Installations photovoltaïques en agriculture
Un investissement qu’ils ont fait et qu’ils referont
Installations photovoltaïques en agriculture
Publié le 07/10/2018
Après avoir investi à la fin des années 2000 dans des installations photovoltaïques à 60 cts le kilowattheure, le Gaec Babe, à Courtavon, et la choucrouterie Claude, à Chavannes-sur-l’Étang, s’apprêtent à réinvestir dans de nouvelles centrales malgré un tarif de rachat divisé par cinq. Des opérations qui restent rentables d’un point de vue économique et « pertinentes » sur le plan environnemental.
Au départ, Gérard Babe et son frère, Maurice, voulaient construire un nouveau hangar pour leur Gaec situé à Courtavon. C’était en 2009. Tous deux éleveurs laitiers, ils obtiennent alors une fin de non-recevoir de la part de la banque qu’ils contactent. « On a parlé de photovoltaïque, et cela a changé la donne », se souvient Gérard. Alors en pleine « bulle », le marché du photovoltaïque français proposait à cette époque de racheter le kilowatt d’électricité plus de 60 cts. « Ça, plus le projet monté par Electro Concept Énergie (ECE), c’était une aubaine. » Les frères Babe découvrent l’installateur de Rixheim par le biais de leur banquier. « Il nous a recommandé des installateurs allemands et un seul français. On a préféré jouer la carte locale ». L’investissement est conséquent : 600 000 euros pour le hangar et l’installation photovoltaïque de 150 kWc. Une belle somme, notamment pour des éleveurs laitiers déjà confrontés à des difficultés dans leur filière. Mais c’était ça ou rien. Les années suivantes donnent raison au « flair » de Gérard Babe et son frère. En production depuis le mois de septembre 2011, leur centrale photovoltaïque a dépassé les objectifs de rendements initiaux. « C’est bien simple, on n’a pas sorti un seul euro de notre poche pour financer tout ça. Mieux, on gagne de l’argent chaque année avec un solde de plus de 25 000 €. » Cet excédent dégagé est devenu « vital » pour leur exploitation. L’emprunt de douze ans réalisé pour financer ce projet sera largement honoré. En moyenne, ils revendent pour 68 000 € d’électricité chaque année. Et encore, cette somme aurait pu être largement plus importante s’ils avaient pu aller au bout de leur projet initial. « On aurait bien fait une deuxième centrale à côté, mais on n’a pas eu les financements. » Qu’à cela ne tienne, puisque Gérard, Maurice Babe et leurs fils sont sur le point de concrétiser deux nouveaux projets de centrale photovoltaïque, toujours avec ECE : deux « petites » centrales de 17 kWc et 24 kWc. Celles-ci vont être montées sur un bâtiment de stockage et sur un bâtiment abritant des animaux, tous deux exposés plein sud. Une opération qui reste intéressante d’un point de vue économique. « Avec la baisse des prix du matériel, l’opération est toujours aussi rentable qu’avant. Et concrètement, l’électricité ne va pas rester longtemps à ce prix en France. On nous dit depuis longtemps qu’on est le pays qui a le kilowattheure le moins cher. » Autre élément essentiel aux yeux de Gérard Babe : l’aspect environnemental. « Il faut garder l’énergie propre. Le paysan a encore trop l’image de celui qui pollue. Avec la première installation, tout le monde nous a dit qu’on a fait une bonne chose. » Même ressenti pour Pascal Claude. Ce producteur de choux basé à Chavannes-sur-l’Étang a fait appel à ECE en 2010 pour installer sa centrale de 81 kWc, également au tarif de rachat de 60 cts le kWh. « On travaille beaucoup avec la grande distribution. Elle est très réceptive au fait qu’on produise de l’énergie verte. C’est un argument pour elle. » Reste la question du recyclage des panneaux régulièrement pointée du doigt par les sceptiques de l’électricité solaire. « Je sais que cet aspect a freiné pas mal de gens à se lancer dans cette aventure. Il y a une grande interrogation autour de ce point », révèle Gérard Babe. Or, dans les faits, l’association PV Cycle collecte gratuitement les panneaux photovoltaïques devant être menés au rebut. « Ils envoient un camion gratuitement. L’exploitant doit juste démonter les modules et les palettiser proprement », explique le gérant d’ECE, Philippe Soret. De plus, depuis le 5 juillet dernier, une réponse a été apportée par Veolia France, avec l’inauguration de la première usine de recyclage de panneaux photovoltaïques basée à Rousset, dans les Bouches-du-Rhône. La technique déployée promet une réutilisation de plus de 95 % de la matière. Des projets d’autoconsommation sous le coude La première motivation de Pascal Claude en se lançant dans la production d’énergie solaire était de « diversifier et garantir les revenus. Avec ce tarif de 60 cts, c’était plus qu’intéressant. » Au fil des années, les chiffres lui ont aussi donné raison avec des revenus supplémentaires, compris entre 15 000 et 18 000 € chaque année, alors que le but était simplement « d’amortir » l’investissement au départ. Mais réussir à installer cette première centrale n’a pas été de tout repos. « C’était un parcours du combattant avec toutes les démarches qu’il fallait faire et des interlocuteurs situés à différents endroits. Et les banques veulent des garanties. Heureusement qu’ECE était là. Leurs équipes se sont occupées de tout. » Comme Gérard Babe, Pascal Claude regrette aujourd’hui de ne pas avoir eu une deuxième installation en même temps que la première. Une décision qu’il a finalement prise il y a un an. Pour cette deuxième centrale de 100 kWc, c’est autant l’aspect environnemental qu’économique qui le motive. L’opération reste toutefois très intéressante d’un point de vue financier. En investissant 105 000 €, il va pouvoir remplacer la toiture vieillissante de son bâtiment tout y posant sa centrale électrique qui doit générer au minimum 12 000 € par an, selon les calculs réalisés par ECE. « Frais d’exploitation déduits, cela revient à neuf à dix ans d’amortissement avec un contrat d’achat de vingt ans à environ 12 cts le kWh », précise Philippe Soret. À titre de comparaison, la même installation valait plus de 600 000 € en 2008. « Aujourd’hui, c’est moins de 100 000 € avec des panneaux de 300 watts, contre 200 watts auparavant. Il faut une fois et demie moins de place pour la même puissance », détaille le responsable d’ECE. Une fois cette nouvelle centrale installée et en production, Pascal Claude entend bien poursuivre dans cette philosophie d’énergie « verte ». Il a sous le coude un projet de méthaniseur et réfléchit à une nouvelle installation photovoltaïque dédiée cette fois à l’autoconsommation. « On a une facture d’électricité annuelle comprise entre 15 000 et 18 000 €. On a beaucoup de chambres froides qui tournent en été. Pour bien faire, il faudrait faire une installation de 50 kWc sur une surface de 400 m2 », explique le producteur de choux. Cette idée d’autoconsommation est également dans l’esprit de Gérard et Maurice Babe. « On a un projet de 15 kWc. Cela doit nous permettre de faire baisser les factures annuelles, aujourd’hui comprises entre 1 200 et 1 400 €, de 15 à 20 %. » Autre aspect notable des centrales dédiées à l’autoconsommation, en plus du plan d’aide Climaxion réservé aux projets situés en Région Grand Est et de la prime à l’investissement prévue dans le cadre de l’arrêté du 10 mai 2017, il est désormais possible de les rentabiliser à 100 % grâce au mécanisme de revente du surplus à 6 ou 10 cts le kWh en fonction de la puissance PV installée. « Auparavant, le surplus n’était pas valorisé. Alors, même à ce tarif, c’est toujours bon à prendre », estime Philippe Soret.












