les a impactés. Dans le Bas-Rhin, le prix des terres et prés libres non-bâtis s’effrite avec -10 % ; le loué prend +6 %. Notons que les sous-régions présentent de très forts contrastes. En effet, certains secteurs sont par exemple directement impactés par l’aménagement du Contournement ouest de Strasbourg qui a pour effet de bloquer complètement le marché foncier. Dans le Haut-Rhin, le libre est stable ; le loué augmente de 3 %. Au rang des vignes, le prix de l’hectare se place à 118 500 € pour l’AOP Alsace, soit une baisse de 14,1 % par rapport à 2019. La tendance reflète aussi une année difficile - les ventes de vin ont reculé de l’ordre de 100 000 hl par rapport à 2019 - qui a fragilisé les trésoreries et refroidit les acheteurs. Côté forêts, l’épidémie de scolyte et la sécheresse continuent de rythmer le marché. On peut néanmoins souligner la stabilisation des prix dans l’est de la France à 4 660 €/ha en moyenne. Enfin, alors que tout le pays a vécu au ralenti pendant plusieurs mois, les ventes et les prix des maisons de campagne ont, elles, augmenté fortement en 2020 : +5.9 % dans le Bas-Rhin et +13.9 % dans le Haut-Rhin. En parallèle, le secteur du bâtiment a subi de plein fouet les confinements, et n’a pas encore rattrapé son retard. Perspectives mitigées La Safer emploie aujourd’hui le terme de « consommation foncière ». Comme l’eau, comme le pétrole, on use et abuse de ce bien. Les espaces agricoles, naturels et forestiers disparaissent au profit de l’artificialisation. Une réalité qui transparaît dans les chiffres présentés ici, aujourd’hui et à court terme. Selon l’institution, le mitage et la fragmentation menacent ces espaces à long terme. Parmi les solutions, la réhabilitation des friches industrielles est notamment financée par le plan de relance depuis 2020, avec son « fonds friches ». La France annonce 500 projets, soit 1 365 ha, qui doivent être défrichés. Il faut quelques mois pour faire disparaître un champ sous le béton. Qu’en est-il du processus inverse ? Au-delà de la prise de conscience politique, ce sont les terres de demain qui nous diront si les actes ont été suffisants.












