Forêt

Travaux pratiques dans la forêt-école d’Albé

Des clés pour défricher et faire fructifier un héritage forestier

Publié le 20/10/2017

La fédération Forestiers d’Alsace a récemment fait l’acquisition d’une forêt sur le ban communal d’Albé. Cette forêt-école a vocation à devenir un terrain de travaux pratiques pour les propriétaires forestiers. Pour leur première leçon, ils se sont glissés dans la peau d’un néophyte venant d’hériter d’une forêt.

Les héritages ne sont pas toujours des cadeaux. Hériter d’une forêt, quand on n’y connaît rien mais qu’on a envie d’entretenir ce patrimoine, peut laisser le néophyte perplexe. Que faire de cette forêt ? Comment l’entretenir ? La valoriser ? C’est à ces questions que le Centre régional de la propriété forestière (CRPF) Grand Est, l’association forestière de la vallée de Villé et la fédération Forestiers d’Alsace ont répondu lors de la première sortie de terrain sur la forêt-école d’Albé. Une forêt en héritage, mais laquelle ? Avant d’envisager toute intervention, il est bon de délimiter précisément la parcelle dont on a hérité. Pour ce faire, rien de tel que de se plonger dans le plan cadastral, ou encore sur le portail de l’IGN. C’est ce qu’ont fait Marc Debus, technicien forestier à la Chambre d'agriculture, et Maren Baumeister, technicienne au CRPF, en amont de cette réunion. C’est ainsi qu’ils ont constaté que la forêt-école est composée d’un regroupement de plusieurs parcelles formant un ensemble de 220,34 ares. « Il s’agit d’une étape importante, car elle permet de se repérer, d’identifier les pistes, les limites de propriété », souligne Marc Debus. La forêt-école est traversée par une piste, qui constitue une porte de sortie pour le bois récolté. Mais ce n’est pas toujours le cas. Parfois, seul apparaît un « chemin d’exploitation ». « Il s’agit d’un accès où la circulation est libre pour les riverains, c’est-à-dire ceux qu’il dessert, et dont l’entretien leur est dévolu », décrit Maren Baumeister. Si la parcelle n’est pas riveraine du chemin, il n’y a pas d’autre solution que de passer chez les voisins. « S’il n’y a pas d’autre solution pour exploiter une parcelle enclavée, il existe une tolérance qui le permet, à condition de prendre le chemin le plus court et qui cause le moins de dégâts », précise Maren Baumeister. Il est aussi possible d’utiliser les pistes communales, à condition d’en avoir préalablement demandé l’autorisation en mairie. Défricher la réglementation Deuxième étape incontournable, identifier les réglementations qui s’appliquent à la parcelle. Une démarche qui débute en mairie, afin de consulter le PLU. Cela va notamment permettre de déterminer si la parcelle est concernée par un espace boisé classé, ce qui empêche son défrichement, ou si elle est soumise à une réglementation de boisement. Trois types de zonage existent : soit le boisement est interdit, soit il est libre, soit il est réglementé, c’est-à-dire qu’il est possible, mais à certaines conditions. Annexée au PLU, cette réglementation se rencontre surtout dans les vallées, où elle est mise en place afin de lutter contre la fermeture paysagère. « Si la réglementation n’est pas renouvelée au bout de dix ans, les zones interdites de boisement basculent en zone de boisement réglementé », informe Maren Baumeister. À ces deux premiers types de réglementation s’ajoutent les réglementations environnementales, type Natura 2000, qui sont consultables sur le site de la Dreal. En Alsace, un certain nombre de forêts sont inscrites au site du massif des Vosges. Conséquence, les travaux importants, tels que les coupes à blanc, ou ceux qui représentent une emprise importante, doivent faire l’objet d’une déclaration à la Dreal quatre mois au préalable. Dernière couche réglementaire à considérer, celle relative aux captages d’eau qui impliquent des limitations en termes de coupe, de création de voies d’accès… Éclaircir pour y voir plus clair Ces deux premières étapes bureaucratiques franchies, l’heureux nouveau propriétaire peut arpenter sa forêt pour la caractériser en termes d’essences et de structures. Travaux pratiques à la forêt-école, avec une première étape dans une station composée d’un peuplement irrégulier, sous forme d’un mélange à deux étages. L’étage inférieur est composé d’un taillis de châtaigniers et l’étage supérieur d’une futaie de chênes et de hêtres, aussi appelé une « réserve » d’arbres. Que faire face à un tel peuplement ? « Dans un premier temps, enlever tout le bois sec permet d’y voir plus clair. Mais enlever tout ce qui est moche serait une erreur. Il faut trouver les arbres d’avenir et leur faire de la place grâce à une éclaircie, une coupe d’amélioration. » Privilégier les essences adaptées Avant de penser à régénérer une forêt, il est préconisé de vérifier l’adéquation des essences en place avec les caractéristiques de sol, de topographie, d’exposition et de météo de la station. Travaux pratiques sur cette même station : « Nous nous situons à 550 m d’altitude, sur la partie haute de l’étage collinéen. La parcelle, située en haut de versant, peu pentu, est orientée au sud », décrit Maren Baumeister. Équipée d’une tarière, elle effectue un prélèvement qui fait apparaître une terre grise, gréseuse, qualifiée d’arkose. « Il peut aussi être utile d’observer la présence de plantes indicatrices, telles que la myrtille, révélatrice d’un pH acide », complète Marc Debus, qui recommande l’utilisation du Guide des essences élaboré par le CRPF. Un ouvrage qui, en fonction de ces critères, liste les essences adaptées aux différentes stations. Ici, il s’agit du chêne sessile, du hêtre, de l’érable, du bouleau… Maren Baumeister précise : « Nous sommes en présence d’un sol assez filtrant, qui plus est sur un haut de versant exposé au sud. Le principal facteur limitant au développement des arbres est donc la ressource en eau. » Dans un contexte de changement climatique, et sachant que le hêtre est une essence gourmande en eau, elle recommande de ne pas le laisser devenir envahissant au détriment du chêne sessile, essence plus adaptée au climat de demain. Zoom sur le châtaignier Quelques mètres plus loin, le peuplement change, pour laisser la place à un taillis simple de châtaigniers. Premier constat : l’importance des dégâts de gibier, notamment de cerfs. Le second n’est guère plus réjouissant : « Les tiges sont restées trop longtemps en compétition. On observe des tiges longues, avec des houppiers trop petits. Le risque, si on ouvre le peuplement maintenant en pratiquant une éclaircie, c’est de voir des gourmands apparaître sur les troncs. C’est une opération qu’il aurait fallu effectuer il y a cinq ans déjà », constate Marc Debus. L’autre risque encouru avec une ouverture trop brutale du peuplement, c’est de stresser les arbres d’avenir, ce qui peut se traduire par de la roulure, soit un décollement des cernes d’accroissement sur un voire deux cercles. Un phénomène qui compromet la valorisation en bois d’œuvre. De nombreux taillis de châtaigniers sont dans le même cas en Alsace, où l’essence est surtout valorisée en bois de chauffage. « C’est dommage, estiment les techniciens, car le châtaignier mérite une vraie sylviculture. En Allemagne, en Autriche, il est utilisé dans la confection de charpentes, de bardage, d’aires de jeu, de piquets paravalanche… » Du bon dosage des éclaircies Encore un peu plus loin, le taillis laisse place à une futaie. Cette fois, il y a eu une éclaircie d’entretien. Un peu trop vigoureuse, car certains arbres d’avenir se sont couverts de gourmands, ce qui peut dégrader la qualité du bois. Mais, pour Marc Debus, il est « urgent de ne rien faire, car certains gourmands vont sécher d’eux-mêmes ». Un groupe de bouleau attire l’attention des participants. Maren Baumeister voit plusieurs raisons de les laisser en place : « Pour la biodiversité, et parce que le bouleau est un très bon éducateur pour le hêtre. En lui faisant de l’ombre, il l’incite à pousser droit. On peut donc l’utiliser comme un auxiliaire de culture. » Le dernier arrêt s’effectue dans une futaie de chênes et de hêtres. « Elle est de bonne qualité. Quoiqu’un peu dense », estime Marc Debus, en observant le manque de régénération au sol, de branches basses, et le resserrement des houppiers. Il estime la densité à 500 - 600 tiges par hectare, pour un diamètre moyen des arbres de 30 cm. « Ils ne sont donc pas encore tout à fait mûrs et peuvent encore grossir. » S’ils peuvent encore grossir, mais qu’ils sont déjà un peu serrés, une éclaircie légère peut être envisagée. Il s’agit alors de « désigner les arbres d’avenir et de travailler autour d’eux pour leur donner une chance de développer leur houppier ». Ce travail de caractérisation des peuplements Marc Debus et Maren Baumeister incitent les sylviculteurs à le faire dans toutes leurs parcelles. Objectif : élaborer un plan des différents peuplements, avec le nombre de tiges par hectare, leur diamètre moyen, le volume de bois… « La surface terrière est un autre indicateur intéressant. Elle correspond à la somme, en mètres carrés par hectare, des sections à 1,30 m des arbres mesurés depuis un point donné. Pour chaque essence, des seuils à ne pas dépasser ont été définis, car elles supportent plus ou moins bien la concurrence », décrit Maren Baumeister. Et puis cet indicateur donne une idée du capital sur pied donc, par exemple, de l’intensité des éclaircies à effectuer. Reste ensuite à récolter - et à vendre - tout ce beau bois. Mais ça, c’est un autre chapitre…

Publié le 01/10/2017

En moins de cinq ans, et au prix de lourds investissements, la scierie Siat est devenue un acteur majeur sur le marché du pellet combustible. Le 16 septembre, la famille Siat à Urmatt ouvrait les portes de son entreprise.

« Depuis que nous sommes dans l’entreprise nous ne distribuons pas de bénéfices, tous sont réinvestis, explique Paul Siat. Tous les sept ans, ce sont l’équivalent de huit mois de chiffre d’affaires qui sont ainsi réinvestis. » C’est avec cette approche financière authentiquement rhénane, basée sur des capitaux familiaux et où les bénéfices sont intégralement réinvestis dans l’outil industriel, que la famille Siat a, en une décennie, adapté le modèle économique de sa scierie pour répondre aux défis du réchauffement climatique. La scierie Siat tire de son activité de sciage de bois pour le bâtiment trois principales énergies renouvelables : des pellets à partir de la sciure, de l’électricité cogénérée à partir de la combustion d’écorces fraîches, et de la chaleur tirée de la vapeur de combustion des écorces. La condensation de cette importante quantité de vapeur, produit de la chaleur qui permet d’accélérer le séchage des bois de charpente, et de la sciure avant pelletisation. « Pour rentabiliser l’installation, il fallait d’une part avoir un bon rendement énergétique et d’autre part savoir valoriser la chaleur cogénérée », explique Paul Siat, qui dirige l’entreprise avec ses deux frères et son neveu. Au total, ce sont pas moins de 80 millions d’euros (M€) qui ont été investis en moins d’une décennie, dont 45 M€ dans les énergies renouvelables. Sur les 120 M€ de chiffre d’affaires, 7 M€ par an proviennent de la vente d’électricité cogénérée à partir de la combustion des écorces et 20 % sont dégagés à partir de la vente de pellets combustible. Auparavant la sciure était destinée à la pelletisation en Allemagne et à l’industrie des panneaux de particules, dont la ressource se fonde désormais essentiellement sur du bois recyclé : « Le basculement a été compliqué au départ ». Il n’y a donc pas pour l’heure d’inquiétude sur la ressource en pellets, affirme Paul Siat : « Avec l’isolation des maisons, le pellet constitue une vraie alternative pour un chauffage sobre, les Français l’ont bien compris, car il s’agit d’une énergie renouvelable qui est, qui plus est, un coproduit de sciage, et c’est la calorie la moins chère comparée aux autres énergies. » En cinq ans, Siat Braun est devenu « un acteur significatif du marché des pellets avec 120 000 tonnes par an, dans un marché national d’1 million de tonnes ». Le séchage préliminaire de la sciure avec de la « chaleur verte » lui permet de produire un pellet particulièrement performant en combustion dans les foyers familiaux.

Le sous-préfet de l’arrondissement de Saverne à la rencontre des forestiers

La forêt grignotée

Publié le 11/09/2017

Christophe Lotigié, sous-préfet de l’arrondissement de Saverne, était récemment en sortie agricole. Après de jeunes agriculteurs, il a rencontré des forestiers aux prises avec des dégâts de gibier et les difficultés à valoriser leurs bois…

Première étape de cette sortie : la forêt du Hinterwald, à Bust. Jean Braud, vice-président de Forestiers d’Alsace, président des propriétaires forestiers des Vosges du Nord et forestier à la retraite est lui-même copropriétaire de ce bois. Il a particulièrement insisté sur les dégâts infligés aux arbres par le gibier, et notamment par les cerfs. « Pour protéger les jeunes arbres, il faudrait tout clôturer, mais c’est un gouffre financier. » En effet, les subventions de plantation post-tempête n’incluaient pas la protection contre le gibier. Les forestiers privés en sont donc pour leurs frais. Et l’addition est salée. Dans cette forêt, la perte sur l’accroissement après une coupe d’éclaircie d’épicéas écorcés par le cerf est estimée à 70 €/ha/an, ce qui peut être comparé au prix de location de la chasse : 30 €/ha/an. Et la forêt de Bust est loin d’être un cas particulier. « Il y a de gros dossiers de demande d’indemnisation. Par exemple à Ernolsheim-lès-Saverne, où des dégâts d’écorçages de cerfs sont constatés sur quelque 20 ha », rapporte Jean Braud, pour qui l’indemnisation ne représente qu’une maigre consolation. « Ce qui intéresse les forestiers, c’est de faire de beaux arbres. » Les dégâts sur les épicéas provoquent une pourriture du bois sur 2 à 6 m de hauteur du tronc ce qui, dans une coupe d’éclaircie de la forêt du Hinterwald, a entraîné une perte de 20 % de la valeur de la coupe. Face à ce phénomène, les plans de chasse sont certes augmentés. Mais les attributions ne sont pas toujours réalisées par les locataires de chasse. Et les leviers d’action des propriétaires forestiers pour y remédier sont limités. « La loi locale est mal faite à ce niveau-là », estime Jean Braud. Certains propriétaires en viennent à clôturer l’ensemble de leurs parcelles, à poser des produits répulsifs… « Mais ça coûte cher ». Offre inélastique vs demande élastique Transition toute trouvée pour évoquer un autre problème : le prix du bois. En effet, celui-ci ne permet pas toujours de valoriser le produit à sa juste valeur. Jean Braud évoque ainsi le cas du hêtre. « Les bois français entrent en concurrence avec du hêtre en provenance de Roumanie. » Il y aurait aussi un problème d’inadaptation des scieries françaises à la demande. Celle des menuisiers et des ébénistes a évolué avec celles des consommateurs, désormais friands d’agencements au détriment du mobilier plus traditionnel. Conséquence : il leur faut du panneau. Jean Braud cite le cas d’une ébénisterie de luxe qui s’approvisionne en essences précieuses en Autriche, alors que ces bois sont aussi produits en France. L’adaptation est en cours - « une industrie de sciage de hêtre est en train de se développer dans les Vosges du Nord » - mais cela prendra encore du temps. Il faut dire qu’alors que la forêt évolue à un rythme séculaire, le secteur du bois connaît des mutations profondes à un pas de temps beaucoup plus rapide. La demande en bois énergie a ainsi explosé en quelques années. Si bien que le bois énergie vient grappiller sur le bois de palette : « C’est un sujet à surveiller de près, car ce phénomène peut gêner l’approvisionnement en bois des caisseries », prévient Jean Braud. Des biens sans maîtres mais pas sans dangers Le morcellement extrême de la forêt privée d’Alsace - « 83 000 propriétaires privés pour 80 000 ha » - complique les chantiers de sylviculture. Le morcellement et le micro-parcellaire sont la cause principale de la sous-exploitation de la petite forêt privée alsacienne. Moins de 50 % de l’accroissement biologique y est récolté. La deuxième cause de la sous-exploitation est le manque de desserte de ces parcelles. Aussi, des chantiers collectifs sont organisés pour en réduire les coûts. Mais, parmi ces petites parcelles figure une part significative de biens sans maître. C’est-à-dire des parcelles dont les propriétaires ignorent jusqu’à l’existence, leur trace s’étant effacée au fil des successions. Jean Braud y voit un danger : celui de voir ces petites parcelles non entretenues devenir des facteurs de propagation de feux de forêt, d’amplification des chutes d’arbres liées au vent par effet de domino… Enfin, pour Forestiers d’Alsace, fédération née en 2015 de la fusion de Bois et Forêts 67 et de Forêts Services 68, la réforme territoriale s’est traduite par une baisse importante de ses financements, qui a conduit au licenciement de quatre conseillers forestiers. En plus des emplois perdus, Jean Braud déplore la « perte de connaissance sur la forêt » que ces départs représentent.

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