A la une

Publié le 31/03/2017

Comme tous les Français, les viticulteurs participent au choix du nouveau président de la République les 23 avril et 7 mai prochains. Quelles seraient les mesures qu’ils aimeraient lui voir prendre au cours de son mandat ? Quatre d’entre eux donnent leur sentiment.

Un président de la République potentiel sommeillerait-il en chaque professionnel du vignoble alsacien ? Thomas Boeckel, 43 ans, vigneron-négociant sur 24 ha en propriété et 16 ha d’apports à Mittelbergheim, ne se fait pas prier pour décrire le caractère du personnage qu’il voit se glisser dans le rôle : ferme, rigoureux, exemplaire. « C’est ce qui devrait émaner de lui pour que cela rejaillisse sur tout le pays » affirme-t-il. Continuons de l’envisager. D’emblée, les décisions relevant de l’économie et de la fiscalité feraient partie de ses priorités. « La baisse effective et pas seulement symbolique des taxes et des charges est indispensable pour nous rendre plus compétitifs. Il faudrait les faire revenir à leur niveau du milieu des années quatre-vingt-dix » calcule Julien Gsell, 38 ans, vigneron indépendant sur 9 ha à Orschwihr. « Tout travail mérite salaire. Mais avec un coût de 18,56 €/heure charges comprises, nous ne sommes pas concurrentiels comparé à nos collègues allemands qui emploient une main-d’œuvre moins bien rémunérée. Le futur président doit pousser à ce qu’il y ait une harmonisation européenne, même si c’est compliqué » poursuit Pierre-Olivier Baffrey, coopérateur sur 11 ha et président de Bestheim, 450 adhérents et 1 350 ha d’apports. Le régime fiscal n’est pour sa part plus adapté aux aléas climatiques qui connaissent des pics de plus en plus violents. « Le lissage des revenus sur plusieurs années sous la forme d’un crédit d’impôt me paraît plus efficace à une réserve qualitative que l’on aurait en cave » juge Thomas. « Il faut nous fiscaliser sur l’argent extrait de l’exploitation, pas sur le bénéfice de l’année » continue Pierre-Olivier. De la fiscalité à la transmission, il n’y a qu’un froncement de sourcil. S’il était président, Thomas mettrait ce point sur le haut de la pile des dossiers les plus urgents à traiter. « Un domaine, ce n’est pas du patrimoine. C’est un outil de travail. En le taxant par le biais des droits de successions et parfois de l’ISF, l’État oblige la partie de la famille qui doit s’acquitter de l’impôt parce qu’elle en a hérité, à le vendre. Cela concerne beaucoup de domaines ». Julien ne dit pas autre chose. « Quand on travaille avec du foncier, des bâtiments, des équipements, ça vaut moins d’argent. Cela ne devient éventuellement une source d’enrichissement que quand on le cède, mais en Alsace la grande majorité souhaite simplement que ses enfants prennent la suite » estime-t-il. « Réformer la fiscalité dans le bon sens donnerait envie d’avancer aux entreprises familiales » résume Thomas. Un secrétariat d’État à la viticulture Le prochain président est aussi fermement attendu au tournant sur des sujets divers et variés comme le niveau des retraites ou les moyens à consacrer à la lutte contre les maladies du bois, mais la simplification administrative rallie tous les suffrages. C’est la demande expresse de Henri Kaes, 35 ans, vigneron indépendant sur 7,5 ha en bio à Molsheim. Il fait part d’un sentiment général en dénonçant la lourdeur qui s’installe. « La dématérialisation simplifie la vie de l’Administration. Pas la nôtre. Le nouveau système des droits de plantations m’oblige à une déclaration supplémentaire à FranceAgriMer » constate-t-il. « Je ressens trop de pression, trop de tracasseries concernant les contrôles en tout genre, les salaires de mes vendangeurs. Tout ceci manque de souplesse. Je ne demande qu’une chose : qu’on me laisse travailler ! Pas pour gagner plus, mais pour vivre dignement de mon métier, contribuer à l’économie et à l’emploi. Je connais les attentes en matière de respect de l’environnement. Je suis responsable face à mes clients. Il n’y a pas besoin de lois pour tout réglementer, tout imposer. Avec l’excédent commercial dégagé par l’activité viticole, la profession mérite d’être davantage écoutée. En disant cela, je n’ai pas l’impression de demander la lune au futur chef de l’État ». Un dernier point rassemble tout le monde : la communication sur le vin. « Le discours hygiéniste diabolise constamment le vin. Il s’applique à la mauvaise cible. Le vin est un produit culturel, un art de vivre » démarre Pierre-Olivier. « Le vin n’est pas forcément le premier responsable de l’alcoolisme. Le grossissement du logo femme enceinte sur les étiquettes n’apportera rien. Le prochain gouvernement et le futur président devraient se montrer moins prohibitifs avec le vin, comme dans les autres pays où je me déplace » poursuit Julien. Thomas lui, y va de sa proposition : « comme le vin est une fierté et une vitrine du savoir-faire français, pourquoi le prochain gouvernement ne comporterait-il pas un secrétariat d’État à la viticulture ? ». Et qu’en pensent les candidats ? Sans aller aussi loin que Thomas, quand la question leur est posée, presque tous citent facilement des vignobles ou des appellations qui correspondent à leur goût. Et ils ne refusent pas un verre de vin. C’est déjà ça !

Gaspillage de foncier agricole, inepties administratives…

Les agriculteurs d’Alsace Bossue veulent bosser

Publié le 30/03/2017

Que l’on construise une route, reconnue d’utilité publique, et que l’agriculture paie un tribut aux 35 ha d’emprise directe qu’elle représente, passe encore. Mais que 400 ha soient soumis à un arrêté préfectoral de protection du biotope et que, du fait du remembrement, certains agriculteurs se voient dépouillés de primes pour lesquels ils ont rempli leur part du contrat, ça ne passe pas !

C’est un tract fort écologique. Une demi-feuille de papier A4, imprimée en noir et blanc. Le message essentiel y est : « Liaison A4/Lorentzen, les agriculteurs floués. De nombreuses exploitations menacées. 35 ha d’emprise directe. 400 ha de compensation. Agriculteur = acteur de la biodiversité. » Ce tract, une soixantaine d’agriculteurs d’Alsace Bossue l’ont distribué, samedi 25 mars, au début et à la fin de ce projet de route, à Sarre-Union et à Lorentzen, provoquant de légers ralentissements, dans une ambiance calme. Du provisoire qui dure Ce projet est dans les cartons depuis trente ans, constate, amère, Véronique Klein, vice-présidente de la Chambre d’agriculture d’Alsace et agricultrice bio en Alsace Bossue. Il a déjà provoqué l’ire des agriculteurs, notamment lorsque 400 ha ont été mis sous cloche dans le cadre d’un arrêté préfectoral de protection du biotope (APPB). « On nous avait présenté les règles inscrites dans cet APPB - qui ne prévoit aucune compensation financière - comme transitoires », rappelle-t-elle. Sauf qu’une fois de plus, les règles du jeu semblent avoir été modifiées en cours de la partie. En effet, l’APPB devait s’appliquer le temps des travaux et du remembrement, rappelle la FDSEA. Désormais, le remembrement est achevé, les agriculteurs ont pris possession de leur nouveau parcellaire en automne, mais sont toujours bloqués dans leurs travaux à cause de l’APPB. « À ce jour, nous n’avons toujours pas de confirmation que cette route va se faire, alors pourquoi continuer à appliquer cet arrêté ? Nous ne pouvons plus attendre, nous devons pouvoir travailler », s’insurge Véronique Klein. Patrick Dietrich, président de la FDSEA du canton d’Alsace Bossue, renchérit : « Nous sommes spoliés de notre droit de propriété. Nous payons des impôts fonciers pour des parcelles que nous ne pouvons pas cultiver. En tant que propriétaires, nous avons des droits et des devoirs. Ces mesures sont inacceptables. Nous devons pouvoir faire notre travail ! » Remembrement vs APPB Ces derniers temp, le dossier a pris une tournure encore plus ubuesque. En effet, le jeu de chaises musicales lié au remembrement a fait que certains agriculteurs ont perdu des parcelles et en ont récupéré d’autres. L’objectif d’un remembrement étant de répartir le préjudice subi entre les agriculteurs. Sauf qu’à la fin de cet exercice, certains agriculteurs ont perdu des terres labourables et récupéré des prairies permanentes. Pour conserver leur surface arable et garantir l’autonomie de leur exploitation, ces agriculteurs se trouvent dans l’obligation de retourner des prairies, mais l’APPB le leur interdit. C’est dans ce contexte de deux réglementations contradictoires - l’APPB et celle qui encadre les remembrements - qu’un agriculteur a labouré une prairie permanente dont il avait récemment hérité, s’attirant les foudres de l’association Alsace Nature… et la perspective d’une amende salée. « Quand il y a un remembrement, nous devons pouvoir procéder aux travaux que cela implique. C’est du bon sens de pouvoir remettre les parcelles en état pour qu’elles soient cultivables », s’agace Patrick Dietrich. Il rappelle que lors des remembrements, tout est fait pour que l’équilibre soit maintenu entre les prairies et les terres labourables : « Le pourcentage de prairies sera le même. Et si certaines haies sont détruites pour permettre d’exploiter des parcelles dont le remembrement a modifié la configuration, d’autres seront replantées », précise-t-il aussi. C’est pour expliquer tous ces points qu’après la séance de tractage, les agriculteurs sont remontés dans leur tracteur, direction Mackwiller, lieu du délit précédemment évoqué. Laissant leurs tracteurs au bord de la route, c’est en bétaillère qu’ils ont rejoint la prairie incriminée, histoire de ne pas trop matraquer les sols. Et ils ont fini le travail - leur travail - en finissant de préparer le sol, en semant de l’herbe, et en plantant une haie. Les « bons élèves » sont punis Mais ce n’est pas tout ! Toujours dans le cadre du remembrement, certains agriculteurs ont perdu des parcelles pour lesquelles ils avaient contracté des MAEC SHP, récupérant d’autres parcelles pour lesquelles aucune MAEC n’avait été contractée. Surprise : les agriculteurs concernés ont reçu un courrier de l’administration leur demandant de rembourser le montant des MAEC perçues en 2015 et 2016, sous prétexte que ces parcelles ne sont plus à eux. Sauf que durant cette période, les agriculteurs ont tenu leurs engagements et devraient donc être rétribués pour cela. « En plus, ces aides, ils ne les avaient de toute manière pas encore perçues », précise Véronique Klein. Même situation pour certains agriculteurs qui ont entamé une démarche de conversion à l’agriculture biologique durant cette période. Ils ont perdu des parcelles qu’ils avaient passées en bio, et on leur demande de rembourser les aides à la conversion perçues pour ces parcelles. De plus, ils ont récupéré des parcelles jusqu’alors conduites en agriculture conventionnelle, dont la production ne pourra donc pas servir à alimenter un troupeau bio. Une dizaine de producteurs seraient concernés pour les aides bios, un peu moins pour les MAEC SHP, mais pour des montants significatifs : 11 200 € pour un cas, 32 000 € pour un autre (lire en encadré). Autant de répercussions qui alourdissent l’impact économique de l’ouvrage pour les agriculteurs. Plusieurs élus concernés par le projet étaient présents, portant leur écharpe en signe de soutien à la cause des agriculteurs. Patrick Dietrich les a remerciés : « Votre présence nous touche car elle montre que nous sommes dans le vrai. » Après cette action de communication auprès du grand public et de sensibilisation des pouvoirs publics, les représentants du monde agricole vont reprendre leur bâton de pèlerin : « Nous travaillons pour réduire le périmètre d’application de l’APPB de 400 à 40 ha, mais cela n’a pas encore abouti », indique Véronique Klein. Les agriculteurs, eux, préviennent : s’ils sont obligés de revenir, ils seront moins sympathiques. Retrouvez cette manifestation en images :  

Publié le 29/03/2017

Au cours d’une réception dans les salons du Palais de l’Élysée, les brasseurs français ont présenté vendredi 24 mars les bières de printemps 2017 en présence du président de la République, François Hollande, et de l’ensemble des acteurs du monde brassicole.

Pour François Loos, président de Brasseurs de France, « c’est un honneur pour les brasseurs français d’être reçus par le président de la République à l’Élysée. Cette réception permet de mettre en avant le savoir-faire et le dynamisme des brasseurs français et souligne que la bière, inscrite en 2014 par le parlement français au patrimoine culturel, gastronomique et paysager de la France, est au cœur d’une filière d’excellence ». Au cours de cette cérémonie, le Comptoir agricole, représenté par Mathieu Luthier, responsable développement et communication, et Francis Heitz, commercial export de la filière houblon, a présenté au président de la République la marque Hop France, destinée à devenir le porte-étendard du houblon français. Au moment où on compte plus de mille brasseries implantées dans toutes les régions de France, Brasseurs de France, l’association professionnelle qui réunit 95 % de la production hexagonale de bière, se réjouit de l’originalité de la production française de bière portée par l’innovation, qui contribue à en faire un secteur majeur de l’économie. La France a toujours été une terre de bière, et notamment une terre d’excellence pour la culture d’orge de brasserie. Qualité, diversité : les orges maltées françaises sont utilisées dans 15 % des bières brassées dans le monde. Le houblon est également une culture qui se développe, avec de nouvelles variétés plus aromatiques, des projets qui essaiment en Alsace, berceau historique de la culture, mais aussi dans le reste de la France. Renouant avec leur patrimoine, les Français redécouvrent la bière et sa place naturelle dans notre gastronomie, à̀ table avec toutes les spécialités régionales de nos terroirs, et restaurent la tradition des bières de saison, comme la bière de printemps.

Pages

Les vidéos