Agroforesterie et viticulture
Le Vingabond du Schlossberg
Agroforesterie et viticulture
Publié le 01/09/2020
À Kientzheim, Florian Spannagel a comme ambition de restructurer le vignoble familial en y associant arbres fruitiers, plantes mellifères et travail exclusivement manuel. Une vision plus « nature » parfaitement assumée qu’il entend mettre en œuvre « petit à petit » pour être en mesure, au final, de produire vins, jus de fruits et miel sur les mêmes parcelles de vigne.
Essayer, petit à petit, autre chose… et voir si ça fonctionne. À 30 ans, Florian Spannagel, a de la suite dans les idées. Il y a trois ans, ce jeune vigneron reprenait la gestion des vignes familiales situées à Kientzheim en parallèle de son travail à temps plein chez Wolfberger. Cinquante années de mise en bouteille en production conventionnelle qu’il s’apprêtait à totalement chambouler. « Dans un premier temps, je voulais arrêter totalement la vinification pour me concentrer uniquement sur le travail de la vigne. Je voulais évoluer vers autre chose. » Son idée est claire : apporter davantage de biodiversité dans certaines de ses vignes aux sols usés par des décennies de désherbage chimique. Des premiers essais sans glyphosate avaient déjà été expérimentés en 2013 sur certaines parcelles, avant un arrêt total de cet herbicide en 2015. « Je souhaite travailler mes vignes sans machine : tout à la main, c’est mon leitmotiv. Mais il faut y aller doucement. Je peux me le permettre car je n’ai qu’une surface de 1,30 ha à couvrir », explique-t-il. Fort logiquement, il entame la conversion du domaine en bio en 2018 : les Vignes du Vingabond sont nées. Une réflexion émerge : pourquoi ne pas construire un système plus diversifié, mêlant vignes et autres cultures ? En somme, expérimenter un modèle agricole « multiple » où des plantes diverses auraient un intérêt agronomique et écologique à évoluer côte à côte. Soucieux de ne pas aller trop vite et de continuer à faire rentrer de la trésorerie dans les caisses de l’exploitation, il décide de collaborer avec Émilien Revers et Jean Fuchs, deux amis du lycée fraîchement installés à Soultzmatt en tant que vinificateurs au travers de leur nouvelle structure : les Raisins sociaux. « Je leur vends la moitié de ma production. Je suis, à ce jour, leur seul apporteur de raisins alsaciens », souligne-t-il. L’autre partie de ses raisins est écoulée auprès de la Grange de l’Oncle Charles, à Ostheim, un jeune domaine né en 2014 qui a su trouver sa place dans le monde des vins biodynamiques. La vinification en son propre nom reste néanmoins dans les cartons, mais plus tard. Peut-être dès 2021 lorsque l’ensemble de son vignoble sera certifié bio et qu’il aura pu acquérir quelques dizaines d’ares en plus. Voir cette publication sur Instagram Se protéger ! Cette année on essaie un ombrage sur les Riesling du domaine. À la recherche d'une maturité plus fraiche et plus douce des raisins! Lutter contre un (ou des futurs) éventuels été chauds et secs, naturellement, est l'un des objectifs! La mise en place des arbres et buissons dispersés dans les rangs sur des coteaux plein sud, sud-est vont aussi contribués à cet apport de fraîcheur, de structuration des sols et de gourmandise! Quand les espèces se rencontre ? ????? #vinsdalsace #riesling #biodiversité #organicwine #biodynamie #granit #grandcruschlossberg #toutmanuel @raisins.sociaux @lagrangedelonclecharles Une publication partagée par Les Vignes du Vingabond (@les_vignes_du_vingabond) le 30 Juin 2020 à 10 :46 PDT Se diversifier plutôt que s’agrandir La valorisation de ses raisins étant assurée, Florian peut ainsi se consacrer à son nouvel objectif : la plantation d’arbres fruitiers (mirabelliers, cerisiers, amandiers, abricotiers, pommiers, pêchers, pruniers, etc.) et de plantes mellifères aux abords et au cœur de ses vignes. En 2019, il a déjà planté quinze premiers arbres dans une toute petite parcelle. Ici, pas de soufre, pas de cuivre, juste des tisanes, « pour voir », utilisées à la fois sur les arbres et sur les ceps de vigne. « On verra combien de temps ça peut durer comme ça », souligne-t-il. Ailleurs, il a planté quelques arbres à l’intérieur même de la parcelle pour apporter des zones d’ombre, en plus de zones mellifères implantées ici et là. « Est-ce que cela va nuire aux raisins ou au contraire être bénéfique ? Je n’en sais absolument rien, mais je dois essayer. » D’autres plantations sont prévues cet automne (lire encadré). À terme, l’objectif serait d’avoir des productions fruitière et apicole qui soient suffisantes pour générer des revenus complémentaires à ceux issus de la vigne. Il ne veut pas s’agrandir outre mesure et se lancer dans la course à l’investissement, plutôt se diversifier au maximum avec les surfaces qu’il a déjà. « Et puis j’y vois un intérêt écologique majeur : on remet des arbres dans le paysage, on apporte un habitat aux oiseaux et petits gibiers, et on permet aux insectes pollinisateurs de se développer. On n’arrête pas d’entendre qu’il faut le faire, alors j’y vais ! », clame-t-il avec enthousiasme. Prendre le temps d’observer Il le reconnaît : pour l’instant, il y va un peu à tâtons. Est-ce que les arbres fruitiers qu’il a choisis entrent en concurrence avec la vigne ou sont complémentaires ? Les sols sont-ils adaptés dans un secteur (les coteaux de Kientzheim) réputé pour ses terroirs granitiques ? « C’est justement tout l’intérêt de mon projet : tester, analyser et en tirer des conclusions. Apporter de la biodiversité dans les vignes est en tout cas quelque chose qui me plaît. Mais ça reste totalement amateur. Néanmoins, si on n’essaie jamais, on ne pourra jamais savoir », analyse-t-il lucidement. Et plutôt que d’arracher les vignes pour véritablement repartir de zéro, il préfère améliorer l’existant en réglant les problèmes autrement. « Et puis ça serait dommage. Ce sont de belles vignes des années 1970. Certaines sont vigoureuses, d’autres un peu moins, mais les raisins sont toujours de qualité. » Tout ce qu’il manque à ses yeux, c’est un peu plus de « nature » autour et entre les ceps. Et pour ça, rien ne vaut une observation consciencieuse des lieux. « Avant, je fauchais quatre fois. Mais pourquoi finalement ? J’ai pris le temps de m’arrêter un peu, de regarder ce qui poussait dans mes vignes, d’essayer de comprendre pourquoi telle ou telle plante poussait ici et pas ailleurs. C’est comme ça que fonctionnaient nos anciens. J’essaie de faire pareil. Cela me permet d’apprendre sur moi-même, mais aussi sur la viticulture que je pratique. Et petit à petit, j’adapte mes pratiques. » Depuis qu’il applique cette philosophie, il a réussi à diminuer ses doses de soufre et de cuivre en utilisant davantage de plantes. Il y a eu des échecs et des réussites. « Tout ce que constate pour l’instant, c’est que j’ai eu très peu de problèmes de maladie malgré des doses en moins. Et mes rendements stagnent entre 45 et 50 hl/ha, ce qui est plutôt pas mal. » Voir cette publication sur Instagram Ce matin c'est nettoyage du cavaillon au #grandcruschlossberg avec ces Riesling de 2 ans. Une terre qui se noircie doucement et qui reste agréablement meuble. 100% manuel, 100% plaisir! #vinsdalsace #riesling #organicwine #respectdusol #biodiversité @raisins.sociaux Une publication partagée par Les Vignes du Vingabond (@les_vignes_du_vingabond) le 16 Juin 2020 à 11 :53 PDT « Il faut oser » En se lançant dans cette restructuration « verte » des vignes familiales, Florian a su faire fi des remarques ou critiques qui ont fusé autour de lui. « C’est vrai, quand on travaille d’une certaine manière, on est très vite catalogué. Mais je crois qu’à un moment donné, il faut oser et ne pas avoir peur de la pression du voisinage. Mon père avait un peu de mal au début, et maintenant ça va mieux. Moi, je veux planter des arbres et des haies parce que j’aime ça. Ce n’est pas un argument marketing. En tout cas, je ne le fais pas pour ça. Et puis je pense tout de même que les mentalités évoluent, qu’il y a un rafraîchissement progressif de la viticulture qui amène de nouvelles choses », estime le jeune vigneron. Né au début des années 1990, il est aussi plus en phase avec la « jeune génération » biberonnée à internet, à l’instantané et aux réseaux sociaux. « Nous vivons dans une époque où il faut être capable d’innover en permanence. Tous les deux ans, il y a une nouvelle mode. Pour intéresser les nouvelles générations de consommateurs, je pense qu’il est essentiel d’avoir cela à l’esprit. Après, il faut être objectif : qu’on soit en conventionnel, en bio ou en nature, il y a du bon et du mauvais partout. L’essentiel est que le vin soit fait avec amour, c’est ce qui compte le plus au final. »












