Une année de météo en Alsace
Dans le ciel doux et humide de 2021
Une année de météo en Alsace
Publié le 20/01/2022
S’il fallait résumer 2021 en quelques mots, on pourrait la décrire ainsi : une année plus tempérée qui rompt avec les excès de douceur des années précédentes, et surtout avec les sécheresses estivales à répétition. Une année pluvieuse aussi, qui a permis enfin un répit pour les agriculteurs soumis au stress hydrique. Christophe Mertz, météorologue Atmo-Risk, revient en détail sur une année de météo en Alsace.
L’hiver servi chaud-froid L’année 2021 a marqué un changement par rapport aux années précédentes. Et le ton a été donné dès l’hiver. On retient par exemple un épisode de douceur surprenante fin février. Atmo-Risk relevait alors 21,1 °C à Entzheim le 25 février ou encore 21,5 °C à Kogenheim le même jour. Le mois de février fait ainsi le yoyo « avec presque 40 °C de différence entre le 14 et 25 février », souligne le météorologue Christophe Mertz. Un mois plus tard, rebelote, un autre épisode s’accompagne d’un record absolu de chaleur pour un mois de mars avec 27,2 °C à Sainte-Croix-en-Plaine le 31 mars. « C’est la première fois qu’on observe une température aussi élevée à cette période. » Le -17.0°C de Bâle-Mulhouse de ce matin est la température la plus froide relevée à la station depuis février 2012 et c'est même l'une des températures les plus froides relevées en plaine en France en 2021. pic.twitter.com/0wThOqvCdX — ATMO-RISK (@atmorisk) February 14, 2021 Février trop doux, printemps en courroux « Le printemps 2021 est très mitigé, voire médiocre », résume Christophe Mertz. Le froid a frappé la France. On se souvient des gelées catastrophiques qui ont détruit vignes et vergers. En Alsace, on est un peu plus chanceux qu’ailleurs et les dégâts sont moindres. Pour l’expert, cela s’explique par deux paramètres : « Au sol, les plantes n’avaient pas autant d’avance que dans d’autres régions françaises. Dans le ciel, des nuages bas ont permis d’éviter les gelées. » Grâce aux nuages, l'Alsace a échappé aux plus fortes #gelées et aux records de #froid mais la fraîcheur pourrait revenir dès lundi prochain, et des gelées semblent encore probables à horizon 7 jours... #meteo67 #meteo68 pic.twitter.com/r2CVGfVxK6 — ATMO-RISK (@atmorisk) April 8, 2021 Côté température, Bergheim a vu son thermomètre descendre à -2,4 °C le 6 avril. Dans les vallées vosgiennes, avec -3 °C le 14 avril à Sainte-Croix-aux-Mines par exemple, des gelées tardives ont fait des dégâts sur les vergers. « Ces gelées ne sont pas exceptionnelles, mais ont été plus fréquentes. Sainte-Croix-aux-Mines a ainsi connu 10 jours de gel en avril, contre en moyenne 3 ou 4 », détaille-t-il avant de conclure : « Il y a eu plus de gel en avril 2021 qu’en décembre 2020. » Finalement, hiver et printemps ont déjoué les habitudes et, entre février et avril, les choses se sont un peu inversées. L’été de la fameuse goutte froide Nous avons connu « un événement qui n’a pas eu lieu depuis plusieurs années » : la fameuse goutte froide. Petite leçon de météorologie : « Il s’agit une bulle d’air froid en altitude qui reste bloquée sur place pendant plusieurs semaines. Encerclée par de hautes pressions, la goutte froide ne peut pas bouger. Cela crée un couvercle d’air froid et de l’instabilité. » C’est d’ailleurs la cause des averses et orages très fréquents en mai et juin, et jusqu’en juillet. #orages Averse de grêle sur les Trois-Frontières avec des grêlons de 1 à 2cm de diamètre, ici à Hésingue. Photo : Chatillon Betty. pic.twitter.com/Qsp3bH0wZO — ATMO-RISK (@atmorisk) June 21, 2021 On constate aussi d’énormes écarts sur la pluviométrie. En juin, sur l’ensemble de la plaine d’Alsace, les cumuls sont de l’ordre de 175 mm. « Alors que la moyenne pour un mois de juin normal est plutôt de 71 mm, soit 100 mm de plus ou encore une fois et demie la normale. C’est le deuxième mois de juin le plus pluvieux jamais observé, c’est-à-dire au moins depuis la Seconde Guerre mondiale », insiste Christophe Mertz. Si on se tourne vers la montagne, les relevés du Markstein au mois de mai montrent un cumul de 200 mm ! À Meyenheim, le cumul des trois mois (mai, juin et juillet) atteint presque 300 mm. « C’est exceptionnel ! » Alsace : le Rhin placé en vigilance orange aux crues, le polder d'Erstein mis en eau pour éviter les inondations#météo #intempérieshttps://t.co/EfqNT0y2yc pic.twitter.com/Ha0wxN41LG — France 3 Alsace (@F3Alsace) July 15, 2021 Paradoxalement, il n’y a pas eu de phénomène orageux extrême. La grêle s’est faite discrète. Ce sont finalement les maladies fongiques et autre mildiou qui ont pris la relève dans l’actualité météo et culturale. En effet, les averses pouvaient s’étaler sur des semaines entières empêchant d’intervenir pour traiter. Et de citer à nouveau l’exemple de Sainte-Croix-aux-Mines où « il n’y a eu que 8 jours sans pluie en mai ». Si elles ont entraîné bien des tracas du côté des agriculteurs, ces intempéries ne sont pourtant pas d’ordre à inquiéter l’expert qui relate que « le mois de mai alsacien est de tradition médiocre ». En cause, des sols qui se réchauffent de plus en plus vite, du fait du climat continental, mais en même temps de l’air froid en altitude qui crée de l’instabilité. L’automne, le calme après la tempête Après juillet, le régime météo change un peu. Finie la goutte froide, le temps est plus calme et sec. L’automne est arrivé et se poursuit ainsi, sans pour autant coïncider avec des déficits de pluviométrie. La fin d’année a finalement été plutôt normale, sans excès. Seul décembre 2021 vient perturber les normales avec des températures très douces entre Noël et Nouvel an. Un épisode de #douceur potentiellement remarquable voire exceptionnelle s'annonce du 30/12 au 1er janvier y compris en #Alsace. Des valeurs 10°C supérieures aux normales sont modélisées, avec potentiellement >15°C sur les pentes vosgiennes ! Records à surveiller... pic.twitter.com/jyN33RJrom — ATMO-RISK (@atmorisk) December 26, 2021 L’année 2021 s’est donc clôturée sur quelques jours tempérés, dans la continuité des mois écoulés. Atmo-Risk le rappelait dans son dernier bulletin météo qui paraît chaque semaine dans nos pages : Il y a un an, l’Alsace a connu un épisode neigeux exceptionnel. Aujourd’hui, il fait froid certes, mais pas un flocon. « Clairement le nombre de jours de neige en plaine depuis le début de l’hiver 2022 est anormal », réagit Christophe Mertz. Si le déficit en plaine est clair, ce n’est pas le cas en Montagne qui s’en sort avec un enneigement correct. Quant à pronostiquer le temps qu’il fera en 2022, le météorologue tempère : « Il n’y a aucune règle. On peut très bien avoir deux années humides de suite, ou pas. C’est toujours bon de le rappeler. »












