Agriculteur à Breuschwickersheim, Michel Schaub décrit une campagne caractérisée par des situations très hétérogènes, qui s’expliquent essentiellement par des précipitations extrêmement localisées, plus ou moins bien valorisées en fonction des types de sol.
Michel Schaub cultive une cinquantaine d’hectares de SAU, dont 10 ha de blé, 9 ha de betteraves sucrières, 27 ha de maïs et 4 ha de prairies et autres SIE, notamment des bandes enherbées, mises en place sur les chemins préférentiels de l’eau depuis que les coulées d’eau boueuse sont devenues un phénomène récurrent. « Avec d’autres agriculteurs de Breuschwickersheim et des villages alentour, nous pratiquons aussi des assolements concertés. Tout le monde est gagnant car cela permet de limiter le phénomène », précise-t-il. Jusqu’en 2006, Michel Schaub était également éleveur. Mais pour poursuivre cette activité « il aurait fallu investir, ou m’associer ». Il a préféré arrêter. Pour compenser l’absence de déjections animales, il pratique des échanges paille/fumier. Mais, au bout de 12 ans à ce régime, il constate tout de même que ces sols sont « moins aérés, moins riches ».
Michel Schaub ne sème jamais ses maïs avant le 7-8 avril, afin de ne pas exposer les semis au risque de gel. Cette année, il a semé ses maïs du 14 au 19 avril, soit dans une fenêtre de tir assez serrée, pour profiter de bonnes conditions. Sa politique en matière de choix variétal consiste à panacher des variétés cornées - « leur potentiel de rendement est moins bon que celui de variétés plus tardives, mais il est compensé par des primes » - et des variétés tardives, plus intéressantes en termes de rendement : « Je vais jusqu’à des indices de 360 voire 400 exceptionnellement, mais pas au-delà car je poursuis aussi l’objectif de pouvoir moissonner dans de bonnes conditions. »
Le début de la campagne était prometteur : les levées se sont bien passées et « les maïs étaient jolis au départ. » Mais la hausse du mercure les a fait monter très vite, avec des insertions d’épis hautes, ce qui a eu tendance à les fragiliser, « en plus d’une pression pyrale importante ». Pour lui, le point crucial de la campagne a été les précipitations à la floraison. En ce qui le concerne, la plupart de ses parcelles ont eu assez d’eau pour que la fécondation se fasse, mais pas assez pour qu’elle soit optimale : « Les épis sont assez grands, mais ils ne sont pas remplis jusqu’au bout. » Et le manque d’eau risque aussi d’avoir affecté le Poids de mille grains (PMG). Ce qui caractérise le plus cette campagne, c’est l’hétérogénéité des situations : « Avec les pluies d’orage, avec la même variété et des densités de semis identiques on constate des différences visuelles de maturité et de potentiel de rendement en fonction des secteurs. » En effet, les précipitations ont été extrêmement localisées : « On a eu un épisode avec 40 mm à Entzheim, 15 mm à Breuschwickersheim et 0 à Hurtigheim. Ici, on a eu sporadiquement 10 à 25 mm, mais avec nos sols, cela a suffi à sécuriser le rendement ».
Du 140-150 q/ha comme du 70-80 q/ha
En effet, l’hétérogénéité des situations s’explique à la fois par les quantités d’eau reçues, mais aussi par les types de sol : « En sol profond, une précipitation est mieux restituée qu’en sol superficiel. » Ces différentiels s’observent parfois au sein d’une même parcelle, « par exemple entre des maïs situés en haut et en bas de pente nous avons pu constater jusqu’à six points d’humidité d’écart », rapporte Michel Schaub. Ce qui lui fait dire que les rendements seront extrêmement hétérogènes : « Certains récolteront peut-être des parcelles à 140-150 q/ha, mais il y en aura aussi à 70-80 q/ha. »
Pour sa part, Michel Schaub a déclenché l’opération moisson exceptionnellement tôt : le 22-23 août, par une parcelle de maïs denté, à 30 % d’humidité, mais qui avait versé. Puis il a continué avec les variétés cornées, à des taux d’humidité compris entre 24 et 27 %. « J’aurais pu attendre encore un peu, mais je ne voulais pas risquer l’égrainage », indique-t-il. Sur la parcelle versée, il a obtenu un rendement de 72 q/ha, et ne pense pas dépasser un rendement moyen de 110 q/ha : « Je reste sceptique. Ça a l’air pas trop mal, mais ça dépend des secteurs, et puis il y a aussi eu quelques dégâts de sangliers. »
Pour faire face aux périodes de sécheresse prolongée Michel Schaub va en priorité revoir ses critères de choix variétal, pour des variétés plus rustiques. Et puis il y a l’irrigation : « On en parle de plus en plus. Ça s’est déjà fait dans le secteur, en puisant dans de petits cours d’eau. Mais pour moi ce n’est pas une bonne solution. Si on investit pour s’équiper en matériel d’irrigation, il faut que ça fonctionne. Or, en puisant dans les cours d’eau on s’expose au risque de restriction d’irrigation. L’autre solution serait d’investir en commun dans des puits d’irrigation car il y a des sources, mais y accéder représente un coût. » De tels investissements ne figurent pas dans les intentions à court terme de Michel Schaub, qui envisage plutôt de travailler sur des techniques culturales, comme la couverture des sols : « J’essaye déjà de laisser mes Cipan en place le plus longtemps possible. » Mais il se dit freiné par la perspective de devoir investir dans du matériel : « J’ai un tracteur de 1964 qui roule encore. Mais si j’investis, ce sera dans le sens de nouvelles techniques culturales. » Quant à modifier son assolement, Michel Schaub est sceptique : « Avec la chrysomèle, j’avais fait plus de blé et moins de maïs. Mais le maïs reste une culture qui donne de bons résultats car elle est bien adaptée à la région. »