Les pluies exceptionnelles du printemps-été 2021 ont provoqué d’importants dégâts de mildiou dans le vignoble. La diversité des situations est telle qu’il semble bien difficile de tirer des leçons de cet épisode.
Yves Clor, Orschwihr, coopérateur chez Wolfberger, 13 ha en conventionnel
« Les premières traces de mildiou sont apparues fin mai-début juin, mais ça s’est réellement développé mi-juin. Et de manière très aléatoire : dans certaines parcelles, ce sont les feuilles qui ont le plus pris et pas le raisin ; et dans d’autres, c’est l’inverse. On s’attend à ce que le mildiou tape dans les bas-fonds, les creux où il y a de l’humidité. Là, ça n’a pas été le cas : il n’y a pas de vérité. Dans le village, le secteur qui a le plus souffert, c’est un versant du Pfingstberg, le grand cru d’Orschwihr. Dans mes parcelles, les pinots noirs et pinots gris ont pris cher. » Yves Clor a suivi les réunions de bout de parcelles organisées par la Chambre d’agriculture Alsace et la Fredon : « J’ai resserré les cadences de traitement, je suis descendu à 10 jours, voire 8 jours, surtout au moment où la vigne était en fleur, en alternant les produits selon les conseils des techniciens. Tout le problème était de trouver un créneau sans pluie pour intervenir. » Il estime les pertes entre 60 et 70 % dans les parcelles les plus touchées.
Guillaume Rapp, Dorlisheim, vigneron récoltant, 10 ha dont 1 ha en bio
« Les contaminations ont vraiment explosé la semaine du 14 juillet. En une nuit, toutes les jeunes feuilles étaient pleines de mildiou. Trois à quatre jours plus tard, les grappes étaient touchées. » La maladie a frappé à des degrés divers : le jeune vigneron ne s’explique pas pourquoi des parcelles plutôt bien exposées ont été atteintes. Les pinots sont particulièrement affectés : 40 à 50 % des grappes dans certaines de ses parcelles. « Les plus gros dégâts sont sur l’auxerrois. Une partie de ma surface est en conversion bio, une partie en conventionnel, je ne peux pas dire qu’une a mieux résisté que l’autre, il n’y a pas de règle. Par moments, j’ai traité toutes les semaines, par moments tous les 10-12-14 jours faute de trouver une fenêtre météo. Le problème, c’était de pouvoir rentrer dans des coteaux avec des sols détrempés. » Équipé d’un seul pulvérisateur, avec un parcellaire relativement morcelé, Guillaume n’a pas compté son temps : à raison d’ « une grosse journée de tracteur » par traitement, la saison a été vraiment « acrobatique ». Le vigneron continue à surveiller le ciel avec attention : les grappes atteintes ont bien séché mais si la pluie devait s’inviter aux vendanges, il craint la pourriture. Avec 756 mm tombés sur le village du 1er janvier au 3 septembre, contre 616 mm pour l’ensemble de l’année 2020, il s’estime bien assez servi.
Yves Amberg, Epfig, vigneron récoltant, 12 ha en bio
Si ses parcelles de Rosheim ont été relativement épargnées par le mildiou, ce sont plutôt « les bas de coteaux sur le secteur d’Epfig qui ont été touchés, constate Yves Amberg. Depuis 23 ans que je suis en bio, j’ai déjà eu des années difficiles, c’est toujours passé, mais là, moins. Le gewurztraminer et le riesling ont plutôt bien résisté mais pas le pinot gris ni le pinot noir. » Malgré une politique de rendements maîtrisés, visant à améliorer les capacités de défense de la vigne, le vigneron d’Epfig a dû intervenir une dizaine de fois dans ses parcelles contre 4 à 5 fois l’an passé. Il a eu recours classiquement au soufre et au cuivre (sulfate et hydroxyde de cuivre), en mélange avec des extraits de plantes tels que le purin d’ortie et la prêle. Comme ses collègues, il a dû jongler avec la pluie pour pouvoir traiter. L’enherbement « relativement conséquent » lui a permis de rentrer dans ses parcelles « sans trop de dégâts ». Mais l’efficacité des traitements est restée limitée. Le vigneron, qui n’a pas utilisé la dérogation permettant d’augmenter de 4 à 5 kg la quantité de cuivre métal/ha, se demande tout de même s’il n’aurait pas dû faire un traitement supplémentaire.
Victor Roth, Soultz-Wuenheim, vigneron récoltant, 17,5 ha en bio
« Quelques taches d’huile sont apparues le 15 juin, mais rien d’inquiétant. Le samedi 26 juin, on a fait une matinée de traitement, le week-end s’annonçant ensoleillé. Le lundi matin, on arrive dans les vignes : il y a du blanc partout (apex, entre-cœurs…). En 45 ans, mon père n’avait jamais vu ça. 416 mm sont tombés entre le 1er mai et le 1er août d’après la station météo », rapporte le jeune vigneron, qualifiant de « catastrophique » son cinquième millésime sur l’exploitation. Pas plus que ses collègues il n’arrive à expliquer pourquoi certaines parcelles ont décroché et d’autres pas, ni pourquoi les pinots sont les cépages les plus touchés (70 à 80 % de perte selon lui). « Nous sommes trois personnes à traiter avec trois pulvérisateurs. Nous faisons l’ensemble de nos parcelles en une matinée. Nous n’avons trouvé aucune corrélation avec les pulvés ou les dosages. Habituellement, nous faisons six traitements en bouillie et un poudrage. Nous utilisons 1,1 kg à 1,2 kg/ha de cuivre métal. La bouillie se compose de soufre, d’hydroxyde de cuivre, d’huile essentielle d’oranger, de terpènes de pin et d’une décoction de prêle et reine-des-prés. » Le premier traitement a eu lieu le 23 mai. « Au total, nous avons fait onze traitements en bouillie et deux poudrages, soit 3 kg/ha de cuivre. On a respecté la cadence autant que possible. Le premier poudrage a été fait début août avec une dose élevée, notamment sur muscat et sylvaner. Le dernier a eu lieu le 15 août avec un nouveau produit conseillé par des collègues de Provence (à base de soufre en poudre, cuivre métal, huile essentielle de fenouil, terpène d’orange et argile - appliqué à 20 kg/ha). » Au final, Victor Roth estime les pertes entre 60 à 70 % pour l’exploitation.