Union des vignerons d’Alsace (Univa)
Les producteurs d’Arthur Metz « à la croisée des chemins »
Union des vignerons d’Alsace (Univa)
Publié le 13/02/2020
HVE (haute valeur environnementale), ZNT (zone non traitée), mais surtout les difficultés de mise en marché des vins d’Alsace, avec des surstocks conséquents, et la difficulté de s’accorder sur un rendement 2020 en phase avec les capacités du marché : l’Univa a connu une assemblée générale mouvementée. Elle marque un tournant. Seuls l’engagement en HVE3 et l’apport total contractualisé sur le long terme offriront des garanties de vente de raisin à la maison Arthur Metz.
D’entre toutes les grandes entreprises de mise en marché des vins d’Alsace, Arthur Metz est celle qui rassemble le plus de producteurs, par l’intermédiaire de l’Union des vignerons d’Alsace (Univa). Pour les opérateurs du vignoble, l’assemblée générale de cette association - qui se tenait le 7 février à Epfig - constitue un moment de vérité, où certaines réalités sont exposées. Ces dernières obligent les viticulteurs à relever quatre défis, énumère le président de l’Univa, Christian Kohser : économique, environnemental, d’adaptation au changement sociétal, et climatique. Prix : débats ardus Le défi économique est de taille : « J’aimerais pouvoir vous dire que tout va bien », lance-t-il. Mais avec 1,028 Mhl (million d’hl) de récolte, pour 932 000 hl de volumes mis en marché, « le vignoble d’Alsace progresse sans pouvoir résorber ses stocks », concède Christian Kohser. Il se fait plus précis : « La récolte nous a donné 50 000 hl de plus que ce qui était prévu et 100 000 hl de plus que ce que nous sommes en capacité de vendre. 1,03 Mhl, pour 15 500 ha, ça fait en moyenne 60 hl/ha. En réalité, nous vendons 75-80 hl/ha en crémant. Par contre, nous sommes loin des 60 hl/ha en vins tranquilles. » Le constat est posé. Marck Marckert, vice-président de l’Univa, a présenté le compte rendu d’activité, qui comprend notamment des réunions sur le label Haute valeur environnementale (HVE), les Volumes complémentaires individuels (VCI), la rédaction des contrats pour la mise en conformité des contrats avec la loi Egalim, la situation de la filière où « quatre entreprises commercialisent 35 % des volumes, et où les douze premières font plus de 50 % des ventes, tandis que 71 des 771 metteurs en marché commercialisent 9 % du volume ». Et, bien sûr, le sujet central : la fixation des prix, ardemment débattue en août dernier. Conformité des contrats avec la loi Egalim « C’est le plus mauvais moment pour renégocier les contrats mais la loi Egalim nous y contraint », a introduit Christian Kohser. En 2020, 220 contrats, sur un total de 431, arrivent à échéance. « L’objectif, c’est le rééquilibrage des relations commerciales entre acheteurs et agriculteurs. Il s’applique à tous les produits agricoles et prévoit une contractualisation inversée, c’est-à-dire que c’est le producteur qui propose le contrat à l’acheteur ». Ce contrat contient le prix ou les modalités de détermination du prix, les quantités, modalités de collecte, délais de paiement, la durée et les règles de force majeur et d’indemnités. « Les termes du contrat sont actuellement en négociation. C’est compliqué », admet Christian Kohser. Mais les producteurs devront avoir envoyé le document pour le 31 mars. Le HVE3 pour continuer à livrer « Cette assemblée générale marque un tournant très important chez Arthur Metz. Nous allons vers une démarche plus écoresponsable, qui engendre une charge de travail supplémentaire, mais nous ne faisons que nous adapter à la réglementation, un peu en avance certes », indique Serge Fleischer, pour justifier l’injonction de la maison Arthur Metz à ses apporteurs de s’engager dans la labellisation HVE3. Il souligne que « les prix du raisin ne sont pas une variable d’ajustement économique du bilan d’Arthur Metz, mais bien une nécessité économique pour rester dans le marché ». La situation « permet aux apporteurs globaux de rester ». Quant aux « apporteurs partiels, qui ne s’engagent pas dans le label HVE3, ou qui n’ont pas que du crémant, ils ne seront pas certains de resigner avec nous », prévient le directeur. « Il n’est plus question d’acheter du raisin dont on ne sait pas vendre le vin. » « Je n’oublie pas que les petits ont constitué une grande filière pour Arthur Metz » « Je comprends qu’un certain nombre d’entre vous se situe à la croisée des chemins. Et je comprends que ça ne fasse pas plaisir quand on a 25 ares et qu’il faut investir 2 000 € dans une certification, pour pas un centime de plus au kilo », explique Serge Fleischer. « Mais si vous pensez qu’Arthur Metz est responsable de cette situation, vous vous trompez. Je déplore que cela s’impose. Mais de toutes façons, avant 2030, il le faudra. » En 2020, « 100 % des contrats seront resignés ». Entre les apporteurs partiels ou totaux, les petits et les grands apporteurs, et ceux qui produisent des raisins à crémant, et ceux qui ne produisent pas, il y a plusieurs cas de figure. L’idée de la réforme, c’est d’avoir la totalité des apports de raisin certifiée HVE3. Le problème se pose particulièrement pour les petits apporteurs, qui plus est partiels, qui plus est n’ayant que peu ou pas de raisins à crémant. Sur 436 contrats, 150 viticulteurs pluriactifs apportent des vins tranquilles pour une surface totale de 60 ha. Avec des cépages qui peinent aujourd’hui à trouver preneur, en particulier le gewurztraminer et le sylvaner. « Ce qui avait été proposé au départ était totalement inacceptable » Beaucoup de ces apporteurs devront s’exposer au contrat annuel. Mais la maison Arthur Metz, « pour être dynamique », souhaite s’appuyer « sur 80 % d’approvisionnement contractualisé et 20 % non contractualisé. » Et entend se laisser certaines marges de manœuvres : « Il n’est pas possible en l’état de la structuration de nos apports d’être autosuffisant en crémant, donc on aura toujours recours à des contrats tiers en crémant, sauf à réorienter totalement notre encépagement en cépages à crémant. Il n’est pas question de faire de nos apporteurs des mono producteurs pour un mono marché, ce serait suicidaire, on ne connaît pas l’avenir de la filière à 30-40 ans. Pour autant, nous souhaitons réduire les volumes de gewurztraminer et de sylvaner, et réorienter 30 à 60 ha vers des cépages à crémant pour ne pas faire du riesling la variable d’ajustement du volume. » « Je comprends que ça semble dur, a commenté Christian Kohser. Mais c’est le fruit d’une négociation entre le comité de l’Univa et Arthur Metz. Ce qui avait été proposé au départ était totalement inacceptable. Nous vous laissons la possibilité de rester apporteur, alors que ce n’est pas ce qui avait été prévu au départ… » Salle comble à #Epfig comme chaque année, pour l'AG de l'union des Vignerons d'#Alsace #UNIVA@EAVPHR #lagricultureelleassure pic.twitter.com/WUIA4cSYDa — Germain Schmitt (@germain_schmitt) February 7, 2020 A lire aussi : « Ambitions et défis pour valoriser l’image », sur le site de L'Est agricole et viticole, et sur le site du Paysan du Haut-Rhin.












