Vigne

Publié le 21/02/2020

Les Alsaciens reviennent de Vinexpo / WineParis avec un avis a priori favorable sur ce nouveau salon. Côté politique, les représentants du secteur vins et spiritueux attendaient du ministre Didier Guillaume des réponses concrètes à leurs questions sur les conséquences du Brexit et les taxations Trump. En vain.

« Avis positif », pour Guy Ruhlmann, vigneron à Scherwiller dont c’est la première participation. « Satisfait a priori », selon Jérémy Welty, vigneron à Orschwihr. Même sentiment pour Mathilde Pauma et Pierre Scharsch, qui exploitent le domaine Bader à Epfig. « La fréquentation a pris une nouvelle dimension, ça donne de la visibilité sur le marché parisien », exprime Jean-Daniel Héring, vigneron à Barr. « Pour une première fois, je trouve une belle organisation avec un stand qui dénote et nous booste », selon Étienne Arnaud Dopff. Vinexpo et Wine Paris ont conjugué leurs fichiers, et affichent un premier taux de visitorat de 29 280 visiteurs professionnels, dont un tiers d’étrangers en provenance de 126 pays. Le salon se tenait la semaine dernière (du 10 au 12 février) au parc-expo de la Porte de Versailles. Près de 30 000 visiteurs, ce qui ne fait pas le compte si l’on fait la somme Vinexpo Bordeaux + Wine Paris (ex-VinoVision). Mais, pour une première, les organisateurs affichent leur satisfaction et également leur ambition face à Prowein du 15 au 17 mars prochains à Düsseldorf. Une satisfaction cependant mesurée étant donné le contexte mondial bousculé avec le Brexit, les taxations sauvages de Trump et le coronavirus. L’économie mondiale des vins et spiritueux reste néanmoins dynamique : les prévisions de croissance sont de 0,2 % pour les vins et de 0,6 % pour les spiritueux sur la période 2018-23, avec des tendances fortes : la premiumisation des spiritueux, la croissance mondiale des rosés, mais également la volonté des consommateurs d’en savoir plus sur le vin, le vin comme composante du mode de vie, et paradoxalement la baisse générale du niveau de connaissance sur le vin, selon l’agence Wine Intelligence. Pour les alsaces, l’heure était à la séduction avec le nouvel ensemble de stands qui donne, semble-t-il, entière satisfaction aux professionnels. Une centaine de metteurs en marché alsaciens ont fait le déplacement. Sur les 2 800 exposants totaux, cela donne un taux de représentation de 2,5 %, sensiblement équivalent à la proportion des vins d’Alsace parmi les vins français. C’est le ministre de l'Agriculture Didier Guillaume qui a inauguré le salon le lundi matin, l’occasion pour les filières du vin de lui rappeler que les taxations sauvages américaines auraient déjà fait perdre 40 millions d'€ de devises. Dans cette affaire, les vins et spiritueux français ont le sentiment de faire les frais d’un conflit en lien avec Airbus, qui ne les concerne pas. Mais également les frais de l’absence de cohésion européenne, a reconnu le ministre Didier Guillaume. Mêmes inquiétudes exprimées par la filière au sujet du Brexit : l’objectif est de « sécuriser définitivement l’environnement commercial » avec le Royaume Uni. La France y exporte pour plus d’1,3 milliards d’euros de vins et spiritueux. Elle est en retour le deuxième importateur de whisky écossais pour 150 M€. Quant à l’Alsace, elle a exporté 11 200 hl de vins d’Alsace pour 7,4 M€. Quel sera le niveau de taxation des vins et spiritueux ? Quelles seront les formalités administratives et douanières des échanges ? La filière a enfin souligné les méfaits de l’absence d’accord bilatéral de libre-échange entre l’Union Européenne et la Chine. Devant tous ces sujets, le ministre n’a pas apporté de réponses concrètes, et les responsables viticoles ont exprimé une certaine déception.  

Publié le 19/02/2020

À Strasbourg, la Cave à Terroirs indique sa philosophie dans son intitulé. Avec leurs terroirs variés et multiples, leur proximité en sus, les vins d’Alsace ne sont pas les plus mal placés pour jouer leur carte.

En faisant un tout droit en rentrant dans le magasin, chaque amateur tombe sur les références en vins d’Alsace de la Cave à Terroirs. « C’est voulu. C’est normal. Nous sommes en Alsace », commente Alexis Schehr, sommelier de formation et responsable adjoint de ce point de vente, ouvert voici huit ans par Sylvain Girard. « Nous visitons tous nos fournisseurs haut-rhinois et bas-rhinois. Ils viennent également nous voir lors de leurs tournées. Une relation de confiance s’établit entre nous », poursuit Alexis qui propose « les Alsace en sec ». Le riesling et, dans une moindre mesure, le muscat et le sylvaner sont ici des fers de lance de la vente. Le pinot gris à 7-8 g de sucre résiduel maximum passe aussi. L’accompagnement à la vente est essentiel pour s’épargner quelques situations narrées par Alexis. « Il arrive que j’entende : « Le pinot noir ? Ce n’est pas du rouge. Mais vous pouvez me mettre un bon Bourgogne ! » Ou aussi : « Je n’aime pas le riesling, c’est trop sucré ! » Il est vrai que l’achat du même cépage en grande distribution peut conduire à retrouver dans son verre des vins au profil très différent en sucre. Cela crée de l’incompréhension chez le consommateur et vous casse tout le marché. Après ça, étonnez-vous que le client vous dise qu’il préfère un Saint-Joseph blanc ou rouge parce que là, il est certain du type de vin qu’il achète. » 80 % des viticulteurs figurant sur la carte sont certifiés bio (AB), Demeter ou Biodyvin. « Tous les autres respectent les mêmes règles mais sans les afficher officiellement. La plupart utilisent des sulfites en quantité très raisonnable. Beaucoup n’en mettent pas à la vinification et se contentent d’en rajouter à la mise », explique Alexis. Les vins nature représentent moins de 10 % de l’offre. « La demande existe mais ce n’est pas actuellement une tendance lourde. La Cave à Terroirs sélectionne d’abord en fonction du terroir d’origine du vin, la manière de travailler du viticulteur et de son histoire. Chaque membre de l’équipe peut également proposer les coups de cœur dénichés lors de son passage sur un domaine. Le niveau global des Alsace progresse vers toujours davantage de précision », note Alexis. Exception faite des très grandes bouteilles, tous les vins sont dégustés à un rythme d’au moins trois ou quatre par jour. Pour pratiquer les terroirs au sens large, l’établissement applique son principe de sélection au reste de son offre : fromages AOP, salaisons allégées en nitrites et pâtés sans conservateur. Quatre chances d’être référencé par an La clientèle d’habitués du quartier de la Robertsau qui fréquente l’établissement, trentenaires comme quadragénaires, étudiants comme retraités, recherche qui un panier garni, qui sa bouteille habituelle, mais également des vins de plaisir à moins de 10 € à l’achat. Elle se laisse également séduire par un riesling minéral avec son petit côté salin et iodé. « Le problème est qu’un vin ne doit pas être trop cher. S’il coûte 15 € à l’achat, il va ressortir à 35 ou 40 € en magasin. Pour décider, nous nous mettons à la place de l’acheteur en essayant d’évaluer la somme qu’il serait prêt à mettre », indique Alexis. En général, chaque client repart avec une, deux ou trois bouteilles, celle (s) de la soirée. Parfois cela peut aller jusqu’à douze, voire trente-six. Les ventes se partagent à parts égales entre rouges et blancs. Les bouteilles entre 13 et 25 € représentent le cœur de gamme du magasin. Pour stimuler son courant d’affaires, le caviste strasbourgeois organise au printemps, en été, à l’automne et en hiver, sur deux jours à chaque fois, quatre présentations de « nouveautés ». Autrement dit, un domaine, livreur habituel ou non de l’adresse, a quatre chances par an de décrocher son propre référencement avec quasiment, rarement une, mais toujours plusieurs cuvées retenues. La Cave à Terroirs forme également ses clients. Sylvain Girard propose trois formules à partir de 39 € le module : un premier cours d’initiation au b.a.-ba du vin, un deuxième consacré aux clés des accords mets-vins en blancs, un troisième axé sur les influences des pratiques viticoles sur les rouges. Chaque session se tient dans l’espace de vente et peut accueillir jusqu’à vingt personnes. Alexis remarque : « Le début d’année est souvent creux. Juste avant Noël, trois cours se sont succédé. Le reste du temps, ils sont régulièrement dispensés chaque mardi et chaque mercredi soir. Ils affichent souvent complets. Les participants nous montrent qu’ils éprouvent de l’intérêt pour le vin et qu’ils veulent posséder les clés pour mieux le comprendre ».    

Publié le 14/02/2020

Agathe Bursin est viticultrice à Westhalten. Mickael Moltès est viticulteur à Pfaffenheim. Ces deux passionnés de la vigne et du vin d’Alsace, amoureux depuis plus de vingt ans, mariés depuis dix ans, parents d’une petite fille de sept ans, sont tous deux propriétaires de leur propre domaine. Une force pour leur couple où se mêlent complicité, complémentarité, compréhension et humour.

Chacun ses vignes, chacun son domaine, un seul amour. Vingt-six ans après leur première rencontre dans les couloirs du lycée viticole de Mâcon, dix ans après s’être passé la bague au doigt et sept ans après la naissance de leur fille Clotilde, Agathe Bursin et Mickael Moltès sont toujours aussi complémentaires… et amoureux. Elle, ce sont six hectares de vigne travaillés, récoltés et vinifiés avec passion au cœur de Westhalten depuis 2001. Lui, c’est le cohéritier du domaine Moltès à Pfaffenheim. Une entreprise familiale qu’il a développée aux côtés de son frère Stéphane, la faisant passer progressivement d’un parcellaire de 8 ha au milieu des années 1990 à 27 ha l’an passé. Mais les chiffres, ici, importent peu. Agathe et Mickael ont surtout réussi à faire de leur union une histoire d’amour où se mêlent passion du vin et de la vigne, écoute de l’autre, humour omniprésent et indépendance au travail. Mots doux sur les rails Au début, ce n’est pourtant pas gagné. En 1994, le BTS Viticulture Œnologie n’existait pas au lycée de Rouffach. Direction la Bourgogne pour les deux futurs vignerons qui ne se connaissent pas encore. Là-bas, ils sont les seuls représentants de leur Alsace natale. Loin de la famille, le prétexte est déjà tout trouvé pour se rapprocher de l’autre. Ou pas. « Ma première impression a été plutôt négative. Il est passé à côté de moi, sans me saluer. J’étais un peu perdue. Lui a tout de suite pris ses marques », se souvient Agathe. Et puis le train a fait le reste. Entre Mâcon et le retour au bercail, il y avait alors cinq longues heures à patienter au fil des voies ferrées. Sans téléphone, sans ordinateur, il reste la parole à son voisin. Mais chaque chose en son temps. À l’ancienne, ils ont d’abord pris le temps de se connaître. Il faut dire qu’il y avait de la matière à échanger, surtout quand on aime l’Alsace, sa viticulture, ses cépages, ses terroirs. De son côté, Agathe avait encore le souvenir joyeux de ses premières dégustations de jus de raisin. Elle avait quatre ans à peine. Avec son cousin, elle avait le droit de presser quelques grappes récoltées par ses grands-parents coopérateurs. Arrivée à l’école, elle se fait des copains, tous fils de vignerons, qui parlaient tracteurs. « Moi, je n’en avais pas, mes parents n’avaient pas repris l’activité. Je me suis promis qu’un jour, j’en aurai un. Aujourd’hui, j’en ai trois ! » Dans ce train qui faisait escale à Bourg-en-Bresse, Montbéliard ou Dijon, ce rêve d’enfant prend forme au fil des discussions avec Mickael. Ils parlent de projets futurs, vision du métier et, tout simplement, de tout ce qui leur plaît dans la vie. Jusqu’au jour où ils se rendent compte… « On s’est mis ensemble trois mois avant les examens de deuxième année. J’étais très travailleuse, Mickael un peu moins. Du coup, je l’ai fait bosser pour qu’il réussisse son année. » À l’arrivée, mission accomplie pour les deux tourtereaux. Mickael peut officiellement reprendre le domaine familial aux côtés de son frère. Agathe fait le choix de continuer ses études, histoire d’être fin prête le jour où elle créera son propre domaine. Pas question pour elle de rejoindre son amoureux au sein de l’entreprise Moltès. Son rêve a toujours été de devenir viticultrice, mais à son propre compte. De toute manière, la question de travailler ensemble ne s’est jamais posée. Le couple d’un côté, l’entreprise viticole de l’autre. Une formule gagnante à leurs yeux. « On a chacun la fierté de dire : « c’est mon entreprise ». Et si jamais on rate quelque chose, on ne peut s’en prendre qu’à nous-même », souligne Mickael. De la compréhension au réconfort Sur le terrain, cette complémentarité s’exprime parfois par des coups de main bienvenus. « Si on a le temps et que le matériel est déjà dehors, autant en faire profiter l’autre », justifient-ils d’une seule voix. Après, chacun conduit ses vignes comme il l’entend ou vinifie selon ses goûts. Le respect de l’indépendance d’autrui, encore lui. « Par exemple, Mickael aime bien les macérations dans le muscat. Moi, non. On a chacun nos petits trucs. On se complète vraiment. » Idem pour les essais. Si l’un expérimente quelque chose dans sa parcelle, l’autre peut bénéficier du retour d’expérience, et réciproquement. « Du coup, on peut tester davantage de techniques que si on était seuls. Ou alors, essayer chacun de notre côté la même technique et comparer les résultats. C’est un réel atout », considère Mickael. Dans leur couple, c’est lui le spécialiste de la technique, toujours à l’affût des dernières innovations ou technologies en vogue. Quand on veut acquérir une nouvelle machine, ça aide. Agathe le confirme : « Le jour où j’ai voulu acheter une charrue, je ne savais pas trop quoi prendre. Au final, j’ai fait quelques acquisitions qui n’étaient pas très pertinentes. C’est là que Mickael m’a apporté ses conseils et m’a orientée vers du matériel plus adéquat. » Si elle n’est pas vraiment à l’aise avec la technique, elle l’est en revanche plus sur les questions marketing et commerciales. Une expertise qu’elle n’hésite pas à lui partager s’il lui en fait la demande. Être marié à son alter ego viticole est aussi très utile quand il s’agit d’avoir un avis franc et objectif sur sa dernière cuvée. « Quand on tend un verre à l’autre pour savoir ce qu’il en pense, il n’y a pas de filtre. Si c’est bon, on le dit. S’il y a des défauts, on le dit aussi. Dans ce cas, on essaie de comprendre ce qui ne va pas pour faire mieux derrière. » Comprendre les difficultés et les contraintes peut être un vrai réconfort dans les moments les plus difficiles. « Face à un problème ou une épreuve, on peut vite être découragé. Avec une personne à nos côtés qui connaît le métier comme nous, c’est bien plus facile d’être conseillé et soutenu. Ça facilite grandement la vie de couple quand on doit s’absenter pour un salon, ou quand on doit, au dernier moment, aller régler un problème dans les vignes », témoigne Agathe. « Joviale, aimante, attentive » Grâce à ce fonctionnement mêlant indépendance, complémentarité et complicité, Agathe et Mickael ont su construire un couple harmonieux où les tensions et disputes sont très rares, voire inexistantes. « On a des caractères calmes tous les deux, ça aide aussi », reconnaissent-ils en chœur. Si l’un fait quelque chose sur son exploitation et que l’autre n’est pas d’accord, ce n’est pas grave. Chacun est toujours libre de faire ses propres choix, d’emmener son domaine là où il le souhaite. Au final, le choix de l’autre est toujours respecté. Il n’y a guère que pour le choix des vacances que la situation se complique parfois. « Vu qu’elle ne prend pas l’avion, ça nous limite un peu dans nos choix. Mais bon, rien de bien grave au final », s’amuse Mickael. Quand on leur demande de lister les qualités et défauts de l’autre, il y a beaucoup à dire et rien à dire à la fois. « À part le fait qu’il roule parfois un peu trop vite, je dirais surtout de Mickael est la personne parfaite à mes yeux. C’est quelqu’un de dynamique, qui a de bonnes idées et sur qui on peut compter quand on est en difficulté. » Pour lui, son épouse n’a « aucun défaut ». « En trois mots, je dirais qu’elle est joviale, aimante et attentive. » Vingt-six ans après, l’amour n’est plus « aveugle » comme aux débuts, il est juste, lucide et empreint de beaucoup tendresse. Il a surtout eu le temps de vieillir comme aurait vieilli un millésime d’exception et qu’on dégusterait avec le même plaisir des décennies plus tard. Bursin-Moltès, une cuvée à part, un couple qui dure. Pour le meilleur et pour les vignes.

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