bovins lait

Syndicat de la race simmental française d’Alsace

La génétique en marche

Publié le 03/04/2023

Réunis en assemblée générale le mercredi 22 mars à Rittershoffen, les éleveurs de simmental d’Alsace ont fait le point sur les actualités de cette race mixte dont les atouts séduisent de plus en plus d’éleveurs. Et ce n’est pas fini, car la génétique n’a de cesse de progresser.

En 10 ans, la simmental a séduit 500 nouveaux cheptels. Dans le détail, le nombre de femelles a fortement progressé depuis 2010, puis s’est stabilisé. Cela traduit l’arrêt de la production laitière par de grands troupeaux. Mais le nombre de cheptels en simmental, lui, continue de progresser, qui plus est partout en France. Un succès qui s’explique par les bonnes performances de la race : 6 750 kg de lait en moyenne, et toujours en forte progression (+ 700 kg en quatre ans), mais aussi 40,6 de taux protéique (TP) et 34 de taux butyreux (TB), un intervalle vêlage-vêlage (IVV) inférieur à 400 jours, ce qui traduit sa très bonne fertilité. Et surtout, ces bonnes qualités laitières sont doublées de bonnes performances bouchères : les taurillons affichent une moyenne de 391 kg de poids de carcasse en un temps d’engraissement limité. Quant aux vaches de réforme, la moyenne est à 362 kg de carcasse, avec un maximum à plus de 640 kg, « ce qui fait un beau chèque », commente Hervé Vignon, directeur de Simmental France. Ajoutons à cela sa résistante naturelle aux mammites, sa bonne longévité, le faible niveau de consanguinité du cheptel (moins de 2 % contre plus de 5 % pour les autres races laitières), le fait qu’il y ait des taureaux à la fois sans corne et avec un niveau génétique de premier plan, et on comprendra l’intérêt des éleveurs pour cette race. Pas forcément en pur d’ailleurs, puisque certains l’utilisent en croisement sur le troupeau. Ce que traduisent les données sur les inséminations artificielles, qui progressent, et notamment sur les autres races : + 67 % en cinq ans. Une pratique qui permet de bénéficier de l’effet d’heterosis : « Par exemple dans un croisement entre une simmental et une holstein, en F1, on bénéficiera des atouts des deux races. Mais en F2, F3, il faudra mettre des taureaux très laitiers pour fixer le lait et sécuriser le potentiel laitier », précise Hervé Vignon. Au niveau de l’évaluation génétique de la race, l’année 2022 a été riche en évolutions. L’indexation génomique mâle française a été officialisée. Désormais, grâce à une population de référence française suffisamment étoffée, toutes les étapes du processus se déroulent en France. Et comme il n’y a plus d’étape de conversion à faire entre le système allemand et français, ce qui pouvait induire des biais, les taureaux sont mieux indexés, d’autant plus que « nous avons accès aux performances des mères », souligne Hervé Vignon. Les six premiers taureaux génomiques indexés en France sont disponibles. Parmi eux figure Rêve, le local de l’étape, puisque ce taureau, d’ISU 143, est né en Alsace. La deuxième évolution est le déploiement de la méthode d’évaluation single step, qui permet une meilleure prise en compte du progrès génétique et un gain de précision de l’index. Dans ce cadre, l’expression de certains caractères a été révisée, notamment les facilités de naissance (NAI) et de vêlage (VEL), qui étaient exprimés en pourcentage et qui sont désormais exprimées en base 100. « La moyenne étant située à 100, une note plus élevée traduit une facilité de vêlage, et une note plus faible un risque de vêlage difficile. Ainsi, les taureaux à génisses devront avoir une note supérieure à 110. » Mieux indexer les valeurs bouchères Hervé Vignon a annoncé d’autres évolutions à venir avec notamment la mise en place d’index pour les vaches de réforme. En effet, une étude de l’Institut de l’élevage (Idele) a montré que les poids de carcasse des simmental pourraient être encore plus importants. D’où l’intérêt de différencier les taureaux sur des index d’aptitude bouchère sur les vaches de réforme. Un index qui sera intégré dans celui d’aptitude bouchère du nouvel ISU, qui intégrera aussi des caractères fonctionnels et où certaines pondérations seront révisées, notamment le poids du TB.  « Il y aura un index d’aptitude bouchère pour les vaches de réforme, un autre pour les taurillons, et un synthétique, où celui des vaches de réforme aura plus de poids car tous les éleveurs en font, contrairement aux taurillons », précise Hervé Vignon, avant de commenter la liste des taureaux qui composent l’offre génétique en simmental. L’occasion pour lui de rappeler que les taureaux allemands ne sont pas améliorateurs en muscle par rapport aux français : « La génétique française est en avance sur ce poste. » Et qu’il est important de diversifier les souches. Sophie Weidmann, responsable de l’équipe élevage à la Chambre d’agriculture Alsace, a commenté les résultats du contrôle laitier, qui révèlent une perte de production en lait et en taux, liée au contexte climatique et économique, mais pas plus que les autres races, qui sont toutes logées à la même enseigne. De manière plus positive : « La simmental vieillit bien, s’améliore en cellules et en IVV. » Le trophée de la meilleure carrière a été décerné au Gaec Bernhard, pour sa vache Mella, qui a produit 96 464 kg de lait au total. Le trophée de la meilleure moyenne est allé au Gaec Cousandier, avec 9 694 kg de lait à 7 %.

Du soja dans les rations pour améliorer l’autonomie protéique

Du principe à la réalité

Publié le 01/02/2023

En début d’année 2023, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont organisé une série de réunions techniques sur le thème des cultures fourragères. Parmi elles, le soja, dont l’introduction des graines crues ou toastées dans les rations des ruminants, pourrait contribuer à améliorer l’autonomie protéique des élevages. Une intuition qui ne s’avère pas si simple à vérifier sur le terrain !

Plus que jamais l’autonomie protéique et énergétique des élevages est un sujet d’actualité. Cet enjeu pour la durabilité des exploitations d’élevage a donné lieu à la création d’un Partenariat européen pour l’innovation (PEI), baptisé Arpeege, pour Autonomie en ressources protéiques et énergétiques des élevages du Grand Est, qui implique 24 partenaires. Porté par la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est, ce projet a exploré différentes pistes de septembre 2019 à décembre 2022. L’une d’elles consistait à identifier des cultures fourragères et protéiques adaptées au territoire du Grand Est, et qui gagneraient donc à être développées dans les assolements des éleveurs ou des céréaliers, dans le cadre de partenariats entre agriculteurs. L’objectif recherché étant l’autonomie à l’échelle du territoire.         Du fait de sa teneur élevée en protéines, le soja fait évidemment partie des pistes envisagées. Mais ses exigences en termes de précocité de récolte, de type de sol, de possibilité d’irriguer ou non, font qu’il n’est pas cultivable partout. Ainsi, le risque de récolte tardive est rédhibitoire, tout comme les sols de craie. En outre, plus le risque de stress hydrique ne peut pas être compensé par une bonne réserve utile ou le recours à l’irrigation, plus le potentiel de rendement risque d’être impacté lors des années à faible régime pluviométrique. Du coup, la faisabilité du soja est aléatoire. Et, en Alsace, selon les situations (type de sol, irrigué ou non), les potentiels de rendement vont de 32 à 40 q/ha.         Broyer mais pas trop fin Cultiver du soja, c’est bien. Bien le valoriser, c’est encore mieux. Deux études ont été menées dans le cadre du projet Arpeege afin d’appréhender les impacts technico-économiques à l’échelle de l’atelier lait et de l’exploitation de l’introduction du soja dans les rations. L’une portait sur le remplacement partiel du tourteau de colza par des graines de soja toastées dans la ration des vaches laitières. L’autre sur l’introduction de graines de soja toastées ou crues dans ces mêmes rations. Les résultats obtenus dans la première étude sont assez contre-intuitifs. En effet, le produit lait diminue de 12 €/1 000 l, essentiellement parce que la production laitière diminue d’1,3 kg/VL/j. Et comme le coût alimentaire augmente de 3 €/1 000 l du fait du toastage, la marge alimentaire diminue de 15 €/1 000 l. Pour expliquer ces résultats, Philipppe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, avance un broyage sans doute trop fin de la graine de soja toastée, entraînant « une perte de l’effet by-pass et une dégradabilité de l’azote supérieure à celle du tourteau de colza ». Une hypothèse confirmée par la littérature scientifique, de laquelle il ressort un optimum de production laitière pour des graines coupées en demis ou en quarts, un broyage plus fin entraînant une baisse de la production. Dans la deuxième étude, la comparaison des résultats entre le lot de vaches laitières (VL) nourries avec des graines de soja crues et toastées fait apparaître une baisse de la marge alimentaire de 4 €/1 000 litres pour la deuxième modalité, toujours en raison du coût du toastage. Les résultats techniques, eux, mettent en évidence un peu plus de taux et de productivité avec les graines toastées, mais sans que la différence soit significative, pointe Philippe Le Stanguennec. Il avance deux hypothèses pour expliquer le manque d’efficacité du toastage : la maîtrise approximative du processus de toastage, sachant que l’opération a été effectuée dans un toasteur mobile, et le broyage des grains, encore trop fin, puisque la taille moyenne des particules distribuées dans les deux lots était de 1,3 mm, pour un optimum évalué à 2,9 mm. Un impact environnemental positif Cette deuxième étude a en outre servi à réaliser une étude « système », soit sur l’ensemble de l’exploitation. L’introduction de 2 kg de soja/VL/j pendant 150 jours, avec un rendement en soja estimé à 25 q/ha, il faut 10 ha de soja, qui viennent prendre la place de 10 ha de blé dans l’assolement. Une évolution aux conséquences nombreuses dans les comptes de l’exploitation : perte de produit blé, achat de paille, économie d’azote… Au final, dans les conditions de l’étude, l’opération se traduit par une baisse de l’EBE. Un résultat économique décevant, à contrebalancer avec l’impact positif sur l’environnement de l’évolution, puisque l’empreinte carbone nette de l’atelier lait passe de 0,96 à 0,93 kq eq CO2/litre de lait corrigé. En outre, « le résultat est aussi très dépendant de la réponse des animaux au changement de ration, et du contexte économique », tempère Philippe Le Stanguennec. Et justement, face à l’évolution du prix des engrais, et des concentrés, « la différence entre les deux systèmes s’accentue ». Ajoutons à cela que la rétribution des services environnementaux se développe, et que ce genre de pratiques, bonnes pour l’environnement mais pas forcément pour le portefeuille des éleveurs, peuvent devenir éligibles à ce type de dispositifs.      

Cyril Desaga, à Lapoutroie

La robotique, c’est bien pratique

Publié le 27/01/2023

Depuis le mois de mars 2022, Cyril Desaga, éleveur laitier à Lapoutroie, utilise un robot de traite pour l’aider au quotidien. Un investissement qui était devenu inévitable à ses yeux pour maintenir sa capacité de production, dans les années à venir, et qui lui permet de gagner un temps précieux, au quotidien.

Voilà presque un an que Cyril Desaga, éleveur laitier à Lapoutroie, connaît des journées un peu plus tranquilles qu’avant. En mars 2022, il met en route son premier robot de traite VMS 310 de DeLaval, équipé d’un système automatique de détection des chaleurs et d’un distributeur de concentrés : une mini-révolution pour cette exploitation familiale qui était, jusque-là, équipée d’une salle de traite classique. Fini, désormais, les corvées, matin et soir, pour l’agriculteur de 36 ans. Place à l’autonomie pour le troupeau de 45 montbéliardes, à raison de deux, trois passages, par vache et par jour. Un nouveau mode de fonctionnement qu’elles ont rapidement adopté. « On ne pensait pas que la transition serait aussi facile. On nous disait qu’il fallait moins de vaches, au début, pour commencer. Avec le recul, on voit bien qu’il fallait avoir le maximum de vaches, d’un coup. Il vaut mieux s’embêter une fois avec le troupeau, plutôt que d’y aller progressivement. » Pour lui, le robot de traite est un argument de poids en faveur du bien-être animal. Les vaches vont et viennent, en fonction de leur besoin et de leur rythme, et se font traire uniquement si elles ont le droit, le robot se chargeant de scanner leur statut via la boucle électronique accrochée à l’oreille. « Elles sont plus calmes qu’avant », remarque-t-il. Anticiper les problèmes à venir Pour l’instant, sa production n’a pas augmenté mais cela pourrait être le cas, très prochainement. « Il faut attendre au moins un an pour observer une hausse de production. Après, mon objectif est surtout de réussir à produire autant de lait qu’avant, avec le moins de vaches possible. » Avec cette stratégie, Cyril Desaga veut anticiper les années à venir et les potentielles difficultés qui pourraient survenir : manque de fourrage, manque de main-d’œuvre, hausse des charges. « Étant en zone AOP Munster, je suis limité pour mes approvisionnements en fourrage. Avec les sécheresses que nous connaissons, cela devient de plus en plus compliqué. Je dois donc réussir à diminuer mes besoins, autant que possible. Je dois essayer de réduire mon nombre de vaches et de génisses, tout en assurant la rentabilité de mon exploitation. »   Celle-ci produit chaque année 280 000 litres de lait, intégralement transformés en fromage (munster ou tomme) à la ferme, ou par l’intermédiaire de la fromagerie Siffert, à Rosheim. Un modèle économique qui fonctionne bien mais qui demande beaucoup d’investissements et de temps de présence. « Il faut toujours quelqu’un, du lundi au dimanche, pour la transformation et pour surveiller les vaches. D’où la volonté d’essayer de gagner du temps, là où c’est possible. » Pour l’instant, Cyril peut compter sur l’aide précieuse de ses parents retraités et d’un salarié. Malheureusement, celui-ci s’en va, à la fin du mois de février, et aucun remplaçant n’est en vue pour le moment. « Notre profession, comme tant d’autres, a énormément de mal à recruter. C’est une réalité à laquelle il faut s’adapter. » Des journées plus « souples » Avec l’acquisition de ce robot de traite, Cyril ne fait que suivre une tendance forte dans le canton de Lapoutroie, aussi appelé « canton vert ». Cinq autres producteurs laitiers sont déjà équipés, depuis plus ou moins longtemps. Une évolution logique à ses yeux : « Cela se démocratise, de plus en plus. Par la force des choses, on y arrive tous. Il est vrai que ces robots sont particulièrement adaptés à des exploitations comme les nôtres, avec de petits troupeaux. C’est vraiment un équipement qui a de l’avenir. » Mais il prévient : la traite automatisée ne veut pas dire ne plus être avec ses vaches, au contraire même. « Je passe beaucoup de temps à les surveiller, soit directement dans l’étable, soit via mon ordinateur ou mon smartphone. Je suis très souvent avec elles mais le rapport n’est plus le même. » Ses journées sont différentes et plus souples. En se libérant de la traite, Cyril peut se focaliser sur d’autres tâches et, surtout, il retrouve un semblant de vie normale en s’arrêtant à 18 h ou 19 h, et ainsi avoir davantage de temps pour lui, le soir. L’investissement au bon moment Le choix de ce robot DeLaval a été mûrement réfléchi. Au début, il n’en était même pas question. « On avait entamé une réflexion pour remplacer notre distributeur de concentrés automatique, devenu obsolète avec le temps. Ce sont les techniciens de la Chambre qui m’ont orienté vers la robotique. » La mise en route initiale était prévue, à l’automne 2022. L’éleveur voulait se laisser suffisamment de temps pour prendre la bonne décision et choisir le bon modèle, tant les enjeux sanitaires sont primordiaux pour son exploitation. « Dans la transformation, il faut être très pointu sur la qualité du lait. On n’a pas le droit à l’erreur. Il faut que cela soit le plus propre possible. Si le lait n’est pas bon, ce sont des pertes financières pour l’entreprise. » Mais le projet va s’accélérer, en juillet 2021, entre l’arrêt maladie du salarié et la perspective grandissante de la hausse des coûts de l’énergie, des matières premières et des taux d’intérêt. « On a senti venir toutes ces augmentations. Si on voulait investir, c’était à ce moment. Et puis, j’ai préféré le faire tant que mes parents étaient encore là pour m’aider, pour assurer une transition en douceur. » Une intuition qui lui permet d’envisager un amortissement sur douze ans, seulement. À l’issue de cette période, il envisage déjà de remplacer son robot de traite par la nouvelle version qui existera à ce moment-là, afin d’aller jusqu’à sa retraite le plus « sereinement » possible. Ce futur remplaçant devra a minima faire aussi bien que le VMS 310 de DeLaval avec son lactoduc en inox et en pente, son système de nettoyage des trayons avec gobelets préparateurs et eau tiède savonneuse, et la possibilité de traite manuelle par l’éleveur, en cas de besoin. « Tout ceci fait que j’ai une machine facile à nettoyer, dans laquelle le lait ne stagne pas dans les canalisations. C’est un vrai gain de performance. » Fini, les coups de fourche L’achat de ce robot a entraîné avec lui tout un tas d’autres acquisitions par l’éleveur. Il a d’abord dû revoir l’aménagement de son bâtiment sur 50 m2 environ. Le robot de traite a remplacé les anciens box de vêlages, qui ont, eux, remplacé l’ancienne salle de traite. Il a également remplacé le vieux pont roulant installé en 1976, ainsi que la mélangeuse. Mais le petit « plus » dont il est le plus fier est son deuxième robot destiné à repousser le fourrage, également de la marque DeLaval. Il est programmé pour circuler, toutes les deux heures, et permet d’avoir toujours quelque chose à manger sur la table d’alimentation.     Il a été installé en une journée seulement, avec uniquement une saignée dans le sol, dans lequel ont été enterrés les câbles qui permettent au robot de suivre l’une des quatre voies mises en place. Pour Cyril, fini le travail à la fourche mais toujours un peu de surveillance, tout de même. « Il peut y avoir un bourrage de la vis sans fin qu’il faut dégager à la main. C’est un petit inconvénient qui n’enlève absolument rien au bénéfice de cette machine. Je suis moins fatigué à la fin de mes journées. »

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