ovins

Publié le 10/07/2018

Intéressée par la création d’un groupement de producteurs pour mieux vendre les agneaux, une délégation d’éleveurs wallons a été accueillie dans deux élevages membres de l’association Agneau Terroir d’Alsace.

Lancée en 2012, l’association Agneau Terroir d’Alsace regroupe une vingtaine d’éleveurs ovins qui commercialisent leur viande d’agneau localement. La réussite de cette filière se vérifie d’année en année avec l’augmentation du nombre de points de vente commercialisant la marque du même nom. Ils sont une cinquantaine à l’heure actuelle. Stéphane Huchot, président de l’association, et Jean-Pierre Saulet-Moes, animateur, ont présenté la filière à un groupe d’éleveurs belges et leurs techniciens, le 21 juin dernier. Seul associé d’une EARL, Stéphane Huchot élève 1 400 brebis avec l’aide d’un salarié à mi-temps et le soutien de sa famille. Il exploite 230 ha, essentiellement des prairies naturelles auxquelles s’ajoutent une trentaine d’hectares labourables. Il cultive 10 hectares de luzerne, ainsi que 20 ha d’orge d’hiver et de triticale qui sont autoconsommés. S’il est autosuffisant en foin, il achète de la paille à l’extérieur. Pour faire pâturer ses brebis, il circule sur sept communes, la plus éloignée étant située à une quinzaine de kilomètres de Preuschdorf. Les brebis sont conduites en lots, de manière à ce qu’il y ait trois périodes d’agnelage dans l’année : en décembre-janvier, au printemps et en septembre-octobre. À la ferme Huchot, le groupe s’est d’abord intéressé aux races élevées sur l’exploitation, aux poids, aux conformations recherchées. Le choix des races résulte de l’adaptation à la demande des clients, a expliqué Jean-Pierre Saulet-Moes : « Au départ, on avait de gros troupeaux de mérinos. Mais l’adaptation s’est faite toute seule en fonction des souhaits des bouchers », explique l’animateur aux éleveurs wallons. Les membres d’Agneau Terroir d’Alsace ne cherchent pas à avoir une conformation hors du commun - « un beau R suffit » - mais ils s’orientent vers des agneaux plus lourds que par le passé. En croisant les brebis avec du charollais ou du rouge de l’ouest, il est possible d’obtenir des agneaux plus lourds sans faire de gras, ce qui est l’objectif recherché par les éleveurs et leurs clients. La question du classement, qui était prépondérante lorsque les éleveurs ovins écoulaient leurs agneaux auprès de la coopérative, est devenue accessoire. « Les habitudes changent », indique Jean-Pierre Saulet-Moes, pourvu que le boucher ait envie d’innover… En proposant à sa clientèle le gigot en tranches ou en brochettes au lieu de le commercialiser entier par exemple. « On se parle et ça fonctionne » L’adéquation de l’offre à la demande du client final est essentielle : « Dans notre association, il y a une communication directe entre l’éleveur et le boucher, souligne Stéphane Huchot. On se parle et ça fonctionne. Nous sommes demandeurs de ce lien car, contrairement au boucher, nous ne voyons pas la carcasse. S’il y a un problème, nous voulons en être avertis ». Jean-Pierre Saulet-Moes confirme : « Les éleveurs sont très réactifs ». Cette relation de confiance peut se construire d’autant plus facilement que « le prix est fixé en début d’année et après, on n’en rediscute plus ». Ce prix, 6,60 € le kg actuellement, est le même pour tous les éleveurs. Chaque membre de l’association livre ses agneaux à l’abattoir, mais c’est le boucher qui les fait tuer, ont expliqué Stéphane Huchot et Jean-Pierre Saulet-Moes. Un partenariat a été noué avec l’abattoir de Haguenau, qui passe environ 120 agneaux par semaine. L’intégration de nouveaux éleveurs se fait au fur et à mesure de l’augmentation du nombre des points de vente. « On n’a jamais refusé personne, mais au début, on ne prend pas la totalité des agneaux, il faut laisser le temps aux nouveaux candidats de trouver les adaptations. » Deux bêtes pour commencer À ce jour, les agneaux de la ferme Huchot sont commercialisés dans sept points de vente, dont deux GMS. Ce réseau de vente ne s’est pas construit en un jour. À ses hôtes wallons, Stéphane Huchot a raconté comment, suite à son installation en 1998, il avait pris son bâton de pèlerin pour démarcher lui-même des boucheries du secteur. « Au début, ils m’ont pris à la rigolade, ils avaient tous des contrats pour de l’agneau du Limousin ». Recontacté par un boucher, il lui livre ses premiers agneaux : deux bêtes pour commencer. Avec le bouche-à-oreille et l’attrait pour les produits locaux, son débouché prend de l’ampleur et des collègues se lancent à leur tour. Stéphane Huchot comprend qu’il va falloir organiser la filière, pour éviter la concurrence entre les éleveurs, et communiquer auprès des consommateurs. La mécanique est lancée. Même si une grande part de débrouille a été nécessaire au début, les éleveurs adhérents d’Agneau Terroir d’Alsace sont maintenant bien rodés. La rencontre, l’après-midi, avec Charles Balzer, boucher à Vendenheim, a permis au groupe de vérifier l’entente entre les différents maillons de la filière : les efforts de qualité fournis par les éleveurs l’ont convaincu de s’approvisionner en viande ovine alsacienne, alors qu’il y était réticent au départ. Et comme chez la plupart de ses collègues bouchers, cette source d’approvisionnement locale a fait progresser ses ventes.

Ferme Ruch à Uttenhoffen

Portes ouvertes sur le robot Lely Vector

Publié le 14/06/2018

Dimanche 24 juin, la ferme Ruch organise une journée portes ouvertes à Uttenhoffen. La principale attraction sera le robot d’alimentation Lely Vector, premier spécimen du genre en Alsace, et deuxième de France en élevage ovin.

C’est un salarié de rêve : jamais malade, il travaille 24 h sur 24, sans jamais râler, et effectue ses tâches comme sur des rails. D’ailleurs, il est sur des rails. Car il s’agit d’un robot : le robot d’alimentation Lely Vector. « J’aurais quand même préféré prendre un salarié, pour le côté humain, la conversation », sourit Régis Ruch. Mais il aurait fallu trouver un mouton à cinq pattes : un salarié à mi-temps, compétent en élevage ovin… Régis Ruch s’est donc finalement replié sur un robot. Car il fallait absolument trouver une solution au manque de main-d’œuvre, facteur limitant dans cet élevage. Installé en hors cadre familial en 2005, Régis Ruch ne peut compter que sur un peu d’aide familiale pour élever ses 530 brebis à la prime, ses 20 béliers et leurs agneaux. En outre, sa production est intégralement commercialisée en direct à la ferme et au magasin de producteurs Hop’la, où Régis Ruch doit donc régulièrement assurer des permanences. Autre conséquence coûteuse en main-d’œuvre de ce canal de distribution : il faut pouvoir fournir des agneaux toute l’année, donc les agnelages sont désaisonnalisés, et il y a des brebis qui ont - ou qui vont vêler - ainsi que des agneaux à engraisser toute l’année dans les bâtiments. Même si la majorité du troupeau est dehors. Des rations à la carte Depuis 2013, Régis Ruch utilise un bol mélangeur pour nourrir les animaux dans les bâtiments. « Les résultats zootechniques étaient bons, il y avait moins de tri, de refus, une meilleure croissance, moins d’acidoses. » Par contre, le coût en gasoil et en temps est important. Et « comme j’étais obligé de préparer des bols entiers, il y avait parfois des problèmes d’échauffement du fourrage, donc de la perte ». Ce sont tous ces éléments qui ont poussé Régis Ruch à passer au robot d’alimentation : « J’ai investi 150 000 €, soit à peu près autant que pour un tracteur et une mélangeuse, pour un coût journalier d’utilisation inférieur, moins de main-d’œuvre et une plus grande précision. Car désormais je peux faire des rations à la carte, en petite quantité, pour coller au plus près aux besoins des animaux. » Les 85 ha de SAU étant en herbe, la ration est composée de 98 % d’herbe, complétée avec de la pulpe de betterave et un complément du commerce, dont la quantité est ajustée en fonction des résultats des analyses de fourrages, qui sont effectuées à chaque changement de matière première, et qui sont désormais enregistrées dans le logiciel servant à piloter le robot. Moins de stress pour tout le monde Le robot tourne depuis le 23 janvier. Toutes les 60 minutes il quitte sa base, où il recharge ses batteries, pour aller repousser et scanner la hauteur de fourrage à l’auge dans tous les bâtiments. « Dans les bâtiments il est guidé par ultrasons. Entre les bâtiments il circule sur un rail aimanté. » Si la hauteur de fourrage est inférieure à un certain seuil, de retour à la base, il prépare la ration correspondante. Pour cela, un grappin vient sélectionner les différents ingrédients dans l’ordre prédéfini. Le grappin et le bol sont équipés de systèmes de pesée permettant d’obtenir la composition voulue. Puis le robot part la distribuer aux animaux. Qui sont donc nourris 24 h sur 24, à la demande. « En ce moment, les animaux sont nourris à 70 % la nuit, lorsqu’il fait frais, car en journée il fait chaud et les animaux mangent moins », souligne Régis Ruch. Conséquence : moins de stress. Pour les animaux. Et pour l’éleveur : « Avant ça râlait le matin et le soir à l’heure de l’affouragement. Le robot permet de reproduire les conditions extérieures. Les animaux mangent quand ils veulent. Vont se coucher. Reviennent manger. Du coup il n’y a plus ce phénomène de compétition à l’auge, où les animaux se précipitaient pour être sûrs d’avoir quelque chose à manger. Ils sont plus zen, et ont moins de problèmes digestifs qu’avant. Nourris plus sainement, ils sont en meilleure santé. Je n’ai quasiment pas utilisé d’antibiotiques depuis que le robot fonctionne. » En ce qui le concerne Régis Ruch constate : « J’ai plus de temps pour m’occuper des animaux. Je suis plus concentré. » Il note aussi l’amélioration de ses conditions de vie : « Je dois remplir la cuisine, deux fois par semaine en été, encore moins en hiver. Je suis débarrassé des astreintes du matin et du soir. Je peux profiter d’une sortie sereinement, par exemple. Car j’ai une application sur mon téléphone qui me permet de suivre le robot, avec des alarmes en cas de dysfonctionnement. Il y a aussi une assistance téléphonique avec l’assurance d’un dépannage sur site dans les deux heures si nécessaire ». Découvrez le robot Lely Vector au travail en images :  

Festival de l’élevage

« Un rendez-vous incontournable »

Publié le 18/05/2018

Doudounes et bonnets de laine étaient de sortie, dimanche au plan d’eau de Brumath. Qu’importe ! Dans le ring, l’ambiance était au beau fixe. Autour des barrières de sécurité, un public nombreux s’est agglutiné tout au long de la journée pour encourager les éleveurs. Les élus ont eux aussi bravé les frimas pour participer à cette grande fête agricole.

Sur le coup de midi, personnalités politiques et responsables agricoles n’ont pas hésité à faire le déplacement, pour l’inauguration officielle de cette manifestation placée sous la présidence d’Anne Sander, députée européenne. Marc Schneider, le président du comité d’organisation du festival de l’élevage, s’en est félicité. « Vous pouvez admirer le fleuron de l’élevage bas-rhinois et discuter avec les éleveurs qui vous transmettront leur passion », a-t-il souligné avant d’ajouter : « Merci aux éleveurs haut-rhinois et mosellans qui se sont joints à nous. » « J’ai peur que le soufflé ne retombe » Si la conjoncture s’est un peu améliorée, les prix restent bas, a-t-il poursuivi. « Dommage, avec toutes les contraintes qu’on nous impose, que nos produits ne soient pas mieux valorisés. On avait placé beaucoup d’espoirs dans les États généraux de l’alimentation (EGA), mais j’ai peur que le soufflé ne retombe. Mesdames et Messieurs les élus, aidez-nous à pousser le carrosse pour faire avancer l’agriculture. » Étienne Wolf, maire de Brumath et vice-président du Conseil départemental du Bas-Rhin, a fustigé la manifestation des animalistes - une soixantaine d’entre eux s’étaient regroupés à l’entrée du plan d’eau. « Pourquoi ne pas s’engager plutôt dans une démarche humanitaire pour venir en aide à ceux qui, à travers le monde, vivent dans des conditions très précaires ? » Il a assuré les éleveurs et, partant, les agriculteurs, du soutien du Département. « Nous restons à vos côtés dans la difficulté. » Au nom des organisations agricoles, Denis Ramspacher, vice-président de la Fédération nationale des producteurs de lait, a félicité Marc Schneider d’avoir pris la relève de Jean Bernhard, « rassembleur des éleveurs depuis des années ». Plus largement, il a remercié tous ceux qui participent à la réussite de ce festival, les syndicats d’élevage, la Chambre d'agriculture, Conseil Élevage, Élitest, le Comptoir agricole, ainsi que les autres partenaires. Il a souligné la participation importante des jeunes éleveurs, que ce soit lors du concours de présentation le samedi ou des concours de race le dimanche. « C’est d’autant plus important que d’ici quelques années, 50 % de la production laitière va changer de main. Certains de ces jeunes vont s’installer, d’autres vont agrandir leur cheptel, et donc investir. » « Si les agriculteurs se sont tellement mobilisés pour les EGA, c’est qu’ils n’arrivent pas à vivre de leur métier, a insisté Denis Ramspacher. Un tiers d’entre eux vivent avec moins de 350 €/mois. » Mais le socle de départ semble avoir été oublié, au profit du bien-être animal, de la segmentation des marchés… Le syndicaliste met en garde : « Nous ne pouvons intervenir que sur le marché intérieur, au risque de mettre en péril nos exportations. Et, de toute façon, nous ne ferons jamais le poids face aux distributeurs. Vous ne pourrez pas les empêcher de s’approvisionner à l’étranger… » Autre source d’inquiétude, la Politique agricole commune. La proposition de la Commission européenne de réduire de 5 % le budget de la Pac est tout simplement inacceptable. « En cette période difficile, l’agriculture a besoin de tous les soutiens », a affirmé Denis Ramspacher. Race stabiliser : une introduction réussie « Au-delà de la fête de l’élevage, c’est la fête du monde agricole. Un lieu de débat, d’échanges, un rendez-vous incontournable », a souligné Patrick Bastian, président de la commission agricole de la Région Grand Est. Et les sujets de débat ne manquent pas, car l’agriculture est malmenée de tous les côtés… Aussi est-il important de faire passer des messages d’espoir. Installation, marchés, compétitivité, exportation… Patrick Bastian a rappelé les grands axes de la politique agricole régionale. « Nous venons d’avancer sur le dossier de l’autonomie fourragère des élevages, d’autant plus importante que de nouvelles filières se mettent en place (lait sans OGM, lait de prairie, etc.) » D’autres projets sont dans les tuyaux, comme la création d’un « big data » rassemblant l’ensemble des données des exploitations d’élevage, mais aussi le soutien à l’installation des jeunes et à la génétique ovine. « L’introduction d’une nouvelle race bovine, stabiliser, par l’association Bovinext semble être un succès. Vu le nombre de transplantations d’embryons réalisées, les éleveurs y croient. » Concernant la politique européenne de la France, Patrick Bastian lance une injonction au gouvernement : « Osons, fonçons, prenons des risques ! » Si l’on veut mettre en place une nouvelle politique - NDLR : la politique de défense et de sécurité voulue par Emmanuel Macron -, il faut prévoir de nouvelles ressources et non pas rogner sur le budget de la Pac. Patrick Bastian n’y va pas par quatre chemins : « La gestion des fonds du 2e pilier est mauvaise. Les retards de paiement des aides sont intolérables. » Pour autant, une renationalisation de ces aides serait une grave erreur, estime-t-il. « La Région est à même de gérer les fonds du deuxième pilier, à condition de lui donner les pleins pouvoirs. » Les élections européennes approchent à grands pas, a souligné Patrick Bastian. « Il faut se battre dès maintenant. » En attendant, il a affirmé son soutien à Anne Sander, « qui connaît les rouages, les dossiers ». Martine Wonner était présente l’an dernier à Brumath en tant que candidate aux élections législatives. Aujourd’hui députée de la quatrième circonscription du Bas-Rhin, elle était à nouveau dans le ring cette année, car elle veut connaître la réalité du terrain. « Je sais tous les espoirs que vous placez dans les États généraux de l’alimentation. Il faut que le projet de loi corresponde à ces attentes. Sinon, cela ferait beaucoup de travail pour rien ! Il faut aller vite, car la vulnérabilité des éleveurs et des agriculteurs est réelle. » Encore un peu de patience : le projet de loi sera examiné par l’Assemblée nationale le 22 mai prochain… « L’équipe de France doit aller dans le même sens » « Les élus qui assument leur vote agricole sont toujours moins nombreux, car ils écoutent ceux qui crient le plus fort. Et pour l’instant, ce ne sont pas les agriculteurs… Je me suis engagée au niveau européen pour défendre leurs intérêts », a rappelé l’eurodéputée Anne Sander. Son objectif ? « Défendre tous les modèles agricoles, ne pas imposer un modèle unique. » Son vœu ? Que l’équipe de France aille dans le même sens, ce qui suppose de travailler en complémentarité à tous les niveaux. La baisse annoncée du budget agricole européen n’est pas acceptable, estime-t-elle. « Là aussi, il faut faire entendre la voix de la France ! » Et la renationalisation des aides Pac serait une très, très mauvaise idée. « Là aussi, il faut se battre. Sinon, gare aux distorsions de concurrence ! » Le règlement Omnibus entré en vigueur le 1er janvier 2018 a apporté une série d’améliorations techniques qui doivent simplifier la vie des agriculteurs européens. Il donne notamment aux organisations de producteurs la possibilité de négocier collectivement, quel que soit le secteur de production, les modalités de partage de la valeur sans tomber sous le couperet de la loi sur la concurrence. Concernant les accords commerciaux internationaux, les discussions avec le Mercosur ont été interrompues, car elles étaient préjudiciables à la filière agricole européenne. « Mais n’oublions pas que d’autres accords commerciaux, à l’instar de celui conclu avec le Japon, sont bénéfiques pour l’agriculture française, en particulier pour la filière bovine. »

Pages

Les vidéos