Témoignage Jean-Paul Simonnot
La passion de l’agronomie bio
Témoignage Jean-Paul Simonnot
Publié le 25/09/2017
Jean-Paul Simonnot cultive 195 hectares en bio à Montépreux dans la Marne, avec près d’une vingtaine de cultures dans son assolement. Itinéraire de cet agriculteur, président du Groupement d’agriculture biologique de la Marne.
Jean-Paul Simonnot s’installe en 1983 sur sa ferme familiale à Montépreux dans la Marne sur 80 hectares. Il intègre le Centre d’études techniques agricoles (Ceta) local, et travaille sur les charges de mécanisation. Elles révèlent que le labour coûte cher. Il passe en TCS en 1992 avec un Semexact Horsch, et obtient la même productivité. « On s’est ensuite attaqué aux intrants. On a acheté une station mobile de semence. Puis avec Bernard Demaine, on s’est inscrit dans une démarche de réduction de dose de phytosanitaires, et en ultra-bas volumes. On a réduit de 50 % les phytosanitaires. » Mais dans les années 2001, Jean-Paul Simonnot voulait aller plus loin que les TCS. « Les cours agricoles n’étaient pas satisfaisants. J’avais les stress, les cours, les parasites, sortir le pulvérisateur. Je pensais arrêter le métier. » Il profite des CTE pour convertir partiellement son exploitation à l’agriculture biologique. Soit 60 ha en 2001. Mais conserve ses quotas de betteraves. « J’ai planté des haies pour éviter les dérives sur mes parcelles. » « On savait produire, mais pas vendre » En 2006-2007, « on savait produire, mais pas vendre. Le marché n’était pas organisé. Le blé meunier à 220 € ne couvrait pas nos charges. » Les producteurs bios de Champagne-Ardenne se sont organisés pour centraliser l’offre. « Une coopérative, CercaBio, a été créée. Les cours sont remontés, puis Vivescia et Soufflet se sont mis à acheter. » En 2007, Jean-Paul Simonnot profite du plan d’abandon des quotas betteraviers, suite à l’ouverture des frontières au marché du sucre. « J’ai mis en place du chanvre, plante très rustique, qui s’intègre parfaitement dans l’assolement. » L’assolement est aujourd’hui composé d’un quart de luzerne, un peu moins d’un quart de blé, d’avoine destinée aux floconneurs, du lentillon sec de Champagne en association avec le seigle - le mélange est récolté en août, puis séparé par triage optique -, du chanvre haut de 2 mètres, qui s’intercale en milieu de rotation et qui a faculté d’étouffer l’herbe, du blé meunier de printemps de variété autrichienne - car il alterne les cultures d’hiver et de printemps -, et des contrats de semence blé-orge-avoine-pois. « Mon problème n° 1 c’est l’herbe », résume Jean-Paul Simonnot. « L’agronomie reprend tout son sens » « On n’a pas le droit à l’erreur, l’agronomie reprend tout son sens. On travaille sur l’aspect technique avec les Chambres d’agriculture. Il faut être à plusieurs ; progresser ensemble et partager aussi les échecs, témoigne-t-il. Avec le bio, j’ai dû ressortir la charrue à cause du repiquage des vulpins sortie d’hiver, cela dit, un coup de charrue tous les dix ans ce n’est pas grave. » L’exploitation Simonnot travaille beaucoup sur les techniques sous couvert : pour implanter une luzerne dans un triticale ou de l’orge de printemps en mars avec une herse étrille derrière. « On implante la luzerne au DPS 12. L’idéal est de retirer la paille à cause des problèmes de souris. On implante aussi des couverts de trèfle avec plus ou moins de succès, ce qui peut nous fournir 60 à 70 unités d’azote pour la culture suivante. » L’exploitation travaille aussi sur des associations type orge d’hiver-pois d’hiver qui lui donne 4 tonnes par hectare de mélange : « Je fournis des élevages de poules pondeuses bios locaux en féveroles, triticale, orges pois, et je récupère les fumiers ». Depuis qu’elle est passée en bio, l’exploitation a créé l’équivalent d’un ETP pour le désherbage manuel : il faut lutter contre le chardon, la folle avoine et le rumex. « Nous sommes sept à huit entre mai et juin pour le désherbage manuel : soit 700 heures, dont 200 h pour de l’œillette alimentaire dont on extrait de l’huile. Je compte sur une bineuse guidée par caméra qui laisse 2,5 cm de chaque côté du rayon pour rentabiliser cette culture onéreuse au désherbage. »












