Publié le 14/12/2018
Le colza est la tête de rotation de Patrick Kormann, agriculteur à Drusenheim. Il y tient, mais cherche à réduire le recours aux produits phytosanitaires sur cette culture. Colza associé, colza précoce, il a déjà mis au point un certain nombre de stratégies qui fonctionnent. Dernière expérimentation en date : donner le colza en pâture à des brebis. Explications.
Patrick Kormann fait partie du réseau de fermes Dephy et pratique l’agriculture de conservation. Il essaie donc tout à la fois d’utiliser moins de produits phytosanitaires, et de moins travailler le sol. Depuis plusieurs années, il sème son colza en association avec de la féverole, ce qui lui permet d’appliquer moins d’herbicide, et de détourner les insectes ravageurs. Il utilise aussi une variété de colza très précoce, ES alicia, qu’il sème tôt, début août, afin que le colza soit suffisamment développé lors des attaques de méligèthes pour y résister seul, ce qui lui permet d’économiser un traitement insecticide. Une technique qui présente cependant un risque : l’élongation du colza à l’automne, qui l’expose au risque de gel en cas de froid brutal. Une solution consiste à appliquer un régulateur de croissance. Mais, pour Patrick Kormann, remplacer une intervention chimique par une autre, « ce n’est pas le but ». Toujours à la recherche de nouvelles idées, il découvre la possibilité de faire pâturer le colza par des moutons. Ce qui revient à freiner leur élongation. Aussi, quand Grégory Lemercier, animateur du réseau Dephy dans le Bas-Rhin, lui propose de tester cette technique, saute-t-il sur l’occasion. C’est ainsi que, par l’intermédiaire de Grégory Lemercier, il rencontre Hervé Wendling. Ils se lancent dans l’aventure. « Après un faux-semis et un passage de strip-tiller avec du Super 45 et de la féverole - qui n’a pas levé - j’ai semé une parcelle de 18 hectares de colza au semoir monograine réglé à 75 cm d’écartement. » Pour remédier à la sécheresse et favoriser la levée du colza, il effectue deux passages d’irrigation. Comme les féveroles n’ont pas levé, il est obligé de faire un désherbage chimique des repousses de blé qui ont levé avec l’irrigation. Le 29 septembre, une soixantaine de brebis se déploient sur la parcelle. Et font le job : « Elles ont d’abord consommé les chénopodes », se félicite Patrick Kormann. Au départ, il avait quelques craintes : « Avant le passage des brebis le colza avait déjà bien poussé, il fermait le rang. Après leur passage, certains plants étaient broutés à ras. » Mais depuis les colzas ont repris du poil de la bête. Grégory Lemercier a effectué des pesées. Verdict : le 19 octobre il y avait 740 g/m2 de biomasse et le 28 novembre 820 g/m2, contre 1,4 kg/m2 en moyenne pour des colzas non pâturés. Au vu de ces données, et « comme le pivot est préservé, le colza va donc sans doute refermer le rang assez vite », estime Patrick Kormann. Pour l’instant, l’expérience est donc conforme à ses attentes. Et lui a même donné des idées en matière de désherbage - « Après le pâturage par les brebis, il serait possible d’effectuer un passage de bineuse pour nettoyer l’interrang » - et de gestion des repousses - « Les faire pâturer pourrait permettre de remplacer le glyphosate pour nettoyer les parcelles ». Reste à valider - ou pas - cette hypothèse sur le terrain. Et à ne pas perdre de vue que ces pratiques nécessitent une importante concertation et coordination entre les deux partenaires. Pour l’éleveur, notamment, il faut pouvoir anticiper le pâturage suffisamment en amont, car cela a un impact sur les agnelages, et sur l’effectif de la troupe, qui peut être augmenté en cas de ressource fourragère supplémentaire.












