Comment assurer un revenu rémunérateur aux éleveurs ? Les invités à l’assemblée plénière du syndicat ovin du Bas-Rhin ont apporté quelques pistes, vendredi 6 avril. Avec une meilleure performance technique des élevages, les aides Pac et des prix mieux négociés, les bergers pourraient sortir la tête de l’eau… en théorie du moins.
La Pac est-elle encore le bon outil pour assurer un revenu aux éleveurs ? La question lance le débat de la réunion plénière du syndicat ovin bas-rhinois. « L’aide européenne doit gommer les disparités de compétitivité entre les régions », soutient Michèle Baudoin, présidente de la Fédération nationale ovine et invitée d’honneur vendredi 6 avril.
Mais la nouvelle carte des zones défavorisées et le classement de l’aide ovine comme illégale par la commission européenne créent un trou. « À ce jour il nous manque 623 M€ d’aides », selon la syndicaliste. Un manque à gagner qui pénaliserait une filière déjà en difficulté. Cependant, l’éleveuse auvergnate ne souhaite pas quémander des dons à l’UE. « La Pac doit être un levier de croissance, pas un RSA. » Elle doit permettre aux paysans de se moderniser, d’améliorer leur productivité. Non pas les entraîner dans une forme de dépendance passive.
Car « on peut parler de Pac tant qu’on veut, mais le boucher, lui, veut de la qualité », tranche Sébastien Stoessel, président du service élevage à la Chambre d'agriculture. C’est là qu’arrive la deuxième piste de réflexion pour un salaire plus élevé. Les éleveurs doivent mettre les bouchées doubles sur la technique selon le responsable. Ainsi, le plan génétique de l’Organisme de sélection ovine nord est étendu à l’Alsace cette année. De plus, le plan bâtiment « est une des plus grandes réussites de la Région », se félicite Patrick Bastian, président de la commission agricole à la Région.
Les restrictions budgétaires se ressentent sur le niveau d’accompagnement des agriculteurs. Ainsi, en 15 ans, le Grand Est a perdu 3,5 équivalents temps pleins de techniciens spécialisés ovins selon Jean-Pierre Saulet-Moës, l’animateur régional.
« Nous, on a affaire au client en direct »
Enfin, la discussion a dérivé sur l’établissement des prix. Sujet ô combien crucial. Jacqueline Balzer, présidente de la fédération des bouchers charcutiers traiteurs d’Alsace, a d’emblée annoncé la couleur. « Les États généraux de l’alimentation vous ont fait rêver, mais ce ne sera pas si simple, prévient-elle. Si les prix s’envolent, c’est la fin de la boucherie artisanale. » Toute en franchise, elle a énuméré les contraintes de sa profession.
La difficulté d’embaucher d’abord. Avec la reprise économique, les candidats se font plus rares. Les salaires peuvent vite grimper jusqu’à 50 % du chiffre d’affaires dans certains cas. Ensuite, la patronne des bouchers a reconnu que ses clients étaient trop habitués aux prix de supermarché. Dès lors, difficile de leur faire accepter le prix juste. « Nous, on a affaire avec le client en direct », rappelle-t-elle. Une manière de montrer aux agriculteurs qu’ils ne sont pas les seuls à souffrir des prix bas.
Malgré son discours offensif, la responsable a reçu un accueil plutôt compréhensif, voire positif de la vingtaine d’éleveurs présents. Elle a d’ailleurs tenu à conclure sur une note positive : « Nous soutenons l’élevage, évidemment. Et j’espère que vous nous avez retirés de la problématique dans le conflit avec la grande distribution. » Sourires dans l’assistance. Encore une fois, éleveurs et commerçants artisanaux se retrouvent dans le même camp.