Cultures spéciales

René Schotter, vice-président de Cristal Union

Des betteraves à Phalsbourg

Publié le 17/01/2017

Avec la fin des quotas betteraviers, les sucriers français ont l’ambition de partir à la conquête du marché mondial. Le moment est bien choisi : les stocks sont à la baisse, les prix se maintiennent. Du coup, Cristal Union demande à ses producteurs d’augmenter leurs surfaces. Un appel que les planteurs alsaciens ont entendu. Mais pas seulement…

L’assemblée générale de la section Erstein de Cristal Union se tiendra cette année le vendredi 19 mai à Oberhausbergen, car la date de clôture des comptes du groupe a été modifiée au 31 janvier. René Schotter, vice-président de Cristal Union, l’a annoncé lors des réunions d’information betteravières qui se sont tenues en janvier. 2017 apporte son lot de nouveautés. Cristal Union augmente ses surfaces de 20 % sur l’ensemble des usines du groupe. Une augmentation est également à l’ordre du jour à Erstein : « Un certain nombre de planteurs alsaciens ont réagi favorablement à notre proposition. Et de nouveaux planteurs rejoignent nos rangs, en Lorraine notamment. Cette année, nous ferons de la betterave dans la région de Phalsbourg. » René Schotter a indiqué que 60 nouveaux planteurs ont adhéré à la coopérative en deux ans. La disparition des quotas entraîne des changements dans la contractualisation de la production. « Conformément à l’acte délégué, il n’est plus possible de fixer un prix minimum de la betterave au plan national, les négociations de prix se tenant dorénavant au niveau de chaque société sucrière. » La relation entre le coopérateur et Cristal Union est régie par l’engagement d’activité, les statuts et le règlement intérieur de la coopérative, ainsi que les décisions du conseil d’administration. Le contrat précise tous les éléments concernant les prix (prix de la betterave, coût de la tare terre, prime à l’arrachage précoce ou tardif, barème richesse, montant des acomptes, prix des pulpes, betteraves déficitaires ou excédentaires, etc.). Un engagement de trois ans C’est un engagement pluriannuel, souligne René Schotter : les anciens planteurs auront des contrats BCR (betteraves contractées de référence), les nouveaux planteurs auront des contrats BCR et BCC (betteraves contractées complémentaires). Le volume des betteraves contractées de référence est obtenu en additionnant les betteraves du quota, les betteraves industrielles et les betteraves complémentaires de 2016, explique Laurent Rudloff, responsable du secteur agrobetteravier. Une troisième catégorie de betteraves est prévue en 2017, les betteraves additionnelles. Il s’agit cette fois-ci d’un engagement annuel, sur la base d’un prix garanti de 27 €/t sans capital social. « Il reste des volumes disponibles en betteraves additionnelles », précise Laurent Rudloff. Pulpes et richesse Dorénavant, Cristal Union assurera la gestion des pulpes, celles-ci faisant partie intégrante des betteraves livrées. « Pour les livraisons de pulpes, nous donnerons la priorité aux planteurs et aux éleveurs. » Le protocole tare-terre a été harmonisé au sein du groupe pour une meilleure lisibilité. « Mais nous maintenons la tare d’objectif usine par usine. En cas de tare excessive, nous pourrons introduire une modulation. » La bonification richesse prend elle aussi tout son sens, l’objectif étant de favoriser l’amélioration de la richesse des betteraves livrées. Un complément de prix sera versé aux planteurs pour les betteraves très riches. De même pour les arrachages précoces. Par ailleurs, des modifications seront apportées dans le planning des arrachages tardifs pour permettre aux planteurs d’arracher avec deux semaines d’avance dans certains secteurs, afin d’améliorer l’efficacité et de réduire le coût de l’opération de bâchage. L’objectif étant de préserver l’équité entre les coopérateurs malgré l’allongement de la durée de la campagne.

Publié le 26/12/2016

En 2015 comme en 2016, les tabaculteurs de la Cama-T2F ont été moins sinistrés que durant les trois années précédentes. Face au durcissement du dispositif d’assurance récolte, ils réfléchissent à un système d’assurance alternatif.

Médiocre sur le plan de la qualité des tabacs, 2015 a été une année plus favorable sur le plan des sinistres, a souligné Bruno Paulus, président de la Cama-T2F à l’assemblée générale de la coopérative d’assurance, le 15 décembre à Paris. 1 340 hectares étaient assurés dans le périmètre de la coopérative, soit 38 % de la production nationale. 788 ha ont été sinistrés, dont 67 ha de destruction totale. 470 000 € d’indemnisation ont été versés aux planteurs concernés pour un taux de perte historiquement bas de 4,13 %, à comparer aux 10,35 % de taux de perte décennal. La Cama-T2F affiche de ce fait un compte technique positif, « ce qui n’était plus arrivé depuis 15 ans », et un résultat positif de 196 000 €. Au niveau national, 3 500 ha étaient assurés. 179 ha ont été détruits en totalité, soit un taux de perte de 4,75 % en virginie et de 2,56 % en burley. 1,3 million d’euros (M€) d’indemnités ont été versés, dont 952 000 € provenant des cotisations des Caisses mutuelles et près de 350 000 € provenant de la Caisse nationale. 2015 a été une année de « faible sinistralité » pour la Caisse de réassurance, selon Bruno Paulus, d’où un résultat de 303 000 € qui a été reversé aux Caisses locales sous forme de ristourne. En 2016, toutes les cultures agricoles ont souffert mais le tabac a « plus que bien tiré son épingle du jeu », relève le président de la Cama-T2F. La pluie et les attaques de mildiou ont toutefois occasionné des dégâts sur les plantations. Sur les 1 176 ha assurés, 700 ont été sinistrés à des degrés divers. Pour les indemnisations, la Cama-T2F tiendra compte de la réévaluation des prix liée à la diversification vers des marchés de niche. Sur la période 2010-2015, le rapport sinistres à cotisations dans la zone T2F s’est établi à 144 %, c’est-à-dire que pour 100 € de cotisations versées, 144 € d’indemnisations ont été versées. Ce rapport varie peu en fonction de la variété, constate Bruno Paulus. De ce fait, ajoute-t-il, « il n’y a pas lieu d’appliquer un taux de cotisation différent selon les variétés ». En revanche, le rapport sinistres à cotisations diffère assez sensiblement selon le mode de récolte : il est de 110 % pour le virginie récolté manuellement et de 167 % pour le virginie récolté mécaniquement, l’écart s’expliquant par les pieds couchés qui ne peuvent pas être récoltés par la machine. Peu de sinistres en 2016 Au niveau national, 2016 est une année avec peu de sinistres : sur 3 024 ha assurés, 239 ha ont été détruits en totalité. Les pertes sont estimées à 931 tonnes, contre 1 125 t en 2015. Les coopératives spécialisées dans le burley sont à nouveau moins touchées que les coopératives de virginie, comme Poitou Tabac et T2F. Les indemnisations devraient tourner autour de 1 M€. « Ces deux années remettent du baume au cœur des planteurs après trois années difficiles », indique Bruno Paulus. Le dispositif d’assurance récolte a évolué en 2016. Pour pouvoir bénéficier des aides de l’État, il faut assurer au minimum 70 % des surfaces de l’exploitation et dans le cadre de ces 70 %, chaque culture doit être assurée à 100 %. Compte tenu de ces dispositions, de nombreux planteurs au niveau national ont décidé de se passer des aides. Bruno Paulus relève une autre difficulté : la multiplication des nouveaux risques, dont certains sont très difficilement chiffrables par les experts. Tous ces éléments poussent à un retour au système précédant la mise en œuvre de l’assurance récolte. « Nous devons y réfléchir. Nous allons rencontrer Groupama à ce sujet prochainement. L’assurance tabac est un atout pour la filière. Nous allons tout mettre en œuvre pour qu’elle reste attrayante et ne soit pas une charge excessive pour les planteurs », conclut Bruno Paulus.

Une fusion longuement préparée

Du Poitou à l’Alsace, la diagonale du tabac

Publié le 19/12/2016

La fusion de la coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F) et de Poitou Tabac consacre le regroupement des trois coopératives tabacoles du nord de la France. CT2F représente désormais 65 % de la production française de tabac et l’essentiel de la production de virginie.

C’est fait : les trois coopératives tabacoles du nord de la France ne font plus qu’une. Le dernier acte de la fusion a eu lieu jeudi 15 décembre à Paris, au siège de France Tabac. La veille, Poitou Tabac avait entériné la fusion avec la coopérative Tabac Feuilles de France (CT2F), issue du regroupement des coopératives Alsatabac et Nord et Loire Tabac, dix-huit mois plus tôt. Présidée par Rémy Losser, la nouvelle entité, qui garde le nom de CT2F, représente 65 % de la production française de tabac. Elle regroupe 200 planteurs pour une surface proche de 2 400 hectares. Olivier Riedinger en assure la direction, ce qu’il faisait déjà depuis juin 2015 en dirigeant les deux Caisses en vue de la fusion. Les Caisses d’assurance mutuelle agricole du Poitou et de T2F fusionnent également en une entité unique. La Cama-T2F à périmètre élargi est présidée par Daniel Mérigot, du Poitou, élu en remplacement de Bruno Paulus. Celui-ci cède son fauteuil de président mais reste un interlocuteur incontournable dans l’organigramme assurance au niveau local et national. Améliorer le coût et l’efficacité Face à la disparition annoncée des aides européennes, qui représentaient 80 % du chiffre d’affaires des tabaculteurs il y a encore cinq ans, les coopératives tabacoles du nord ont décidé d’optimiser leurs structures. « L’objectif était d’en améliorer le coût et l’efficacité, tout en gardant la proximité avec les planteurs, explique Rémy Losser. Avec cette fusion, nous maintenons le taux de cotisation sur chiffre d’affaires à 5,5 % alors que nous serions à 8,5 - 10 %, voire bien plus, si nous n’avions pas anticipé. » Longuement préparée, elle intervient dans un contexte de baisse de la production nationale de tabac. Les trois coopératives du nord de la France, qui produisent essentiellement du virginie, sont au contraire parvenues à stabiliser leur production malgré la baisse du nombre de planteurs. « La modernisation des ateliers a permis de maintenir le potentiel, indique Rémy Losser. Aujourd’hui, la moyenne d’âge est de 40 ans et les planteurs de 50-55 ans qui se sont engagés dans la mécanisation ont des successeurs ». Une situation bien différente de celle que connaissent les coopératives du sud de la France, spécialisées dans le burley, où la modernisation a du mal à s’enclencher. Le président de CT2F, qui est également à la tête de France Tabac, regrette que celles-ci restent à l’écart de la dynamique. « Cela nous préoccupe car nous sommes liés au niveau national. » En ordre de marche Tout en maîtrisant les charges, CT2F espère pouvoir peser davantage sur les marchés pour améliorer la rémunération des producteurs. « Nous sommes en ordre de marche pour préparer l’avenir », indique Rémy Losser. Une campagne de communication est en cours pour attirer de nouveaux planteurs. « Pour l’instant, nous avons du mal à en recruter, reconnaît Rémy Losser, qui incrimine le contexte agricole actuel, peu favorable à la prise de risques. » La coopérative compte aussi sur la technique pour améliorer les coûts de production. La mécanisation a déjà permis de réduire le coût de la main-d’œuvre. Celui-ci reste pourtant le premier poste de charges dans la culture du tabac. D’autres pistes sont à explorer, comme la limitation du nombre de bourgeons par la génétique, afin de réduire l’usage des produits phytosanitaires, autre poste de charges important.

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