Vigne

Publié le 29/03/2020

Le confinement perturbe l’activité viti-vinicole. Elle peut se poursuivre au même titre que la production alimentaire. Mais il faut s’adapter. Quatre opérateurs témoignent.

Chez Arthur Metz à Marlenheim, le téléphone fixe sonne dans le vide depuis le 17 mars. « Quand nous avons vu ce qui se passait en Italie, nous avons anticipé. Nos équipes informatiques intégrées ont préparé le terrain. Une cellule de crise fonctionne depuis début mars » indique Serge Fleischer, directeur général de l’entreprise. « Les femmes enceintes et les malades chroniques ont été mis en arrêt ou télétravaillent, comme tous les services tertiaires. Les besoins en gardiennage ont été satisfaits. Une réunion vidéo est programmée chaque matin. Nous avons installé les barrières d’hygiène strictes préconisées et des cellules d’accueil pour les chauffeurs externes. Le papier a été supprimé. La règle est d’échanger avec tous les salariés. Il faut répondre à leur anxiété. Comment expliquer que d’autres entreprises ferment et que nous continuons à travailler ? Nous leur disons qu’ils ne sont pas plus en danger ici que chez eux. À la moindre suspicion, il est demandé au salarié de se confiner chez lui. Les rotations permettent de fonctionner de manière optimale. L’activité est normale. Les sites produisent et expédient. Les enseignes de la grande distribution classique comme du discount poursuivent leurs commandes. En mars, les flux sont habituels. Il faudra arriver à sortir le millésime 2019, sinon ça va être compliqué. Dans six mois, c’est la prochaine récolte. La pérennité des entreprises est en jeu. » « Nous avons demandé à notre salariée à temps partiel et à nos deux occasionnels s’ils étaient d’accord pour travailler. Nous avons conseillé à un autre de ne pas venir au vu de ses antécédents médicaux. Nous sortons dans les vignes avec plusieurs véhicules. Chacun respecte une distance d’au moins un mètre pour lier et réparer, et dispose de ses propres outils. Tout le monde se lave souvent les mains avec des lingettes », détaille Myriam Haag, du domaine Jean-Marie Haag à Soultzmatt. « Avec Théo, mon fils, j’ai encore pu livrer les commandes d’un salon reporté dans le Val d’Oise en gardant nos distances pour le paiement. Depuis, je propose l’expédition sans frais. Au caveau, j’ai reçu un couple biélorusse dans la semaine et c’est fini depuis. Je lis pour prendre du recul. J’ai contacté mes importateurs qui avaient prévu de commander, mais c’est le calme plat. Je gère mes contacts, même légers. Rester humain est essentiel. Je prépare courriers et courriels pour ne pas nous faire oublier, mais en mesurant bien mes mots. J’estime que ce serait déplacé de faire de la promotion. Je dis que nous reviendrons dans le secteur dès que les déplacements seront de nouveau possibles. Vu notre structure, nous essayons d’éviter le chômage technique. Le report de paiement des charges sociales et de la TVA est nécessaire à tout le monde. 2020 sera une année morose. J’espère que l’activité redoublera à la reprise. Nous devrons voir comment nous dédoubler à l’automne pour les actions de vente habituelles et reportées. »     Être prêt à redémarrer À Turckheim et Traenheim, les caveaux d’Alliance Alsace sont fermés, la vingtaine de salariés concernés, placés en activité partielle comme les commerciaux en charge de la restauration. En ajoutant les personnes en arrêt maladie, en congés garde d’enfant et le personnel en télétravail, seule une petite moitié des 90 personnes habituellement actives sur les deux sites est effectivement présente. « Nos locaux sont vastes et lumineux. À une personne par bureau ou à trois dans la salle de conditionnement de 2 000 m², les gestes barrières et les règles de distance s’appliquent facilement », juge le directeur, Christophe Botté. Une conférence téléphonique a lieu chaque matin et des vidéoconférences sont programmées plusieurs fois par jour. L’export ralentit. La grande distribution reste un débouché un peu plus actif. Sauf que « le niveau des commandes se dégrade. Cela devrait continuer parce que les moments de convivialité, et donc la consommation, baissent. Je m’attends à un tassement graduel qui finira par être important alors qu’il nous faut du chiffre d’affaires pour alimenter la trésorerie. Tout va dépendre de la durée de la crise. Il n’est pas question de licencier car nous devons être prêts pour l’après, même si beaucoup de monde va se retrouver dans une situation délicate qui ne portera peut-être pas forcément à acheter du vin ». À Itterswiller, Eric Casimir a décidé avec son épouse, infirmière libérale, du protocole de distanciation applicable à ses quatre salariés dans les 17 ha de vignes du domaine Gérard Metz. Deux personnes maximum occupent tout véhicule équipé individuellement d’un spray désinfectant, de savon et d’un bidon d’eau. Poignées et digicode sont régulièrement nettoyés. Au déjeuner, chacun garde ses distances avec son voisin et lave son verre de suite. « Il a fallu changer les habitudes du matin quand on se retrouve. Ce n’est pas évident au début », signale Eric Casimir. En cave, « mise et expéditions sont à l’arrêt depuis le 20 mars. L’activité commerciale est morte. Aucun de mes importateurs ne parle d’acheter du vin. Leurs pays sont confinés. Les salons sont tous reportés. Mes déplacements en Ukraine et en Pologne ont été annulés. Certains clients ont déjà appelé pour solliciter un délai de paiement supplémentaire. L’impact financier sera important. Entre le 15 mars et le 30 avril 2019, mon chiffre d’affaires s’est élevé à 80 000 euros. Ils vont manquer en grande partie en 2020. Les 30 000 euros réalisés en restauration sont irrécupérables. Les perspectives pour 20 000 euros de recettes export sont très floues. Les 30 000 euros d’achat de particuliers peuvent être compensés partiellement à la faveur d’événements à organiser par la suite. Je me mets à jour, je prépare la sortie de crise. Je contacte mes clients pour leur proposer des livraisons. Je regarde comment organiser mon calendrier à l’automne entre ce qui était déjà prévu et ce qui peut se rajouter. J’attends des difficultés de trésorerie d’ici deux mois. Les cartes vont être rebattues un peu plus dans le vignoble. Pour l’instant, je ne peux qu’attendre et être prêt à redémarrer à la fin du confinement. J’estime qu’il faudra encore trois mois après pour que les affaires reprennent ».

Station œnotechnique d’Alsace

La « prestation crémants » en plein essor

Publié le 21/03/2020

Cinq ans après le lancement de son site d’élaboration des crémants en prestation et à façon, la station œnotechnique d’Alsace affiche sa grande satisfaction au vu de la progression de son activité, dans le sillage du succès des crémants d’Alsace.

Le club des fines bulles rassemble tous les vignerons qui font appel à la station œnotechnique d’Alsace pour l’élaboration de leurs crémants. Ils tenaient leur deuxième réunion le 4 mars au domaine Edmond Rentz à Zellenberg, l’occasion de fêter le succès de cette prestation de services œnologiques, dirigée par Nicolas François. Rappelons le concept : « Nous récupérons les vins tranquilles stabilisés à froid. On va chercher le vin, il est filtré sur tangentiel, puis tiré et stocké. » Après la prise de mousse, les bouteilles sont mises à remuer, avant l’ultime étape du dégorgement qui sacrera le vin en crémant d’Alsace. Le lot est alors restitué à son vigneron propriétaire qui n’a plus qu’à étiqueter les flacons. La prestation est réalisée au 23 rue Denis Papin à Colmar. Elle inclut également la traçabilité du vin et les obligations réglementaires déclaratives (Douanes, Ecocert, etc.). Nouveauté : le site s’est équipé d’un chantier de dégorgement doté du système de « jetting », un petit jet pulsé juste avant bouchage qui auto-inerte la bouteille durant cette phase sensible au choc oxydatif. Et depuis fin 2019, trois types de muselets sont disponibles : or, argent et estampillé « fines bulles ». Car le club des vignerons faisant appel à la prestation joue la carte de l’action groupée pour faire connaître ces crémants issus des raisins de chaque domaine et parfaitement maîtrisés dans l’élaboration selon la méthode traditionnelle. Un grand millésime à vins de base C’est Carole Lefebvre, œnologue de la « station », qui a rappelé les conditions du millésime. Selon ses propos, les vignerons doivent s’attendre à un « grand millésime à vins de base ». Explications : des raisins vendangés suffisamment tôt comme elle le souhaitait. On se souvient que Carole Lefebvre déplorait souvent des raisins vendangés trop tard, spécifiquement en Alsace, les vignerons se faisant surprendre par la rapidité de maturité, particulièrement ces dernières années. La quantité d’acide malique supérieure à 4 g/litre et de l’acide tartrique représentant plus des 2/3 de l’acidité totale, témoigne du potentiel de ce millésime. Un point à surveiller cependant, note l’œnologue, la teneur élevée en calcium qui peut ensuite causer des bouteilles gerbeuses. Carole Lefebvre et Dominique François ont souligné leur souci d’appliquer une règle de base de l’œnologie qualitative : que les traitements œnologiques soient appliqués le plus en amont possible du produit fini et donc le plus tôt possible et ce, afin d’exprimer le plus possible les qualités intrinsèques du raisin. Les vignerons ont ensuite assisté à une série de conférences des œnologues de la station œnotechnique qui ont rappelé les grandes règles de base de la réussite de l’élaboration des crémants, comme, par exemple, le nombre de levures nécessaires pour une bonne prise de mousse, soit 4 millions à 6 millions de cellules par millilitres selon le pH, ou un dégazage maximum du vin de base avant tirage pour assurer la croissance des levures emprisonnées dans la bouteille. Après cette séance studieuse, la station a proposé une dégustation de différents vins de base des différents crémants de France, une occasion unique de se situer qualitativement dans l’offre des crémants de France. Et finalement de se rassurer et de confirmer que le succès des crémants d’Alsace n’est pas anodin. Peu avant, Patrick Rentz, lui-même adepte de la prestation, a souhaité la bienvenue au groupe. Ce domaine de 27 ha certifié HVE, huit salariés, propose trois crémants : rosé, auxerrois-pinot blanc et prestige. Une activité en forte expansion, que permet la prestation de la station œnotechnique.   A lire aussi : La prestation crémant monte en pression

Publié le 20/03/2020

Les ventes au caveau pour du vin à emporter peuvent se poursuivre, ainsi que toute l'activité vitivinicole au service de la production. Le circuit de vente en RHD (restauration hors domicile) est arrêté. Par contre, la vente en grande distribution continue. Mais les mesures sanitaires s'imposent.

« Toute la chaîne de production doit pouvoir être assurée ». Pour Jérôme Despey, président du Comité vin de FranceAgriMer, « la production et la distribution dans le secteur des vins doivent continuer », a-t-il indiqué chez nos confrères de Vitisphère. Cela concerne les travaux viticoles : la taille, le liage, la protection du végétal et l’accès aux fournitures agricoles. Dans la région, sur les devantures des dépôts de fournitures viticoles, comme celui de VitiVina à Andlau, il est inscrit : « Commande sur rendez-vous, réservé à la clientèle professionnelle ». De même, les concessionnaires sont autorisés à rester ouverts et l’activité de conseil agricole est maintenue, notamment les Bulletins de santé des végétaux. Jérôme Despey poursuit : à noter que les caveaux de vente de vin peuvent rester ouverts seulement pour l’activité de ventes de bouteilles. Il ne peut plus y avoir de dégustation donc, ni d’activité œnotouristique. Ce mardi matin, les points de vente des grands opérateurs alsaciens, comme Arthur Metz à Marlenheim et tous les caveaux du réseau Grand chai de France, tout comme la cave du Roi Dagobert – Alliance Alsace à Traenheim, ou Wolfberger à Colmar et Eguisheim, avaient fermé. Néanmoins, les commandes par internet et sur réservation peuvent se poursuivre. En amont, l’appareil de production était toujours en activité, pour assurer, par exemple, la vente à domicile et les livraisons à la grande distribution, « tant qu’il y a des transporteurs », précise Serge Fleischer, directeur d’Arthur Metz. À plus long terme, c’est toute la chaîne d’approvisionnement en matières sèches qui risque de poser problème en attendant que la machine économique redémarre : bouchons, cartons, verrerie… Avec toutes les fermetures d’établissements de restauration, cantines collectives, c’est du côté du circuit RHD (restauration hors domicile) que l’économie a été complètement stoppée. L’arrêté du 16 mars précise : les « restaurants et débits de boissons ne peuvent plus accueillir du public jusqu’au 15 avril 2020 sauf pour leurs activités de livraison et de vente à emporter. Le « room service » des restaurants et bars d’hôtels et la restauration collective sous contrat ne peuvent également plus accueillir de public. Le conseil d’administration du Syndicat des cavistes professionnels (SCP), par la voix de sa directrice Nathalie Viet, a rappelé pour sa part que « les cavistes sont considérés comme des commerces alimentaires. » Dans l’arrêté publié le 16 mars au JORF, « les établissements relevant de la catégorie M peuvent toutefois continuer à recevoir du public… » La catégorie M comprend notamment le « commerce de détail de boissons en magasin spécialisé ». « Dans l’attente de textes officiels précisant les conditions d’application de cette mesure, nous appelons pour l’instant chaque caviste à juger en fonction de sa responsabilité citoyenne et à ouvrir son magasin selon le contexte qui est le sien », indique le communiqué du SCP. Et, en Alsace, vu la pression virale, la plupart des cavistes ont fermé. « Il n’y a pas d’âme qui vive en ville. Ça m’a conforté dans mon choix d’avoir fermé », précise Philippe Catt de La raison du raisin à Sélestat. De même, l’ensemble des établissements de restaurants et débits de boissons ne sont autorisés à maintenir leurs activités que pour la vente à emporter et par livraison. Ce qui est valable pour les cavistes possédant cette licence de vente à emporter. Dans ce contexte inédit et mouvant, poursuit le communiqué des cavistes professionnels, « la vente de vins en France reste un produit d’alimentation quotidien et un soutien moral et culturel important en ces périodes troublées ». Nathalie Viet invite « les cavistes à faire preuve de responsabilité, de tenir compte des consignes de distanciation ». Jean-Marie Fabre, le président des Vignerons Indépendants de France (VIF), a d’ores et déjà demandé « sans tarder un véritable électrochoc pour soutenir les entreprises […] du secteur, des mesures d’accompagnement et de soutien qui doivent aller plus loin que le dégrèvement d’impôts directs, une année blanche de cotisations salariales et d’intérêts bancaires, à un report des annuités d’emprunts et à un soutien aux trésoreries.    

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