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Hervé Schwendenmann succède à Jacques Cattin à la présidence des crémants d’Alsace

Un pragmatique face aux enjeux d’une concurrence forte

Publié le 19/04/2017

Le viticulteur Hervé Schwendenmann succède à Jacques Cattin à la présidence du Syndicat des producteurs et élaborateurs de crémant d’Alsace. Avec comme nouvel objectif de renforcer le marketing des crémants d’Alsace, dans une concurrence globale sur le marché des effervescents qui s’annonce féroce.

Aspirant à de nouvelles fonctions politiques en se présentant comme candidat aux élections législatives sur la circonscription de Ribeauvillé, le vigneron négociant de Voegtlinshoffen, Jacques Cattin, a fait savoir aux producteurs et élaborateurs de crémant d’Alsace qu’il ne souhaitait pas renouveler son mandat. Hervé Schwendenmann a été choisi par le conseil d’administration pour lui succéder à la présidence de la plus grande région à crémants de France. Les crémants d’Alsace pèsent près de 35 millions de cols, près de la moitié des crémants de France, et représentent bon an mal an entre le quart et le tiers des vins d’Alsace, tout volume confondu. « Je tiens à saluer l’œuvre de mon prédécesseur Jacques Cattin qui a tenu pendant 8 ans le syndicat dans une ambiance constructive et sympathique. On va tâcher de perpétuer cet esprit. Il nous laisse une bonne situation. Je lui souhaite bonne chance dans ses nouvelles aspirations. » « Nos capacités de production au taquet » Viticulteur à Wuenheim et Vieux-Thann, président du groupe Wolfberger, président de Coop de France Alsace, Hervé Schwendenmann connaît bien la question des crémants d’Alsace. La moitié de la production du groupe Wolfberger, premier opérateur alsacien en chiffre d’affaires à 60 M€, est du crémant d’Alsace. « À 35 millions de cols en rythme de croisière, nous pressentons que nous arrivons au taquet en termes de capacités de production. Et donc le nouveau challenge, c’est la valorisation. » Pour relever ce défi qui fait consensus dans la profession, le nouveau président estime que la solution « passe plus par de l’investissement commercial de la part des entreprises que par le rajout de couches dans les cahiers des charges ». Suivant ainsi la ligne champenoise… « Les efforts qualitatifs sont là. C’est la partie commerciale, le positionnement produit qu’il faut désormais travailler. » Hervé Schwendenmann compte avoir sur ce sujet l’appui de la nouvelle équipe interprofessionnelle, et espère que le « crémant d’Alsace aura sa part dans le nouveau dispositif interprofessionnel. C’est un chantier en cours ! » Des crémants exposés à la concurrence Une volonté de booster le marketing des entreprises, d’autant que les crémants d’Alsace et plus largement de France restent exposés à une forte concurrence. Sur le plan réglementaire, avec des régions bien décidées à exploiter les failles et les faiblesses de la réglementation des crémants, qui oscille entre « simple recette à appliquer » pour obtenir la mention, et véritable produit attaché à un territoire. Mais aussi sur le plan économique, avec de nouvelles régions qui lorgnent sur le succès des effervescents dans leur ensemble. « Regardons les choses en face » « Regardons les choses en face. Il y a une faiblesse par rapport à la défense du terme crémant, et c’est une opportunité pour d’autres régions d’en faire », prévient Hervé Schwendenmann. Arrivent sur le marché, suite notamment aux décisions du Conseil d’État, de nouvelles régions d’IGP productrices de mousseux. Sans compter la force des proseccos italiens « dont les volumes dépassent ceux du champagne, désormais, et qui ont massivement investi sur le commerce ». Et le potentiel de développement en crémants des autres régions que sont la Bourgogne, la Loire et le Bordelais, analyse le président. Des signaux qui pourraient « diluer le terme crémant ». « La meilleure défense, c’est l’attaque » Face à cette situation, « la meilleure défense, c’est l’attaque ». Fort heureusement, « en innovation marketing dans le crémant, on est plutôt plus libre qu’ailleurs », observe-t-il. « Aujourd’hui, il faut apporter du service et de la valeur immatérielle. Ce que font très bien les Champenois, où la valeur se construit surtout sur l’investissement dans l’image. » Cependant, si quelques grandes maisons et quelques domaines alsaciens savent aujourd’hui construire leur image de marque, tous n’ont cependant pas encore acquis, comme en Champagne, les rudiments du marketing. « Le souci qu’il faudra régler, c’est la contractualisation. Il n’y a pas de vases communicants en Champagne comme chez nous. Ce serait bien que les vignerons produisent ce qu’ils arrivent à commercialiser, soit en bouteille, soit en vin de base », estime Hervé Schwendenmann, pour qui le travail marketing et le positionnement produit commencent à la vigne. « Lisser l’offre pour bien préparer le commercial » À ce point, « un système de réserve serait le bienvenu pour lisser l’offre, ce qui laisse alors les moyens de bien préparer la partie commerciale. À partir du moment où l’on a des volumes stables, on peut attaquer les marchés ». La profession viticole alsacienne ne s’est, à ce jour, pas encore accordée sur le type de modèle de mise en réserve qu’elle souhaite mettre en place. Contractualiser sur le long terme, voire dédier des vignes sur plusieurs années sont des questions qui se poseront face aux exigences du marketing pour lutter contre une concurrence des vins effervescents qui s’annonce féroce. Même si l’opportunisme de production du crémant peut se comprendre en raison des aléas climatiques, comme des rieslings en 2016. Face à ce contexte, Hervé Schwendenmann se dit pragmatique : « Je ne suis certainement pas calculateur politique. S’il faut dire les choses, même si elles ne sont pas plaisantes, je le dis. Il faut essayer de prévoir et au moins se poser les bonnes questions. »

Publié le 18/04/2017

Lundi 10 avril, la commission agricole de la Région Grand Est visitait la Cuma Alsa Pomme. L’occasion pour les arboriculteurs de présenter leur projet de lancement d’une nouvelle variété de pomme, identifiée au bassin de production, et de créer un Groupement d’intérêt économique (GIE) pour accompagner cette dynamique.

Sa chair est sucrée et acidulée, sa robe est d’un rouge ardent, son calibre est régulier, sa tolérance à la tavelure est bonne. Mais elle n’a pas encore de nom. Elle, c’est la variété que les pomiculteurs alsaciens ont choisie pour porte-étendard de la production alsacienne. Les objectifs de l’opération sont multiples : offrir des perspectives intéressantes aux jeunes arboriculteurs, répondre à la demande croissante des consommateurs en produits locaux, en profiter pour capter de la valeur ajoutée. « En Alsace, seuls 20 % des vergers sont irrigués, le niveau de rendement n’est donc pas comparable à celui atteint dans les grands bassins de production de l’ouest de la France. Il fallait donc trouver d’autres leviers », avance Philippe Jacques, conseiller en arboriculture à la Chambre d'agriculture d’Alsace. C’est ainsi qu’est née l’idée d’élargir la gamme avec une variété locale, à forte valeur ajoutée. Une pomme précieuse Lorsqu’ils ont commencé à passer en revue les diverses candidates, en 2009, les arboriculteurs alsaciens avaient établi des critères de sélection bien précis : une vigueur plutôt faible (car les sols alsaciens sont poussants), une bonne régularité de production, une coloration facile, une bonne conservation, une époque de récolte intermédiaire (entre jonagored et braeburn, pour ne pas bousculer les travaux), une forte résistance à la tavelure, peu sensible au chancre, au phytophtora, moyennement aux carpocapses, aux pucerons cendrés et lanigères, un bel aspect, sans oublier une saveur, qui rappellerait le sucré acidulé du fruit emblématique alsacien, la quetsche. Et puis il fallait aussi un metteur en marché alsacien. Tolérante à la tavelure Pas facile de trouver la perle rare ! Mais les arboriculteurs ont tout de même trouvé une variété qui leur convient : « Il s’agit d’un croisement entre pink lady et topaz », annonce Philippe Jacques. Topaz, une variété que les producteurs bios connaissent bien pour sa tolérance à la tavelure, l’ennemi numéro un des pommiers. Les producteurs estiment qu’ils vont pouvoir diviser par trois le nombre de traitement contre cette maladie, ce qui va considérablement alléger les IFT. L’heureuse élue a pour autre avantage de correspondre à la demande des consommateurs : « Golden s’est fini, gala est devenue incontournable, et il faut l’avoir toute l’année », décrit Philippe Jacques. Or la variété sélectionnée par les arboriculteurs s’en approche. Elle cumule une bonne conservation, une bonne productivité, une conduite facile des vergers, un calibre très homogène, une période de récolte favorable, c’est une variété peu alternante, facile à éclaircir… Les producteurs concluent : « C’est une très belle et bonne variété qui a sa place en tant que porte-étendard de la pomme dans notre région. » 31 000 €/ha d’implantation Actuellement, la variété est encore en phase de test au Verexal, afin de déterminer la meilleure densité de plantation, les modes de conduite les plus adaptés… Mais, pour présenter cette variété aux élus, les arboriculteurs les avaient conviés chez Patrick Vogel, arboriculteur à Kriegsheim, qui en a implanté une parcelle de 1 hectare. Soit un investissement de pas moins de 31 000 €, en plants et en structures. Somme à laquelle il faudra ajouter d’autres charges, comme un filet paragrêle. Plantée en novembre 2016, cette parcelle devrait entrer en production en 2019, pour une durée d’environ 15 ans.

Jeunes Agriculteurs

La quête de l’origine perdue

Publié le 18/04/2017

Mercredi 12 avril, les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont mené une opération « Origine connue » dans quatre grandes surfaces bas-rhinoises. Objectif : vérifier l’application du décret relatif à l’indication de l’origine du lait et des viandes utilisés en tant qu’ingrédients dans des denrées alimentaires préemballées. Théoriquement, les étiquetages doivent être adaptés depuis le 1er avril.

Mercredi 12 avril, des consommateurs un peu particuliers ont investi les rayons laitages et charcuteries de plusieurs supermarchés bas-rhinois. Ils prenaient le temps de retourner les paquets de jambon, de yaourts, de décrypter la liste des ingrédients, même ceux qui sont écrits tout petits. En cela, ils dénotaient du reste de la clientèle, pour la plupart des gens pressés, qui font leur choix rapidement, en fonction de leurs priorités : un prix, une marque, un label… Ces consommateurs étaient en fait des agriculteurs venus vérifier l’application d’un décret portant sur l’étiquetage de l’origine des ingrédients dans les produits transformés. Ce n’était pas un poisson d’avril Ce décret est né d’un combat porté par la profession agricole et des associations de consommateurs pour garantir une transparence totale tout au long de la chaîne alimentaire. Un combat qui a porté ses fruits puisque le Gouvernement français a notifié un projet de décret en mars dernier à la Commission européenne, qui ne s’est pas opposée à l’expérimentation. Le décret « relatif à l’indication de l’origine du lait ainsi que des viandes utilisés en tant qu’ingrédients » est donc paru le 21 août 2016, et entré en vigueur le 1er janvier 2017 pour une période de deux ans, avec une tolérance pour écouler les produits et étiquettes en stock jusqu’au 31 mars 2017. À partir du 1er avril, chaque transformateur doit donc avoir adapté son étiquetage. Théoriquement. Et c’est ce que les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin sont allés vérifier dans quatre grandes surfaces, répondant ainsi à un mot d’ordre national intitulé Opération « origine connue ». Les GMS jouent le jeu Une opération qui se voulait plutôt pédagogique que vindicative. En effet, ce ne sont pas les produits qui ne respectaient pas la réglementation qui ont été stigmatisés, mais les produits en conformité qui ont été valorisés grâce à des stickers jaune fluo portant la mention « Origine France » et « Ce produit soutient l’agriculture française ». Par contre, les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont répertorié tous les contrevenants, et feront remonter leur récolte au niveau national, qui en transférera une liste exhaustive à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF). Le décret prévoit en effet des sanctions en cas de non-respect de la réglementation. De leur enquête menée dans les rayons de l’enseigne Auchan à Schweighouse, les JA tirent plusieurs conclusions à la louche : l’origine du lait n’est pas mentionnée dans à peu près la moitié de la gamme de produits laitiers. En ce qui concerne les charcuteries, elles sont élaborées pour à peu près un tiers avec de la viande française, pour le reste l’origine est surtout européenne, lorsqu’elle est précisée. « Il ne s’agit pas d’une action contre les GMS », précisent les Jeunes Agriculteurs. D’autant que c’est l’autre enseignement majeur de leur enquête : les marques de distributeurs jouent beaucoup plus le jeu que les marques nationales. Les premières en font même un atout marketing, affichant bien en évidence des drapeaux français, des mentions comme « lait de France »… Les marques nationales, dans leur grande majorité, n’affichent… rien du tout. De là à en déduire qu’elles utilisent des ingrédients étrangers et sont réticentes à l’afficher il n’y a qu’un pas que nous ne franchirons pas. En tout cas, l’amende prévue par le décret ne semble pas grandement impressionner ces marques, fortes de l’image qualitative qu’elles véhiculent auprès des consommateurs. À bientôt ! Les JA l’annoncent sur le tract qu’ils distribuaient au cours de l’opération : ils organiseront des contrôles en magasin pour s’assurer de l’application de la réglementation pendant toute la durée de l’expérimentation. Leurs objectifs : que le décret soit pérennisé, et qu’il soit étendu à d’autres produits que le lait et la viande. Retrouvez cette opération en images :  

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