Forêt

Publié le 06/07/2017

Particulièrement rustique et adaptable aux rudesses du climat et des sols, le pin sylvestre permet de bonnes valorisations sylvicoles sur les sols squelettiques sablo-graveleux de la plaine de Haguenau.

Cette journée consacrée au pin sylvestre était organisée par le Centre national de la propriété forestière, et par la coopérative forestière Cosylval, représentée par Véronique Mertz, technicienne Cosylval, ainsi que par l’Association forestière des Vosges du Nord, représentée par Jean Braud et Maren Baumeister. Elle se déroulait dans la forêt du château de la Walck en périphérie de Haguenau, un ensemble de 226 hectares d’un seul tenant. La plaine de Haguenau est recouverte d’alluvions sableuses plus ou moins fines, transportées par les rivières vosgiennes qui alimentent le Rhin, la Lauter, la Moder, la Sauer et la Zorn. Au nord et au sud, elles sont recouvertes de limons éoliens et de lœss, comme en Outre-Forêt ou dans le Kochersberg. Des zones fertiles, tandis que le massif de Haguenau, avec ses sols d’alluvions acides, sableux, l’est moins. Quelques poches d’argiles forment un plancher imperméable, à l’origine de nappes perchées, introduit Maren Baumeister. 180 hectares régénérés La forêt couvre 46 % de la surface de la communauté d’agglomérations de Haguenau, et génère un environnement socio-économique important : 140 entreprises du bois, 870 emplois, scieurs, menuisiers, transformateurs, transporteurs, résume Claude Hoh, de la Chambre d’agriculture d’Alsace. Trois essences principales résident sur ces sols squelettiques : le pin sylvestre, le chêne sessile et pédonculé. Au siècle dernier, la forêt de la Walck a connu deux déboires : la mitraille pendant la Libération, et l’ouragan Lothar en 1999 qui a décimé 180 des 220 ha. Dès lors, les sylviculteurs ont engagé une reconstitution en trois volets : sortir les chablis abattus, préserver là où des hêtres étaient déjà installés en sous-bois, et plutôt que de reprendre à blanc, ils ont opté pour la régénération naturelle, qui donne à ce stade des perchis. Aujourd’hui, cette forêt dispose donc de 180 ha régénérés, résume Véronique Mertz. Dans certains endroits, les pins ont totalement disparu. Mais globalement, le repeuplement naturel d’après-tempête mixe les essences. Le pin sylvestre tolère tous les climats et types de sols, acides, secs, engorgés, etc. Simplement, il ne supporte pas le calcaire. Il est donc intéressant dans les sols peu fertiles. Sa production atteint 4 m3/ha/an. L’écotype de Haguenau trouve cependant en ce lieu une vigueur particulière, dont le caractère a été diffusé en Sologne et dans le Centre. Il y a donc eu des sécheries qui faisaient vivre beaucoup de sylviculteurs : « Les pommes de pin étaient payées au kg. Puis les graines étaient mises en pépinière. Il y a eu une véritable économie qui s’était greffée autour… », explique Véronique Mertz. Conduite et valorisation La difficulté de la régénération réside dans le matelas d’aiguilles accumulées, rendant difficile la reprise. S’ajoute à cela de la végétation concurrentielle comme la myrtille ou la fougère aigle, ce qui nécessite de dégager les semis. De plus, le pin a besoin de lumière. Une fois le peuplement installé, il faut « dépresser », c’est-à-dire diminuer la densité à 2 500 tiges/ha. Une autre école préfère préserver la densité pour limiter la branchaison et avoir de petits nœuds par la suite. « En ce qui me concerne, je plante en 2 x 2 m, du pin en godets qui offrent une pousse plus rapide, et un bon taux de reprise, indique Véronique Mertz. Il faut ensuite bien gérer le dégagement les premières années. » Des outils tels que des râteaux scarificateur, montés sur mini-pelle permettent de travailler sur des layons, suffisent à arracher les rhizomes de fougères. La valorisation : en première qualité, il faut compter de 60 à 130 €/m3 bord de route, le bois de fermette est destiné aux montants de fenêtre, puis le second choix de 35 à 45 €/m3, puis de 18 à 24 €/m3 pour les bois de palette, et enfin 8 à 9 €/m3 pour la trituration. Sur le principe, lors du dépressage, les prélèvements des moins beaux bois sont destinés à l’industrie et aux palettes. À chaque intervention tous les 6 à 8 ans, la qualité du bois progresse, indique Véronique Mertz qui identifie une autre source de valorisation en Allemagne, où les troncs débités en 3 m ne doivent pas dépasser 1 cm de décroissance par mètre et une branchaison inférieure à 3 cm.

Développement forestier

Forestiers d’Alsace dans la tempête

Publié le 11/06/2017

Privée de subventions, Forestiers d’Alsace a dû licencier ses quatre techniciens, ce qui remet en cause de nombreuses actions de développement forestier. La fédération réclame le retour en Alsace de la taxe additionnelle sur le foncier non bâti.

Cette année, Forestiers d’Alsace aurait dû fêter 50 ans de développement forestier. Pourtant, le cœur n’est pas à la fête. La fédération, née en 2015 de la fusion de Bois et Forêts 67 et de Forêts Services 68, a dû licencier ses quatre techniciens suite à une baisse importante de ses financements, a confirmé Jean-Marie Batot, son président, à l’assemblée générale de la fédération, le 13 mai dernier à Steige. En avril 2016 déjà, Jean-Marie Batot avait tiré la sonnette d’alarme, estimant que les annonces sur la gestion future du Fonds stratégique de la forêt et du bois et la réorganisation territoriale menaçaient « l’équipe de techniciens compétents et dévoués » qui œuvrent au service du développement forestier en Alsace. Vote d’une résolution, lettre d’information aux élus, interpellation des représentants de l’État et du Conseil régional, adoption d’une motion diffusée aux parlementaires alsaciens, courrier au ministre de l’Agriculture… Les démarches entreprises n’ont pas eu l’effet escompté. 800 jours d’activité perdus La réforme territoriale a privé Forestiers d’Alsace des subventions versées jusqu’alors par la Région Alsace et par les deux Départements alsaciens - respectivement 147 000 € et près de 60 000 € en 2016. Face à cette situation, « les membres du bureau n’ont pas eu d’autres solutions que de cesser les activités subventionnées et de procéder à contrecœur au licenciement économique ». Si les quatre salariés concernés ont pu retrouver un emploi dans le secteur forestier, les conséquences de leur départ vont se faire sentir durablement : « Nous avons perdu annuellement plus de 800 jours d’activité de conseil et de services suite au départ forcé de techniciens cumulant plus de 80 années d’expérience, déplore Jean-Marie Batot. Nous découvrons progressivement l’impact irrémédiable dans les domaines de l’amélioration foncière et des visites-conseil ». Dans ce contexte, une réorganisation s’impose. Celle-ci devra se faire « en cohérence avec les impératifs du service forêt de la Chambre d’agriculture et du Centre régional de la propriété forestière, à présent installé à l’échelle du Grand Est », estime le président de Forestiers d’Alsace, soulagé malgré tout que les quatre conseillers forestiers de la Chambre d’agriculture aient été maintenus. « Une mutualisation inacceptable » Reste qu’une menace plane toujours sur le développement forestier en Alsace : la création d’un service « Valorisation du bois et du territoire » au sein des Chambres d’agriculture, confirmée par un décret daté du 3 mai dernier, va entraîner la remontée des contributions des forestiers alsaciens (les « centimes forestiers ») dans un fonds national dit « de solidarité et de péréquation ». Ces contributions, collectées par le biais de la taxe additionnelle à la taxe sur le foncier non bâti (TATFNB), sont actuellement conservées par la Chambre d’agriculture. Pour Jean-Marie Batot, une mutualisation, « qu’elle soit nationale ou régionale est tout simplement inacceptable au regard des différences invraisemblables de contribution ». En Alsace, la fiscalité foncière par hectare de forêt est la plus élevée de France : elle est neuf fois plus élevée que la moyenne nationale, et 20 fois plus qu’en Champagne-Ardenne, selon Forestiers d’Alsace. En vertu de cette situation, l’assemblée générale de la fédération adopte une résolution demandant « l’affectation au territoire alsacien à partir de 2018 de la totalité de la part de la TATFNB versée par la Chambre d’agriculture d’Alsace au Fonds stratégique forêt-bois (297 056 € en 2017) pour la mise en œuvre d’actions locales dans le cadre du Programme régional forêt-bois. » Cette demande est légitime et soutenue par la Chambre d’agriculture Alsace, précise André Jacob, son directeur, regrettant que la stratégie nationale ne prenne pas en compte la réalité territoriale. « En Alsace, il y a toujours eu une politique partagée entre tous les acteurs de la forêt : le CRPF, la Chambre d’agriculture, les communes forestières, l’interprofession… On s’en félicite. Notre volonté, c’est que l’agriculture et la forêt continuent à travailler ensemble. » La Chambre d’agriculture étudie par ailleurs la possibilité d’un recours juridique contre ce décret, qui concerne aussi d’autres régions, comme la Savoie. La chalarose menace Antoine Herth, député, considère que la résolution adoptée par Forestiers d’Alsace constitue « une première étape qui permet de poser le débat et participe à construire un rapport de force ». Il fait état d’une autre catastrophe, sanitaire celle-là : les dégâts liés à la chalarose du frêne, qu’il a pu observer récemment en forêt de Sélestat, mais qui touchent de nombreuses forêts du Grand Est. La Région est alertée sur le sujet. Puisqu’elle est en train de remettre à plat l’ensemble de ses politiques, il serait bon que les forestiers y fassent inclure un volet chalarose afin de récolter au plus vite les frênes atteints et de substituer à cette essence d’autres moins sensibles, recommande le député.

Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval)

Transmettre des forêts d’avenir

Publié le 14/04/2017

La 18e assemblée générale de la coopérative Cosylval a eu lieu mardi 21 mars à Bergheim. Au total ce sont 54 coopérateurs qui se sont déplacés aux assemblées de section ainsi qu’à la visite de terrain qui s’est déroulée chez le président de la coopérative, Michel Rolli.

Les coopérateurs alsaciens se sont vu remettre une fiche synthétisant les chiffres clés de l’exercice 2015-2016 de la coopérative. Malgré un chiffre d’affaires légèrement en baisse, le volume d’activité est en constante augmentation. Par ailleurs, à l’issue des assemblées de section du matin qui se tenaient à Châtenois et à Sainte-Croix-en-Plaine, une présentation des projets d’appel à manifestation d’intérêt (Ami) Dynamic bois a été proposée aux coopérateurs. Le projet FibAlsace au Nord a été présenté par Pascal Ancel, du Centre national de la propriété forestière (CNPF). Les deux projets « Ami Dynamic Bois 2015 » ont ensuite été détaillés au Sud. Le projet de l’énergie du reboisement Franche-Comté Alsace (Erfcal), a été présenté par Julio Boutry, de Cosylval. Le projet FibAlsace sur le Haut-Rhin avec les actions de mobilisation concertées a été expliqué par Thierry Bouchheid, du CNPF. Les ambitions du projet Erfcal sont de convertir ou d’améliorer les peuplements pauvres ou malades, de dynamiser la sylviculture, d’inciter les agriculteurs à gérer leurs boisements linéaires ou accrus forestiers naturels. Les animations visent à la réalisation de documents de gestion durable, à la certification des entreprises, à la hiérarchie des usages et à la traçabilité des bois. Les objectifs sont d’améliorer pas moins de 90 hectares, de reboiser 70 ha, de traiter 120 ha d’accrus forestiers et de valoriser des bois des grands réseaux d’infrastructure. Tous ces projets et cette politique forestière ont un seul objectif : transmettre des forêts d’avenir. 25 hectares de peupliers Dans l’après-midi, les coopérateurs ont pu découvrir et apprécier la populiculture à travers l’expérience de Michel Rolli grâce à une visite commentée de sa propriété située dans la plaine de l’Ill. « Les premières plantations de peupliers ont été réalisées dans les années 1980 après transformation de taillis d’aulne ou en boisement de terre agricole », explique Michel Rolli. L’objectif de gestion de la propriété est la production de bois d’œuvre de qualité déroulage. Le cultivar dominant est le koster qui est élagué de 6 à 10 mètres grâce à l’utilisation d’une nacelle. La première parcelle visitée a permis d’expliquer le déroulement d’une plantation de peupliers sur zone inondable. « Les plançons ont été installés sur des ados afin de surélever le système racinaire et permettre au peuplier de ne pas se noyer. Un fossé a été ouvert une ligne sur deux afin de drainer au maximum la parcelle et permettre une meilleure reprise des plants », précise Michel Rolli. La deuxième parcelle présentait un essai comparatif de peupliers (six cultivars) réalisé au cours de l’hiver 2002-2003. Enfin, la troisième et dernière parcelle a été l’occasion de voir l’aboutissement de la gestion populicole de la famille Rolli. À savoir, une parcelle exploitée cet hiver. Les bois ont été commercialisés via le cahier de vente peuplier de l’hiver 2016-2017 réalisé par la coopérative. Le bois d’œuvre qualité déroulage a été vendu en bloc et sur pied, tandis que la qualité palette l’a été bord de route. Les houppiers ont été triés en bord de parcelle puis broyés directement dans des camions à fonds mouvants. Au total, cette forêt de peupliers occupait une surface de 25 ha et se trouvait, en grande partie, en zone Natura 2000. En fin d’après-midi, les délégués des assemblées de section se sont réunis en assemblée plénière. En présence du commissaire aux comptes, ils ont définitivement validé le résultat financier de l’exercice 2015-2016, procédé au renouvellement du conseil d’administration et honoré trois salariés de la médaille d’honneur agricole en vermeil pour trente années de vie professionnelle, essentiellement chez Cosylval.

Pages

Les vidéos