Forêt

Filière forêt-bois

La forêt en urgence sanitaire

Publié le 08/08/2019

Touchée par les sécheresses à répétition, la forêt a subi de plein fouet les deux dernières canicules de cet été qui ont entraîné des dégâts visibles dans le paysage. La forêt haut-rhinoise est même considérée comme en « urgence sanitaire ». Localement, on tente de trouver des solutions. Le président de la Région Grand Est, Jean Rottner, a rencontré le 31 juillet, les élus de la région de Masevaux pour échanger sur ce phénomène inquiétant.

Le dépérissement de la forêt est en cours. La couleur rouge devient omniprésente. Ces constats viennent de nombreux observateurs d’une forêt qui brûle. « Nous sommes vraiment très inquiets. Il s’agit de notre patrimoine, de notre cadre de vie. Mais également de questions environnementales et économiques. On a tout d’abord évoqué les problèmes des maladies du bois avec les scolytes. Il y a ensuite eu ces canicules et cette sécheresse. Nous nous interrogeons sur un possible phénomène de pollution atmosphérique. Il y a un gros problème, c’est une certitude. » C’est en ces termes que Laurent Lerch, maire de Masevaux-Niederbruck, a ouvert la réunion qui s’est dérouéle en présence d’élus locaux, de conseillers régionaux et de représentants de l’Office national des forêts (ONF) et de l’Institut national de la recherche agronomique (Inra).     L’image est en effet frappante. En visitant, notamment, le col du Schirm, les sapins rougis occupent de plus en plus d’espace au milieu de la forêt. « Je suis attristé par cette situation dans cette vallée qui est ma vallée d’origine. C’est pourquoi je suis venu rencontrer les élus, scientifiques et techniciens. Pour évoquer des solutions et répondre aux enjeux économiques et de développement durable », explique le président de la Région Grand Est, Jean Rottner. La conséquence économique de la mortalité des sapins ? La commune de Masevaux-Niederbruck craint de devoir emprunter au budget principal pour abonder le budget forêt. « Les coûts d’entretien, mais aussi les frais d’exploitation seront plus importants pour couper le bois sec, qui ne nous rapporte rien en comparaison du bois frais », déplore Raymond Trommenschlager, l’adjoint au maire de Masevaux chargé des finances. Il appréhende de voir fondre comme neige au soleil les 120 000 € de recettes annuelles que représente la forêt pour la commune. Le problème des sangliers Pour tenter de trouver des solutions à ce phénomène qui se prolonge, le maire de Masevaux a fait appel à l’Inra. « L’objectif est de mettre en place une expérimentation. Il faut tester et diversifier. On pourrait sélectionner des essences de sapins qui ne sont pas natives d’ici et les planter. Il faut aller vite. On va d’abord tester le reboisement par îlots, puis nous ferons d’autres expériences », précise le directeur de recherche, Laurent Saint-André. Sachant qu’un « site atelier » pour replanter en îlot coûte 200 000 €. « La Région accorde des aides spécifiques pour les scieries et la replantation, qui peuvent monter jusqu’à 40 %. Mais j’ai le sentiment qu’il faut aller plus loin. Nous pourrions débloquer de nouvelles aides cet automne, à condition qu’elles soient adaptées aux besoins », prévient Jean Rottner. « Nous sommes prêts à ce que Masevaux devienne ce laboratoire, ce territoire d’expérimentations. Nous avons pris un peu d’avance et j’espère que notre vallée servira à d’autres, également concernées par ce phénomène », réagit Laurent Lerch. Un travail d’autant plus immense que ce problème est européen. Plus de 80 millions de m3 d'épicéas sont touchés sur tout le continent. Et l’Allemagne est encore plus impactée sur les résineux. « Au niveau commercial, deux années de récolte sont arrivées en six mois. Il y a saturation du marché. Ici en France, mais aussi dans des pays comme l’Allemagne et l’Autriche. La plupart des arbres n’ont même plus d’écorce. Le bois est difficilement vendable », constate l’ONF. Préserver la filière bois Tout en gérant le présent, il va falloir adapter les forêts au futur. « Un travail s’impose avec les acteurs de la forêt, chasseurs, pêcheurs, randonneurs. Les sangliers surconsomment en forêt. Et c’est un problème pour les jeunes pousses d’arbres et pour les insectes. Il faut donc contenir cette population. Si on ne permet pas à la nature de se développer, la végétation ne pourra plus s’exprimer et la forêt va continuer de dépérir », prévient Laurent Saint-André. En conclusion, Jean Rottner a proposé aux élus locaux une rencontre plus importante en septembre. « La filière forêt-bois est un modèle d’économie durable que nous devons préserver. Elle est identifiée comme l’une des filières majeures du Grand Est. À ce titre, la Région s’est dotée d’une politique ambitieuse, à travers le contrat de filière bois 2017-2020 qui vise à valoriser une ressource régionale significative et à développer les activités économiques des territoires, notamment ruraux. Nous devons désormais aller plus loin. Surtout après ces canicules et cette sécheresse. Et sachant que ces événements climatiques sont amenés à se répéter de plus en plus souvent. En parallèle, nous soutenons la filière dans la crise du scolyte à travers la mise en place de plusieurs mesures, comme le soutien aux entreprises de transformation du bois pour les inciter à acheter ce bois malade. À la rentrée, nous devrons reparler de tout cela », conclut Jean Rottner.

Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval)

Un exercice record

Publié le 21/03/2019

La Coopérative des sylviculteurs d’Alsace (Cosylval), clôt son exercice 2017-2018 sur un résultat record, porté par un marché du bois favorable. Mais l’avenir s’annonce moins radieux. En cause : une épidémie de scolytes engorge le marché avec du bois de moindre valeur.

Durant l’exercice 2017-2018, 83 000 m3 de bois ont été mobilisés par la coopérative Cosylval, soit une hausse de près de 4 %, conduisant à un résultat de 40 000 €. Une bonne performance liée à « un marché du bois favorable, surtout pour les résineux », indique Frédéric Böhm, directeur de Cosylval. Mais pas que : le chêne et le frêne ont également bénéficié de ce marché porteur. « Nous avons réalisé des ventes par appel d’offres avec des résultats intéressants en termes de valorisation pour les propriétaires », poursuit le directeur. Depuis, le contexte de commercialisation s’est détérioré. Le coupable : une épidémie de scolytes qui s’attaquent notamment aux épicéas. Latent depuis quelques années, le phénomène était contenu par des conditions climatiques qui limitaient les vols de l’insecte. Mais l’hiver dernier, des tempêtes ont mis à terre de nombreux chablis. Et la sécheresse estivale a affaibli les arbres, ce qui a accéléré la multiplication de l’insecte. « Quatre générations se sont enchaînées en un an au lieu de deux ou trois en année normale », rapporte Frédéric Böhm. Le pic de l’épidémie n’est probablement pas encore atteint. La vente du bois s’annonce compliquée pour les deux à trois années à venir, car le phénomène se traduit par un engorgement du marché du bois. Une saturation d’autant plus importante que l’épidémie concerne toute l’Europe. « Il va falloir récolter ces bois de moindre qualité et les valoriser, donc trouver des débouchés. Puis reconstituer ces boisements, alors même que les revenus des propriétaires seront en berne », anticipe Frédéric Böhm. Il a donc profité de l’assemblée générale de la coopérative pour demander aux pouvoirs publics des aides. Afin de financer le stockage temporaire et le transport de ces gros volumes de bois. « Il y a de la demande pour ce type de bois dans le sud de la France. Mais encore faut-il pouvoir l’acheminer jusque-là », constate Frédéric Böhm. « De toute manière, s’il ne part pas dans le Sud, il ira en Chine. » Plus loin, mais sans soutien à la valorisation locale des bois, ça coûte moins cher. Entretenir et régénérer la forêt : un enjeu primordial Avant de vendre du bois, la coopérative s’attelle à faciliter l’exploitation des boisements de ses coopérateurs. Cela passe par des dessertes forestières, des plateformes de stockage… Des infrastructures aujourd’hui insuffisantes. Mais les développer n’est pas une mince affaire. Frédéric Böhm illustre : « Avec l’Asa du Sprickelsberg, nous portons le projet de création de 11 km de pistes et chemins forestiers. Malgré la réalisation d’une étude d’impact ayant débouché sur des avis favorables, le projet mobilise des opposants ». Il stagne dans les méandres des recours judiciaires. « Quatre ans de travail et toujours pas un mètre de piste, regrette le directeur. C’est dommage parce que ça nous freine alors qu’entretenir et régénérer la forêt est un enjeu primordial. » Investir dans la sylviculture La coopérative a d’ailleurs comme principale ambition d’investir dans la sylviculture. Surtout après l’épidémie de scolytes qui sévit. En effet, les reboisements devront être effectués à bon escient. Ils doivent être adaptés à l’évolution du climat. Les coopérateurs doivent donc être accompagnés dans le choix des essences, dans la manière de gérer ces boisements… « Un technicien va être embauché à cette fin », informe Frédéric Böhm. Il aura aussi pour rôle d’aider les coopérateurs à mobiliser les différents dispositifs d’aides. Dispositifs qui ne sont pas tous adaptés à la forêt alsacienne, très morcelée, regrette le directeur. Sur la gestion du scolyte notamment, Cosylval attend des pouvoirs publics l’élaboration de dispositifs adaptés aux petites propriétés forestières. En outre, les reboisements doivent correspondre aux besoins. Or, de nouvelles installations de déroulage de peuplier s’étant installées dans le Grand Est, Cosylval mise sur cette essence. « Nous allons redynamiser cette filière en nous engageant prochainement dans la charte « Merci le peuplier ». Une charte qui permet de cofinancer les replantations après récolte via une convention tripartite. Un financement que la région Grand Est s’est même engagé à doubler », se félicite Frédéric Böhm. Voilà une bonne nouvelle.

Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN)

L’économie au service de la forêt

Publié le 19/02/2019

La forêt est un maillon important de l'économie du territoire du PNRVN. Pour préserver et développer cette filière, le parc a élaboré une charte. Objectif : mieux gérer la forêt, en passant par l'économie.

« Passer par l’économie pour évoluer vers une forêt plus naturelle ». Tel est le sous-titre de la charte forestière de territoire (CFT) des Vosges du Nord. C’est l’expression d’une volonté que le Parc naturel régional des Vosges du Nord (PNRVN) porte depuis plusieurs années, et qui était déjà inscrite dans une précédente charte. Avec un territoire boisé à 65 %, un tissu d’industries de transformation du bois employant 1 000 emplois, le PNRVN a acquis une certaine expertise en matière de forêt et de bois : « Pour avoir une forêt mieux gérée, il faut mieux la valoriser », affirme Michaël Weber, président du PNRVN. Développer une économie du bois en circuit court et de proximité C’est tout l’objet de la charte, élaborée en trois temps. « Nous avons d’abord réalisé un diagnostic de territoire en nous entretenant avec les acteurs de la filière. Puis, il y a eu une phase de concertation, avec des ateliers qui ont permis à ces acteurs de se rencontrer, d’échanger, ce qui a permis d’identifier les difficultés de la filière par un prisme économique. Puis nous avons défini une stratégie avec des enjeux à relever, et des objectifs à atteindre », décrit Caroline Salomon, chargée de mission au PNRVN et cheville ouvrière de cette charte. Plusieurs enjeux ont été identifiés, de la production à la commercialisation en passant par la transformation. Il s’agit, par exemple, de renforcer la compétitivité des entreprises locales de récolte et de transformation. La valorisation des principales essences locales que sont le hêtre et le pin sylvestre doit être renforcée. Développer une économie du bois en circuit court et de proximité, afin de consommer localement du bois local, permettrait de capter la valeur ajoutée sur le territoire. « Cela passe par exemple par l’incitation des collectivités à la réalisation de constructions en bois local », illustre Caroline Salomon. Mais, pour mieux valoriser le bois local, il s’agit d’abord de pouvoir l’identifier. Or, « la traçabilité du bois est difficile à assurer », constate la chargée de mission. Il existe une multitude de labels et de marques. Trop peut-être. Le Sycoparc étant co-animateur de la marque Terre de Hêtre depuis 2017, c’est sur cette dernière que les différents partenaires s’appuieront pour promouvoir le hêtre local. Pour que la filière soit en capacité de maintenir le tissu économique, voire de le développer en attirant de nouvelles entreprises de transformation du bois, il est aussi important de développer de nouveaux débouchés. Cela passe par de l’innovation, de nouvelles prescriptions… 28 actions, six actions phare Pour répondre à ces enjeux, un plan d’action a été établi. Il consiste en 28 actions décrites dans la charte, dont six actions phare. Caroline Salomon en détaille quelques-unes : « Nous allons provoquer des rencontres entre les forestiers et les scieurs, pour avoir un regard croisé sur la qualité du bois. Les entreprises de transformation vont être auditées pour optimiser leur fonctionnement actuel et être accompagnées dans leurs innovations. Nous allons développer une offre de produits en bois local, et la rendre plus visible aux yeux des prescripteurs et du grand public. » Des actions ambitieuses que les signataires de la charte ont 5 ans pour mettre en œuvre. Pour 2019, Caroline Salomon liste quelques actions déjà enclenchées : des échanges entre professionnels, la création d’une malle pédagogique, un partenariat avec l’université Paris Diderot pour la réalisation d’une étude portant sur l’attachement de la population à la forêt, l’impulsion d’un concours portant sur la conception d’une gamme d’habitations légère de loisirs (HLL) en bois local, l’accompagnement de la Communauté de communes Sauer-Pechelbronn pour l’édition d’un document sur la construction en bois local, suite à la construction d’un bâtiment pilote… Bref, il y a du bois sur la planche.

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